vendredi 23 juin 2017

Les mappemondes géantes de Coronelli


Vincenzo Coronelli (1650- 1718) est un moine, géographe et astronome, qui a conçu et réalisé des globes terrestres et célestes géants. Les deux plus imposants (4 m de diamètre ; 2,3 tonnes) ont été réalisés pour Louis XIV, ils sont actuellement conservés à la BNF. Ils représentent l'état des connaissances géographiques des continents Asie, Afrique, Amérique et Europe pour la décennie 1670-1680, et l'état du ciel au XVIIème siècle. On peut voir d’autres spécimens de ces globes en Italie, particulièrement dans la magnifique salle du Tasse de la Bibliothèque Civique de Bergame.


Né à Venise, Coronelli apprend la gravure sur bois, puis entre chez les Frères Mineurs en 1665, où il étudie l’astronomie, la fabrication de sphères armillaires et la théologie. Il crée ensuite un atelier de gravure de cartes, dont la renommée explose après la réalisation des globes géants pour le roi de France, pour laquelle il reste deux ans à Paris (1681-1683). En 1684, Coronelli fonde l'Académie des Argonautes, la plus ancienne société géographique du monde, qui va l'aider à diffuser son œuvre. Couronnement de sa carrière, le 12 mars 1685, il est nommé par le sénat Cosmographe de la Sérénissime République de Venise.

Les deux globes exposés à la Bibliothèque historique de Bergame mesurent 3,3 m de circonférence. Chacun est couvert de 50 feuilles de papier ayant la forme de quartiers, aquarellées et collées sur une structure de noyer. Le globe terrestre représente océans et terres, pays, fleuves, côtes et points d’abordage, il est agrémenté de petits éléments décoratifs : bateaux, animaux locaux. Le globe céleste recense les coordonnées astronomiques de 1902 étoiles, dans un décor de signes du zodiaque et animaux mythologiques. Les minuscules inscriptions manuscrites sont rédigées en italien, français, latin, grec et arabe. Une performance.

Ce travail est d’une précision remarquable, alors qu’il a été réalisé en 1688, au début de la connaissance de notre planète : Christophe Colomb avait découvert l’Amérique en 1492, et Galilée avait été condamné en 1633 par l’Eglise à abjurer sa théorie (C’est la terre qui tourne autour du soleil et pas l’inverse). Coronelli a participé aux débats scientifiques sur les découvertes de Newton, Képler, et Halley, son ami et contemporain (célèbre par sa fameuse comète). Il a su recenser toutes les données de son époque et cartographier la Terre et le Ciel avec un réalisme époustouflant. On voudrait s’approcher pour déchiffrer les indications, mais les globes sont protégés par d’épaisses vitrines. Et pourtant, ils tournent !


jeudi 15 juin 2017

Quand le jazz est là...


Dimanche soir, ambiance surchauffée à la Maison des associations de Tain. En première partie  le jazz-band de Bourg de Péage a exécuté un choix de musiques composées entre les années 1950 et les années 2000, de Duke Ellington aux Beatles, en passant par Umberto Tozzi. Les nombreux instruments ont été successivement mis en valeur, ainsi que la bonne humeur du groupe. Puis les Luettes Noires ont fait leur show.



Les Luettes noires sont un ensemble de jazz vocal dirigé par Dominique Pinet. La vingtaine de choristes amateurs est en réalité issue de deux groupes : un qui se réunit à Lyon, et l'autre qui répète à Tain. Ardéchois, Drômois, Lyonnais réunis ont interprété avec beaucoup d'humour et d'énergie les grands standards du jazz, du swing, de la Nouvelle Orléans au Brésil, arrangés par David Buisson au piano. Les jeux de scènes comiques, tels ceux accompagnant James Bond ou GI Joe, avec  chapeau, gants, pistolets et luNettes noires, ont amusé le public, qui n'a pas hésité à reprendre en choeur les refrains, et à danser sur les bossa novas de Carlos Jobim. Chaud dehors, chaud dedans, mais surtout chaud au cœur ce dimanche à Tain.

On peut déjà songer à la prochaine rentrée : L'ensemble vocal Les Luettes Noires recrute tous pupitres. Répertoire: jazz, pop, funk... Contact : Dominique Pinet au 06 08 54 52 17 ou cevem@free.fr

Article publié dans le JTT du jeudi 15 juin.

mercredi 7 juin 2017

Chronique littéraire : L’exercice de la médecine, de Laurent Seksik  

Une saga familiale passionnante, à la fois romanesque et savante, poétique et réaliste, qui, à travers l’histoire d’une famille de médecins, de Russie à Berlin, de Nice à Paris, évoque l’histoire des Juifs au XXème siècle.

Une histoire tragique et mal connue. Laurent Seksik en brosse le tableau avec verve, à travers des personnages idéalistes, portés par leur tradition familiale de médecine. Le premier est Pavel, médecin des pauvres dans la Russie tsariste et antisémite en 1905, en proie aux humiliations, violences et pogroms. Son fils Mendel, réfugié à Berlin, devenu chef de clinique, est chassé d’Allemagne après les mesures d’interdiction d’exercer et le grand autodafé des ouvrages écrits par les Juifs. Son petit-fils Tobias, survivra à Nice aux rafles nazies, qui remplaceront en 1943 l’occupation bienveillante des Italiens. Enfin Léna, cancérologue à Paris, est l’héritière de cette lignée douloureuse, marquée par la violence à chaque génération. Difficile pour elle de prendre la vie avec légèreté.

