dimanche 23 avril 2017

Dans les jardins de la Papauté

Les jardins du Vatican sont fréquentés depuis longtemps par le public. Mais c’est seulement en 2014 que ceux de la résidence papale de Castelgandolfo ont été ouverts aux visiteurs. Une merveille botanique qui mérite le détour, on peut en plus visiter une partie des appartements pontificaux, grâce à la volonté d'ouverture et de partage du Pape François.

Un forfait combiné d’une journée permet de visiter à la fois les musées et les jardins du Vatican et ceux de Castelgandolfo. Le timing est strict : Premier rendez-vous à 8h à Rome à l’entrée des musées du Vatican, deux heures pour admirer les collections et la Chapelle Sixtine. Puis, un deuxième rendez-vous à 10h permet de visiter les jardins du Vatican, sous la houlette d’un guide. Un parc paysager à l’italienne, construit sur 23 hectares à la Renaissance, où la nature et l’art se mêlent. Les essences méditerranéennes, oliviers, cyprès, cèdres, les marbres blancs des sculptures, se découpent sur les pelouses éclatantes qui entourent les différents bâtiments du Vatican. Fontaines et grottes préservent la fraîcheur des lieux. Les vues sur la coupole de Saint-Pierre et sur Rome sont superbes.

La surprise, c’est de découvrir qu’au fond du jardin, ce minuscule état cache sa propre gare. Un train spécial, autrefois réservé au Pape, démarre vers 12h30, chargé de touristes, à destination de Castelgandolfo, à une trentaine de kilomètres au sud de Rome. Changement de décor, changement de temps aussi, puisque la ville est située en altitude, dans les Castelli Romani, ce qui explique son intérêt pendant le caniculaire été romain. Depuis 1626, les souverains pontifes y font des séjours entre mai et septembre. Benoît XVI en profite encore régulièrement, mais François, qui ne quitte pas le Vatican, a préféré en faire profiter le public.

Castelgandolfo est un village médiéval, construit sur un éperon rocheux dominant le superbe lac volcanique d’Albano. Dès l’arrivée en gare, la prise en charge est cadrée : pas question de s’aventurer seuls dans l’immense domaine, qui couvre plus de 55 hectares. Les touristes sont priés de monter dans le petit train électrique qui parcourt pendant une heure les immenses allées bordées de pins parasols, de buis et de cyprès taillés. Oliviers, cèdres et chênes multiséculaires, pelouses soigneusement taillées, topiaires et terrasses s’étagent  sur la colline, parsemée de vestiges romains : terres cuites, portique, théâtre, mosaïques (la villa Barberini a été construite à l’emplacement de la résidence d’été de l’Empereur Domitien). Un peu à l’écart, une ferme complète, avec ses champs, son verger, son potager, ses poules gambadant en plein air. La production assure une cuisine bio au Vatican, les vaches Holstein garantissent au Pape mozzarella, ricotta et yaourts de première fraîcheur.

Retour à l’entrée des jardins, pour une visite des appartements pontificaux, dont la célèbre galerie des Pontifes. La vue sur l’agglomération romaine dans le lointain, et jusqu’à la mer par beau temps, est spectaculaire. Les anciennes Mercedes et Papamobiles stationnent dans la cour. Hors les murs, la petite ville de Castelgandolfo sommeille, elle n’a pas encore tiré parti de ce récent afflux de touristes, et il est difficile d’y trouver un coin sympathique pour faire une pause.
17h. Le train spécial ramène les visiteurs à Rome, Stazione San Pietro. Tout le monde descend, il fait doux, l'effervescence règne, c’est l’heure de la passeggiata et de l'aperitivo en terrasse.

Forfait d’une journée, entrées, audioguides et trains compris : 50 euros, uniquement par réservation en ligne sur le site des Musées du Vatican.

samedi 15 avril 2017

Le Comptoir Porcelana, nouvelle pépite de la Cité du Chocolat


La Cité du Chocolat, comme tous les musées, a désormais son espace de restauration. Depuis le début de janvier, les visiteurs et autres stagiaires s'y pressent, mais pas seulement. Les gourmets locaux peuvent aussi accéder directement au restaurant, sans faire la visite de la Cité, en empruntant la porte située derrière la statue emblématique de Toros.

Le comptoir Porcelana, ouvert tous les jours entre 12h et 14h30, n'est pas un restaurant traditionnel, mais un comptoir de restauration en libre service. Une équipe sympathique accueille les clients et présente les produits, qui marient les subtilités du chocolat aux saveurs de la gastronomie locale. Chacun garnit son plateau à la carte ou suivant les forfaits proposés : entrée, plat chaud, boisson ; ou entrée, plat chaud, dessert, pour une somme variant de 15 à 20 euros.

