vendredi 30 décembre 2016

Gréoux : La passion des santons

C'est un artisanat emblématique en Provence, que la famille Truffier met un point d'honneur à préserver. Et pour cause : ils sont santonniers à Gréoux-les-Bains depuis 8 générations. L'argile de Moustiers, les moules de plâtre, le séchage des figurines au soleil, avant la cuisson au four, et la décoration, tout se fait à la main, et dans le respect de la tradition. L'atelier Truffier-Douzon a obtenu le label convoité d'Entreprise du Patrimoine Vivant.

A l'origine, les santons, symboles de la piété populaire, ne passaient pas au four, ils restaient crus. Chaque famille réalisait les siens, et ils ne duraient que le temps d'un Noël. Puis les modèles artistiques destinés à décorer les églises se sont démocratisés, l'artisanat des santons s'est développé en France autour de Marseille, au début du XIXème siècle. Les premières grandes foires spécialisées ont permis aux artisans de confronter leurs techniques, de stimuler leur créativité. Santons peints, santons habillés, crèches, villages, végétation, les santonniers ont développé toute une gamme autour de la Nativité, et des petits métiers traditionnels de la région méditerranéenne.

Les santons, d'abord commercialisés pour Noël uniquement, ont connu un grand essor avec le développement du tourisme. Puis l'engouement s'est tari, seuls les collectionneurs et les traditionalistes s'y intéressaient. Aujourd'hui, le regain d'intérêt pour le patrimoine les remet en lumière. La maison Truffier-Douzon s'inscrit dans la tradition et le savoir-faire. Point de sujets à la mode, mais de l’authentique, en habits neufs. Il faut voir la perfection des détails, dans les vêtements et accessoires du rémouleur, de la poissonnière, du ravi, de l'Arlésienne... ou du soldat de 1914.
Moi, le santon que je préfère, c'est le Pistachié, appelé ici Bartoumiou, un coureur de jupons un peu naïf, qui apporte à la crèche ses présents : fougasses, fruits secs, morue et chapelet de ... saucisses.

http://www.santons-truffier.fr/

Article publié dans le JTT du jeudi 29 décembre 2016.

mardi 27 décembre 2016

Le choeur des anges à Tournon

Le chœur féminin Rimski-Korsakov de Saint-Pétersbourg a enchanté le public nombreux venu assister au concert à la Collégiale Saint-Julien, samedi soir. Les choristes russes, en aube pourpre, longs cheveux lissés, ont donné en première partie un récital consacré à la liturgie orthodoxe de Noël. Des psaumes religieux, sans interruptions, beaucoup de gravité, une attention soutenue, chacun a pu apprécier la maîtrise vocale des chanteuses et de leur chef, Sergueï Ekimov.

En deuxième partie, changement de style, les choristes ont égayé leur tenue de châles fleuris traditionnels, et proposé des chants de Noël populaires, des ballades de Tchaïkovski, Rimski-Korsakov. Quelques déplacements en procession dans les contre-allées ont mis en valeur l’acoustique parfaite de la collégiale. Les solistes ont rivalisé d’aisance, leurs salutations gracieuses, d’un tournoiement de châle, ont enchanté le public.

Le final était prévu avec un chant emblématique de Noël, en français : « Il est né le divin enfant », qui fut repris en chœur par un public enthousiaste. Mais les applaudissements n’ont cessé qu’après l’interprétation du célèbre « Temps du muguet », parfaite symbiose  artistique franco-russe. 

Article publié dans le JTT du jeudi 22 décembre.

vendredi 23 décembre 2016

Chronique littéraire : Le Royaume, de Emmanuel Carrère

Un livre exceptionnel. Par la richesse de la documentation étudiée : diverses versions de la Bible, en diverses langues, mais aussi chroniques grecques et romaines des premiers siècles, et exégètes de toutes époques. Un colossal travail d’érudition, impossible à faire soi-même, qui nous est livré en abrégé, dans sa quintessence. Un régal de découvertes.
Exceptionnel aussi par l’audace de l’auteur, à l’écriture critique, émaillée de comparaisons hilarantes avec notre contexte moderne : Les références à Ben Laden ou Poutine, Staline ou Saddam Hussein, permettent en un clin d’oeil de comprendre toute la complexité d’une situation. Une transmission des informations réussie.

Car le Nouveau Testament, recueil de textes poétiques ou incantatoires, de lettres, récits de la vie de Jésus, de méditations, prières, écrits par différents disciples, dans les années 60 à 90 après JC, est une œuvre multiforme foisonnante, mais mystérieuse. Comparer les versions des uns et des autres, traquer à travers le style de chaque auteur la personnalité qui s’exprime, savoir ce qui s’est vraiment passé, devient une enquête jubilatoire pour E. Carrère. Luc a sa préférence, avec sa démarche d’historien précis, qui n’a rien vu de ses yeux, mais qui analyse les données. Alors que Paul, qui a rencontré Dieu, mais pas Jésus, Marc, qui a vu Jésus de loin, Jean et Matthieu, qui ont vécu avec Lui, se livrent à une forme de concurrence, chacun se croyant le dépositaire du message sacré, chacun racontant sa version.

Ce récit d’investigation est un régal d’intelligence et de culture. Mais dans quel but a-t-il été écrit ? La passion de la recherche historique, l’intérêt d’une minutieuse analyse des styles ? Pas seulement : comme toujours chez E.Carrère, c’est la partie personnelle, intime, vécue, qui fait la différence, et donne toute sa saveur au texte. Interrogations, critiques, hypothèses, errances (quelques pages érotiques incongrues), E.Carrère nous fait partager ses recherches, et expose son rapport ambivalent à la religion. Il se définit comme agnostique, après avoir traversé diverses phases, dont une crise mystique profonde. Son itinéraire spirituel est nourri par l’étude de la Bible. Ses doutes font écho aux balbutiements de l’histoire chrétienne.
Un péplum qui donne envie de se confronter aux textes fondateurs, pour en apprécier la richesse littéraire, historique et spirituelle. Ouvrez les pages du Royaume, et réjouissez-vous !

Le Royaume est disponible en poche chez Folio.