On apprend beaucoup de choses dans ce roman, en suivant des personnages très impliqués, mais chaleureux et fantasques. L’intrigue est distillée subtilement, les chapitres alternent l’histoire ancienne et la vie de Léna à Paris en 2015. Le style, simple et précis, parfois technique mais toujours accessible, ouvre la porte à l’imagination par des descriptions fouillées. Et un brin d’humour !
Un vrai bonheur de lecture.

Laurent Seksik, né à Nice en 1962, est lui-même médecin et écrivain à succès.

L’exercice de la médecine est disponible en poche chez J’ai Lu.

Chronique publiée dans le JTT.

mercredi 31 mai 2017

Roger Dérieux et l'Ardèche


Derniers jours pour apprécier l'exposition des œuvres de Roger Dérieux au Château de Tournon. Un artiste local contemporain, qui illustre parfaitement l'évolution picturale du XXème siècle.

Roger Dérieux est né  Paris en 1922. Dès 1941, il s’installe l’été en Ardèche à Saint Martin de Valamas, où il peint assidûment. Et développe un goût pour la couleur, comme en témoignent ses plateaux ardéchois brossés dans un camaïeu de verts et bleus. Mais rattrapé par la guerre, il doit partir au STO. La difficulté d’obtenir des toiles l’oblige à peindre à l’huile sur papier, une privation qui finalement lui permet d’essayer de nouvelles techniques, car il peut plus facilement déchirer et recommencer. En 1945 il s’installe à Paris pour suivre des cours dans diverses écoles d’art. Sa première exposition a lieu en 1950, à Copenhague.


Il présente alors des paysages figuratifs, des natures mortes, où s’expriment toutes ses qualités de coloriste, à l’instar de Bonnard, Matisse ou Degas. Après les rencontres avec F. Picabia et Francis Ponge, il illustre nombre de livres d’artistes, participe régulièrement à des expositions internationales. Et s’éloigne de la figuration pour des lignes plus abstraites, mais toujours avec une recherche d’harmonie de couleurs. Puis dans les années 1980, il s’intéresse particulièrement au collage, par découpage de papiers préalablement peints et juxtaposition de figures géométriques.


Le Château-Musée de Tournon rend hommage à l’artiste décédé en 2015, en présentant des œuvres ayant pour sujet ou pour lieu de réalisation l’Ardèche. Huiles sur toile, sur carton, dessins, collages et livres d’artistes enchantent l’œil et constituent un résumé instructif de l’évolution d’un peintre avec son temps.

Article publié dans le JTT du jeudi 1 juin 2017.


mercredi 24 mai 2017

Grandiose expo Monet à Bâle


En 2017, la Fondation Beyeler de Bâle fête ses vingt ans en offrant dans son lumineux espace, créé par Renzo Piano, une double exposition. La première s’inspire de la présentation inaugurale, lorsque Ernst et Hildy Beyeler, collectionneurs passionnés, ont permis au public d’admirer les œuvres des artistes majeurs de l’art moderne, de Van Gogh, Cézanne et Monet à Giacometti, Rothko et Bacon, en passant par Picasso, Matisse, Léger et Klee…


La deuxième, jusqu’au 28 mai, est exclusivement consacrée à Claude Monet (1840-1926), et particulièrement centrée sur les années allant de 1880 au début du vingtième siècle. Son rôle de pionnier de l’impressionnisme est alors achevé, et Monet cherche de plus en plus à traduire subjectivement son ressenti devant un paysage.



La présentation des 62 œuvres prêtées par les grands musées d’Europe, Etats-Unis et Japon, ainsi queles nombreuses toiles issues de collections privées, s’articule autour des voyages du peintre. Les bords de Seine et Londres, la Côte d’azur et la Normandie, la mer et la campagne, sont autant de sujets où Monet joue avec la couleur, le reflet, l’ombre et la lumière. Enfin, les Nymphéas, l’ornement préféré de son jardin de Giverny, illustrent sa réflexion sur les infinies possibilités de la reproduction. L’art de Monet culmine alors dans une recherche d’abstraction, un appel à l’imaginaire.

La Fondation Beyeler, à Bâle-Riehen, est ouverte 365 jours par an. Le tarif d’entrée adulte est de 28 CHF, c’est cher pour les Français. Mais découvrir les éblouissantes toiles de Monet, dont certaines rarement exposées, justifie de sortir quelque ... money !

Article publié dans le JTT du jeudi 25 mai.

lundi 15 mai 2017

Un travail de Romain : Les bateaux de Caligula


Caligula (12-41 après JC) est un empereur romain qui a laissé de très mauvais souvenirs dans l’histoire. Ce successeur de Tibère, intronisé en 37, despote fou, débauché et sanguinaire, finit assassiné. Est-ce pour se protéger qu’il avait décidé de vivre à Nemi (à une trentaine de km de Rome), non pas au bord du lac mais SUR le lac ?

Il s’était donc fait construire un gigantesque bateau de 75 m sur 24 m. Sur la coque plate fut édifiée une somptueuse villa flottante, avec colonnes de marbre, sol en mosaïque, tuiles en bronze, thermes, jardins et statues. Sur un autre navire de même dimension, il fit construire un temple dédié à Diane, déesse de la chasse, dont le sanctuaire monumental était un lieu de pèlerinage au bord du lac. La crainte de l’au-delà le tenaillait, sans doute. Les deux navires, coulés à la mort de Caligula, sont restés dans l’oubli pendant les siècles suivants.

