vendredi 28 décembre 2018

Le Centre du partimoine arménien à Valence : un musée ouvert à tous


Le décès de Charles Aznavour a donné un coup de projecteur sur une histoire dramatique, celle de la communauté arménienne. Le génocide de ce peuple fut planifié et perpétré par les nationalistes Turcs en 1915. A Valence, le Centre du Patrimoine Arménien présente les différentes étapes de l'histoire des Arméniens, leur fuite pour survivre, puis leur émigration en France ou ailleurs, particulièrement importante en Vallée du Rhône.

Le Centre du patrimoine arménien est un superbe bâtiment situé en vieille ville, à deux pas des rues piétonnes, face au square Charles Aznavour. Une architecture lumineuse, une dentelle de pierre rappelant les motifs traditionnels arméniens, signent le bâtiment qui vient d'être inauguré en septembre 2018, après restauration. Le parcours de visite, conçu désormais avec les médias interactifs, fait vivre de façon claire et émouvante l'histoire et la mémoire.


L'exposition principale et permanente est consacrée au génocide. L'Arménie, pays situé entre l'Asie et l'Europe, est d’après la légende le pays de Noé : c’est au sommet du Mont Ararat que l’arche s’est posée après le déluge. Conquise par l'Empire ottoman, ses ressortissants bénéficiaient d'un statut spécial, avec leurs églises, leurs écoles, tout en étant victimes de discriminations. En 1909, le parti nationaliste turc qui renversa le sultan et prit le pouvoir, renforça la répression envers les Arméniens accusés de séparatisme.
Pendant la Première Guerre mondiale, l'Empire ottoman s'est engagé aux côtés de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie. Les autres nations étant trop occupées par la guerre, le processus d’élimination fut décrété par le ministre Enver : 1- assassinat des soldats arméniens, accusés de collusion avec l'ennemi. 2- convocation des élites arméniennes à Constantinople, pour être exécutées. 3- Il ne restait alors plus que les femmes, les enfants et les vieillards qu'on déporta en masse vers les déserts de Syrie et d'Irak où ils moururent de faim, de soif et d’attaques crapuleuses.
Le génocide fera entre 1,2 à 1,5 million de victimes. Seuls quelques-uns survivront, réfugiés dans les pays voisins, comme les parents de Toros à Alep, ceux d'Aznavour à Salonique. Près de 60 000 réfugiés arriveront à Marseille entre 1922 et 1924, puis remonteront le long de la vallée du Rhône, où les ateliers de tissage et moulinage recrutaient. Ils s'y installeront.

Le Cpa n'est pas seulement dédié à la communauté arménienne, c'est un lieu de mémoire qui rappelle d’autres émigrations, Italiens, Espagnols, … avec les mêmes problèmes d’intégration. C’est encore plus : un lieu culturel ouvert à toute la population, dédié à l'histoire des peuples et des civilisations. L'exposition temporaire, prêtée par le du Musée de l'Homme à Paris, en témoigne : « Nous et les autres, des préjugés au racisme ».  Affilié à Valence Romans Agglo, le Cpa offre une programmation variée, avec films, conférences, ateliers, pour accompagner et élargir le débat autour des grandes questions d'actualité.

Le Centre du patrimoine arménien est ouvert du mardi au vendredi de 10h à 13h et de 14h à 18h.
Samedi et dimanche de 14h à 18h. Tél : 04 75 80 13 00.
Toutes les animations sont présentées sur le site : www.le-cpa.com ou sur Facebook.

Article publié dans le JTT du jeudi 27 décembre 2018.

lundi 24 décembre 2018

Chronique littéraire : Continuer, de Laurent Mauvignier

Un fabuleux roman de formation, mais aussi une aventure physique et psychologique exceptionnelle dans les steppes du Kirghizstan. Enfourchez votre pur-sang, vous serez transportés dans un monde à la fois totalement nouveau (pour un citadin) et entièrement traditionnel (chez les nomades).

Sybille est une mère déprimée, qui a le sentiment d'avoir raté sa vie, et peine à assumer son quotidien. Un jour, les excès de son fils Samuel, adolescent qui se laisse happer par toutes les dérives, lui font prendre conscience qu'il faut sortir du marasme, et tout changer dans leur vie. Mère et fils étaient passionnés d'équitation dans un temps lointain, alors Sybille décide de tout quitter, emploi, maison, ex-mari, pour entreprendre avec Samuel un raid à cheval de plusieurs mois à travers le Kirghizstan. Espérant que le retour à la nature, les difficultés et joies de la vie sauvage, vont faire de son fils un homme et redonner un sens à son existence.

Nature omniprésente, avec sa beauté et ses pièges. Fusion des cavaliers avec leurs montures. Approche codifiée mais chaleureuse des populations. Evolution des deux personnages, étude des relations mère-fils : tout est traité simultanément, avec beaucoup de maîtrise et de subtilité. Un grand roman très original. L'ampleur géographique, sociale et psychologique est parfaitement exprimée par un style puissant. Continuer, un mot d'ordre qui fortifie.

Laurent Mauvignier est un écrivain né à Tours en 1967. Ses romans ont obtenu de nombreux prix. Continuer est lauréat du Prix Culture et Bibliothèque pour tous en 2017.
Il est maintenant disponible dans la collection de poche des Editions de Minuit.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 20 décembre.

samedi 15 décembre 2018

De Barcelonnette à Gréoux, l'or des Mexicains


Barcelonnette est une petite ville entourée de hautes montagnes, dans la vallée de l'Ubaye, à 1160m d'altitude. On y trouve une forme d' habitat qui dénote avec la rudesse générale des maisons du pays : un nombre considérable de villas et châteaux, tous plus opulents les uns que les autres. Comment cela s'explique-t-il ? Par une émigration massive et réussie des « Barcelonnettes » vers le Mexique, au milieu du XIXème siècle, puis leur retour en gloire après avoir fait fortune.

Barcelonnette, retirée du monde pendant les longs hivers alpins, a développé très tôt un artisanat de tissage, laine, chanvre et soie. Les hommes qui n'étaient pas bergers devenaient alors colporteurs de tissu. Mais tous avaient reçu une solide éducation, valeur transmise et privilégiée par la communauté : au milieu du 19ème siècle, on comptait  90% d'alphabétisés à Barcelonnette, quand la moyenne provençale était de 40%. Ce savoir et cette ouverture d'esprit permirent aux plus audacieux d'oser quitter leur montagne, de tenter leur chance ailleurs, en France, en Europe, et même jusqu'en Amérique, avec un ballot de textiles pour tout bagage.