L'espace vitré situé au deuxième étage de la Cité du Chocolat, fonctionnel et lumineux, peut accueillir jusqu'à 60 clients. Ouvert sur les coteaux d'une part, sur une salle de jeux pour enfants de l'autre, il promeut une démarche écoresponsable jusque dans le moindre détail : couverts en amidon de maïs, desserts présentés dans des moules de bois, saladier en pulpe de canne, tous biodégradables. Seuls les plats chauds mijotent dans les mini cocottes Revol.
Venons-en au contenu. Pas de banal salé- sucré, mais des plats raffinés et originaux, incorporant une touche de chocolat : par exemple la « salade d'ici » composée de mesclun, ravioles frites au chocolat, dés de caillettes, noix ; ou le « velouté de panais, banane plantain », cacao Orelys et poivre de Tasmanie, parsemé d'éclats de noisettes caramélisées. Dans les mini cocottes, on trouve un Parmentier décliné à toutes les sauces, avec canard au chocolat noir Xocopili, chou chinois, ou pintade au praliné amandes et champignons ou encore fruits de mer. Les desserts, plus familiers, brownies, crumbles ou crème chocolatées, sont tout aussi onctueux.
La carte évolue au fil des saisons. A Pâques, le chef Jérôme Portal prévoit de nouvelles saveurs, agneau et gaspacho épicés au chocolat, avec une pointe de menthe et cardamome. Bref, on découvre au Comptoir Porcelana un plaisir gustatif original dans un cadre sobre et raffiné.

Petite précision botanique et linguistique : La fève de cacao appelée Porcelana, en raison de sa couleur blanche est cultivée au bord du lac Maracaibo au Venezuela. Elle donne le cacao le plus fin de la sous-variété de Criollo. Le nec plus ultra des fèves, enseigne idéale pour la restauration à la Cité du Chocolat !


Tél. : 04 75 09 27 27


Article publié dans le JTT du jeudi 13 avril.

lundi 10 avril 2017

Au salon des Auteurs, on croise des personnages de roman !


Le salon des Auteurs de Tain, organisé ce week-end par l'Association Tain Terre et Culture, conjointement avec la Mairie et la Bibliothèque a joué la diversité. Celle des genres littéraires : romans, essais, policiers, carnets de voyage, albums jeunesse, BD, fantasy ... celle des auteurs, une quarantaine, réunis dans la salle Charles Trenet. Et celle des animations proposées en plus des échanges et dédicaces : Contes et lectures par Christophe Mercier et la MJC pour les enfants. Et pour les adultes, conférences passionnantes sur des personnalités régionales aux destins … romanesques.

Françoise Coulomb, historienne, a ainsi exposé la vie de deux nobles familles de Tain, les de Florans et de Cordoüe, riches propriétaires unis par le mariage, dont les demeures se faisaient face dans la Grand'rue : la maison occupée par Sculptur'art et celle sur laquelle a été construit l'immeuble l'Argens. Ces aristocrates, riches propriétaires terriens, après avoir vécu dans l'opulence jusqu’au XVIIIème siècle, ont subi des revers successifs, révolutions, guerres, destructions ou dilapidation des biens... Si bien que seule une malle contenant de plus de 900 lettres est parvenue par une suite de hasards entre les mains de la famille Coulomb. Grâce à ces archives, Françoise a reconstitué l'histoire des familles, leur implication dans la vie locale. Son livre recèle une somme d'anecdotes édifiantes sur le fonctionnement de la noblesse provençale au XIXème siècle, des mariages arrangés (ou contournés) aux choix politiques, en passant par les menus de fête, l'entretien des propriétés agricoles et dons aux oeuvres de bienfaisance.

Destin totalement opposé à celui de la Mère Brazier, célèbre cuisinière lyonnaise, raconté par Jacotte, sa petite-fille. Eugénie Brazier est née en 1895 dans une pauvre famille de paysans de l'Ain. Pas d'initiation à la cuisine, au contraire, la faim au quotidien. Et pire encore, quand son père la chasse en 1914, alors qu'elle est enceinte. Ne sachant ni lire, ni écrire, sans formation, elle trouve une place de nourrice dans une famille bourgeoise de Lyon : les fabricants de pâtes Milliat.  Et son destin bascule quelques années plus tard, lorsqu'elle est envoyée en apprentissage chez la Mère Fillioux, célèbre restauratrice locale. Elle y apprend les rudiments de la cuisine et découvre ses capacités culinaires. En 1921 elle ouvre son propre bistrot rue Royale à Lyon : Chez la Mère Brazier. Le succès ne tarde pas. Edouard Herriot en fait sa cantine : les poulardes en demi-deuil, quenelles au gratin et artichauts au foie gras sont bientôt aussi célèbres à Paris qu'à Lyon. Eugénie achète ensuite un autre restaurant au col de la Luère, dans les Monts du Lyonnais en 1928, et obtient en 1933 un classement trois étoiles pour ses deux établissements, du jamais vu ! Paul Bocuse devient son apprenti en 1946. Tous les grands de la politique et du monde artistique viennent déjeûner chez elle ... La Mère Brazier continue de régner en cuisine, vitupérant, hurlant, rudoyant son équipe, sept jours sur sept, 365 jours par an, jusqu'en 1977.

Jacotte n’écrit pas, ne fait pas la popotte, mais Jacotte papote ... On l'écouterait des heures évoquer sa grand-mère, tout en savourant d'avance les quenelles concoctées par les restaurants de Tain, qui se sont associés au Salon, en mettant à leur carte la plus célèbre recette de la Mère Brazier.

Article publié dans le JTT.


samedi 25 mars 2017

Chronique littéraire : Le divan de Staline, de Jean-Daniel Baltassat


1950, Atmosphère oppressante, dans la datcha géorgienne où Staline se repose. Il est alors le maitre absolu de la Russie, entouré de gardes, d’espions, de courtisans, tous obsédés par la peur d’être sur la prochaine liste d’exécutions.