Quelques pêcheurs plongeaient parfois, et rapportaient des objets antiques, qui accréditaient l’idée qu’un trésor était caché au fond du lac. Au XIXème siècle, les vestiges rapportés confirmèrent l’intérêt de fouiller les épaves, enfouis à une quinzaine de mètres de profondeur. C’est en 1924 que la campagne de fouilles commença vraiment sous l’impulsion de Mussolini. Autre époque, autre tyran mégalomane, qui voulait affirmer la puissance infinie de Rome. Grâce au canal émissaire antique retrouvé, le lac fut lentement vidé. En 1929 le premier bateau apparut à l’air libre. Le second suivit en 1930. Mussolini fit spécialement construire un vaste musée sur la rive, avec deux ailes symétriques, pour y conserver les navires et leur cargaison d’antiquités. Hisser les deux navires mis à jour jusqu’au bord du lac fut une prouesse technique.  Et le Musée des Navires Romains ouvrit ses portes en 1940.

Hélas, cette formidable trouvaille ne fut visible que quelques années par les archéologues, scientifiques et amateurs. Le musée fut entièrement détruit dans un gigantesque incendie le 1 juin 1944. Vengeance des nazis, bombardement par les Américains qui débarquaient à Anzio ou feu allumé accidentellement par les réfugiés qui passaient la nuit dans le musée ? Nul ne sait. Seules quelques pièces furent sauvées. Et le superbe musée, longtemps abandonné, n’a été ré-ouvert qu’en 1988, avec les maquettes des navires, les photos de leur sauvetage et quelques antiquités récupérées dans les villas romaines voisines.

Les navires romains de Nemi ne sont plus visibles, mais leur histoire subsiste dans notre mémoire, « Fluctuat nec mergitur »  comme le chantait Brassens ...

Article publié dans le JTT.

samedi 6 mai 2017

Au Lycée Quelet de Valdoie, c'est la fête des fleurs et du tricot ...




Les lycéens, en plus de leurs études en agriculture, ont appris à tricoter, et transformé leur petit pont de bois en Pont des Arts avec ses cadenas emblématiques. Bravo !


lundi 1 mai 2017

Chronique littéraire : Soudain seuls, de Isabelle Autissier


Chacun connaît Isabelle Autissier, navigatrice capable de réussir le tour du monde en solitaire. Mais que sait-on de l’écrivaine ? Un constat : elle sait aussi bien manier la plume que hisser les voiles, et garder le cap malgré les embûches d’une intrigue passionnante. Tout en nourrissant son récit de son vécu, par des descriptions précises de la faune et la flore de l’Antarctique, des déferlantes et vents violents, des glaces éternelles sous des ciels infiniment gris.

L’histoire : Un jeune couple de bobos parisiens s’accorde une année sabbatique pour vivre une véritable aventure : le tour de l’Atlantique en bateau. Les débuts sont remplis d’allégresse, de matins bleus, de complicité amoureuse. Un jour, au large de la Patagonie, ils décident de s’arrêter dans une île déserte pour escalader quelques glaciers vierges. Et tout dérape. Une tempête violente brise leur bateau, ils se retrouvent piégés sur cette île inhospitalière.

Comme Robinson, il leur faut réapprendre la vie sauvage, lutter pour se nourrir, se chauffer, survivre. Ils ne sont pas armés pour cela. Dans ces conditions extrêmes surgissent aussi les querelles, l’amertume, le jeu de la culpabilité et du pouvoir. Mais il faut rester solidaires pour survivre. Jusqu’à quand ?

Un huis-clos terrible, dans une région que la navigatrice connait bien, les Cinquantièmes Hurlants. Un impossible retour dans les sphères médiatiques parisiennes, ensuite, situation qu’elle a certainement vécue elle aussi. Une belle analyse de caractères, au filtre d’un cauchemar austral de plusieurs mois. Et un hymne à l’instinct de survie, plus fort que tout.

Soudain seuls est disponible en Livre de Poche.

Chronique publiée dans le JTT.

dimanche 23 avril 2017

Les jardins du Pape

Les jardins du Vatican sont fréquentés depuis longtemps par le public. Mais c’est seulement en 2014 que ceux de la résidence papale de Castelgandolfo ont été ouverts aux visiteurs. Une merveille botanique qui mérite le détour, on peut en plus visiter une partie des appartements pontificaux, grâce à la volonté d'ouverture et de partage du Pape François.

Un forfait combiné d’une journée permet de visiter à la fois les musées et les jardins du Vatican et ceux de Castelgandolfo. Le timing est strict : Premier rendez-vous à 8h à Rome à l’entrée des musées du Vatican, deux heures pour admirer les collections et la Chapelle Sixtine. Puis, un deuxième rendez-vous à 10h permet de visiter les jardins du Vatican, sous la houlette d’un guide. Un parc paysager à l’italienne, construit sur 23 hectares à la Renaissance, où la nature et l’art se mêlent. Les essences méditerranéennes, oliviers, cyprès, cèdres, les marbres blancs des sculptures, se découpent sur les pelouses éclatantes qui entourent les différents bâtiments du Vatican. Fontaines et grottes préservent la fraîcheur des lieux. Les vues sur la coupole de Saint-Pierre et sur Rome sont superbes.