Jacques Arnaud partit en 1805, à 24 ans, s'installer en Louisiane. Il ouvrit un commerce de tissus qui devint florissant, fit venir ses deux frères. En 1818, tous trois décidèrent de franchir la frontière du Mexique, nouvellement indépendant, et installèrent à Mexico un premier magasin de tissus, puis une filature, une autre, appelant à la rescousse leurs camarades de Barcelonnette. L'accueil des nouveaux arrivants, leur formation, leur hébergement, étaient assurés par les anciens sur un mode communautaire et rigoureux. Les succursales se multiplièrent, le réseau prit de l'ampleur, les « Barcelonnettes » s'assurèrent la suprématie du marché textile, conjuguant production, distribution et services de banque. Au bout de quelques années, quelques-uns rentrèrent cousus d'or au pays, suscitant une autre vague d'émigration vers le Mexique.

Parmi eux, Victor Gassier. En 1850, il ouvrit un magasin de vêtements à Mexico, fit fortune, puis  s'associa avec A. Reynaud pour construire le premier grand magasin du pays : Le Palacio de Hierro. Cette immense structure en fer et acier, avec de grandes verrières, telle le Bon Marché à Paris ou Harrods à Londres, ouvrit ses portes en 1891.  Revenu richissime au pays, Gassier épousa une demoiselle de la région de Digne et acheta le Château-Laval de Gréoux, belle bâtisse classique dans un parc immense, qui avait vu passer de nombreuses célébrités, dont Pauline Bonaparte. La rénovation fut grandiose, l' intérieur confié aux plus grands artistes Art déco, une dizaine de jardiniers créèrent un jardin superbe avec cascades, serre exotique, tunnel de buis et fausse grotte. Tout le village de Gréoux était employé comme personnel lorsque la famille Gassier venait pour les vacances avec armes et bagages.

A Barcelonnette comme à Gréoux, les « Mexicains » montraient leur opulence jusque dans la mort : au cimetière, leurs tombeaux rivalisent de grandeur. Conséquence positive : ils ont ainsi soutenu une autre forme d'émigration, celle des tailleurs de pierre et sculpteurs italiens, venus en nombre pour travailler au début du XXème siècle, qui acquirent ainsi une grande renommée.


Article publié dans le JTT du jeudi 13 décembre.

samedi 8 décembre 2018

La réouverture d'une ligne, c'est historique!

Pour fêter ça, tous les trains, de Belfort à Delémont, sont gratuits aujourd'hui.



La région retrouve sa place au cœur de l'Europe.
Un événement développé dans le Hors-Série spécial Belfort-Delle de l'Esprit Comtois.

samedi 1 décembre 2018

La Fondation Vasarely à Aix-en-Provence


Victor Vasarely est un plasticien singulier dans l’histoire de l’art du XXème siècle. Accédant à la notoriété de son vivant, il a créé une nouvelle tendance : l’art optique. Dont la Fondation Vasarely, à Aix, inaugurée en 1976, illustre parfaitement la théorie d'intégration de l'art dans l'architecture.

Victor Vasarely naît à Pécs en Hongrie en 1906. Il entreprend de brèves études de médecine à l’université de Budapest, dont il gardera une formation scientifique, puis en 1929, entre dans une école d'art de Budapest issue du Bauhaus et découvre l’art abstrait, adapté aux mutations du monde moderne et de l’industrie. Mais les mouvements avant-gardistes sont mal vus du gouvernement hongrois. Vasarely quitte la Hongrie et s’installe à Paris en 1930. Il est engagé chez Havas, l’agence de publicité, ainsi que chez Draeger, célèbre imprimeur de l’époque, comme dessinateur – créateur. Durant cette période graphique (1929-1946), Vasarely pose les fondements de sa recherche plastique : le travail sur la ligne, les effets de matières, les jeux d’ombre et de lumière, le goût pour la perspective. 

A l'heure actuelle, les images par ordinateur nous ont familiarisés avec les formes qui se déforment, mais dans les années 1950, réaliser des formes qui surgissent de réseaux déformés ou de contrastes juxtaposés est une vraie prouesse technique. Les 44 œuvres monumentales exposées dans les modules hexagonaux du centre architectonique d'Aix illustrent  l'art optique et ses illusions à travers la variété des matières, émaux, cartons, acier, miroirs, staff, tapisseries, et du jeu des couleurs. Le plasticien avait inventé un Alphabet Plastique, qu'il utilisait pour combiner et permuter formes et nuances.

Entre 1935 et 1947, Vasarely redécouvre la peinture, cubiste ou surréaliste. Ses « fausses routes », toiles figuratives, sont le reflet d’une évolution vers une schématisation de l’objet. Puis c'est le tournant vers le cinétisme. En 1954, Vasarely réalise ses premières intégrations architecturales dans la cité universitaire de Caracas au Venezuela, en collaboration avec l’architecte Carlos Villanueva. D'autres intégrations urbaines le rendront célèbre à travers le monde entier, ainsi en France le logo de Renault et la façade de RTL réalisés dans les années 1970.

Victor Vasarely, admirateur de Cézanne, a choisi Aix pour y installer son musée. Il est décédé en 1997, mais la Fondation Vasarely continue d'attirer les visiteurs intrigués par l'art optique. Actuellement, outre les œuvres magistrales, l'exposition des « Fausses routes » permet de donner une vision complète de l'oeuvre de Vasarely.

Article publié dans le JTT du jeudi 29 novembre.

dimanche 25 novembre 2018

Festival Entrevues et réalité virtuelle

Le Festival Entrevues de Belfort se termine aujourd'hui.

Parmi les films d'auteur en compétition, le public a choisi de récompenser un court métrage expérimental : L'île des morts", de Benjamin Nuel. Un film à visionner avec un casque spécial, une expérience incroyable de réalité virtuelle.
C'est le dernier jour pour la tenter !

Qu'est-ce ? C'est une technologie informatique qui simule la présence physique du spectateur dans un environnement artificiellement généré par des logiciels. Après avoir enfilé le casque, on est totalement plongé dans un monde virtuel, qui pourtant semble si réel, qu'on a envie de toucher l'espace autour de soi pour vérifier.