Sous ses airs débonnaires de jardinier soignant ses roses, Staline joue au chat et à la souris avec son entourage. Généraux, soldats, personnel du château, tous sont à genoux, partagés entre admiration et terreur.  Même Lidia, Lidiouchka, sa belle maîtresse, qui en sait trop sur son compte. Avec elle le jeu du mensonge est subtil, Staline s’amuse à lui faire endosser le rôle de Freud, le « grand Charlatan » occidental, quand il s’installe le soir sur son divan. Et le passé, vrai ou faux, lui revient en mémoire. Presque 70 ans de vie, d’épreuves, une gloire à son apogée, la manipulation ou le massacre de tous ses proches.
Danilov, le jeune peintre que Lidia a amené au palais, avec le projet de créer une fresque géante à la gloire de Staline, de le distraire, lui permettra-t-il de rester en grâce ?

Jean-Daniel Baltassat, écrivain féru d’art et d’histoire, né en 1949, évoque avec beaucoup d’érudition les dernières années de Staline, brossant le portrait d’un tyran sanguinaire, politique rusé, mais aussi homme cultivé, seul devant ses cauchemars.

Le divan de Staline vient d’être adapté au cinéma par Fanny Ardant, avec Gérard Depardieu en Staline, et Emmanuelle Seigner dans le rôle de Lidia.
Il est disponible en poche chez Points.

Chronique publiée dans le JTT.

samedi 18 mars 2017

Les Deux Rives en Balade

Pour fêter leurs vingt ans d'existence, les randonneurs de Tain-Tournon ont organisé dimanche 12 mars 4 randonnées ouvertes au public. Les participants pouvaient choisir entre des parcours de 7, 9, 16 ou 22 km, à travers les collines ardéchoises. Les parcours avaient soigneusement été préparés et balisés la semaine précédente. Dès 8h dimanche les nombreux bénévoles accueillaient les volontaires sous la halle du marché. Une logistique impressionnante, pour gérer et nourrir les 700 marcheurs qui se sont succédé tout au long de la matinée. Après paiement d'un droit de 5€ et inscription de leurs coordonnées, ils recevaient une casquette, un verre au logo de l'association et un ticket repas. En couple, en groupe, en famille ou en solitaire, chacun sa route, chacun son chemin...

Le parcours de 9 km démarrait par le sentier des Tours. La douceur du temps assurait une montée agréable jusqu'au belvédère de Pierre, tous les sens en éveil : odeur entêtante des buissons de buis en fleurs, tintement des cloches dominicales, chants des oiseaux, bêlements de agneaux nouveaux-nés dans la ferme sommitale ... Un arrêt pour se désaltérer face au panorama splendide sur la vallée du Rhône. Puis la traversée du plateau, entre vignes soigneusement taillées et champs d'abricotiers immaculés, les flammes jaunes des forsythias égayant les vieilles pierres. Changement de végétation de l'autre côté, pour la descente au dessus de l'immense usine Trigano : Un sentier abrupt entre chênes et bruyères, piqueté de primevères et de violettes. Enfin la vallée du Doux, l'eau gazouillant sur les galets, et le retour en ville, où une copieuse assiette ardéchoise régalait les participants. Une pause confortable, pour masser ses mollets durcis, et échanger avec d'autres randonneurs, qui avaient choisi la rando familiale, 7 km sans dénivelée et beaucoup de joie, car pour les petits, suivre le balisage constitue un jeu de piste géant.Les vrais, les durs, engagés sur les deux randos difficiles de 16 et 22 km, n'étaient pas encore de retour, leur ravitaillement étant prévu en chemin.

Une organisation sans faille. La présidente des Deux Rives en balade avait tout lieu de se réjouir du succès de cette belle journée de détente conviviale. Et de rappeler que si l'association a été fédérée il y a vingt ans, si elle est forte actuellement de 290 adhérents, elle a une origine modeste : en 1988, une dame qui désirait randonner a passé une annonce dans le journal pour trouver des compagnons. Et 4 personnes sont venues au premier rendez-vous. Les petits ruisseaux font de grandes rivières...

Article publié dans le JTT du jeudi 16 mars.

samedi 11 mars 2017

L'horloge de ma grand-mère

Avec l’exposition : 300 ans d’horloges comtoises, le Musée du Temps de Besançon propose de redécouvrir ce type d’horloges, solides et populaires, fabriquées en Franche-Comté depuis la fin du 17ème siècle. Des horloges de parquet reconnaissables à leur cadran décoré, en laiton, bronze ou émail, leur caisse en bois peint, emprisonnant le mécanisme, rouages et poids, mais laissant apparaître le balancier.


L’horloge comtoise, fabriquée surtout à Morez et Morbier, a marqué le temps dans presque toutes les fermes de France jusqu’au XXème siècle. Cadeau de mariage traditionnel, elle était un personnage à part entière du foyer, avec son tic -tac régulier, sa décoration originale, son gros meuble rassurant. Elle sonnait les heures, rythmant la vie de la maison. Les comtoises sont devenues de véritables objets de collection, prisées pour la variété de leur décoration et leur haute précision.

Elles se caractérisent par la présence de deux mécanismes, le premier pour le mouvement et le second pour la sonnerie. Ces mécanismes sont situés dans une cage en fer démontable. L'entraînement est effectué par 2 poids en fonte, la régulation est assurée par un long balancier. Abandonnée dans les années 1970, la fabrication des horloges a repris, avec une technologie et un design des plus modernes. Même le célèbre designer italien Alessi a signé un modèle !