La surprise, c’est de découvrir qu’au fond du jardin, ce minuscule état cache sa propre gare. Un train spécial, autrefois réservé au Pape, démarre vers 12h30, chargé de touristes, à destination de Castelgandolfo, à une trentaine de kilomètres au sud de Rome. Changement de décor, changement de temps aussi, puisque la ville est située en altitude, dans les Castelli Romani, ce qui explique son intérêt pendant le caniculaire été romain. Depuis 1626, les souverains pontifes y font des séjours entre mai et septembre. Benoît XVI en profite encore régulièrement, mais François, qui ne quitte pas le Vatican, a préféré en faire profiter le public.

Castelgandolfo est un village médiéval, construit sur un éperon rocheux dominant le superbe lac volcanique d’Albano. Dès l’arrivée en gare, la prise en charge est cadrée : pas question de s’aventurer seuls dans l’immense domaine, qui couvre plus de 55 hectares. Les touristes sont priés de monter dans le petit train électrique qui parcourt pendant une heure les immenses allées bordées de pins parasols, de buis et de cyprès taillés. Oliviers, cèdres et chênes multiséculaires, pelouses soigneusement taillées, topiaires et terrasses s’étagent  sur la colline, parsemée de vestiges romains : terres cuites, portique, théâtre, mosaïques (la villa Barberini a été construite à l’emplacement de la résidence d’été de l’Empereur Domitien). Un peu à l’écart, une ferme complète, avec ses champs, son verger, son potager, ses poules gambadant en plein air. La production assure une cuisine bio au Vatican, les vaches Holstein garantissent au Pape mozzarella, ricotta et yaourts de première fraîcheur.

Retour à l’entrée des jardins, pour une visite des appartements pontificaux, dont la célèbre galerie des Pontifes. La vue sur l’agglomération romaine dans le lointain, et jusqu’à la mer par beau temps, est spectaculaire. Les anciennes Mercedes et Papamobiles stationnent dans la cour. Hors les murs, la petite ville de Castelgandolfo sommeille, elle n’a pas encore tiré parti de ce récent afflux de touristes, et il est difficile d’y trouver un coin sympathique pour faire une pause.
17h. Le train spécial ramène les visiteurs à Rome, Stazione San Pietro. Tout le monde descend, il fait doux, l'effervescence règne, c’est l’heure de la passeggiata et de l'aperitivo en terrasse.

Forfait d’une journée, entrées, audioguides et trains compris : 50 euros, uniquement par réservation en ligne sur le site des Musées du Vatican.

Article publié dans le JTT.

samedi 15 avril 2017

Le Comptoir Porcelana, nouvelle pépite de la Cité du Chocolat


La Cité du Chocolat, comme tous les musées, a désormais son espace de restauration. Depuis le début de janvier, les visiteurs et autres stagiaires s'y pressent, mais pas seulement. Les gourmets locaux peuvent aussi accéder directement au restaurant, sans faire la visite de la Cité, en empruntant la porte située derrière la statue emblématique de Toros.

Le comptoir Porcelana, ouvert tous les jours entre 12h et 14h30, n'est pas un restaurant traditionnel, mais un comptoir de restauration en libre service. Une équipe sympathique accueille les clients et présente les produits, qui marient les subtilités du chocolat aux saveurs de la gastronomie locale. Chacun garnit son plateau à la carte ou suivant les forfaits proposés : entrée, plat chaud, boisson ; ou entrée, plat chaud, dessert, pour une somme variant de 15 à 20 euros.

L'espace vitré situé au deuxième étage de la Cité du Chocolat, fonctionnel et lumineux, peut accueillir jusqu'à 60 clients. Ouvert sur les coteaux d'une part, sur une salle de jeux pour enfants de l'autre, il promeut une démarche écoresponsable jusque dans le moindre détail : couverts en amidon de maïs, desserts présentés dans des moules de bois, saladier en pulpe de canne, tous biodégradables. Seuls les plats chauds mijotent dans les mini cocottes Revol.
Venons-en au contenu. Pas de banal salé- sucré, mais des plats raffinés et originaux, incorporant une touche de chocolat : par exemple la « salade d'ici » composée de mesclun, ravioles frites au chocolat, dés de caillettes, noix ; ou le « velouté de panais, banane plantain », cacao Orelys et poivre de Tasmanie, parsemé d'éclats de noisettes caramélisées. Dans les mini cocottes, on trouve un Parmentier décliné à toutes les sauces, avec canard au chocolat noir Xocopili, chou chinois, ou pintade au praliné amandes et champignons ou encore fruits de mer. Les desserts, plus familiers, brownies, crumbles ou crème chocolatées, sont tout aussi onctueux.
La carte évolue au fil des saisons. A Pâques, le chef Jérôme Portal prévoit de nouvelles saveurs, agneau et gaspacho épicés au chocolat, avec une pointe de menthe et cardamome. Bref, on découvre au Comptoir Porcelana un plaisir gustatif original dans un cadre sobre et raffiné.

Petite précision botanique et linguistique : La fève de cacao appelée Porcelana, en raison de sa couleur blanche est cultivée au bord du lac Maracaibo au Venezuela. Elle donne le cacao le plus fin de la sous-variété de Criollo. Le nec plus ultra des fèves, enseigne idéale pour la restauration à la Cité du Chocolat !


Tél. : 04 75 09 27 27


Article publié dans le JTT du jeudi 13 avril.

lundi 10 avril 2017

Au salon des Auteurs, on croise des personnages de roman !