Benjamin Nuel, né en 1981, est un créateur de films et de jeux vidéos. Il a choisi d'immerger le spectateur dans un mythique tableau d'Arnold Böklin : L'île des Morts. Immersion n'est pas un vain mot, on est plongé dans l'eau, puis entraîné dans la barque avec Charon, on se rapproche de l'île, on accoste. Involontairement nos mains essaient de toucher l'eau, la barque, l'ile, virtuelles qui semblent si réelles, c'est déstabilisant, une impression fantastique. Supérieur à la 3D, voilà le cinéma de demain.


dimanche 18 novembre 2018

Chronique littéraire : Un loup pour l'homme, de Brigitte Giraud


1960 : La guerre d’Algérie, vue du côté d’un appelé. Antoine, tout juste marié, a été déclaré apte, il doit partir, désolé de laisser à Lyon sa femme enceinte. Il demande à ne pas porter les armes et est affecté comme infirmier à l’hôpital de Sidi-Bel-Abbès. S’il n’est pas au cœur des opérations militaires, il en affronte les conséquences dramatiques. La violence, la peur, sapent le moral des troupes, les soldats sont traumatisés. Oscar, jeune caporal amputé, est le symbole d’une jeunesse détruite. Antoine essaie de l’apprivoiser, de le réconforter.
L’arrivée imprévue de sa femme Lila, courageuse et insouciante, venue accoucher en Algérie, lui donne un statut particulier, mais n’arrive pas à le distraire de l’horreur qu’il vit au quotidien. Antoine est le témoin de la sauvagerie des hommes, et la bulle conjugale ne peut le combler. La fille de Antoine et Lila naît, c’est Brigitte Giraud elle-même, qui rend ici un hommage particulier à ses parents, à leur humanité. Elle brosse avec des mots simples et retenus un portrait sensible des traumatismes engendrés par cette guerre.
Brigitte Giraud est une écrivaine française, auteure de nombreux romans et nouvelles. Elle vit à Lyon. Son dernier roman vient de paraître en poche chez J’ai Lu.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 22 novembre .

samedi 10 novembre 2018

Le porte-bonheur de la Grande Guerre : Nénette et Rintintin

Le dessinateur Francisque Poulbot est connu pour ses illustrations des « titis » parisiens. On a oublié que, patriote convaincu, agacé de la mainmise allemande sur le secteur du jouet en France, il fut le créateur de deux petites poupées, nommées Nénette et Rintintin, surnoms que sa femme et lui se donnaient dans l'intimité. Commercialisées d’abord sous forme de poupées à tête de porcelaine, les « poupées Poulbot », Nénette et Rintintin devinrent très vite deux petits pantins fabriqués et reliés en fils de laine. Très populaires en 1918, ils étaient offerts au fiancé, à l'être aimé, qui partait au front et les gardait autour du cou comme porte-bonheur.

Après ce début romantique et français, l'histoire s'échappe pour connaître un retentissement mondial. Le 15 septembre 1918, le caporal américain Lee Duncan découvre une femelle berger allemand et ses cinq chiots de quelques jours, seuls survivants du chenil d'un camp de l'armée impériale bombardé. Les soldats se partagent les six chiens. Le caporal Duncan adopte deux chiens qu'il nomme Nénette et Rintintin en référence aux poupées fétiches que les enfants lorrains offrent aux soldats pour leur porter chance.

Quelques mois plus tard, Duncan rentre aux Etats-Unis avec ses chiens. Mais Nénette meurt durant la traversée de l'Atlantique. Rintintin, exceptionnellement doué, se produit dans divers spectacles. Le producteur et réalisateur de cinéma Darryl Zanuck le voit sauter à plus de quatre mètres pour franchir une palissade. Il demande à filmer le chien, et c'est le début d'une immense carrière d'acteur : Rintintin jouera dans une trentaine de westerns produits par la Warner Brothers, à partir de 1923. Rintintin y interprète le rôle d'un chien de la cavalerie US, prodigieusement intelligent, qui assure souvent le succès des missions avec son petit maître Rusty.

Rintintin meurt le 10 août 1932, à l'âge de treize ans. Lee Duncan le fait rapatrier en France et enterrer au Cimetière des Chiens à Asnières-sur-Seine, en banlieue parisienne.Mais Rintintin reste une star, il a son étoile sur Hollywood Boulevard !

Article publié dans le JTT du jeudi 8 novembre.

samedi 3 novembre 2018

Le cimetière, miroir de la société

L'association Tain, Terre et Culture a proposé mercredi dernier au public une conférence de André Chabot, photographe natif de Tain et spécialiste mondial de l'art funéraire. Si le thème, le passage du cimetière chrétien au cimetière laïc, était austère, la présentation, images à l'appui, a passionné le public. Une approche « vivante » de la sociologie des cimetières et de l'évolution artistique qui l'accompagne.

Jusqu'au 19ème siècle, la mort était prise en charge par la religion. Les grands thèmes religieux, Christ, Vierge, anges, pleureuses, colonnes brisées, ornaient alors les tombes les plus riches, celles des ecclésiastiques et des aristocrates. En 1860 les cimetières sont municipalisés. L'Eglise officie alors aux obsèques, mais l'enfouissement est désormais confié aux laïcs. La statuaire funéraire se modifie avec l'émergence d'une bourgeoisie industrielle et matérialiste. On passe de l'espoir de la résurrection à une symbolique centrée sur la vie sur terre, à travers le métier, la philosophie, les sciences.
Le 20ème siècle avec les grands massacres collectifs marque la disparition progressive des rituels. Après la multiplication de tombes guerrières, la société civile prend le pas, anarchistes, libre-penseurs, poètes, affichent leurs convictions. La faucille et le marteau, les symboles francs-maçons, les citations parfois humoristiques ou impertinentes, remplacent les signes religieux sur les tombes. Le matérialisme et l'individualisme contemporains s'expriment librement, on personnalise le défunt à travers ses loisirs, son travail : pompier, footballeur, motard ou clown...

