mercredi 25 avril 2018

Amateurs d’illusion optique : Youri Messen-Jaschin expose au POPA


Qu’est-ce que le POPA ? Le Porrentruy OPtical Art. Créé en novembre 2016, c’est un musée unique en Europe qui présente une collection d'oeuvres d'art optique. Il est situé à Porrentruy (Jura) dans un bâtiment historique de la vieille ville, l’ancienne Maison Turberg, rachetée et restaurée par Pierre Kohler.
Qu’est-ce que l’art optique ? L'art optique ou OpArt explore la faillibilité de l'oeil et piège le cerveau à travers des illusions visuelles. Un de ses précurseurs est Victor Vasarely.
Qui est Pierre Kohler ? Né en 1964 à Delémont (Jura), cet homme politique suisse, avocat de formation, a exercé de nombreux mandats de 1985 à 2015, ministre, conseiller, député-maire de Delémont. Il s’est impliqué dans diverses actions de développement durable, exigeant notamment la destruction de la décharge de Bonfol., Il a initié de nombreuses manifestations culturelles, dont le festival du cinéma suisse. Et a abandonné la carrière politique pour se consacrer à l’art contemporain.
Et  Youri Messen-Jaschin ?  Artiste d’origine lettonne, né en 1941, il a vécu sur tous les continents et est mondialement célèbre. Géomètre passionné, il décline et multiplie les carrés, triangles, cercles à l’infini, les décale, les superpose pour piéger l’œil. Son tracé est tellement sûr qu’il n’utilise ni règle ni compas. Il affectionne les couleurs vives, travaille les sérigraphies sur plexiglas, les gouaches sur papier récupéré, cartes géographiques, papier à musique ou billets d’un dollar. Et utilise toutes les technologies modernes pour mettre en lumière ou en mouvement ses créations. Plus de 60 oeuvres originales de 1965 à 2018 sont présentées au POPA. Une exposition qui illustre parfaitement l’art optique.


Exposition Youri Messen-Jaschin  au POPA, 42 rue Pierre-Péquignat, à Porrentruy.
du 21 avril au 20 mai 2018, les samedis et dimanches de 10 à 18 heures. 
Entrée : 10 CHF.


mercredi 18 avril 2018

Chronique littéraire : Avant que les ombres s'effacent, de Louis-Philippe Dalembert


On croit tout connaître sur la guerre de 1939-45. Et on découvre ici une prise de position courageuse, symbolique et pourtant méconnue : en 1939, l'état Haïtien vota un décret autorisant ses consulats à délivrer des passeports à tous les Juifs qui en feraient la demande. Seul pays à proposer l'asile sans contrepartie. Une opportunité que saisira le docteur Ruben Schwarzberg.

Ruben est le héros principal du livre. Né en Pologne, réfugié enfant à Berlin où il a fait ses études de médecine, il doit tout abandonner pour fuir avec sa famille les pogroms antijuifs initiés par Hitler en 1938. S'en suivent une série de péripéties, emprisonnement à Buchenwald, traversée de l'Atlantique sur le Saint-Louis, un navire affrété par les demandeurs d'asile, qui sera refoulé partout et devra revenir en Europe, emprisonnement dans un camp en France, séjour enchanteur à Paris … avant de pouvoir émigrer à Haïti, terre d'accueil.

Haïti est le deuxième héros du livre. Un pays bouleversé par les séismes, au passé rebelle, au présent chaotique, à l'économie corrompue, la misère omniprésente, mais où le mélange des populations a donné naissance à une joie de vivre, une capacité d'accueil, une tolérance aux autres cultures qui en fait une terre promise pour les victimes du génocide.

Louis-Philippe Dalembert, né à Port-au-Prince en 1962, professeur à Paris, dépeint son pays et le nôtre avec une tendresse caustique, il manie aussi bien l'amour que l'humour, le lyrisme que le détail des faits historiques. Son hommage à la position pleine de panache de son pays en 1939 est instructif et passionnant.

"Avant que les ombres s'effacent" est maintenant disponible en poche chez Points.