Le salon des Auteurs de Tain, organisé ce week-end par l'Association Tain Terre et Culture, conjointement avec la Mairie et la Bibliothèque a joué la diversité. Celle des genres littéraires : romans, essais, policiers, carnets de voyage, albums jeunesse, BD, fantasy ... celle des auteurs, une quarantaine, réunis dans la salle Charles Trenet. Et celle des animations proposées en plus des échanges et dédicaces : Contes et lectures par Christophe Mercier et la MJC pour les enfants. Et pour les adultes, conférences passionnantes sur des personnalités régionales aux destins … romanesques.

Françoise Coulomb, historienne, a ainsi exposé la vie de deux nobles familles de Tain, les de Florans et de Cordoüe, riches propriétaires unis par le mariage, dont les demeures se faisaient face dans la Grand'rue : la maison occupée par Sculptur'art et celle sur laquelle a été construit l'immeuble l'Argens. Ces aristocrates, riches propriétaires terriens, après avoir vécu dans l'opulence jusqu’au XVIIIème siècle, ont subi des revers successifs, révolutions, guerres, destructions ou dilapidation des biens... Si bien que seule une malle contenant de plus de 900 lettres est parvenue par une suite de hasards entre les mains de la famille Coulomb. Grâce à ces archives, Françoise a reconstitué l'histoire des familles, leur implication dans la vie locale. Son livre recèle une somme d'anecdotes édifiantes sur le fonctionnement de la noblesse provençale au XIXème siècle, des mariages arrangés (ou contournés) aux choix politiques, en passant par les menus de fête, l'entretien des propriétés agricoles et dons aux oeuvres de bienfaisance.

Destin totalement opposé à celui de la Mère Brazier, célèbre cuisinière lyonnaise, raconté par Jacotte, sa petite-fille. Eugénie Brazier est née en 1895 dans une pauvre famille de paysans de l'Ain. Pas d'initiation à la cuisine, au contraire, la faim au quotidien. Et pire encore, quand son père la chasse en 1914, alors qu'elle est enceinte. Ne sachant ni lire, ni écrire, sans formation, elle trouve une place de nourrice dans une famille bourgeoise de Lyon : les fabricants de pâtes Milliat.  Et son destin bascule quelques années plus tard, lorsqu'elle est envoyée en apprentissage chez la Mère Fillioux, célèbre restauratrice locale. Elle y apprend les rudiments de la cuisine et découvre ses capacités culinaires. En 1921 elle ouvre son propre bistrot rue Royale à Lyon : Chez la Mère Brazier. Le succès ne tarde pas. Edouard Herriot en fait sa cantine : les poulardes en demi-deuil, quenelles au gratin et artichauts au foie gras sont bientôt aussi célèbres à Paris qu'à Lyon. Eugénie achète ensuite un autre restaurant au col de la Luère, dans les Monts du Lyonnais en 1928, et obtient en 1933 un classement trois étoiles pour ses deux établissements, du jamais vu ! Paul Bocuse devient son apprenti en 1946. Tous les grands de la politique et du monde artistique viennent déjeûner chez elle ... La Mère Brazier continue de régner en cuisine, vitupérant, hurlant, rudoyant son équipe, sept jours sur sept, 365 jours par an, jusqu'en 1977.

Jacotte n’écrit pas, ne fait pas la popotte, mais Jacotte papote ... On l'écouterait des heures évoquer sa grand-mère, tout en savourant d'avance les quenelles concoctées par les restaurants de Tain, qui se sont associés au Salon, en mettant à leur carte la plus célèbre recette de la Mère Brazier.

Article publié dans le JTT.


samedi 25 mars 2017

Chronique littéraire : Le divan de Staline, de Jean-Daniel Baltassat


1950, Atmosphère oppressante, dans la datcha géorgienne où Staline se repose. Il est alors le maitre absolu de la Russie, entouré de gardes, d’espions, de courtisans, tous obsédés par la peur d’être sur la prochaine liste d’exécutions.

Sous ses airs débonnaires de jardinier soignant ses roses, Staline joue au chat et à la souris avec son entourage. Généraux, soldats, personnel du château, tous sont à genoux, partagés entre admiration et terreur.  Même Lidia, Lidiouchka, sa belle maîtresse, qui en sait trop sur son compte. Avec elle le jeu du mensonge est subtil, Staline s’amuse à lui faire endosser le rôle de Freud, le « grand Charlatan » occidental, quand il s’installe le soir sur son divan. Et le passé, vrai ou faux, lui revient en mémoire. Presque 70 ans de vie, d’épreuves, une gloire à son apogée, la manipulation ou le massacre de tous ses proches.
Danilov, le jeune peintre que Lidia a amené au palais, avec le projet de créer une fresque géante à la gloire de Staline, de le distraire, lui permettra-t-il de rester en grâce ?

Jean-Daniel Baltassat, écrivain féru d’art et d’histoire, né en 1949, évoque avec beaucoup d’érudition les dernières années de Staline, brossant le portrait d’un tyran sanguinaire, politique rusé, mais aussi homme cultivé, seul devant ses cauchemars.

Le divan de Staline vient d’être adapté au cinéma par Fanny Ardant, avec Gérard Depardieu en Staline, et Emmanuelle Seigner dans le rôle de Lidia.
Il est disponible en poche chez Points.

