samedi 21 octobre 2017

Henri Mouhot, explorateur génial et méconnu


Nul n’est prophète en son pays. C’est particulièrement vrai pour Henri Mouhot, né à Montbéliard en 1828, explorateur et naturaliste de haute volée, que ses expéditions en Asie du sud-est ont conduit à redécouvrir notamment les temples d’Angkor. Grand voyageur et photographe très apprécié partout en Europe, il a aussi tissé en Indo-Chine des liens amicaux avec les rois de Siam, du Cambodge, du Laos, ainsi qu’avec leurs populations. Par ses expéditions, il a collecté une quantité importante de coquillages, insectes, papillons, serpents, laissé des carnets riches en descriptions géographiques, botaniques et ethnographiques, ainsi que de nombreux dessins et aquarelles. Ajoutons que ce touche-à-tout de génie était unanimement reconnu comme savant, modeste, chaleureux … Eh bien, cet homme exceptionnel, célèbre dans le monde anglo-saxon, n’est connu ni en France, ni même en Franche-Comté !
Dès l’adolescence, Henri Mouhot manifeste un goût pour les voyages lointains et aventureux. C’est ainsi qu’à 18 ans, il part enseigner le français à Saint Pétersbourg, comme de nombreux Montbéliardais de l’époque. Pourquoi ? Parce que la princesse Sophie-Dorothée de Montbéliard était devenue tsarine en épousant Paul Ier, et à la cour de Russie, on parlait français. Il y reste une dizaine d’années, enseignant à Saint-Pétersbourg, puis à Moscou, à Voronej sur le Don. Il en profite pour parcourir l’immense empire russe. Il observe, prend des notes, dessine et photographie, une science récente à laquelle il s’initie sous la houlette d’un élève de Daguerre.
Retour en France en 1854. Avec son frère Charles, il entreprend de sillonner l'Europe, photographiant, exposant les clichés, expliquant l’usage du matériel. Puis il se marie … avec une anglaise, Ann Park, liée à la famille de Mungo Park, célèbre explorateur britannique, et s’installe à Jersey. Mais le virus des voyages est le plus fort. Henri Mouhot, grand lecteur de récits exotiques, veut partir à la découverte des contrées mystérieuses de l’Asie du sud-est. Malgré ses demandes, le gouvernement de Napoléon III refuse de l’aider, il doit se financer lui-même, avec le soutien de la vénérable Royal Geographical Society de Londres.
Le 27 avril 1858 il s’embarque à Londres avec le projet d’explorer les royaumes de Siam, de Cambodge et de Laos et les tribus qui occupent le bassin du grand fleuve Mékong.  Il débarque à Bangkok, cité cosmopolite, est reçu par le roi qui lui donne l’autorisation d’explorer le pays. Et part sur une simple pirogue, en compagnie de deux rameurs et de son inséparable chien. L’aventure commence. Cette première exploration dans une région inviolée par l’homme blanc est l’occasion de se familiariser avec les populations, les usages, d’apprendre à se déplacer et à vivre dans une nature souvent hostile et d’accumuler une somme considérable de connaissances sur la faune et la flore, qu’il consigne dans ses carnets.

Retour à Bangkok, étiquetage, conditionnement, classement des collections de papillons, mise au propre des notes, envoi des caisses par bateau à Londres. Puis il repart le 23 décembre 1858 pour une deuxième expédition. A bord d’une barque de pêcheur il explore les archipels du golfe du Siam, au prix de réels dangers (naufrage, présence de pirates), puis aborde le rivage cambodgien à Kampot. Fort de l’appui du roi, il part reconnaître des territoires des « sauvages Stiengs », dont il étudiera les mœurs, montrant ses qualités d’ethnologue. Puis il se dirige vers l’ouest du pays, attiré par des rumeurs selon lesquelles un immense palais, oublié et englouti dans la jungle, a pu servir de capitale à un « grand empire khmer ». Accompagné par un missionnaire français, il se met en route vers la cité mythique.

Après trois jours de marche dans la jungle, c’est le choc. Le 4 avril 1860, Angkor apparaît. Son enthousiasme est sans bornes. Pendant plus d’un mois, il relève les moindres détails du monument, arpente, mesure, dessine, décrit. Et quand ses travaux parviennent en Europe, c’est l’émerveillement
La troisième expédition dure 4 mois au Siam, l’occasion de récolter serpents, coléoptères, de laisser son nom à certaines espèces de coquillages. La quatrième le conduit encore plus loin, au Laos, en traversant à dos d’éléphant la jungle jusqu’à Luang Prabang. 
En septembre 1861, épuisé, il s’arrête près de Na Lè, au bord du Nam Kam. Atteint par la fièvre jaune, il meurt le 10 novembre 1861, à 35 ans. Ses serviteurs l’enterrent et rapportent ses bagages au consulat français.
Son frère et sa veuve feront publier ses carnets et donneront ses collections à différents musées.