C'est au Musée du Temps qu'est installée l'exposition "L'horloge de ma grand-mère". Dans un superbe palais Renaissance, le Palais Grandvelle, demeure d’une illustre famille de juristes franc-comtois, dont Nicolas Perrenot, né vers 1486, premier conseiller et ami de l’empereur Charles Quint. Ce musée retrace l’histoire de la mesure du temps, à travers gravures, outils, et une collection d’horlogerie unique, du sablier à l’horloge astronomique. Une histoire qui fait écho à  celle de Besançon, capitale horlogère. C'est là que l’industrie horlogère s’est imposée au 19ème siècle, valorisée à travers les Expositions universelles. L’Ecole d’horlogerie a été fondée en 1860, l’Observatoire de Besançon en 1882, les marques emblématiques Lip, Yema, Zenith ou Maty  portent la réputation d’un savoir-faire qui perdure actuellement  à travers toutes les microtechniques.

L’horloge comtoise a aujourd’hui une dimension affective et symbolique, nombreux sont les souvenirs qui s’y rattachent, c’est la pendule de grand-mère par excellence. Et en ce week-end du 5 mars, fête des grands-mères, le musée leur fait un clin d'œil en ouvrant gratuitement ses portes !

Article publié dans le JTT.



samedi 4 mars 2017

Les cigognes sont de retour

Les cigognes, symboles de fidélité et de fécondité, apportent-elles encore les bébés dans les maisons ? Ces oiseaux mythiques, à la silhouette élégante, ont nourri l’imaginaire de nombreux artistes : chanteurs (Lina Margy 1945), cinéastes (Quand passent les cigognes 1957), scénaristes (Cigognes et compagnie 2016).  Mais l'essentiel, c'est que leur retour d’Afrique, par Gibraltar puis le long du couloir rhodanien, annonce l’arrivée du printemps.

La cigogne blanche est un des plus grands oiseaux d’Europe (1,15 mètre de hauteur). Plumage blanc, ailes bordées de noir, bec et pattes de couleur rouge. Elles profitent des ascendances thermiques pour s’élever rapidement en spirale, et donc évitent de survoler la mer, où ces ascendances n’existent pas. C’est un oiseau familier qui peut vivre près des hommes et nicher au cœur des villes.
Emblème de l’Alsace, dont elle promeut les spécialités, elle y est l’objet de toutes les attentions. On  préserve amoureusement leurs nids, au sommet des clochers, des toits, des pylônes, lieux permettant une vue dégagée, propices à repérer grenouilles, insectes et autres vers. Les nids constitués de branchages peuvent peser jusqu’à 500 kg ! Un parc d’attraction, Cigoland, à Kintzheim leur est même entièrement consacré. Et le célèbre dessinateur et caricaturiste Hansi en a fait sa marque de fabrique.

Au début du printemps, le mâle arrive le premier, et choisit son nid. Quand la femelle le rejoint, ils l’améliorent ensemble. La ponte s’effectue sur plusieurs jours, les œufs, 3 à 5, sont déposés sur un matelas d’herbes sèches. Le mâle et la femelle se relaient pendant toute la durée de l’incubation de 30 à 32 jours. Les cigogneaux couverts de duvet gris à la naissance, virent au blanc ensuite. Dès l’âge d’un mois, les jeunes commencent à battre des ailes de temps en temps sur le nid. A 45 jours, les plumes se sont développées et les battements d’ailes répétés permettent aux cigogneaux de s’élever un peu dans les airs tout en restant au dessus du nid. Ils prennent rapidement de l’assurance, s’élèvent toujours plus haut et développent leur musculature. Pendant cette période d’apprentissage, les parents espacent leurs retours et apportent moins de nourriture pour inciter les jeunes à quitter le nid. Le premier envol a lieu autour de l’âge de deux mois, les jeunes font alors de fréquents allers et retours entre le sol et le nid.
Puis ils deviennent indépendants, cherchant seuls leur nourriture. Ils quittent le nid dans la matinée pour n’y revenir que le soir. Pendant cette période, les parents peuvent très bien ne plus revenir au nid. Les voilà capables d’affronter la grande migration.
Une éducation modèle, pour ces oiseaux dont on vante aussi la solidarité filiale, ils ont la réputation de prendre soin de leurs vieux parents, de les nourrir, et même de les transporter. 

Pourtant les cigognes ont bien failli disparaître de notre pays. Plusieurs raisons à cela : L’assèchement des zones humides, où elles trouvent leur nourriture, l’utilisation de pesticides, les collisions avec les lignes électriques, les tirs de chasse pendant la migration, et le massacre sur les lieux d’hivernage. D’importantes mesures de préservation ont été prises en France, comme Naturoparc à Hunawihr, un centre de réintroduction  et de sédentarisation des cigognes. Grâce à ces mesures, les cigognes sont présentes dans plus de 40 départements, avec près de 2400 couples nicheurs.


De tous temps, on a attribué à la cigogne
de nombreux bienfaits. Sa présence sur une maison la protège des incendies. On raconte qu’en 1007 la foudre frappa la cathédrale de Strasbourg, alors en construction, et que les ouvriers ne reprirent le travail que lorsqu'un couple de Cigognes blanches se fut installé sur les échafaudages. Et en Egypte antique, le hiéroglyphe cigogne représentait ... l’âme !