Chronique publiée dans le JTT.

samedi 18 mars 2017

Les Deux Rives en Balade

Pour fêter leurs vingt ans d'existence, les randonneurs de Tain-Tournon ont organisé dimanche 12 mars 4 randonnées ouvertes au public. Les participants pouvaient choisir entre des parcours de 7, 9, 16 ou 22 km, à travers les collines ardéchoises. Les parcours avaient soigneusement été préparés et balisés la semaine précédente. Dès 8h dimanche les nombreux bénévoles accueillaient les volontaires sous la halle du marché. Une logistique impressionnante, pour gérer et nourrir les 700 marcheurs qui se sont succédé tout au long de la matinée. Après paiement d'un droit de 5€ et inscription de leurs coordonnées, ils recevaient une casquette, un verre au logo de l'association et un ticket repas. En couple, en groupe, en famille ou en solitaire, chacun sa route, chacun son chemin...

Le parcours de 9 km démarrait par le sentier des Tours. La douceur du temps assurait une montée agréable jusqu'au belvédère de Pierre, tous les sens en éveil : odeur entêtante des buissons de buis en fleurs, tintement des cloches dominicales, chants des oiseaux, bêlements de agneaux nouveaux-nés dans la ferme sommitale ... Un arrêt pour se désaltérer face au panorama splendide sur la vallée du Rhône. Puis la traversée du plateau, entre vignes soigneusement taillées et champs d'abricotiers immaculés, les flammes jaunes des forsythias égayant les vieilles pierres. Changement de végétation de l'autre côté, pour la descente au dessus de l'immense usine Trigano : Un sentier abrupt entre chênes et bruyères, piqueté de primevères et de violettes. Enfin la vallée du Doux, l'eau gazouillant sur les galets, et le retour en ville, où une copieuse assiette ardéchoise régalait les participants. Une pause confortable, pour masser ses mollets durcis, et échanger avec d'autres randonneurs, qui avaient choisi la rando familiale, 7 km sans dénivelée et beaucoup de joie, car pour les petits, suivre le balisage constitue un jeu de piste géant.Les vrais, les durs, engagés sur les deux randos difficiles de 16 et 22 km, n'étaient pas encore de retour, leur ravitaillement étant prévu en chemin.

Une organisation sans faille. La présidente des Deux Rives en balade avait tout lieu de se réjouir du succès de cette belle journée de détente conviviale. Et de rappeler que si l'association a été fédérée il y a vingt ans, si elle est forte actuellement de 290 adhérents, elle a une origine modeste : en 1988, une dame qui désirait randonner a passé une annonce dans le journal pour trouver des compagnons. Et 4 personnes sont venues au premier rendez-vous. Les petits ruisseaux font de grandes rivières...

Article publié dans le JTT du jeudi 16 mars.

samedi 11 mars 2017

L'horloge de ma grand-mère

Avec l’exposition : 300 ans d’horloges comtoises, le Musée du Temps de Besançon propose de redécouvrir ce type d’horloges, solides et populaires, fabriquées en Franche-Comté depuis la fin du 17ème siècle. Des horloges de parquet reconnaissables à leur cadran décoré, en laiton, bronze ou émail, leur caisse en bois peint, emprisonnant le mécanisme, rouages et poids, mais laissant apparaître le balancier.


L’horloge comtoise, fabriquée surtout à Morez et Morbier, a marqué le temps dans presque toutes les fermes de France jusqu’au XXème siècle. Cadeau de mariage traditionnel, elle était un personnage à part entière du foyer, avec son tic -tac régulier, sa décoration originale, son gros meuble rassurant. Elle sonnait les heures, rythmant la vie de la maison. Les comtoises sont devenues de véritables objets de collection, prisées pour la variété de leur décoration et leur haute précision.

Elles se caractérisent par la présence de deux mécanismes, le premier pour le mouvement et le second pour la sonnerie. Ces mécanismes sont situés dans une cage en fer démontable. L'entraînement est effectué par 2 poids en fonte, la régulation est assurée par un long balancier. Abandonnée dans les années 1970, la fabrication des horloges a repris, avec une technologie et un design des plus modernes. Même le célèbre designer italien Alessi a signé un modèle !

C'est au Musée du Temps qu'est installée l'exposition "L'horloge de ma grand-mère". Dans un superbe palais Renaissance, le Palais Grandvelle, demeure d’une illustre famille de juristes franc-comtois, dont Nicolas Perrenot, né vers 1486, premier conseiller et ami de l’empereur Charles Quint. Ce musée retrace l’histoire de la mesure du temps, à travers gravures, outils, et une collection d’horlogerie unique, du sablier à l’horloge astronomique. Une histoire qui fait écho à  celle de Besançon, capitale horlogère. C'est là que l’industrie horlogère s’est imposée au 19ème siècle, valorisée à travers les Expositions universelles. L’Ecole d’horlogerie a été fondée en 1860, l’Observatoire de Besançon en 1882, les marques emblématiques Lip, Yema, Zenith ou Maty  portent la réputation d’un savoir-faire qui perdure actuellement  à travers toutes les microtechniques.

L’horloge comtoise a aujourd’hui une dimension affective et symbolique, nombreux sont les souvenirs qui s’y rattachent, c’est la pendule de grand-mère par excellence. Et en ce week-end du 5 mars, fête des grands-mères, le musée leur fait un clin d'œil en ouvrant gratuitement ses portes !

Article publié dans le JTT.



samedi 4 mars 2017

Les cigognes sont de retour

Les cigognes, symboles de fidélité et de fécondité, apportent-elles encore les bébés dans les maisons ? Ces oiseaux mythiques, à la silhouette élégante, ont nourri l’imaginaire de nombreux artistes : chanteurs (Lina Margy 1945), cinéastes (Quand passent les cigognes 1957), scénaristes (Cigognes et compagnie 2016).  Mais l'essentiel, c'est que leur retour d’Afrique, par Gibraltar puis le long du couloir rhodanien, annonce l’arrivée du printemps.