Henri Mouhot fut un homme et un explorateur exceptionnel. Ses renseignements précis et complets ont permis de connaître et de comprendre l’Asie du sud-est. Ses carnets ont connu un succès mondial. Ses collections ont enrichi les musées anglais. A l’heure où il n’y a plus de terres inconnues à découvrir, c’est la vie et l’œuvre d’Henri Mouhot, qui méritent d’être explorées !

jeudi 12 octobre 2017

Chronique littéraire : Maman, de Sylvie Vartan

On connait tous Sylvie, vedette de la chanson française depuis la période yéyé. Avec ses shows à l’américaine, elle a fait une carrière internationale, est devenue pour le public l’icône d’un monde de paillettes. Mais si sa vie actuelle ressemble à un conte de fées, il n’en a pas toujours été ainsi.

Dans cette biographie rédigée à l’aide de Lionel Duroy, Sylvie Vartan raconte son enfance en Bulgarie, sa fuite de la dictature communiste à l’âge de huit ans, son arrivée en famille à Paris, avec une malle en osier pour tout bagage. Le père, la mère, Sylvie et son frère Eddie, ont vécu tous les quatre dans une unique chambre d’hôtel pendant quatre ans. Les enfants ont dû apprendre le français, s’intégrer à l’école. Grâce au travail des parents, au soutien des amis, leur situation de réfugiés miséreux s’est peu à peu améliorée. Une salle de bains au bout de deux ans, puis un appartement en cité. Jusqu’à l’émergence d’Eddie, puis de Sylvie, dans la musique et le showbiz.
Une telle enfance vous marque pour toujours. Sylvie a voué toute sa vie un attachement fusionnel à sa mère qui lui a sauvé la vie et appris à se réjouir du moindre petit bonheur. Une mère qui, elle aussi, avait connu quelques décennies avant le même destin d’émigrée, fuyant la Hongrie à l’âge de 8 ans avec ses parents, pour se réfugier à Sofia en Bulgarie. Eddie lui ne s’est jamais remis de son adolescence fracassée par la misère et le rejet, traînant son mal de vivre. 

C’est en Amérique que Sylvie a refait sa vie. Qu’elle a adopté une petite fille bulgare, reproduisant ainsi à sa façon le destin des émigrés, déplacés de génération en génération. Mais avec l’amour comme viatique, on peut soulever des montagnes. C’est la belle morale de ce récit émouvant, qui tord le cou aux idées reçues.

« Maman » est disponible en poche chez J’ai lu.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 5 octobre 2017.

jeudi 5 octobre 2017

La découverte des gorges du Verdon

En un siècle, la région du Verdon a subi un bouleversement total. Terre isolée, aride, peu peuplée, où la survie était difficile, elle n'était guère chantée que par les poètes comme Giono. L'exploration complète des gorges du Verdon, les travaux hydrauliques qui ont suivi, la création d'infrastructures touristiques, ont transformé cette partie ingrate de la Haute Provence en une région bénie des dieux.

Le Verdon est une rivière tumultueuse qui prend sa source à 2819 m près du col d'Allos et se jette dans la Durance 175 km plus bas, à Vinon, près de Manosque. Il a creusé un canyon vertigineux, le plus grand d'Europe, avec des falaises hautes de 700 m. Curieusement, celui-ci n'a pas connu la notoriété précoce de son grand frère étatsunien, déjà Parc national en 1919. La faute à l'enclavement de la Haute Provence, sa pauvreté, l'absence d'infrastructures routières. Et le danger à pénétrer dans les gorges, aux crues redoutables. Seuls les locaux connaissaient quelques accès au torrent, depuis leurs villages perchés, ainsi que la présence de grottes habitées dès le paléolithique (60 sites préhistoriques découverts, dont le musée de la Préhistoire de Quinson conserve les collections).

A la fin du 19ème siècle, le Touring Club de France et le Club Alpin commencent à promouvoir le site sauvage et spectaculaire des gorges : aménagement d'un sentier d'accès au Verdon, d'une route en corniche, avec belvédères, et d'un refuge. Mais le cours du Verdon reste inaccessible. Par ailleurs un problème plus global se pose : assurer l'approvisionnement en eau potable des villes comme Aix, Toulon et Marseille, dont la population explose. Solution : Capter les eaux abondantes du Verdon et donc entreprendre des travaux hydrauliques. Des tunnels de dérivation, des canaux sont construits à la pioche par des centaines d'ouvriers piémontais.