Chronique publiée dans le JTT.

mercredi 14 décembre 2016

Le Marché de Noël de Montbéliard

« Les Lumières de Noël », ce n’est pas seulement à Lyon que ça se passe ! A Montbéliard, pendant un mois, le Marché de Noël transforme la cité des Princes en un déferlement féerique de guirlandes, volutes et autres décorations. Les rues, les places, les façades, le château ruissellent de lumières. L’architecture germanique de la ville (possession des princes de Wurtemberg jusqu’à la Révolution), les gelées nocturnes, s’accordent parfaitement à l’ambiance nordique, petits chalets de bois, doudounes et vin chaud. Un succès phénoménal, puisque le Marché de Noël de Montbéliard est en train de dépasser en terme de fréquentation celui de Strasbourg : 500 000 visiteurs sont attendus entre le 26 novembre et le 24 décembre. Pourquoi cet engouement ? Parce que « Les Lumières de Noël », manifestation circonscrite à la vieille ville de Montbéliard, avec ses dimensions raisonnables, ses animations traditionnelles, conjuguent authenticité et exotisme.

Marché d’artisans de qualité, plus de 160 devant le temple Saint Martin, le plus vieux temple protestant de France. Marché gourmand, où l’on peut acheter et déguster les spécialités locales, saucisses et roestis, comté et vin blanc, mais aussi garnir la table de Noël de bien d’autres saveurs sucrées ou salées. Depuis trente ans d’existence, le programme des animations qui se succèdent au fil des jours est rôdé. Défilé des lumières, concours de décorations, déambulation de musiciens et de comédiens en ville. Village des enfants, patinoire, ateliers des lutins, avec la présence du Père Noël, accompagné ici par l’incontournable Tante Airie (dans la tradition montbéliarde, c’est elle qui offre les cadeaux).

L’originalité de Montbéliard réside dans l’accueil, chaque année, d’un pays différent, avec son folklore, ses artisans, sa gastronomie. Après le Canada, la Russie ou le Pérou, pour cette trentième édition, l’hôte d’honneur est l’Autriche. Les Tyroliens en culotte de cuir et dirndl, proposent leurs spécialités, Tartes Sacher et autres Apfelstrudel, et leur artisanat centré sur les matières naturelles, bois, laine, terre, cuir. Au théâtre, on peut écouter des concerts de musique viennoise, ou valser sur les notes de Johann Strauss. Des expositions sur l’Autriche, tableaux, photos, complètent l’offre culturelle au musée du château, à l’Hôtel de ville ou à la médiathèque. L’incontournable randonnée des lumières permet à tous de faire le tour de la ville illuminée sur 10km.  Nostalgie suprême : Le cinéma a mis à son programme « La mélodie du bonheur », célèbre comédie musicale de 1965 qui magnifie la vie en chansons dans les Alpes autrichiennes. Que demander de plus ? 

Marché de Noël de Montbéliard : Tous les jours, de 16h à 20h, le week-end de 10h jusqu'à 22h.

Article publié dans le JTT du jeudi 15 décembre 2016.

mardi 6 décembre 2016

Le safran : De l'or dans l'assiette

Le mois d’octobre est celui de la récolte du safran. Le safran appartient à la famille des crocus, sa fleur mauve en automne est semblable à celle du colchique (qui, elle, est toxique). La plante fleurit après une période de dormance estivale. Une croissance inversée : En hiver, les bulbes se développent alors que la nature est figée et l’été, la plante dort, alors que la nature explose.
Le safran est une épice rare, issue d’une fleur, dont on exploite les vertus culinaires ou médicinales depuis l’Antiquité. Originaire du Moyen-Orient, il est maintenant cultivé sur une large bande allant de la Méditerranée au Cachemire. La France (Val de Loire, Aquitaine, Provence, Alsace), l’Espagne et l’Italie sont producteurs. Antioxydant, régénérant, protecteur du foie, il donne aux plats une couleur éclatante, mais présente néanmoins quelques effets indésirables s’il est consommé en grande quantité. Cela ne risque pas de vous arriver ! Avec un prix de vente de 20€ environ pour un gramme, c’est une des denrées les plus chères au monde, on l’appelle d’ailleurs l’or rouge.

Les feuilles de safran sortent de terre en septembre, les premières fleurs apparaissent en octobre, la floraison dure environ un mois. Une pousse blanche le matin annonce la fleur du lendemain. Chaque fleur comporte 6 pétales violets, 3 étamines jaunes et un pistil rouge. C'est ce fameux pistil composé de trois stigmates (filaments) qui, une fois séché, donne l'épice safran. Les fleurs sont récoltées à la main avant le lever du soleil parce que dès que la luminosité est plus forte, elles s’ouvrent et la récolte est plus difficile. Puis les pistils sont extraits à la pince à épiler, juste après la cueillette, avant d’être mis à sécher sur un tamis, à une température d’environ 40°, et enfermés dans un bocal hermétique. Il faut compter environ 200 fleurs pour obtenir un gramme de safran. Tout le processus est exécuté minutieusement. 

Cultiver du safran n’est pas simple, la plante dépend entièrement du geste de l'homme, puisque son pollen est stérile. Elle se reproduit par multiplication de cormes (bulbes) dans le sol.  Un terrain léger, charrué, drainé, fumé et bien ensoleillé est nécessaire. Mais surtout, il en faut beaucoup : les bulbes ont besoin d’espace, on doit les changer de place chaque année. Ils sont très sensibles aux maladies, à chaque changement de place, il faut les plonger dans un bain fongicide avant de les replanter, à une quinzaine de centimètres de profondeur. Il faut aussi les protéger des prédateurs : mulots, lapins, taupes, hérissons ; sangliers… qui en sont friands. Après, on laisse pousser l’herbe sur la safranière jusqu’en septembre, pour protéger la pousse des bulbes.