André Chabot est un spécialiste mondial de l'image funéraire. Installé depuis longtemps à Paris, il parcourt tous les grands cimetières de la planète, rapportant des séries de clichés étonnants, dont plusieurs font l'objet de livres d'art. Sa dernière parution rend hommage aux tombes des soldats de la Grande Guerre. Les photos présentées lors de la conférence, prises en Russie, en Argentine, en Europe, sont révélatrices de l'identité des peuples : en Argentine, les musiciens ont leur carré, ils sont représentés grandeur nature avec leurs instruments. En Russie, les militaires bardés de décorations, les cosmonautes avec leur fusée, voisinent avec les oligarques affichant une réussite de mauvais goût, assis sur des fauteuils présomptueux, leurs clés de Mercedes à la main.

Actuellement, tout est possible pour personnaliser une tombe, tant dans les matières, marbre, granit, bronze, que dans les décors, sculptés, forgés, photogravés ... Les créations florales, les assemblages de cailloux, de cœurs, les offrandes, les messages complètent et entretiennent une ambiance autour du corps du défunt. 
Après avoir photographié et analysé des milliers de tombes, André Chabot ne pouvait pas rester indifférent à la sienne; qu'il souhaite emblématique du 21ème siècle. Au Père-Lachaise, dans une chapelle restaurée, son caveau est prêt : sur un mur de
pierre vertical, un énorme appareil photo regarde le visiteur. Pas de nom, pas d'épitaphe, mais un QR Code qui renvoie au site internet de l'association créée par André et sa femme Anne : « La mémoire nécropolitaine ».

Article publié dans le JTT du jeudi 1 novembre.

samedi 27 octobre 2018

La Faïence de Moustiers


Moustiers-Sainte-Marie est un des plus beaux villages de France, perché dans les falaises ocre et roses des Hautes-Alpes, à quelques kilomètres des gorges du Verdon et du lac de Sainte-Croix. Un petit coin de paradis. Mais si des milliers de visiteurs s'y attardent chaque année, c'est aussi pour son histoire, intimement liée à celle de la faïence.

La nature autour de Moustiers a toujours fourni aux habitants les matériaux nécessaires à la poterie : eau, argile et bois. Dès le Moyen-Age, on y fabriquait des objets utilitaires en terre vernissée, tuiles, conduits, cruches. Mais il a fallu le passage d'un moine italien, originaire de Faenza, pour percer le secret de l'émail blanc qui imperméabilise les pièces. Pierre Clérissy créa ensuite en 1668 le premier atelier de « Faïence », utilisant la technique du « grand feu », que seule la couleur bleue supporte.
Lorsque Louis XIV, en grand besoin d'argent pour financer les guerres, demanda aux nobles de faire fondre leur vaisselle d'argent, la faïence bleue de Moustiers la remplaça sur les tables aristocratiques et devint à la mode à travers toute l'Europe. La notoriété de Moustiers s'amplifia durant tout le XVIIIème siècle.

En 1738, Joseph Olérys apporta d'Espagne la technique des décors polychromes, enrichissant la palette de couleurs des faïences.
Mais en 1769, on découvrit un gisement de kaolin près de Limoges, ce fut l'avènement de la porcelaine, plus fine. Les guerres, les tremblements de terre et la concurrence de faïences bon marché mirent peu à peu un terme à la production et la suprématie de Moustiers.
En 1927, Marcel Provence, disciple de Frédéric Mistral, comme lui passionné de culture provençale, décida de ranimer la fabrication de la faïence de Moustiers, célèbre dans le monde entier. Il installa au village un four électrique et s'entoura d'artistes inspirés par l'art moderne, notamment Picasso, qui réinventèrent l'artisanat de la faïence.

Depuis, les ateliers de faïenciers ont essaimé dans le village, ils sont actuellement une quinzaine à produire des œuvres originales, rivalisant d'imagination pour le plus grand plaisir des visiteurs, qui constituent un immense potentiel d'acheteurs. Mais le plaisir des yeux est gratuit pour tous ceux qui déambulent dans le village, entre les boutiques, le Musée de La Faïence avec sa magnifique collection de céramiques anciennes et la recherche des plaques de rues, enseignes, décors de fontaines, tous en authentique faïence de Moustiers.

Article publié dans le JTT du jeudi 25 octobre 2018.

samedi 20 octobre 2018

Quand Dieu boxait en amateur, de Guy Boley

Ce titre intrigant résume parfaitement le roman. Dieu, c'est le père de l'auteur, champion de boxe amateur dans les années 50-60 à Besançon. Pourquoi Dieu ? Une promotion en somme, parce que ce père, René, était déjà un demi-dieu lorsque son fils enfant l'observait dans sa forge, luttant contre les éléments dans une gerbe d'étincelles (voir « Fils du Feu »). Puis un jour, par la force de l'amitié, ce père-là, amateur de théâtre mais anticlérical, a accepté de jouer le rôle du Christ dans la pièce montée par son ami curé. Il est ainsi devenu Dieu.

Autant « Fils du Feu » était un récit à la fois flamboyant et retenu, centré sur l'enfance, la famille et la forge, autant « Quand Dieu... » se disperse en une multitude de facettes, toutes celles qui composent la personnalité de René : le quartier populaire des Chaprais, la forge, la boxe, l'amitié, le théâtre. L'occasion de brosser des scènes et des personnages pittoresques, pleins de vie ou en déshérence, entre neige et suie.
La société change, les traditions se perdent, le fils du Feu devient homme. Après avoir, dans les années 68, rejeté en bloc tout ce qui faisait la gloire de son paternel, rompu avec sa famille et vagabondé à travers le monde, Guy Boley renoue les fils de son passé. Pour honorer la mémoire du père, maintenant décédé, qu'il a si grossièrement rejeté, illustrant la formule psy : pour se construire, il faut tuer le père, tuer Dieu.
Le style de Guy Boley est flamboyant, imagé, mêlant érudition, causticité et efficacité. Il martèle ou cisèle les mots, alternant passages lyriques, expressions populaires, termes techniques ou savants, dans un décor nostalgique noir et blanc. C'est finalement le dictionnaire, l'amour partagé des mots, choisis, précis, assortis, qui relient le père et le fils, et transcendent cette mise à nu de deux destins cabossés.