Article publié dans le JTT du jeudi 2 mars.

dimanche 26 février 2017

Chronique littéraire : Les gens dans l'enveloppe, de Isabelle Monnin

Un jour, la journaliste Isabelle Monnin achète sur internet un lot de photos de famille, d’origine inconnue. Elle les examine d’abord sans penser à les utiliser. Mais peu à peu un projet d’écriture se dessine, prend forme, et aboutit à ce qui n’est pas un roman, mais un OVNI en trois parties. D’abord une histoire inventée de toutes pièces à partir des personnages, de ce qu’elle perçoit d’eux. Ensuite, le journal de son enquête pour essayer de retrouver les authentiques « gens de l’enveloppe » et leurs témoignages. Enfin, son ami le compositeur Alex Beaupain décide de mettre l’aventure en chansons, et réalise un CD où se mêlent toutes les voix des personnages.

Chaque étape est curieuse. La gestation du roman, où apparaît entre les lignes l’enfance de l’auteur, ses souvenirs, ce qui la perturbe, la disparition, la fragilité. Le déroulement de l’enquête, sous forme de journal intime, qui est surprenant, puisque, grâce à Google, Isabelle arrive jusqu’à Clerval, dans la Franche-Comté de son enfance. La partie chantée est tout aussi intéressante, mélangeant les voix d’Alex, Camélia Jordana, Clotilde Hesme, Françoise Fabian, mais aussi celles des « gens de l’enveloppe » retrouvés.
Car à la fin, une relation féconde se tisse entre les auteurs et « les gens de l’enveloppe ». Le roman-enquête-disque  en est le symbole, un OVNI improbable et réussi, qui ne ressemble à rien de connu mais dégage une véritable humanité.

Les gens dans l’enveloppe est disponible en Livre de poche.

Chronique publiée dans le JTT.

samedi 18 février 2017

Papier peint : Un héritage de Jackie K.

En 1961-1962, Jackie Kennedy a entrepris de rénover l’intérieur de la Maison Blanche, avec le souci de mettre en valeur l’histoire de l’Amérique. Elle a fait tapisser le salon de réception des diplomates avec un papier peint panoramique ancien représentant les ports de New York, Boston, et leurs activités, ainsi qu’une parade à West-Point et un paysage des chutes du Niagara. Ce papier peint panoramique, créé en en 1833, a nécessité 1650 planches gravées, dont la fabrication et la pose ont été assurées par la manufacture alsacienne Zuber, propriétaire du modèle. Intitulé « Scènes d’Amérique du Nord », il raconte l’histoire et la vie sur la côte Est des Etats-Unis au 19ème siècle.

Le public français peut lui aussi admirer ce somptueux ouvrage au Musée du Papier Peint de Rixheim (68). Un musée qui conserve précieusement la mémoire de cette technique, dont l’âge d’or fut le 19ème siècle. Il est situé dans les lieux mêmes de la manufacture Zuber, qui fabrique du papier peint
depuis 1797, et continue à produire des modèles historiques. Le panoramique est le nec plus ultra du papier peint : un paysage à 360 °, décomposé en plusieurs panneaux, qui décore une pièce entière. Très à la mode après les retours d’expéditions lointaines de Bougainville, Cook ou Lapérouse, il représentait des destinations exotiques : Brésil, Amérique du Nord, Egypte, Hindoustan, pays qui venaient d’être explorés et dont la description faisait rêver. Végétation luxuriante, scènes de la vie sauvage, monuments ou événements historiques se déployaient ainsi sur les murs des riches demeures. Le deuxième étage du musée de Rixheim est entièrement consacré à ces splendides spécimens.

Mais il n’y a pas que le panoramique ! Le papier peint est de retour sur les murs et dans les catalogues de décoration. Les designers contemporains ont totalement renouvelé le concept : Frises, décors muraux, photos, trompe-l’œil, le classique est revisité, l’industriel adouci, le choix déborde d’originalité. Toutes les grandes maisons ont leurs stylistes, leurs revêtements spéciaux, leurs thèmes de prédilection, et proposent des produits innovants, aux sources d’inspiration multiples, de Christian Lacroix à Star Wars, des estampes japonaises aux motifs Art Nouveau. Le premier étage du musée expose les dernières tendances.

Quant au rez-de- chaussée, il est consacré à la technique. Le papier peint a été le témoin de la vie des 18ème et 19ème siècles. Décliné en diverses qualités : du plus ordinaire, avec une seule couleur pour les gens modestes, au plus luxueux, nécessitant jusqu’à 80 planches, il est passé d’une production artisanale (peint à la main) à une production
industrielle, grâce à l’avènement des machines. La première a permis d’imprimer à la main sur un rouleau de papier continu, puis la suivante a  utilisé des cylindres gravés pour reproduire le motif, une autre a permis d’appliquer vingt-quatre couleurs successives ... Au départ, un artiste peignait un motif, un assistant décomposait le motif en plusieurs calques correspondant à chaque couleur. Des graveurs sculptaient ensuite des planches de bois suivant les calques, un travail qui pouvait prendre des mois. Enfin seulement venait la phase d’impression : enduire les planches de couleur, les tamponner sur le rouleau de papier, en suivant des repères, avant de les faire sécher.

Le panoramique de la Maison Blanche est aussi un petit clin d’œil à la culture française de Jackie Kennedy. Espérons que Mister Trump ne va pas exiger d’en changer !