En cuisine, le safran est l’ingrédient qui donne une belle couleur jaune-orangé à la bouillabaisse, la paëlla valenciana et au risotto alla milanese. Il est aussi employé en pharmacologie, et pour colorer les vêtements, ceux des moines bouddhistes notamment. A cause de sa valeur, il est souvent remplacé par d’autres épices, ou carrément falsifié : on va jusqu’à mélanger la poudre de safran à de la brique pilée ! Soyez attentifs, on peut le trouver sous deux conditionnements : le petit bocal de 1g, ou les dosettes de 0.1mg. Mais, même en infime quantité, quelle saveur …

Article publié dans le JTT du jeudi 1 décembre.

jeudi 1 décembre 2016

Maso et Miso vont en bateau

Coup de cœur au Festival Entrevues cette année : un documentaire féministe de 1975, qui détourne et démonte une émission spéciale avec Bernard Pivot, diffusée le 30 décembre 1975 sur Antenne 2.
Intitulée « Encore un jour et l’Année de la femme, ouf ! c’est fini », l’émission consistait à faire défiler des personnalités publiques connues pour être de « fieffés misos » (A. Sanguinetti, J. Martin, F. Bellemare...) et à demander sa réaction à Françoise Giroud, secrétaire d’État à la condition féminine.
Stupeur : Françoise Giroud, par ailleurs si critique, dénie la misogynie évidente, et joue la séduction, la complaisance, le consensus (maso). Elle enterre le débat avant qu’il ne commence, dans une langue de bois caractéristique du monde politique. Bernard Pivot s’en sort mieux, jouant de sa candeur bonhomme pour la déstabiliser, mais les réponses restent lisses.

Le documentaire présenté est extraordinairement efficace malgré la simple technique utilisée : quatre féministes radicales (Nadja Ringart, Carole Roussopoulos, Delphine Seyrig et Ioana Wieder) répondent à ce déni en interrompant le déroulement de l’émission pour intégrer leurs commentaires caustiques, écrits à la main. Elles parasitent l’image et le son, jouant du comique de répétition et d'une musique décalée, et transforment un document affligeant de mièvrerie en un film comique, où la franchise et la pertinence des réparties sont jubilatoires.

Le sujet reste d’actualité, la misogynie  des politiques et des patrons n’est pas un vieux souvenir d’il y a quarante ans ! Heureusement, on peut retrouver "Maso et Miso vont en bateau" sur Internet.

Et tous les renseignements sur le festival : www.festival-entrevues.com/

vendredi 25 novembre 2016

Chronique littéraire : L'étrangère, de Valérie Toranian

Aravni, grand-mère de Valérie Toranian, est une survivante du génocide arménien. En 1915, alors qu 'elle mène une vie bourgeoise, dans une famille aimante et cultivée, Aravni, 17 ans est obligée de fuir sa ville, Amassia. Villa pillée, réquisitionnée, famille décimée, Avrani volée, battue par les Turcs, doit abandonner tout pour se joindre aux convois envoyés vers la mort, en direction du désert syrien. Grâce à l'aide de sa marraine et à sa force de vie, elle survivra aux conditions dantesques, arrivera jusqu'à Alep, puis Constantinople, enfin émigrera en France en 1923.

Avrani n'a rien oublié, mais par la suite, elle n'a jamais voulu s'exprimer sur son passé. Elle a continué de vivre à sa manière, cultivant ses traditions, ne parlant qu'arménien, fréquentant seulement la diaspora. Et bien sûr, gavant ses petits-enfants de nourriture orientale, au grand dam de sa belle-fille, Française pure souche. Il faudra beaucoup de patience à Valérie la Parisienne pour obtenir quelques confidences. En vivant à ses côtés, en arrachant quelques anecdotes, peu à peu elle comprend l'enchaînement des faits, l'ampleur du génocide arménien, sur lequel il existe si peu de documents écrits, contrairement à la Shoah.
Le récit de Valérie Toranian fait alterner deux voix, l'histoire d'Aravni et la sienne, au fil des souvenirs partagés avec la grand-mère qu'elle adore. Dans un style limpide, direct, traitant avec humour les relations familiales, elle évoque les tribulations d'une famille d'Arméniens qui s'intègre à la France, s'adapte à la modernité, tout en conservant une vénération pour sa propre culture. Et pratique résolument le culte des ancêtres.

Valérie Toranian, journaliste, a été directrice de la rédaction de Elle, une intégration parfaitement réussie. Sa grand-mère serait fière d'elle!

L'étrangère est disponible en poche chez J'ai Lu.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 24 novembre 2016.

dimanche 20 novembre 2016

Le POPA : une nouvelle galerie d'art à Porrentruy

C’est dans le faste qu’a été inauguré ce superbe espace d’exposition, avec une prestigieuse collection de bronzes des sculpteurs Auguste Rodin et Edgar Degas. Une soixantaine de pièces fondues à la cire perdue d’après les plâtres authentiques, et qu’on peut acquérir moyennant plusieurs dizaines de milliers de francs. Mais qu’importe le prix, la simple vue de ces chefs d’œuvre, danseuses, chevaux, Eternel Printemps, est bouleversante de réalisme et de sensualité.
A l’étage, d’autres salles présentent ce qui est la vocation de la galerie : des œuvres contemporaines célébrant l’art optique. En modifiant sa position, on voit apparaître des choses différentes, c’est proprement bluffant. POPA est l’acronyme de Porrentruy Optical Art.

Le bâtiment qui abrite cette exposition mérite aussi le détour. Au bord de l’Allan, c’est un superbe hôtel particulier de la vieille ville datant du XVI ème siècle. Ce patrimoine typique de Porrentruy a été restauré par le célèbre cabinet d’architecture bâlois Herzog et De Meuron. En préservant boiseries, parquets et plafonds, en magnifiant  caves voûtées et escaliers en colimaçon,  la personnalité du bâtiment de 600 mètres-carrés s’impose à tous les étages.

Quant au propriétaire et mécène, s’il n’est pas connu en France, il fait partie des personnalités très en vue en Suisse, dans le Jura particulièrement. Pierre Kohler est un homme politique, ancien ministre et maire de Delémont. Avocat de profession et passionné d’art contemporain depuis 30 ans, il s’est constitué une belle collection, tout en suivant régulièrement des cours d’art contemporain à la Sorbonne. Il  a chargé le groupe de galéristes Bel-Air Fine Art  d'organiser les expositions temporaires.  Son projet est un atout pour le rayonnement culturel de Porrentruy, son défi, c’est de viser une renommée internationale pour son musée.