Après avoir participé à Livres dans la Boucle à Besançon, aux Correspondances de Manosque, Guy Boley rencontrera les lecteurs de sa région, durant les Petites Fugues en Franche-Comté, du 19 novembre au 2 décembre.

vendredi 12 octobre 2018

Chronique littéraire : La veuve des Van Gogh, de Camilo Sànchez

On a écrit beaucoup de commentaires sur  Vincent Van Gogh, son frère Théo, et leur lien indéfectible. Lien si fort qu’après la mort de Vincent, Théo sombra dans le désespoir et ne lui survécut que 6 mois. L’originalité de ce récit, c’est de faire entendre la voix de Johanna, épouse puis veuve de Théo, qui dut « supporter », dans tous les sens du terme, l’omniprésence de Vincent. Après une descente aux enfers, dont seul son bébé lui donna la force de s’échapper, elle quitta Paris, pour retourner chez ses parents en Hollande.
C’est là qu’après un temps de deuil, elle décida de faire connaître l’œuvre de Vincent. Une œuvre picturale immense, niée par les contemporains, mais aussi une œuvre poétique, dont elle prit conscience en lisant les 350 lettres adressées par Vincent à son frère. Aidée de quelques amis, elle commença par aménager une maison d’hôtes où elle exposa les peintures de Vincent. L’intérêt des galeristes se fit jour peu à peu. Vincent était en avance sur son temps, c’est le vingtième siècle qui lui rendit honneur. Et Johanna, se montrant déterminée dans un monde de marchands aguerris, s’affirma comme une devancière de la cause des femmes.
Camilo Sànchez est né en Argentine en 1958. Diplômé en journalisme et sciences humaines, il a collaboré à différents journaux et revues. "La Veuve des Van Gogh" est son premier roman.
Disponible en poche chez Liana Levi.
Chronique publiée dans le JTT du jeudi 4 octobre.

vendredi 5 octobre 2018

Le quartier de La Défense à Paris

Le quartier de la Défense n’est pas simplement le premier quartier d’affaires d’Europe : il a une âme. Situé à l’ouest de Paris, au-delà du pont de Neuilly, dans une zone très active, son aménagement a commencé en 1958. Encadrée par l’état, son architecture a été réfléchie. A première vue, une multitude de tours à la géométrie audacieuse, aux matériaux innovants, qui surprend par sa verticalité. Doublée au sol, par une large esplanade végétalisée réservée aux piétons, qui grimpe doucement de la Seine vers la Grande Arche et au-delà, poursuivant l’axe historique Louvre - Champs-Elysées. 

La Grande Arche est l’emblème du quartier. Ce cube évidé de marbre blanc d’une pureté fascinante, issu pourtant d’une histoire mouvementée et douloureuse, a permis d’harmoniser et de donner une assise à la fois aérienne et monumentale à l’ensemble de constructions hétéroclites qui l’entoure. Elle a été inaugurée en 1989, pour le bicentenaire de la Révolution. Sa terrasse panoramique, à 110 m de hauteur offre une vue extraordinaire à 360° sur l’agglomération parisienne. En face, l’axe historique traversant l’Arc de Triomphe, puis le moutonnement vert du jardin d’acclimatation, d’où surgit la Fondation Vuitton, plus loin la Tour Eiffel. De l’autre côté, les tours Nuages, le Mont-Valérien, Puteaux, Courbevoie, Nanterre et La Garenne-Colombe. Tout autour de la Grande Arche les immeubles rivalisent de hauteur et d’originalité, en bas, la large esplanade de jardins, commerces et espaces de détente gère les flux de circulation : piétons, métro en sous-sol.
Cette esplanade aménagée dans les années 2000 est agrémentée d’une soixantaine d’œuvres d’art contemporain monumentales, de Calder, Miro, César, Takis… Le parcours artistique se déroule dans une suite de jardins, bosquets, jeux d’eau, qui donne un charme incroyable à ce quartier gigantesque. Restaurants, bars, commerces, Food trucks s’y succèdent, les milliers d’employés, étudiants, habitants en profitent dès les beaux jours pour y déjeuner ou flâner. Parmi toutes les œuvres d’art, il en est une qui dénote par son style XIXème, mais elle est déterminante : c'est la statue de bronze de La Défense, qui a donné son nom au quartier. Oeuvre de Louis-Ernest Barrias, elle commémore la défense de Paris lors du siège de la ville par les Prussiens en 1870-71 et fut érigée en 1883 au rond-point de Courbevoie, devenu maintenant rond-point de la Défense. 
Les touristes ne s’y trompent pas, ils sont plus de 2 millions à fréquenter ce Paris ultramoderne, sophistiqué et cependant très convivial.

Article publié dans le JTT du jeudi 4 octobre.

vendredi 28 septembre 2018

Architecture au sommet : « Fiore di Pietra », la fleur de pierre de Mario Botta


Mario Botta est un architecte suisse né en 1943, installé à Lugano. Après ses études d’architecture à Venise, il a travaillé notamment avec Le Corbusier, et comme lui, est convaincu que la maîtrise de la lumière n’est possible que par la simplicité des formes. Sa réputation est internationale, ses œuvres sont visibles dans le monde entier, ainsi le musée Tinguely de Bâle, la tour de Moron dans le Jura, la cathédrale d’Evry en France, le musée d’Art moderne de San Francisco…

L’engouement de Botta pour la nature, les formes géométriques pures, les matières nobles, est parfaitement illustré par la structure Fiore di Pietra, érigée en 2017 au sommet du Monte Generoso, 1704 m. Un site magnifique, dominant le lac de Lugano, à la frontière entre Suisse et Italie. Le bâtiment, assemblage de pierre grise et de verre, en forme de fleur géante à peine éclose, est situé à l’arrivée du train à crémaillère. Il accueille les randonneurs et les touristes avec un restaurant d’altitude, des salles de conférence, une terrasse panoramique pour le pique-nique. De nombreux événements y sont organisés : observation des étoiles, concerts, expositions…

Le Monte Generoso, comme son nom l’indique, est un magnifique promontoire rocheux qui offre de nombreuses activités sportives : via ferrata, mountain bike, parapente. Mais c’est en parcourant les sentiers de crête, le long de falaises vertigineuses, qu’on profite vraiment des richesses de ce parc naturel : un panorama à couper le souffle, avec les sommets des Alpes alentour, les villages parsemés sur les pentes, les différents bras du lac en contrebas. L’éclatante palette de couleurs : ciel bleu, prairies vertes, rochers blancs, eau turquoise est agrémentée par une flore sauvage formée d’exceptionnels massifs de lupins bleus. Sur les alpages, des vaches côtoient des chamois peu farouches, la vie agricole ancestrale se poursuit. En témoigne une ancienne glacière d’altitude (nevera) toute ronde, en pierres sèches, un modèle d’architecture paysanne qui aurait pu inspirer Botta.