La cigogne blanche est un des plus grands oiseaux d’Europe (1,15 mètre de hauteur). Plumage blanc, ailes bordées de noir, bec et pattes de couleur rouge. Elles profitent des ascendances thermiques pour s’élever rapidement en spirale, et donc évitent de survoler la mer, où ces ascendances n’existent pas. C’est un oiseau familier qui peut vivre près des hommes et nicher au cœur des villes.
Emblème de l’Alsace, dont elle promeut les spécialités, elle y est l’objet de toutes les attentions. On  préserve amoureusement leurs nids, au sommet des clochers, des toits, des pylônes, lieux permettant une vue dégagée, propices à repérer grenouilles, insectes et autres vers. Les nids constitués de branchages peuvent peser jusqu’à 500 kg ! Un parc d’attraction, Cigoland, à Kintzheim leur est même entièrement consacré. Et le célèbre dessinateur et caricaturiste Hansi en a fait sa marque de fabrique.

Au début du printemps, le mâle arrive le premier, et choisit son nid. Quand la femelle le rejoint, ils l’améliorent ensemble. La ponte s’effectue sur plusieurs jours, les œufs, 3 à 5, sont déposés sur un matelas d’herbes sèches. Le mâle et la femelle se relaient pendant toute la durée de l’incubation de 30 à 32 jours. Les cigogneaux couverts de duvet gris à la naissance, virent au blanc ensuite. Dès l’âge d’un mois, les jeunes commencent à battre des ailes de temps en temps sur le nid. A 45 jours, les plumes se sont développées et les battements d’ailes répétés permettent aux cigogneaux de s’élever un peu dans les airs tout en restant au dessus du nid. Ils prennent rapidement de l’assurance, s’élèvent toujours plus haut et développent leur musculature. Pendant cette période d’apprentissage, les parents espacent leurs retours et apportent moins de nourriture pour inciter les jeunes à quitter le nid. Le premier envol a lieu autour de l’âge de deux mois, les jeunes font alors de fréquents allers et retours entre le sol et le nid.
Puis ils deviennent indépendants, cherchant seuls leur nourriture. Ils quittent le nid dans la matinée pour n’y revenir que le soir. Pendant cette période, les parents peuvent très bien ne plus revenir au nid. Les voilà capables d’affronter la grande migration.
Une éducation modèle, pour ces oiseaux dont on vante aussi la solidarité filiale, ils ont la réputation de prendre soin de leurs vieux parents, de les nourrir, et même de les transporter. 

Pourtant les cigognes ont bien failli disparaître de notre pays. Plusieurs raisons à cela : L’assèchement des zones humides, où elles trouvent leur nourriture, l’utilisation de pesticides, les collisions avec les lignes électriques, les tirs de chasse pendant la migration, et le massacre sur les lieux d’hivernage. D’importantes mesures de préservation ont été prises en France, comme Naturoparc à Hunawihr, un centre de réintroduction  et de sédentarisation des cigognes. Grâce à ces mesures, les cigognes sont présentes dans plus de 40 départements, avec près de 2400 couples nicheurs.


De tous temps, on a attribué à la cigogne
de nombreux bienfaits. Sa présence sur une maison la protège des incendies. On raconte qu’en 1007 la foudre frappa la cathédrale de Strasbourg, alors en construction, et que les ouvriers ne reprirent le travail que lorsqu'un couple de Cigognes blanches se fut installé sur les échafaudages. Et en Egypte antique, le hiéroglyphe cigogne représentait ... l’âme !

Article publié dans le JTT du jeudi 2 mars.

dimanche 26 février 2017

Chronique littéraire : Les gens dans l'enveloppe, de Isabelle Monnin

Un jour, la journaliste Isabelle Monnin achète sur internet un lot de photos de famille, d’origine inconnue. Elle les examine d’abord sans penser à les utiliser. Mais peu à peu un projet d’écriture se dessine, prend forme, et aboutit à ce qui n’est pas un roman, mais un OVNI en trois parties. D’abord une histoire inventée de toutes pièces à partir des personnages, de ce qu’elle perçoit d’eux. Ensuite, le journal de son enquête pour essayer de retrouver les authentiques « gens de l’enveloppe » et leurs témoignages. Enfin, son ami le compositeur Alex Beaupain décide de mettre l’aventure en chansons, et réalise un CD où se mêlent toutes les voix des personnages.

Chaque étape est curieuse. La gestation du roman, où apparaît entre les lignes l’enfance de l’auteur, ses souvenirs, ce qui la perturbe, la disparition, la fragilité. Le déroulement de l’enquête, sous forme de journal intime, qui est surprenant, puisque, grâce à Google, Isabelle arrive jusqu’à Clerval, dans la Franche-Comté de son enfance. La partie chantée est tout aussi intéressante, mélangeant les voix d’Alex, Camélia Jordana, Clotilde Hesme, Françoise Fabian, mais aussi celles des « gens de l’enveloppe » retrouvés.
Car à la fin, une relation féconde se tisse entre les auteurs et « les gens de l’enveloppe ». Le roman-enquête-disque  en est le symbole, un OVNI improbable et réussi, qui ne ressemble à rien de connu mais dégage une véritable humanité.

Les gens dans l’enveloppe est disponible en Livre de poche.

Chronique publiée dans le JTT.

samedi 18 février 2017

Papier peint : Un héritage de Jackie K.