Exposition Rodin Degas, la modernité en mouvement, du 4/11 au 18/12/ 2016, à Porrentruy.

Pour tous renseignements : www.popa.ch

mardi 15 novembre 2016

Le Chemin de Croix de Romans-sur-Isère

Le Chemin de Croix dit « Le Grand Voyage » est un des plus anciens d’Europe.  Fondé en 1516 par Romanet Boffin, un riche et pieux marchand drapier, il est alors considéré comme un chemin de substitution au dangereux voyage en Terre Sainte. Cette année, le Chemin de Croix a été l’objet de nombreuses manifestations à Romans : colloques, expositions, visites, concerts, pour le 500ème anniversaire de sa fondation. Mais il n’est pas nécessaire d’attendre une occasion pour parcourir librement  le chemin de croix, grâce à la brochure éditée par l’office de tourisme.   

Constitué de 40 stations : vingt-et-une dispersées dans le centre historique et dix-neuf dans l’enclos du Calvaire des Récollets, il permet à travers ses sculptures de revivre la passion du Christ, de son arrestation à sa crucifixion.  Cet ensemble urbain unique en Europe, lieu de pèlerinage dès son édification, fut détruit plusieurs fois pendant les guerres de religion et la Révolution, mais chaque fois il fut relevé par les Romanais. Chaque année, plusieurs centaines de personnes viennent encore à Romans pour participer à la procession du Vendredi-saint depuis la première station, Côte Poids des Farines, jusqu’à la dernière, au calvaire des Récollets.
Le calvaire des Récollets fut transformé en cimetière communal après la Révolution. Puis de grandes familles romanaises achetèrent des concessions, et y firent édifier des chapelles majestueuses jusqu’à la fin du XIXème siècle. . Abandonné ensuite, dégradé, il fut l’objet de quelques restaurations d’urgence avant d’être classé « Monument historique » en 1986. Mais les intempéries ayant causé la chute de deux stations en 2008, le calvaire fut fermé au public pour des raisons de sécurité. Une prise en compte de son importance patrimoniale pour la ville a permis d’entamer en 2016 une vraie campagne de restauration qui permettra sa réouverture prochaine.

Pour découvrir les 21 stations du centre ville, c'est simple : un plan est mis à disposition par l’office du tourisme de Romans. Il ne reste qu'à retrouver au fil des rues les oratoires répertoriés. L’occasion de relire les noms pittoresques, côte Poids et Farines, rue Pêcherie, place aux Herbes ou Puits du Cheval. Quelquefois bien cachés, il faut lever la tête ou se pencher par terre, suivre des murs moussus ou écarter des buissons, pour découvrir derrière des grilles ouvragées, les superbes bas-reliefs  restaurés par le sculpteur Donzelli. Une promenade ludique et historique à conseiller à tous les amoureux du patrimoine.

Article publié dans le JTT du jeudi 10 novembre.

mardi 8 novembre 2016

Kandinsky, Marc et le Cavalier Bleu (der Blaue Reiter)

Vassily Kandinsky est né à Moscou en 1866, on célèbre cette année le 150ème anniversaire de sa naissance par de nombreuses expositions à travers le monde. Le parti pris par  la Fondation Beyeler à Bâle est particulier, puisqu’il s’articule autour du Blaue Reiter, un almanach considéré comme le manifeste fondateur de l’art moderne, conçu en collaboration avec Franz Marc. Une explosion de couleurs ! 

Der Blaue Reiter , le Cavalier Bleu, d'après une toile peinte par Kandinsky, est devenu le nom du groupe d'artistes novateurs, parmi lesquels des femmes, constitué autour de Kandinsky et Franz Marc à Munich. (Les chevaux sont un sujet de prédilection pour Franz Marc, dont les peintures animalières sont éblouissantes). Der Blaue Reiter est aussi le titre de l'almanach publié par Kandinsky et Marc en 1912. L'ouvrage rassemble des textes et images d’artistes issus de cultures et d’époques différentes. Savant et populaire, ethnographique et même musical, ce n’est pas un manifeste théorique, mais une juxtaposition d’œuvres éclectiques, dont l’organisation prime sur la teneur.

Kandinsky a connu une enfance aisée, ouverte sur les arts, les cultures, les voyages. Diplômé en droit à Moscou, poète, dramaturge, il abandonne l’enseignement pour la peinture à 30 ans,fasciné par la couleur. Intellectuel érudit,il est non seulement un artiste mais un théoricien de l’art. Pour lui c'est l’expression d’un désir spirituel qu’il appelle « nécessité intérieure ».
Installé à Munich, dont le climat culturel libéral attire alors de nombreux artistes de toutes nationalités, entre 1908 et 1914, il entreprend une réforme fondamentale des règles de l’art, pour affranchir la couleur de l’obligation de représentation. Avec Franz Marc dont il fait la connaissance en 1911, il ne peint plus  la réalité visible, mais les contenus spirituels, malgré l’hostilité  de ses contemporains.

De retour en Russie de 1914 à 1921, Kandinsky s’occupe de politique culturelle jusqu’à ce que les soviétiques jugent l’art abstrait nocif pour leur idéal. Il gagne alors Weimar et le Bauhaus, école d’art et d’architecture avant-gardiste, où il donne des cours sur la théorie des couleurs jusqu’à sa dissolution en 1933. Kandinsky quitte l'Allemagne et s’installe à Paris, où son art géométrique abstrait n’est guère reconnu, les impressionnistes et cubistes étant à la mode. Il acquiert néanmoins la nationalité française, et entreprend une synthèse générale de sa théorie. Il meurt en 1944, laissant une œuvre abondante. Il est considéré comme un des artistes les plus importants du XXème siècle.

Dimanche 4 décembre, pour célébrer l'anniversaire de Kandinsky, un programme festif est organisé avec performances, ateliers, visites spéciales et conférences.