En août 1905, l'exploration complète des gorges du Verdon est tentée par le spéléologue, géographe et hydraulicien Edouard-Alfred Martel. C'est une aventure dangereuse, mais parfaitement préparée. Une quinzaine d'hommes, dirigés par Martel et guidés par Isidore Blanc, l'instituteur du pays, fin connaisseur des lieux, arrivent en 4 jours à descendre le canyon du Verdon de bout en bout. Leurs lourdes embarcations sont endommagées dans les remous, portées dans les chaos rocheux, les bains forcés sont nombreux, le matériel éparpillé. Le ravitaillement n'est pas toujours assuré depuis les falaises, mais tout le monde s'en sort vivant. Le Verdon a été vaincu, toute la presse relate l'exploit.
Les relevés de Martel puis d'autres scientifiques servent à élaborer de nouveaux travaux hydrauliques. Cinq barrages et autant de retenues d'eau sont édifiés entre 1929 et 1975. Les terres agricoles voisines bénéficient alors d'une irrigation bienvenue, l'eau potable est acheminée en ville. Les routes d'accès se multiplient et le tourisme se développe rapidement.

Depuis les lacs de Sainte-Croix et d'Esparron, on peut maintenant pénétrer dans les gorges jadis infranchissables, se promener en pédalo ou en paddle dans une partie du canyon. On peut aussi randonner sur l'aérien sentier Blanc-Martel, long d'une vingtaine de km environ. La région du Verdon est devenue en 1997 un Parc Naturel Régional. Actuellement ses 188 000 hectares accueillent plus d'un million de touristes chaque année. Lacs et torrent aux eaux turquoise, sentiers de randonnées, routes en corniche, points de vue sublimes, c'est le lieu privilégié de tous les amateurs de nature, de sport, de faune et flore sauvages.

A voir :
Le film Verdon Secret, qui retrace l'épopée Blanc- Martel avec des images spectaculaires.

Article publié dans le JTT du jeudi 28 septembre 2017.

jeudi 28 septembre 2017

Le retable de Montbéliard ressuscité

Le retable de Montbéliard Mömpelgarder Altar est une œuvre d’art magnifique datant de la Renaissance qui a disparu mystérieusement au 17ème siècle. Montbéliard était alors possession du duché de Wurtemberg, donc de l’empire allemand (jusqu’en 1793, où il fut annexé par la République française). Entreposé à Stuttgart, par un héritier du duc Georges de Wurtemberg, le retable fut volé par les Autrichiens pendant la guerre de Trente Ans. Butin de guerre, une pratique courante entre factions ennemies : Les Autrichiens étaient catholiques, Stuttgart et le Wurtemberg étaient protestants.  Le retable de Montbéliard est resté depuis en Autriche, où il constitue un des joyaux du Musée historique de Vienne.

Une superbe copie de ce trésor vient d’être installée cette année au temple Saint-Martin de Montbéliard. Pourquoi une copie et pas l’original ? Parce que la valeur du retable, exécuté en 1540, est inestimable. Son simple déplacement coûterait une fortune en assurances, et on n’est même pas sûr qu’il soit encore transportable. De dimensions impressionnantes : 4m sur 1.85m fermé, il comporte 6 volets ornés recto-verso, soit 12 panneaux de 12 tableaux chacun. Au centre, une grande crucifixion de 1m sur 1m, entourée de douze panneaux. En tout 157 scènes racontent la vie de Jésus, d’après le Nouveau Testament.

Ce fabuleux livre d’images pieuses a été commandité par le duc Georges I de Wurtemberg, suzerain de Montbéliard. Fraîchement converti à la Réforme, il a voulu se perfectionner dans sa nouvelle religion en l’étudiant à travers un catéchisme illustré. Pas question de l’étudier en latin, alors chaque scène du retable est surmontée d’un extrait du texte biblique rédigé en allemand. Le tout peint à la main. Cette grandiose réalisation est la première bande dessinée de l’histoire. Grâce à Heinrich Füllmaurer, un expert en peinture de Herrenberg (Wurtemberg). Ce peintre et ébéniste était un décorateur chevronné qui maîtrisait parfaitement la perspective à l’italienne, les architectures classiques, les portraits, les couleurs, les drapés, les arrière-plans bucoliques. Pour le choix des scènes, extraites des quatre évangiles, il a pris conseil d’un spécialiste de la Bible de Luther. Résultat : Chacun des 157 tableaux est une merveille de minutie, peinte à l’huile sur bois d’épicéa, et raconte une histoire en plusieurs plans. Le retable a coûté une fortune au duc Georges, à l’époque il était déjà considéré comme un chef d’œuvre.