Article publié dans le JTT du jeudi 16 février 2017.

dimanche 12 février 2017

Chronique littéraire : Check-point, de Jean-Christophe Rufin

Notre académicien a un talent exceptionnel. Chacun de ses livres plonge le lecteur dans un univers différent, passionnant, dont il dévoile peu à peu la complexité. Une intrigue palpitante, des personnages qui révèlent leurs ambiguïtés, et les idées reçues volent en éclats.

Cette fois, le roman traite de l’humanitaire et de ses limites. Deux camions d’aide internationale partent pour la Bosnie en guerre, chargés de médicaments, nourriture, vêtements. Cinq personnes se relaient au volant. Sont-ils seulement animés par un esprit de charité ? Non. Chacun a, derrière une façade polie, des motivations secrètes. Lionel, chef de convoi, essaie de s’imposer pour séduire Maud, une fille qui cherche l’aventure. Les deux anciens soldats, Marc et Alex, ont l’expérience de la guerre en Bosnie, ils y ont lié des affections fortes, et y retournent chargés d’une autre mission : apporter des munitions. Et puis il y a un barbouze antipathique, qui espionne tout le monde, mais pour le compte de qui ? Au cours du voyage, l’ambiance se modifie, l’angélisme disparaît derrière les intérêts de chacun. Les passages de check-points mettent les nerfs à vif, et la belle unité se défait.

Jean-Christophe Rufin décrit sobrement la guerre, les différentes factions, serbes, croates, bosniaques, qui se partagent le territoire tandis que l’ONU reste passive, en observation. En quelques mots, il brosse un tableau réaliste de la détresse des populations. L’évolution politique comme celle des âmes humaines n’a pas de secret pour lui. Et de sa plume alerte, il nous plonge dans un passé proche, celui des années 1990, mais occulté. L’art de faire réfléchir sur les sujets de société contemporains.

Check-Point est disponible en poche chez Folio.

Chronique publiée dans le JTT.

samedi 4 février 2017

On a marché sur les eaux ... du Doubs !

Le froid glacial persistant permet de petites folies, comme patiner ou simplement marcher sur les étangs, les lacs et les rivières gelés. En Franche-Comté, c’est une détente très attendue par les amateurs de nature hivernale.

Le lieu le plus spectaculaire pour marcher sur les eaux se situe dans les gorges du Doubs, entre Villers-le-lac et le Saut du Doubs. Un itinéraire sauvage entre vertigineuses falaises calcaires et forêts touffues, inaccessible sauf en bateau-mouche pendant la belle saison. La couche de glace atteint plus de 10 cm, les méandres du Doubs ne sont guère profonds, et malgré quelques craquements en surface quand le soleil chauffe, on peut s’engager sans danger dans la profonde vallée creusée par le fleuve. Quelques kilomètres sinueux dans un monde totalement sauvage, où les chamois gambadent sur les pentes. 

La promenade est cosmopolite, car le Doubs est la frontière naturelle entre France et Suisse, aussi des dizaines de promeneurs y descendent des deux côtés, dans un savoureux mélange d’accents. Un public varié : Familles traînant les enfants en luge, patineurs, hockeyeurs, attirés par cette immense patinoire à ciel ouvert, qui donne au Haut-Doubs des airs de Canada, et randonneurs  parcourant tranquillement toute la partie navigable, jusqu’à la cascade prise par les glaces. Émerveillés par la beauté de la nature et par la magie éphémère de la météo, les photographes se régalent.  Jeux de lumière entre fleuve gelé et roches polies. Forêt sombre pailletée de neige, bateaux pris dans la glace, vols d’oiseaux criards en quête de miettes de pique-nique… Et sous le ciel bleu pur, des humains joyeux.


Article publié dans le JTT du jeudi 2 février 2017.

vendredi 27 janvier 2017

Eventailliste, un métier d’artistes et d’artisans

A Romans, face à Saint Barnard, la rue Pêcherie concentre quelques échoppes artistiques : relieur, luthier, galerie de peinture, mais la plus belle est sans conteste possible Appâts d’Anges. Eventails en dentelle ou en plumes, en tissu ou en papier, découpés ou tressés, coquins ou précieux, la vitrine de l’atelier est un régal pour les yeux.

Authentique œuvre d’art, l’éventail est un objet raffiné, unique, conçu sur demande. Accessoire de mode, de théâtre, objet de décoration, de collection, ou publicitaire, son élaboration, puis sa réalisation demandent un savoir-faire pointu dans plusieurs domaines. Il utilise toutes les matières, ivoire, nacre, écailles, corne, bois, os et feuilles de vélin, de soie, dentelles, satin, organza, ne se refuse aucune coquetterie. 
Eventailliste est un métier passionnant, affirme Frédérick Gay, plasticien et créateur inspiré, dont les œuvres ravissent les collectionneurs. Dans son atelier de Romans, il crée des modèles, réinterprète ou restaure des éventails anciens, collabore à la prestigieuse maison Duvelleroy, expose à Paris, commercialise à l’étranger. Son métier, après des études psychologie et de mode, il l’a appris chez le dernier maître éventailliste, au Musée de l’Eventail de Paris.