Renseignements: www.fondationbeyeler.ch/fr

vendredi 4 novembre 2016

La technique du moulage en bronze

Au château de Tournon, l'exposition consacrée à l'art du portrait, par Marcel Gimond, présente de nombreux bustes réalisés par l'artiste, souvent en deux versions, plâtre et bronze. Le visiteur se pose naturellement la question : mais comment passe-t-on de l'un à l'autre ? Mercredi, Maurice Adobati, fondeur d'art bien connu dans la région, animait au premier étage du château une démonstration de moulage, pour expliquer la fabrication des sculptures en métal. En prenant comme exemple la réalisation de statuettes emblématiques de sa production : les "Bocuse d'Or"décernés chaque année aux meilleurs chefs de la gastronomie internationale, à l'issue du SIRHA de Lyon.
Tout d'abord l'artiste sculpte un modèle en plâtre, bois ou autre matériau. Ce modèle sert à fabriquer un premier moule. Il faut pour cela recouvrir l'objet d'une couche d'élastomère, de manière a obtenir en chauffant une empreinte, qui en refroidissant devient une sorte de moule mou, facilement détachable. Ce moule est l'empreinte parfaite du modèle original qu'on peut alors mettre de côté. Ensuite, le moule mou est enduit intérieurement de cire rouge, pour obtenir un deuxième modèle en cire, mais creux celui-là. Troisième étape : on recouvre le modèle de cire avec du plâtre réfractaire, pour obtenir une nouvelle empreinte, solide et susceptible de supporter les hautes températures du métal en fusion. Le bronze est ensuite introduit dans le modèle de cire, il prend la forme voulue, tandis que la cire fond sous la chaleur et s'évacue par des trous prévus (technique de la cire perdue). Il ne reste ensuite, après refroidissement, qu'à extraire la statue de sa gangue de plâtre, avant d'exécuter les finitions, nettoyer, ébarber, polir. Et une statuette rutilante émerge.

Le public passionné a apprécié les explications de M. Adobati et de son collaborateur. La présentation pédagogique des différentes étapes du moulage, au premier étage du château, est complétée par un rappel de techniques plus anciennes, dont les moules de sable qui étaient utilisés avant les matières plastiques. Remontons encore plus loin dans le temps, puisque l'invention de la fonderie date de l'âge du cuivre, entre -2500 et -1800 ans ! Les moyens rudimentaires utilisés alors par les hommes préhistoriques en disent long sur les capacités d'invention de l'être humain.

Article publié dans le JTT du jeudi 3 novembre.

vendredi 28 octobre 2016

Chronique littéraire : Profession du père, de Sorj Chalandon

C’est très difficile pour Emile, quand on lui pose cette question à l’école. Que fait son père ? Il lui raconte tant d’histoires extraordinaires, il a  eu tant d’activités prestigieuses, parachutiste, artiste de music hall, champion de judo, footballeur professionnel …
Emile voue une admiration sans bornes à son géniteur, qui ne semble pourtant guère avoir une profession réelle, et le martyrise quotidiennement. Lever en pleine nuit, pompes, coups de ceinture, de martinet, privation de nourriture, jouets cassés, Emile endure tout sans jamais remettre en question les exigences et le prestige paternels.
Le récit se passe en 1961, la guerre d’Algérie fait rage, et André, le père, affilié à l’OAS a décidé de tuer le général de Gaulle. Il envoie son fils inscrire des slogans sur les murs, porter des lettres anonymes. Emile a juré fidélité sous serment à ce père violent, il exécute les ordres sans les comprendre, sans voir le danger.

Fluet, asthmatique, sensible, Emile survit pourtant à cette enfance fracassée. Sa seule échappatoire, c’est le dessin, où il excelle. La famille vit dans un enfermement total, on ne fréquente personne, on ne sort pas. La mère supporte les brimades, les coups, elle a appris à se taire, elle ne réagit plus, elle est dans le déni total de la souffrance de son fils.
C’est seulement à l’âge adulte qu’Emile arrivera à comprendre que toute son enfance a été bercée de mensonges par un psychopathe. Les blessures sont profondes, mais l’espoir existe, il lui faudra tout réapprendre de l’humanité, dans le mariage et la paternité.

Sorj Chalandon nous livre un roman terrible sur l’enfance brisée, dans un style sobre, sans pathos, qui n’en est que plus efficace. Quelle est la part autobiographique de ce récit, alors que l'auteur a attendu la mort de son père pour le rédiger ?
Né en 1952, grand reporter à Libération de 1973 à 2007, puis au Canard Enchaîné, Sorj Chalandon est non seulement journaliste mais écrivain, ses romans poignants ont été couronnés par de nombreux prix littéraires.

Profession du père est maintenant disponible en Livre de poche.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 27 octobre 2016.

dimanche 16 octobre 2016

Courbet, précurseur de l'impressionnisme

Entièrement rénové et agrandi depuis 2011, le Musée Courbet est parfaitement intégré à la nature environnante, falaises calcaires, forêts denses et bord de Loue. L’ancienne maison bourgeoise a été prolongée par un bâtiment de verre et de pierre, qui s’ouvre sur les  paysages chers à  ce peintre réaliste hanté par sa région natale, la Franche-Comté. Quelques pièces où a vécu le peintre sont restées dans leur jus, et proposent une approche de l’homme, de son parcours, de son époque. Mais l’essentiel du fonds permanent est une importante collection d’œuvres de Gustave Courbet. Chaque été une exposition temporaire permet de corréler l’œuvre de  l’artiste à celles d’autres artistes.  Cette année, grâce aux toiles prêtées entre autres par le Musée d’Orsay, c’est l’influence de Courbet sur les impressionnistes qui est mise en lumière, dans une présentation croisée de toiles d’inspiration naturaliste.

Gustave Courbet (1819-1877) après des études générales et artistiques à Ornans puis Besançon monte à Paris exercer son art dès 1839. Fasciné par la nature, il fréquente régulièrement la forêt de Fontainebleau, atelier en plein air, lieu de prédilection et de discussions des peintres de toutes générations, classiques, romantiques, réalistes ou impressionnistes. L’observation minutieuse de la réalité, la traduction des effets de lumière, et la représentation de la vie quotidienne sont ses sources d’inspiration. Puis, lors de séjours en Normandie, Courbet découvre avec éblouissement la mer. Ses magnifiques « Vagues » en témoignent, à côté des marines de Monet, Manet, Boudin, Jongkind …

Gustave Courbet, au Quartier latin, se lie avec les milieux anticonformistes et socialistes. Il peaufine sa théorie réaliste de la peinture. Et innove : jusque là, seuls les sujets historiques ou religieux avaient droit aux grands formats, tandis que la peinture de genre (les scènes familières), les paysages ou les natures mortes se devaient d’utiliser de petits formats.  Avec « L’Enterrement à Ornans » (1850) et ses paysans grandeur nature, c’est la vie du peuple que l’artiste engagé impose. Scandale. Avec « Le retour de la conférence » le scandale s’amplifie, mais Courbet n’en a cure, ses engagements politiques, sa participation militante à la Commune (il fera déboulonner la colonne Vendôme, symbole napoléonien, en 1870), déchaînent sur lui la violence. Personne ne connaissait alors la sulfureuse « Origine du monde », peinte en 1866, qui ne sera présentée au public qu’à la fin du XXème siècle.