Chronique publiée dans le JTT.

samedi 7 avril 2018

La Repùblica del cacao


C'est le surnom de l'Equateur. Les grandes plantations de cacaoyers, qui exportent à l’international, sont concentrées sur la côte de l’océan Pacifique. Mais partout dans le pays, dans les Andes comme en Amazonie, les cacaoyers sont présents dans la nature et chaque famille en use pour sa consommation personnelle. La cohabitation avec d’autres arbres fruitiers, bananiers, avocatiers, manguiers, ananas… donne au cacao artisanal un goût floral et épicé bien supérieur à celui des grandes monocultures. L’exploitation bio n’est cependant pas une sinécure !
Après avoir récolté les cabosses, les avoir ouvertes, puis retiré et laissé les fèves fermenter, les paysans les font sécher le long des routes. Attention, il faut être vigilant, et les rentrer au moindre signe de pluie, car dans cette zone tropicale, l’averse ne prévient pas ! 

Conditionnées ensuite en sacs de 50kg, les fèves sèches partent à la coopérative (on les monnaie environ 100$ le sac) ou sont achetées par des intermédiaires de grandes sociétés (là, c’est 60$ seulement). Les coopératives regroupent quelques dizaines de petits producteurs, elles vendent leur récolte, mais en torréfient une partie pour leurs adhérents, dans des machines artisanales, à raison de 2 kg à la fois. Les fèves torréfiées sont ensuite moulinées, pour obtenir la poudre de cacao et le grué, qui servent aux préparations diverses de chocolat. Souvent réalisées avec la mélasse de canne à sucre locale. 



L’Equateur est le berceau historique du cacao. On a retrouvé des fèves de cacao dans des poteries datant de plus de 5000 ans. Les fèves séchées étaient utilisées comme boisson énergisante, mais aussi comme monnaie. La boisson amère connue sous le nom « xocolatl », cacao mélangé à de la farine de maïs et bouilli, stimulait l’endurance des Indiens à l’effort. Une version plus raffinée, mélangée à froid avec du miel et de la cannelle, était servie aux classes dominantes.
Les conquistadores espagnols l’ont importée en Europe dès 1585, en lui ajoutant du sucre et du lait. Grand succès à la Cour d’Espagne, puis à celles d’Italie, de France ... Au début du 19ème siècle, on est passé de la boisson à la tablette : le début de la démocratisation.



Article publié dans le JTT.




dimanche 1 avril 2018

Le Chemin de Croix de Boucieu-le-Roi

Pierrre Vigne (1670-1740) est un prêtre ardéchois, missionnaire, fondateur des Soeurs du Saint-Sacrement, béatifié en 2004. Comme son prédécesseur Saint François-Régis, il a sillonné les chemins du Vivarais, évangélisant les populations pendant plus de trente ans.
Quand Pierre Vigne arriva à Boucieu, en 1712, il fut d'emblée séduit par la configuration du village, dont la topographie lui faisait penser à Jérusalem. Il s'y établit, et en 1714, édifia un chemin de croix appelé le Grand Voyage, d'une trentaine de stations sculptées, illustrant le chemin suivi par Jésus, de la Cène jusqu'à Pâques.

Comme chaque Vendredi-Saint, les fidèles du village et de la région, menés par l'évêque de Valence, Mgr Pierre-Yves Michel, accompagné du curé de la paroisse Saint-Basile, ont suivi ce chemin de croix vendredi après-midi. Les averses de pluie ont fait modifier le trajet : pas de chemin dans la campagne, le cortège est resté aux abords de l'église. Mais la participation a été forte et tonique, avec la participation des élèves des écoles Saint-Joseph de Valence et Charles-de-Foucauld de Lamastre. Un livret de prières distribué aux fidèles a permis de suivre à chaque station les paroles de la Bible, les commentaires de Pierre Vigne, et de participer aux chants, entraînés par les religieuses du Saint-Sacrement. Qui ont ouvert la chapelle et la maison Pierre Vigne à la fin du chemin de croix, pour un moment de partage très apprécié des participants.

Article publié dans le JTT du jeudi 5 avril.