Lauréat du grand prix des métiers d’art en 2006, il déplore néanmoins le peu d’animation du centre historique. Son échoppe attirerait les foules si elle était placée rue de Rivoli !
Pour doper l’intérêt des passants, il a ouvert son atelier à Hugo Chapin, comédien, formateur et aussi artiste en arts appliqués, dont les photomontages traités par ordinateur et tirés sur aluminium révèlent un goût pour l’ésotérisme et l’érotisme. 
Une troisième personne s’épanouit dans l’ambiance artistique de l’atelier-galerie, c’est Johanna, stagiaire issue des Beaux-arts de Nantes, enthousiasmée par la découverte du métier d’éventailliste.
La transmission du savoir-faire est une belle manière de préserver le patrimoine. Il est loin le temps où le langage de l’éventail permettait aux belles dames de faire leurs déclarations par de discrets gestes codés…

Atelier-galerie Appâts d’Anges, 9 rue Pêcherie à Romans ... et sur Facebook.

Article publié dans le JTT du jeudi 26 janvier 2017.


samedi 21 janvier 2017

Chronique littéraire : Le règne du vivant, de Alice Ferney

Alice Ferney abandonne la sphère intimiste pour se lancer avec beaucoup de conviction dans un manifeste en faveur de la protection de la faune sous-marine. Ce réquisitoire lève le voile sur des problèmes méconnus : la disparition d'espèces menacées, baleines, tortues et requins entre autres. Disparition due à la chasse, la pêche industrielle, pourtant interdites par des lois internationales.

Le constat est terrible : les ailerons de requin, la chair de baleine, étant des morceaux prisés, des sociétés mafieuses organisent la tuerie avec de gros moyens. Pire, on dépèce les animaux vivants avant de rejeter leur corps dans l'océan. Dans les zones protégées, la corruption des gouvernements empêche les polices locales de faire respecter la loi. Les organisations environnementales se gargarisent de beaux discours, multiplient les réunions d'auto promotion, mais sans aucun résultat.
Alors le capitaine Magnus a décidé d'agir concrètement. Avec son brise-glace, entouré d'une poignée de camarades résolus, il se place entre les baleines et les trafiquants équipés d'explosifs. Il éperonne les bateaux qui refusent de quitter les zones protégées. Il saborde leur matériel, complique leur travail, afin d'arrêter le massacre. Mais en cassant du matériel, en empêchant les profits juteux, il est hors-la-loi de notre société matérialiste.
A côté d'un lexique précis de la faune sous-marine, et d'une argumentation convaincante, c'est la beauté de l'écriture qui nous touche. Une ode lyrique à la majesté et la vulnérabilité de ces grands mammifères qui nous ont précédé dans la chaîne de la vie. Des descriptions fabuleuses de l'océan, de l'infini vertige des abysses, des animaux qui y vivent depuis toujours. Et une supplique pour que nos enfants puissent à leur tour continuer de les admirer.

Alice Ferney, née en 1961 à Paris, est l'auteure d'une œuvre romanesque importante. Tous ses livres sont publiés chez Actes Sud.
« Le règne du vivant » est disponible en poche dans la collection Babel.

Chronique publiée dans le JTT.

samedi 14 janvier 2017

Brila Estonteco : Un avenir radieux pour Lyon

Brila Estonteco ? Quèsaco ?
Ce vocable étrange signifie « avenir radieux » en espéranto. Un nom porteur d’enthousiasme pour la statue monumentale qui décorera bientôt le parvis de la gare TGV de l’aéroport Saint-Exupéry. La statue de 3.20 m de haut se veut à la fois une allégorie de la ville, de sa créativité, et de la transmission aux générations futures. Pour un tel message, ses concepteurs ne pouvaient que choisir l’espéranto, langage universel.

Brila Estonteco est une initiative audacieuse de trois hommes, réunis par l’amour de leur ville, et l’amour de la bande dessinée. Alain Ravouna, chirurgien dentiste de son métier, est président du festival Lyon BD. Benjamin Lebègue est lui-même dessinateur BD. Et Pascal Jacquet est sculpteur, plasticien, professeur  à l’école d’art Emile Cohl, qui forme les dessinateurs de demain. Le festival Lyon BD ayant pris de l’ampleur, en 2011, ils ont voulu créer un trophée emblématique. Un lion peut-être ? Un crayon ? Et pourquoi pas Saint-Exupéry, qui était aussi dessinateur ?
Ils ont alors réalisé qu’aucune représentation de Saint-Ex n’ornait l’aéroport qui porte son nom. Un manque à combler. Le challenge a pris une nouvelle dimension, avec le choix du lieu d’implantation symbolique, à la jonction de la gare TGV et de l’aéroport, centre de communication par excellence.
« La sculpture sera une allégorie des énergies en marche pour développer la région. Et ce qui génère ces énergies, c’est la transmission intergénérationnelle des talents » affirme Pascal. Les idées ont foisonné, fusionné, pour finalement être incarnées à travers une statue de Saint-Exupéry s’élevant vers le ciel, flanqué d’un lionceau, porteur d’un livre et d’un crayon. Dessiné par Benjamin, le projet a été sculpté par Pascal.