 C’est à Sainte-Pélagie, où Courbet purge sa peine de prison, qu’il retravaille les natures mortes, à partir des bouquets de fleurs apportés par sa sœur. Après le rejet et la ruine, Courbet est contraint à l’exil en Franche-Comté, puis en Suisse, où il continue à peindre des portraits et des paysages, à sculpter, à fréquenter des artistes. Mais son état de santé se dégrade, suite à ses débauches. Il décède en 1877. Sa dépouille ne reviendra à Ornans qu’en 1919, le temps que les critiques s'apaisent. Surmontée d’un sobre bloc de calcaire, la tombe de Courbet fait face pour toujours à la vallée de la Loue, ses vertes forêts et ses blanches falaises.

Article publié dans le JTT.

mardi 4 octobre 2016

O mia Patria

"O mia Patria", est le début d'un extrait de l'opéra Nabucco de Verdi, que mon grand-père adorait chanter à la fin des repas de fête. Rassurez-vous, le reste est écrit en français.

"O mia Patria", c'est l'histoire de mes grands-parents. Né en Lombardie en 1896, mon grand-père Giacinto a quitté l'Italie après la première guerre mondiale. Il a cheminé à pied à travers les Alpes, puis la Suisse, jusqu'en Franche-Comté, où il rencontré ma grand-mère Henriette en 1922.
Un parcours semé d'embûches, entre deux guerres, entre deux pays, mais avec énergie et détermination, cette famille a réussi son intégration.

Agrémenté de photos d'époque et de documents d'archives, ce récit raconte aussi la traversée du vingtième siècle à Delle, la petite ville où ils ont vécu. Plus généralement, il rappelle le chemin de milliers d'émigrés italiens chassés de leurs pays par la misère ou la politique. Le vernissage à la Mairie a touché un large public.
Bonne lecture!




vendredi 30 septembre 2016

Château La Coste : Grandiose rencontre entre art et viticulture

Pour arriver au domaine, il faut s'enfoncer dans les collines de Provence, à travers pinèdes et olivettes, à une trentaine de kilomètres d'Aix. Dans un paysage bucolique, loin de toute nuisance, le Château La Coste cache ses trésors au milieu d' un vallon ensoleillé, planté de vignes. Ce domaine est à la fois une exploitation viticole et un musée en plein air, qui rassemble une prestigieuse collection d'architecture.


A l'origine, simplement centré sur la production de vin, le Château La Coste a été racheté par un richissime homme d'affaires irlandais, qui l'a transformé en lieu d'exposition d'art contemporain. Les plus grandes signatures s'y côtoient : Une araignée géante de Louise Bourgeois posée sur l'eau, un mobile de Calder tournant au vent, chaque œuvre a été choisie en fonction de sa place dans l'environnement. Et les artistes font assaut d'imagination : jeux de cubes de Sean Scully, ponts en ardoise traversant les ruisseaux (Donegal, de Larry Neufeld), soucoupe volante irréelle (Drop, de Tom Shannon) posée dans la pelouse...
Jean Nouvel a signé la rutilante cuverie nouvelle génération, inaugurée aux vendanges 2008, où le vin est préparé selon les principes de biodynamie. Dans le pavillon de musique de Franck Gehry, des concerts sont donnés pendant l'été. Le centre d'art, un triangle de béton et de verre bordé de plans d'eau, est l'œuvre de l'architecte japonais Tadao Ando. On y trouve librairie, restaurant, et accueil des visiteurs désirant faire la promenade guidée « art et architecture ». A côté des bâtiments agricoles anciens, une galerie d'exposition de J.M. Wilmotte, un pavillon de Jean Prouvé. Même le potager, qui approvisionne le restaurant, est une œuvre d'art, déclinée en neuf jardins-tableaux, conçus par le paysagiste Louis Benech.

La collection d'art contemporain s'enrichit chaque année d’œuvres réalisées par les artistes majeurs de notre époque. Un somptueux hôtel destiné à la clientèle internationale a été créé, alignant une série de suites avec piscines privées ouvertes sur le paysage de vignes ponctuées de cyprès. La vie de Château pour les people.
Pour le commun des mortels, investir 15 € de visite se justifie, tant la promenade à travers les 153 hectares de ce parc-musée est exceptionnelle. Et on peut terminer par la dégustation des vins blancs, rosés et rouges du Château La Coste, qui elle est gratuite. « Le vin est une sculpture », la devise inscrite au fronton du caveau, souligne parfaitement le mariage célébré en ces lieux de l'art et la viticulture.

http://chateau-la-coste.com/

Article publié dans le JTT du jeudi 29 septembre.

jeudi 22 septembre 2016

Plein gaz sur le Rhône

Encore une proposition pour rester en mode vacances : la virée sur le Rhône dans le superbe hors-bord du Capitaine Jimmy. L'Apache est un luxueux modèle Flyer de Jeanneau-Bénéteau, conçu pour affronter la haute mer, avec deux moteurs de 370 CV, ça déménage.

Démarrage en douceur du quai Farconnet, le temps d'apprécier la vue sur le château, et la statue de Marc Seguin émergeant au dessus des platanes. Puis Jimmy met les gaz, direction Gervans et son écluse. Dans une gerbe d'écume, on passe très vite vers la table du Roy. Les rives du Rhône verdoyantes défilent à toute allure, à peine le temps d'apercevoir un pêcheur et quelques baigneurs du côté du vieux bras du Rhône. Et nous nous voilà devant l'écluse. de Gervans. La manœuvre est entièrement guidée par radio et télécommandée. Il n'y a plus d'éclusier sur le site, mais partout des caméras, gérées depuis Chateauneuf-du-Rhône. Attention aux consignes de sécurité ! Gilets de secours enfilés et position assise sont obligatoires, sinon le feu ne passe pas au vert.