Article publié dans le JTT.

jeudi 20 septembre 2018

La visite du Sénat

Depuis l’accession de M. Bouchet au rang de sénateur, de nombreuses associations locales ont eu le privilège de visiter le Sénat. Lundi, c’était le tour de la classe 68, une trentaine de Tainois et Tournonnais réunis sous la houlette de Marlène. Une joyeuse ambiance régnait dans le TGV, après la rencontre fortuite, dès la gare de Valence, du sénateur et de son épouse, qui retrouvaient dans le groupe de nombreux camarades de jeunesse.


Savez-vous qu’à Paris la rue de Tournon est celle qui mène au Sénat ? Un clin d’œil que les visiteurs n’ont pas manqué de remarquer, lorsqu’ils ont passé la porte d’entrée du Palais du Luxembourg. M. Bouchet, après les contrôles de sécurité, a présenté son attachée parlementaire, Diane, en charge de la préparation de toutes ses activités. Une femme dynamique et efficace qui a entraîné le groupe à travers le Palais pour une première approche. L’hémicycle était vide, la rentrée parlementaire n’étant pas encore effectuée, chacun a pu le visiter, le photographier, s’y assoir. L’occasion pour M. Bouchet de présenter le fonctionnement du Sénat. Les débats, les interventions, les amendements. La façon de voter, qui peut se faire à main levée, alors qu’avec l’équipement numérique sophistiqué, tout est enregistré, même le moindre aparté passe au J.O. !
Un moment plus convivial a suivi, avec l’apéritif offert au bar du Sénat, avant de gagner le superbe salon Napoléon où le repas avait été réservé. Nappes blanches, couverts en argent, personnel stylé, le décor était raffiné jusque dans l’assiette. M. Bouchet a évoqué son travail : commissions, consultations, rapports, promotion de sa région à travers les vins, les truffes, partenariats avec les entreprises, projets d’installation dans la Drôme pour certaines. Tout cela en trois jours de présence par semaine, avec des horaires variables et souvent nocturnes.
A 14h30, la visite guidée du Palais a suivi. Sa construction a débuté en 1615 sous Marie de Médicis, veuve de Henri IV. Elle voulait recréer l’ambiance de sa ville natale, Florence. Les enfilades prestigieuses ont gardé leur décor somptueux, malgré de nombreuses transformations : Prison sous la Terreur, Sénat sous le Directoire, Chambre des Pairs sous la Restauration, occupée par la Luftwaffe pendant la deuxième guerre. Dorures, marbres, miroirs, tapisseries, lustres, meubles d’époque… décorent les salles d’apparat, comme celle des Conférences, du Livre d’or. Sur l’escalier monumental, la pose (photo) s’impose.
Au fil de la visite, la guide a évoqué son métier à multiples facettes : il y a 1200 employés au Sénat, pour 348 sénateurs : huissiers, guides, préposés au ménage, à l’entretien, au secrétariat, à la restauration, chauffeurs, coiffeur… il y a même une salle de gym pour le personnel.
La bibliothèque historique est un lieu paisible, ouvert sur le jardin du Luxembourg, on y trouve le meuble d’origine qui a contenu la Description de l’Egypte commandée par Napoléon. Mais le petit extra, ce fut la visite de l’annexe, où est tourné le programme TV Bibliothèque Médicis. Autre lieu secret : l’ancienne chapelle, où se réunit la commission Défense à laquelle participe M. Bouchet. Encore quelques couloirs, sous-sols, escaliers, salons à parcourir, pour terminer la visite. Chaleureux remerciements au sénateur qui a chouchouté le groupe toute la journée.
Le temps estival se prêtait à un détour par les jardins ensoleillés du Luxembourg, avant d’affronter la foule du métro, puis de la gare de Lyon. Et de retrouver ensuite la Vallée du Rhône, la tête pleine des ors de la République. Avec en mémoire les paroles de M. Bouchet : "Le Sénat est la maison de tous les citoyens, donc c’est aussi votre maison !"

Article publié dans le JTT du jeudi 20 septembre.

mardi 11 septembre 2018

Chronique littéraire : Chanson douce, de Leïla Slimani


Une chanson douce, un enfant qui s’endort, la maison calme et propre, c’est tout ce qu’on désire quand on est une mère de famille surbookée. 
Myriam a enfin trouvé la nounou idéale, celle qui lui permet de reprendre son travail d’avocate, l’esprit tranquille, car ses enfants sont en de bonnes mains. Louise est parfaite, non seulement elle sait merveilleusement s’occuper de Mila et Adam, mais c’est une fée du logis : ménage, lessive, petits plats, elle assume tout. Myriam et Paul peuvent s’investir dans leurs professions, et profiter d’enfants propres et nourris le soir.

Hélas derrière tout cela, une fêlure apparait peu à peu. Louise n’est pas aussi lisse qu’il y paraît, elle cache des tendances caractérielles, d’anciennes blessures. Myriam et Paul, pris au piège de la dépendance, s’en aperçoivent trop tard, quand le drame est inévitable.

Leïla Slimani analyse avec lucidité et finesse les rapports mère-enfant, employeur-employé. La difficile conjonction maternité et vie sociale, le décalage homme-femme, la négligence et le stress qui favorisent les impairs, la folie ordinaire. On connaît dès le début le tragique dénouement, mais l’analyse du caractère de Louise, les éclairages sur son passé soutiennent l’intrigue. On aimerait même en savoir davantage sur son état mental au moment du passage à l’acte. Les ressorts de l’âme humaine restent un grand mystère.

Née à Rabat en 1981, Leïla Slimani est une écrivaine et journaliste franco-marocaine. Elle vit à Paris et a obtenu le Prix Goncourt 2016 avec ce roman au scalpel (sans jeu de mots).

Actuellement en poche dans la collection Folio.

Chronique publiée dans le JTT.

mardi 4 septembre 2018

Festival des Humoristes de Tournon : beau succès auprès des enfants

Jeudi dernier, dans le cadre du Festival des Humoristes, deux spectacles gratuits ont permis aux enfants de passer un joyeux après-midi. Avec Gromic à la Cour du Lycée, dans un registre poétique, puis avec un Boulon gentiment décalé à la place du Grillet, parents et enfants ont profité de divertissements interactifs. Un festival off qui élargit encore le public habituel du Festival des Humoristes, et une bonne manière d’égayer les derniers jours de vacances.