De 2012 jusqu’au résultat actuel, une statue monumentale en résine, le cheminement a été hérissé de difficultés. N’étant pas un projet décrété et budgétisé par l’état, les concepteurs ont dû obtenir une foule d’autorisations, faire des démarches interminables, et surtout trouver des financements privés. Pascal n’a entrepris la réalisation de la statue, d'abord en argile, puis en résine, qu’après avoir réuni un budget de 20 000€, sur les 260 000€ prévus.
Le 5 octobre 2016, les trois concepteurs ont organisé autour de la statue Brila Estonteco, une soirée pour lancer un appel au mécénat, car 70 000 € sont encore nécessaires pour la phase de coulage du bronze. En présence d’Olivier d’Aguay, petit-neveu de Saint-Exupéry et directeur de sa succession, Franck Laferté, directeur de l’Agence Gares Centre Est Rhône Alpin, et Patrick Moiriat, responsable de communication ‘‘gares et connexions’’, ils ont fait appel aux entreprises et aux particuliers. Chacun peut verser son écot, avec la possibilité d’un allègement fiscal. La fondation Bullukian gère les dons. D’autre part un financement participatif va être mis en place sur internet, il faut médiatiser au maximum l’événement, intéresser non seulement les Rhônalpins, mais tous les Français. Car les plus généreux, à ce jour, sont les mécènes chinois... Peut-être parce que leur nom sera inscrit sur le socle ?

Une histoire qui rappelle celle de la statue de la Liberté, emblématique de New York. Auguste Bartholdi a attendu longtemps avant que soit réunie la somme nécessaire à sa réalisation, puis au transport et à l’implantation. Cela ne fut possible que grâce à sa détermination et aux dons de modestes admirateurs Français et Américains.
Les concepteurs lyonnais, eux aussi, ne doutent pas du succès de leur entreprise. Ils se réjouissent même d'illustrer l'adage « A cœur vaillant, rien d’impossible ». La version en bronze de Brila Estonteco sera exécutée par l'entreprise Adobati, fondeurs d'art à Mercurol (26). Un challenge technique, vu sa taille. En principe, elle sera implantée sur son socle, entre la gare TGV et l’aéroport Saint-Exupéry, en octobre 2017, en présence des donateurs.

Renseignements : www.brilaestonteco.com
Facebook : brila estonteco
Les chèques peuvent être envoyés au nom de la Fondation Bullukian
26 place Bellecour 69000 Lyon, en précisant « pour Brila Estonteco »

Article publié dans le JTT du jeudi 12  janvier 2017.

dimanche 8 janvier 2017

Nabucco, de Giuseppe Verdi

Hier soir au cinéma Pathé de Belfort, en direct du Metropolitan Opera de New York, une séance consacrée à Nabucco, de Giuseppe Verdi. Impossible de la rater. D’autant que le Chœur des esclaves, à  l'acte III, avec « O mia Patria », a été bissé…

Nabucco fut créé le 8 mars 1842 à la Scala de Milan, et lança la carrière du jeune compositeur de 29 ans, faisant de lui l’un des maîtres incontestés de l’opéra italien. Le livret oscille entre démesure et humanité, mais l’œuvre est autant politique que musicale : elle évoque l'esclavage des juifs par Nabuchodonosor, roi de Babylone, et le fameux chant « Va pensiero » est celui des opprimés. En Italie, ce chant devint le symbole de la quête de liberté du peuple, qui, dans les années 1840 - époque où l'opéra fut écrit - était sous le joug des Habsbourg.
Nabucco valut au jeune Verdi son premier succès international et fut considéré comme emblématique du Risorgimento. « Va pensiero » servit de chant de ralliement aux indépendantistes qui se battirent jusqu'à l’unification de l’Italie en 1861. A tel point qu’il fut question de le choisir comme hymne national lors de la proclamation de la République italienne en 1946. Idée écartée, car rappelant trop l’esclavage.

Nabucco retrouva une dimension politique, lors de son interprétation  à l’opéra de Rome, le 12 mars  2011, sous la baguette du célèbre chef d’orchestre Riccardo Muti. Un moment culturel symbolique : l’inauguration de la célébration des 150 ans de l'unité italienne. Avant la représentation, Gianni Alemanno, maire de Rome, monta sur scène pour prononcer un discours dénonçant les coupes dans le budget de la culture. Cette intervention produisit un effet inattendu, d’autant que Silvio Berlusconi assistait à la représentation. A la fin du "Chœur des esclaves" de l'acte III,  Riccardo Muti s'est arrêté sous les applaudissements nourris du public, et a décidé de bisser l'hymne, en le dédiant  à un autre Risorgimento, celui de la culture, "qui, seule, a fait l'histoire et l'unité de l'Italie". Dans un silence solennel, Muti a demandé au public de se joindre aux voix du chœur. Toute la salle s’est levée pour chanter « Va pensiero », tandis que des tracts politiques étaient lancés depuis le poulailler. Emotion intense du public, uni par ces paroles : « O mia Patria, si bella e perduta..." ».

dimanche 1 janvier 2017

Bonne année 2017 !

Avec cette carte brodée au petit point en 1917, exhumée des archives de ma grand-mère, je vous adresse mes meilleurs voeux pour ... 2017.

Marthe et Henriette, deux soeurs complices, Berthe et Emilie, leurs cousines, Giacinto, l'homme qui marche sans le savoir à leur rencontre ... Les héros de O mia Patria  restent vivants, un siècle après, grâce à l'hommage que je leur ai rendu.


Pour moi, 2016 fut une année privilégiée. Après le plaisir de voir mon livre matérialisé, j'ai découvert la joie de partager l'émotion du récit avec mes lecteurs.Puisse 2017 être pour tous un temps d'espoir, de partage et d'épanouissement.

Bonne et heureuse année!