En 1961-1962, Jackie Kennedy a entrepris de rénover l’intérieur de la Maison Blanche, avec le souci de mettre en valeur l’histoire de l’Amérique. Elle a fait tapisser le salon de réception des diplomates avec un papier peint panoramique ancien représentant les ports de New York, Boston, et leurs activités, ainsi qu’une parade à West-Point et un paysage des chutes du Niagara. Ce papier peint panoramique, créé en en 1833, a nécessité 1650 planches gravées, dont la fabrication et la pose ont été assurées par la manufacture alsacienne Zuber, propriétaire du modèle. Intitulé « Scènes d’Amérique du Nord », il raconte l’histoire et la vie sur la côte Est des Etats-Unis au 19ème siècle.

Le public français peut lui aussi admirer ce somptueux ouvrage au Musée du Papier Peint de Rixheim (68). Un musée qui conserve précieusement la mémoire de cette technique, dont l’âge d’or fut le 19ème siècle. Il est situé dans les lieux mêmes de la manufacture Zuber, qui fabrique du papier peint
depuis 1797, et continue à produire des modèles historiques. Le panoramique est le nec plus ultra du papier peint : un paysage à 360 °, décomposé en plusieurs panneaux, qui décore une pièce entière. Très à la mode après les retours d’expéditions lointaines de Bougainville, Cook ou Lapérouse, il représentait des destinations exotiques : Brésil, Amérique du Nord, Egypte, Hindoustan, pays qui venaient d’être explorés et dont la description faisait rêver. Végétation luxuriante, scènes de la vie sauvage, monuments ou événements historiques se déployaient ainsi sur les murs des riches demeures. Le deuxième étage du musée de Rixheim est entièrement consacré à ces splendides spécimens.

Mais il n’y a pas que le panoramique ! Le papier peint est de retour sur les murs et dans les catalogues de décoration. Les designers contemporains ont totalement renouvelé le concept : Frises, décors muraux, photos, trompe-l’œil, le classique est revisité, l’industriel adouci, le choix déborde d’originalité. Toutes les grandes maisons ont leurs stylistes, leurs revêtements spéciaux, leurs thèmes de prédilection, et proposent des produits innovants, aux sources d’inspiration multiples, de Christian Lacroix à Star Wars, des estampes japonaises aux motifs Art Nouveau. Le premier étage du musée expose les dernières tendances.

Quant au rez-de- chaussée, il est consacré à la technique. Le papier peint a été le témoin de la vie des 18ème et 19ème siècles. Décliné en diverses qualités : du plus ordinaire, avec une seule couleur pour les gens modestes, au plus luxueux, nécessitant jusqu’à 80 planches, il est passé d’une production artisanale (peint à la main) à une production
industrielle, grâce à l’avènement des machines. La première a permis d’imprimer à la main sur un rouleau de papier continu, puis la suivante a  utilisé des cylindres gravés pour reproduire le motif, une autre a permis d’appliquer vingt-quatre couleurs successives ... Au départ, un artiste peignait un motif, un assistant décomposait le motif en plusieurs calques correspondant à chaque couleur. Des graveurs sculptaient ensuite des planches de bois suivant les calques, un travail qui pouvait prendre des mois. Enfin seulement venait la phase d’impression : enduire les planches de couleur, les tamponner sur le rouleau de papier, en suivant des repères, avant de les faire sécher.

Le panoramique de la Maison Blanche est aussi un petit clin d’œil à la culture française de Jackie Kennedy. Espérons que Mister Trump ne va pas exiger d’en changer !

Article publié dans le JTT du jeudi 16 février 2017.

dimanche 12 février 2017

Chronique littéraire : Check-point, de Jean-Christophe Rufin

Notre académicien a un talent exceptionnel. Chacun de ses livres plonge le lecteur dans un univers différent, passionnant, dont il dévoile peu à peu la complexité. Une intrigue palpitante, des personnages qui révèlent leurs ambiguïtés, et les idées reçues volent en éclats.

Cette fois, le roman traite de l’humanitaire et de ses limites. Deux camions d’aide internationale partent pour la Bosnie en guerre, chargés de médicaments, nourriture, vêtements. Cinq personnes se relaient au volant. Sont-ils seulement animés par un esprit de charité ? Non. Chacun a, derrière une façade polie, des motivations secrètes. Lionel, chef de convoi, essaie de s’imposer pour séduire Maud, une fille qui cherche l’aventure. Les deux anciens soldats, Marc et Alex, ont l’expérience de la guerre en Bosnie, ils y ont lié des affections fortes, et y retournent chargés d’une autre mission : apporter des munitions. Et puis il y a un barbouze antipathique, qui espionne tout le monde, mais pour le compte de qui ? Au cours du voyage, l’ambiance se modifie, l’angélisme disparaît derrière les intérêts de chacun. Les passages de check-points mettent les nerfs à vif, et la belle unité se défait.

Jean-Christophe Rufin décrit sobrement la guerre, les différentes factions, serbes, croates, bosniaques, qui se partagent le territoire tandis que l’ONU reste passive, en observation. En quelques mots, il brosse un tableau réaliste de la détresse des populations. L’évolution politique comme celle des âmes humaines n’a pas de secret pour lui. Et de sa plume alerte, il nous plonge dans un passé proche, celui des années 1990, mais occulté. L’art de faire réfléchir sur les sujets de société contemporains.

Check-Point est disponible en poche chez Folio.

Chronique publiée dans le JTT.