Article publié dans le JTT.

mardi 28 août 2018

Julie Bradley, la dame aux chapeaux

Après avoir exposé ses créations originales dans différents salons d'artisanat et d'art de la région, Julie Bradley a décidé cet été de rencontrer un autre public en présentant ses modèles sur le marché de Tain. Casquettes et chapeaux, bandeaux et foulards, son stand coloré attire les regards de tous les passants le samedi matin. Il faut dire que la qualité et le chic sont au rendez-vous, les couvre-chefs tous différents sont des pièces uniques. Pour l'été, ils sont confectionnés en paille, lin ou coton, dans un patchwork de tissus ethniques, classiques ou vintage.

Julie Bradley est Québécoise, son nom le laisse deviner, mais elle a perdu son accent rocailleux, depuis une vingtaine d'années qu'elle habite à Tain. Venue en France pour étudier dans une école de stylisme, elle s'est spécialisée en chapellerie, a travaillé chez une modiste parisienne avant de s’installer dans la vallée du Rhône. Les chapeaux, les chiffons, sont un monde dans lequel elle a toujours évolué. Dès l'enfance, les chapeaux de sa mère la fascinaient, elle cherchait à les imiter, à fabriquer des accessoires. Aujourd'hui, elle poursuit cette activité créatrice, volontairement maintenue à un niveau artisanal.

Julie répond aussi aux commandes particulières, elle peut assortir un chapeau à une tenue, masquer une perte de cheveux, dompter une coiffure ébouriffée ... Quand la bise sera venue, elle proposera écharpes et bonnets, cagoules et châles. Des cadeaux douillets, chics ou décontractés, pour hommes, femmes et enfants.

Rendez-vous sur le marché de Tain le samedi matin.
Contact :  Julie Bradley, modiste
06 81 39 00 91


Article publié dans le JTT du jeudi 23 août.

jeudi 23 août 2018

La riviera ligure


C’est la région côtière qui prolonge la Côte d’Azur en Italie, depuis San Remo jusqu’à La Spezia. En plus de la simple villégiature, elle offre une riche palette d’activités. Et moins de luxe, une plus grande authenticité que la riviera française.
Bien sûr, on y longe la mer infiniment bleue sur des autoroutes aériennes ponctuées de tunnels, parmi les cyprès, pins parasols, palmiers, lauriers exubérants. Mais la végétation méditerranéenne n’est pas que décorative, elle affirme sa vocation agricole. Ainsi, dans les collines au-dessus d’Imperia, on compte plus de 100 000 oliviers, qui produisent une huile d’olive renommée, à partir des petites olives très parfumées de la variété taggiasca. Le superbe musée Carli permet de connaître le circuit de l’olive, et commercialise ses produits à travers boutique et restaurant.
A l’embouchure des torrents piémontais, on trouve les jardins d’agrumes, citronniers, orangers, mandariniers (qui produisent entre autres le Chinotto, un composant du Campari), les vignes, les serres, abritant toutes sortes de fleurs et légumes, salades, tomates, aubergines. La Ligurie est une terre gastronomique, ses restaurants multiplient des produits frais et bio, parfaitement dans la mouvance du Slow Food.

Finalborgo, Albissola, Alberga, petites villes médiévales, ont gardé tout leur charme, à l’abri des remparts et y ajoutent les plaisirs de la plage. Les ports historiques de Savona et La Spezia ont été rénovés pour attirer le tourisme en plus de leur vocation marchande. Portofino est un bijou qui attire la jet-set, mais c’est surtout Gênes, la capitale, qui mérite le détour. Une ville dont la richesse remonte à sa puissance maritime et financière, du 13ème siècle au 16ème siècle. Dans les étroites ruelles, une suite de merveilleux palais Renaissance, qui ont motivé l’inscription de la ville au Patrimoine de l’Unesco. Le port est l’un des plus grands et des plus actifs de Méditerranée, ce qui est logique pour la ville natale de Christophe Colomb. C’est d’ailleurs à l’occasion du 500ème anniversaire de la découverte de l’Amérique qu’un autre enfant du pays, l’architecte Renzo Piano, a totalement rénové le Porto Antico pour en faire un lieu convivial et festif où il fait bon flâner. Reprenant les éléments emblématiques de la vie portuaire : grues, voiles, haubans, il a créé une zone piétonne articulée entre les anciens entrepôts et ses constructions aériennes au bord de la mer. Promenade, restaurants, boutiques, un immense aquarium, un Musée de la Mer. Et le Bigo, un ascenseur panoramique, permet de s’élever à 40 m au-dessus du port pour bénéficier d’une vue superbe sur Gênes et sa baie.

A quelques encablures de cette vie trépidante, la nature s’affiche : Les Cinque Terre attirent les randonneurs de tous les pays. Cinq villages distants de quelques kilomètres, alignés sur un promontoire rocheux dominant la mer, où l’on vivait jadis de la pêche, des citrons et de la vigne. Ce site naturel, accessible seulement à pied, en train ou par bateau, est lui aussi inscrit au Patrimoine mondial. Beaucoup de visiteurs, subjugués par le décor spectaculaire, empruntent les chemins escarpés entre vignes et maquis, entre ciel et mer, avant de rejoindre les petits ports aux façades colorées pour y déguster la farinata (tarte aux pois chiches), accompagnée d’un caffè ou d’un gelato. La dolce vita, tout près de chez nous…

Article publié dans le JTT du jeudi 16 août.

vendredi 17 août 2018

Gilbert Cochet, un Ardéchois autour du monde


Gilbert Cochet, naturaliste né à Lyon en 1954, vient de publier un nouveau manifeste aux éditions Actes Sud : Ré-ensauvageons la France, en collaboration avec Stéphane Durand.
La vie sauvage, c'est son milieu naturel. Gilbert Cochet vit à Saint-Romain-de-Lerps lorsqu’il ne court pas le monde. Ce naturaliste bien connu dans la région, puisqu'il a enseigné durant des années les Sciences de la Vie et de la Terre au lycée du Sacré-Cœur de Tournon, ne se cantonne pas à arpenter l'Ardèche buissonnière. Il a la chance de parcourir toute la planète, à l'occasion de collaborations multiples, comme avec Jacques Perrin pour son film « Les Saisons », Nicolas Hulot pour « Ushuaia » ou encore pour le magazine « Des Racines et des Ailes ».