Actuellement ce trésor est intransportable. Mais la Société d’Emulation Montbéliardaise, désireuse de le faire connaître au public, n’a pas reculé devant la difficulté. D’autant que le temple Saint-Martin, plus ancien édifice protestant de France, est l’œuvre de l’architecte Heinrich Schickhardt, lui-même né en 1558 à … Herrenberg ! Cette double légitimité a conforté l’envie de contourner l’obstacle. Après avoir récolté 40 000 € de fonds, la SEM a décidé de faire exécuter une copie par les meilleurs artisans régionaux.

Il a fallu d’abord demander au musée viennois le droit de reproduire chacune des 157 scènes bibliques. Photos, scans, traitement, puis impression sur panneaux PVC, montage sur cadres en bois, avec charnières et serrures. Une doreuse sur cuivre en Alsace a donné à l’ensemble l’éclat qu’il méritait. Le résultat final est d’une qualité visuelle remarquable, totalement semblable au retable du XVIème siècle, moins la prédelle (le soubassement) et le couronnement (sommital). Il constitue, outre sa vocation religieuse, une mine de documents historiques.

Depuis juin 2016, le fac-similé du retable est installé à demeure à l’intérieur du temple Saint-Martin de Montbéliard. Des visites sont maintenant organisées par l’office de tourisme, la société d’émulation et la paroisse protestante. On peut aussi aller admirer le retable individuellement, mais sans le toucher, car seuls les conférenciers ont l’autorisation de le manipuler. Qu’à cela ne tienne, la technologie est au service de l’art : une tablette numérique, installée à côté du retable, permet de visionner sur écran chacune des peintures, et d’en apprécier la finesse, la portée pédagogique. En cliquant sur la bulle rédigée en allemand, la traduction en français apparaît : que pourrait demander le bon peuple de Montbéliard en plus ?

Eh bien, d’admirer le retable chez soi. C’est possible grâce au site monretable.free.fr mis au point par le Pasteur Jean-Pierre Barbier. Apprécier les 157 tableaux n’est plus réservé à Monseigneur le Duc, mais accessible à tous les internautes.

Article publié dans L'Esprit Comtois numéro 10 (automne 2017).

jeudi 21 septembre 2017

Chronique littéraire : La renverse, de Olivier Adam

C’est à la fois la chronique d’un drame de l’enfance et celle d’un scandale politico-judiciaire. Olivier Adam s’inspire de faits qui ont défrayé l’actualité : un maire accusé de viol, avec la complicité de sa maîtresse, par deux employées de la mairie. Il traite le sujet à travers les yeux d’Antoine, fils de cette maîtresse.

Antoine et son frère ont vécu douloureusement le cauchemar du scandale, de la garde à vue, de l’éviction de leur mère. Aucune explication de leurs parents, leur père a soutenu sa femme, tous deux refusant de voir les dégâts occasionnés chez leurs enfants par cette affaire sordide, ignorant l’opprobre dont ils étaient l’objet dans la rue, à l’école, multipliant les mensonges, les interdictions, contre l’évidence.
Antoine et son frère n’ont eu qu’une solution : fuir, quitter la maison, pour essayer de recommencer à vivre. Mais remonter la pente, après un tel séisme, ce n’est pas simple.

Olivier Adam a construit son livre avec maestria, il distille peu à peu les indices d’une intrigue tenue, étouffante. Nous découvrons la complexité de l’affaire, de ses conséquences. Il fouille la psychologie de ses personnages, gratte de plus en plus profond, jusqu’à ce que la plaie à vif se dévoile et permette d’envisager la guérison. C’est la renverse, l’inversion du courant. Un roman passionnant, lourd, et très réussi, sur les inconséquences du pouvoir.

Né  à Paris en 1974, Olivier Adam est un écrivain et scénariste à succès, couronné de nombreux prix. Il a auparavant travaillé dans le domaine culturel, l’édition (le Rouergue) et participé à la création des Correspondances de Manosque.

La renverse est disponible en poche chez J’ai lu.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 21 septembre.


vendredi 15 septembre 2017

Besançon capitale du livre !