La porte métallique s'ouvre, le bateau s'avance dans un long chenal de 195m de long sur 12m de large. Pour l'Apache et ses12m de long, c'est confortable. Pour les péniches et bateaux de croisière, ça se joue parfois au centimètre, et la manœuvre peut être longue. Devant, une autre porte métallique. Jimmy fait participer les touristes, il faut jeter les flotteurs (afin de ne pas heurter le bord) et lancer les cordages. Derrière le bateau, les portes se ferment dans un grincement puissant. Puis l'eau commence à monter dans le chenal, et le bateau monte avec. Une graduation sur le mur indique le niveau final : 118m au-dessus de la mer. Une fois ce niveau atteint, les portes avant s'ouvrent, et le bateau peut s'engager vers la sortie. Même manœuvre au retour, la CNR souhaite aux passagers un bon voyage en trois langues.

Jimmy est un capitaine au long cours, dont le discours truculent anime la promenade. Depuis son QG du port de l’Épervière à Valence, il a conduit pendant plus de vingt ans de grands bateaux de 75 passagers, pour toutes sortes de croisières. Maintenant son activité principale est la formation aux différents permis bateau, ainsi que des promenades sur le Rhône sur son bolide avec une douzaine de passagers. Entreprises, particuliers, fêtes de famille, il organise aussi des croisières-repas à la carte.

Tarif promenade : à partir de 30€. Renseignements et réservations au 06 85 08 44 26
ou bateauecolejimmy@free.fr

Article publié dans le JTT du jeudi 8 septembre.

dimanche 18 septembre 2016

Chronique littéraire : Manderley for ever, de Tatiana de Rosnay

Passionnée dès l’enfance par la lecture des oeuvres de Daphné du Maurier, Tatiana de Rosnay propose dans ce magnifique récit une biographie approfondie de la romancière. De sa plume imaginative et sensible, elle recrée l’univers romanesque de Daphné, tout en analysant les difficultés de sa vie tourmentée.

Daphné est née sous une bonne étoile, petite fille riche et gâtée par son père, issue d’une lignée d’artistes et d’aristocrates anglais, elle bénéficie, ainsi que ses sœurs, d’une éducation ouverte sur le monde et sur l’art. Son imagination fertile, son esprit rebelle, son regard critique sur la société, la conduisent à repousser toutes les limites du conventionnel. Et à rechercher une forme d’expression adaptée à son âme tourmentée : l’écriture de nouvelles sombres et provocantes.
Née en 1907, Daphné part à 18 ans parfaire son éducation à Paris, où elle fait une rencontre décisive : Fernande, premier grand amour, qui lui apprend aussi l’exigence littéraire. A 23 ans, son premier roman, Rebecca, la transforme en écrivain à succès. Préférant la solitude aux mondanités, elle s’installe en Cornouailles, où elle conjugue l'écriture avec une vie de famille traditionnelle, mariée à un officier britannique passionné de voile comme elle, et l'éducation de leurs trois enfants. En découvrant Menabilly, rebaptisé Manderley, un manoir battu par les vents sur la côte, elle trouve le lieu d’écriture qui va nourrir toute son œuvre.

Tatiana de Rosnay ne raconte pas seulement la vie tumultueuse d’une héroïne de roman, dans un vingtième siècle secoué de crises, mais elle développe avec finesse l’ambigüité d’une femme, et la gestation de l’écriture. Comment la vie et le travail de l’écrivain s’entremêlent, se nourrissent mutuellement. Un récit profond et passionnant, mené de main de maître par une romancière que Daphné du Maurier, décédée en 1989, aurait certainement adoubée.

Manderley for ever est maintenant disponible en Livre de poche.

Chronique publiée dans le JTT.

mercredi 14 septembre 2016

Le petit train des vignes

Profitez d'une agréable balade dans le vignoble de l'Hermitage ! Il suffit de se présenter quai Defer, près de l'église de Tain. Le petit train des vignes et son conducteur, Monsieur Tabuteau, embarquent à leur bord tous les curieux et amoureux du site. Les enfants bien sûr, mais aussi ceux qui n'ont pas l'occasion ou l'énergie de grimper à pied dans la colline de l'Hermitage.

Le circuit bien étudié permet d'abord de faire un tour de ville en contournant les aléas de la circulation. Un commentaire pertinent accompagne le passage devant les points d'intérêt historique et les célèbres entreprises locales. Puis la montée s'amorce le long de la route des vins. Entre les ondulations des vignes, les murs de galets, la vue se déploie sur la vallée du Rhône, avec au loin le Vercors et les Cévennes. Quand le mistral dégage le ciel, la perspective est prodigieuse. Plus haut, le petit train s'engage entre les vignes. Sur le territoire de Crozes, il quitte la civilisation urbaine, chemine au milieu des fermes et des abricotiers. Un dépaysement total. Puis au débouché de la crête, retour dans les vignes avec un panorama à 360°. L'immersion dans la nature, grâce aux wagons ouverts, est réel. Une sensation de liberté, de paix, de proximité, qui enchante les promeneurs autant que la vue sublime. Chacun a le temps de prendre des photos. Certaines fois, une dégustation est même organisée dans ce paysage bucolique par Fabien Louis, clin d'oeil à la devise locale : "A bon train bon vin !"

Monsieur Tabuteau n'en est pas à son coup d'essai. Dans ses petits trains, il a promené les touristes à Tours, à Autun, et tous les enfants de la région pendant plus de vingt ans au Parc Jouvet de Valence. A Tain, il connaît tout le monde, tout le monde le salue. Un personnage sympathique qui dynamise l'offre touristique, et offre aussi un service de proximité. Pour 6€, ne ratez pas la balade dans le coteau de l'Hermitage. Un documentaire à vivre en plein air, séance à toute heure, le film est français, en Technicolor, version 3D. Mieux qu'au cinéma, l'ambiance est conviviale : le petit train mérite une palme !