Conseiller scientifique pour ces documentaires, il a en charge le respect des espèces filmées, dans leur évolution, leur comportement, leurs lieux de vie. Le plus grand défi, pour le film « Les Saisons » a été non seulement d'approcher le peuple des forêts le plus près possible, bisons et loups, rennes et ours, lynx et chouettes, mais surtout de reconstituer son histoire dans ces territoires européens que nous partageons depuis la dernière ère glaciaire.

Rien n'échappe à la passion du naturaliste, ni la faune, ni la flore, ni la géologie. Gilbert est fidèle au petit garçon qui jouait dans la rivière avec les tritons, les crapauds. Une vocation précoce qui a pu se développer quand il a reçu ses premières jumelles, après l'obtention du brevet. Dès lors, il a suivi la voie naturaliste, d’instituteur initiant ses élèves à l’observation, puis professeur agrégé de SVT, jusqu'au Museum national d'Histoire naturelle à Paris, dont il est attaché et correspondant, spécialiste de malacologie (sciences des mollusques d'eau douce). Ce qui lui vaut entre autres de participer aux commissions d'études ministérielles et européennes. Entre les cours dispensés à la faculté de sciences et à l'ENS de Lyon, à l'université de Suze-la -Rousse ...  et les voyages, des Carpates à la Norvège, de l’Amazonie à l’Indonésie, Gilbert Cochet a contribué à la rédaction de nombreux documents : Le fleuve Rhône, Les gorges et les monts de l’Ardèche, Atlas des oiseaux nicheurs de Rhône-Alpes

Son dernier livre est un plaidoyer pour une nature sauvage et libre, cosigné avec Stéphane Durand, le scénariste du film « les Saisons ». Mais c'est surtout avec son épouse Béatrice, agrégée de sciences naturelles comme lui et pilote d'hélicoptère de surcroît, que Gilbert fait équipe.  Ensemble ils projettent d'écrire et publier d’autres livres, plus photographiques ceux-là, sur la vie sauvage et la nécessité de sa protection. Si la préservation de la nature en France a largement bénéficié de la loi de 1976, d'autres pays ont besoin d'être sensibilisés. Et pour cela  il faut les initier à la contemplation du milieu naturel.

Gilbert et Béatrice Cochet participent à des projets internationaux : ainsi, l'accueil cet été dans le Diois de chamans venus de Colombie, pour échanger les connaissances sur les plantes. Un compte-rendu sera présenté lors des rencontres Festiwild. Un festival qui mérite le détour, dans le cadre magnifique de l'abbaye Sainte-Croix dans la Drôme. Parrainé par Jacques Perrin, il célèbre l'alliance de l'homme avec la nature sauvage et invite artistes, penseurs, scientifiques, naturalistes à exprimer leurs liens profonds à la Nature.

Festiwild aura lieu à Sainte-Croix le dernier week-end de septembre.
Renseignements : http://festiwild.org/

A lire : Gilbert Cochet et Stéphane Durand : Ré-ensauvageons la France, Actes Sud


Article publié dans le JTT du jeudi 16 aoüt.

samedi 11 août 2018

Les Iles Eoliennes, paradis des amateurs de vulcanologie

Stromboli. Qui n’a pas rêvé de ce bloc de rochers noirs, que la blonde Ingrid Bergman essayait de fuir, dans le film de Rossellini sorti en 1950 ? Eh bien, à Stromboli, la vie n’a guère changé malgré l’afflux des touristes. Une beauté âpre à couper le souffle. Pas de route, juste des sentiers et des bateaux, pour aller d’un lieu à l’autre. Les touristes grimpent en colonnes bien encadrées sur les flancs du volcan, toujours actif, pour assister aux éruptions nocturnes. Puis repartent en bateau, après avoir dévalisé les magasins de souvenirs et les cafés. L’île retrouve alors son calme, sa vie traditionnelle, indifférente à l'éventualité d’une éruption subite.
Stromboli fait partie de l’archipel des Eoliennes, sept îles volcaniques, situées à quelques kilomètres au nord de la Sicile. Le paradis des vulcanologues qui peuvent varier les plaisirs : monter aux sommets, admirer les cratères, la lave en fusion, les émanations de gaz sulfureux, ramasser des éclats d’obsidienne, de pierre ponce, de kaolin. Et dégringoler ensuite parmi les genêts et bougainvillées jusqu’aux petits villages blancs, pour profiter des joies de la mer.

La plus grande des îles, c’est Lipari. Un lieu de vacances idéal, avec sa citadelle, son musée, son joli port. Une petite Italie en miniature, où la vie s’arrête entre les passages des ferrys et hydroglisseurs qui apportent toutes les ressources du continent, marchandises, touristes, travailleurs, jusqu’à l’eau potable. Le matin, les triporteurs s’installent aux carrefours pour vendre du poisson ou des fruits frais. Le soir, touristes et habitants se retrouvent pour la rituelle passeggiata entre la rue piétonne et le port. La dolce vita.
Vulcano est une immense soufrière, l’escalade de son Gran Cratere est facile, si l’on n’est pas sensible aux émanations. Salina est une réserve naturelle, couverte de câpriers et de vignes qui produisent le vin de Malvoisie. Panarea se la joue jet-set, ses fonds sous-marins sont superbes. Les minuscules Alicudi et Filicudi sont des ilots simplement formés d’un cône volcanique sur lequel quelques maisons abritent une dizaine d’habitants.
Depuis Lipari, les bateaux desservent régulièrement toutes les îles, chacune ayant son originalité. Mais partout des sentiers, des falaises, des grottes, des plages de sable noir, galets, ou rochers, permettent de pêcher et chasser crabes, oursins et coquillages. Et de profiter de la baignade. Pour rejoindre l’archipel, il faut d’abord aller en Sicile, puis gagner le port de Milazzo, enfin prendre le bateau. Malgré ce trajet compliqué, en été, les îles sont surbookées. C’est au printemps ou en automne qu’il faut savourer ce petit paradis de mer, de feu et de fleurs, où l’on vit hors du temps. Ciel azur, mer infiniment bleue, rochers noirs, brise garantie, car les îles éoliennes sont le domaine d’Eole, dieu des vents. Les quatre éléments sont réunis pour combler toutes les attentes des visiteurs.

Article publié dans le JTT du jeudi 9 août.