Renseignements à l'office du tourisme, ou directement au petit train des vignes : 06 75 59 80 16.

Article publié dans le JTT du jeudi 8 septembre.

samedi 10 septembre 2016

Les vautours du Verdon

Randonnée nature dans les hautes gorges du Verdon. Le mythique sentier Martel n'étant pas à notre portée, notre objectif est plus modeste : le paisible chemin des pêcheurs, tout au fond du canyon, au bord de l'eau. Pour y parvenir, il faut quand même dégringoler près de 300 m, sur un sentier abrupt et caillouteux, et sous un soleil de plomb.

Du col de l'Olivier où nous sommes garés, la vue est impressionnante sur les hautes falaises, que les vautours survolent en spirale. Notre guide explique. Le Vautour fauve, à l'envergure imposante d'environ 2,5 mètres, au bec recourbé, aux serres acérées, n'est pas le prédateur terrifiant qu'on imagine. Malgré sa taille c’est un oiseau incapable de capturer une proie vivante. Son poids (8 à 10 kg) ne lui permet pas de se déplacer en vol battu très longtemps. C'est un oiseau planeur qui se laisse porter par les mouvements d’air pour s’élever sans effort à plusieurs centaines de mètres au-dessus du relief ou parcourir de grandes distances. Quand il a mangé un dixième de son poids, il ne peut plus s'envoler ! C'est ainsi qu'il a été éliminé de Provence il y a un siècle.

Depuis 1999 les vautours ont été réintroduits dans les hautes falaises des gorges du Verdon, à cause de leur rôle essentiel dans la chaîne alimentaire. Ces rapaces nécrophages sont les éboueurs de la nature. Ils consomment les charognes et éliminent bactéries et virus. Limitent la propagation des maladies, les sources de pollution et protègent les nappes phréatiques dans les massifs calcaires perméables. Ces géants des airs, au long col duveteux, au plumage fauve ourlé de noir et à la collerette blanche vivent désormais en colonie sur les falaises de Barbin.

Revenons à nos chamois. La descente dans les gorges offre de belles sensations. Les couleurs éclatantes, ciel bleu, Verdon émeraude, caché tout au fond entre rochers blancs et buissons sombres piquetés des premières nuances automnales. Les odeurs de thym, de sarriette, de cade, de buis, dont on fait les boules cloutées. Le chant des oiseaux, des grillons, des cigales. Le Verdon, qui d'en haut semblait un filet d'eau paisible se révèle un torrent puissant, aux remous violents. On ne le voit pas, mais on l'entend rugir entre les rochers, puis on sent la fraîcheur qu'il dégage.

Enfin, voilà le sentier des pêcheurs. Le lit du Verdon s'élargit, quelques bancs de galets le freinent, ménageant des coins de baignade, mais il faut être courageux et vigilant, car il est glacé et le courant est fort.
Un bain de pieds revigorant, un solide pique-nique et une pause à l'ombre permettent d'affronter la remontée. D'abord le long des fantastiques cascades de tuf, sèches en cette saison, en passant par les vertes terrasses de Saint-Maurin, où s'ébattent les papillons, puis jusqu'à la route des crêtes. Les vautours continuent de planer infatigablement au-dessus des falaises. Nous rêvons d'un courant ascensionnel pour humains...



lundi 5 septembre 2016

Parcours nocturne à Notre-Dame-du-Haut

La chapelle de Ronchamp (70) célèbre avec enthousiasme la nomination de l’œuvre de Le Corbusier au Patrimoine de l'Unesco. Mais les bénévoles de l'Association Œuvre Notre-Dame du Haut n'ont pas attendu cette reconnaissance glorieuse pour multiplier les actions en sa faveur.
L'histoire de la Chapelle est longue, il a fallu beaucoup de patience et d'énergie pour que, des ruines de l'ancienne chapelle édifiée sur le mont, naisse un ensemble bâti remarquable, témoin de son époque. Le Corbusier a magnifié le site à travers une construction de béton révolutionnaire, plus tard Jean Prouvé lui a ajouté la présence musicale du carillon, enfin Renzo Piano a confirmé la permanence spirituelle en intégrant le discret couvent des Clarisses en contrebas. Le paysagiste Michel Corajoud a harmonisé le tout dans un environnement végétal sobre, avec le souci de la pérennité et du recueillement.

Quatre architectes pour la construction. Quatre piliers qui constituent la raison d'être de la colline : architecture, spiritualité, musique, et transmission. Et quatre horizons, qu'on domine par temps clair, qui ont donné leur nom au Festival de musique éponyme, organisé la première semaine d'août à Ronchamp. Chaque année, la violoniste de renommée mondiale Marianne Piketty réunit autour d'elle dix jeunes virtuoses parmi ses élèves. Invités à jouer ensemble, à créer des œuvres inédites, à les offrir aux spectateurs, dans ce cadre exceptionnel. P. et M.-C. Vincent, responsables de l'association M4H, se chargent de l'organisation matérielle. L'hébergement est assuré au couvent des Clarisses, une ambiance propice au travail et à l'élévation spirituelle, l'occasion d'une rencontre entre deux mondes d’exigence.

Cette année, le Festival, outre les habituels concerts, conférences, et visites, a proposé au public des parcours nocturnes poétiques et musicaux. Une autre façon d'apprécier l'architecture, dans une déambulation nocturne, magnifiée par la mise en lumière. Les interprétations des jeunes virtuoses, postés en des endroits stratégiques étaient sublimes : Bach, Dvorak, Mozart, Rossini. Violons, altos, violoncelles, contrebasse se distinguaient, se répondaient, se mêlaient, dans les différents lieux ouverts au public, mettant en valeur un angle, une couleur, un jeu d'ombres ...
En contrepoint, les textes poétiques de Soeur Marie-Claire, déclamés avec conviction par Pascal Froment, évoquaient un cheminement spirituel mais ancré dans la réalité : le parcours semé d'embûches des Clarisses, entre le départ de leur couvent de Besançon et l'installation dans le havre de paix construit par Renzo Piano.
Des soirées d'intense communion fraternelle, sous la protection des quatre piliers de la Colline.