Vendredi 15 septembre, je dédicacerai "O mia Patria" au stand des libraires, dans le cadre du festival du livre, place de la Révolution, à Besançon.




lundi 11 septembre 2017

Le musée d'art sacré de Mours-Saint-Eusèbe


L'église romane de ce village proche de Romans accueille une exceptionnelle collection d'objets religieux du XIVème au XXème siècles, rassemblée par un passionné. Un patrimoine chargé d'histoire et de symboles, mais aussi d'une immense valeur artistique, témoignant du savoir-faire exceptionnel et de la créativité des artisans en matière d'orfèvrerie, de tissage, broderie (peintures au fil de soie), mais aussi de papeterie (tableaux et reliquaires en paperolles), au cours des siècles.
Après le concile Vatican II (1962-65), l’Église catholique consciente de la nécessité de se moderniser, simplifie le déroulement des messes. Le prêtre ne sera plus dos mais face au public. Les tenues d'apparat, les autels majestueux, et des milliers d'objets de culte ou de dévotion sont alors remisés dans les greniers des cures, ou dispersés. Le Père des Cilleuls, conscient de leur valeur artistique, décide de les collecter pour les sauvegarder. Pendant près de 50 ans, ce visionnaire rassemble ainsi dans son église une collection d'objets se rapportant à la vie religieuse d'antan. Tableaux, sculptures, retables, mais aussi reliquaires, tabernacles, ciboires, calices, ostensoirs, antiphonaires et une série de vêtements sacerdotaux brodés de toute beauté. Une petite partie de ces chefs d'oeuvre de maîtrise, ainsi que quelques pièces étonnantes, comme les gaufriers à hostie, les tampons d'impression d'images pieuses, un autel portatif de la guerre de 1914-18, est visible dans l'église de Mours, à l'occasion de visites organisées les dimanches à 16h
En réalité, le Père des Cilleuls a collecté plus de vingt mille pièces de grande valeur artistique, qui dorment dans des réserves. Comment valoriser le reste du trésor ? Si un musée leur était dédié, il serait un des plus importants musées d'art sacré de France. Où  le construire ? Comment le financer ? Jusque là jalousement gardé par les habitants de Mours à travers une association de bénévoles, le petit musée actuel doit se mettre aux normes.  Comment conserver, sécuriser des œuvres d'art, exposées dans un lieu de culte ouvert ?  C'est Valence Romans Agglo, à travers son label « Pays d'art et d'histoire » qui gère maintenant le dossier et programme les visites.

Que tous les saints Eusèbe, martyrs ou bienheureux, lui portent secours !

tél : 04 75 79 20 86

Article publié dans le JTT du jeudi 7 septembre.

mercredi 6 septembre 2017

Entre deux eaux, entre deux os


L'exposition de l'été au château de Tournon est consacrée à Nicolas Rubinstein, un artiste français  contemporain, né en 1964.  Ingénieur géologue de formation, ce sculpteur « naturaliste » a depuis son enfance collectionné les os, son matériau de prédilection. Gamin curieux du monde animal, puis passionné par la vie de la planète en général, il a peu à peu affiné sa théorie sur l'ossature. C'est ce qui nous fait tenir debout, à la fois mémoire du corps et porteuse de vie. Pour mieux révéler son importance, Nicolas Rubinstein déconstruit les apparences, jusqu'au squelette. En détournant cet élément fondamental, il envoie un message philosophique ou simplement humoristique au public.



L'exposition propose des œuvres de plusieurs époques, certaines militantes en faveur de la vie, d'autres simplement dans un esprit de gag. Un vélo construit en os (faux), une chaîne vertébrale entre naissance et connaissance, voisinent avec des « cerveaux-lents ». Un océan de sacs de plastique d'où surgit un monstre marin précède un pont dont le tablier est une épine dorsale. Mickey désintégré n'est plus qu'un rat, à côté d'une poule qui montre ses dents. La construction de maquettes avec des os en résine donne un aspect étonnamment humain aux architectures virtuelles ou réelles, comme Notre-Dame de la Garde. La volonté de l'artiste est de questionner le public sur la communication, la transmission, la dérision.



Tout cela, on ne saurait l'appréhender sans les explications d'Aurélie, qui guide avec professionnalisme les visiteurs à travers le château et l'exposition. L'histoire des lieux, comme l'art contemporain, prennent une tout autre dimension quand on comprend ce qui les sous-tend.



L'exposition : « Nicolas Rubinstein Entre deux eaux » est visible au château-musée de Tournon tous les jours jusqu'au 1er octobre. Visites guidées en juillet-août à 15h et 16h30.


Article publié dans le JTT du jeudi 31 août.



vendredi 1 septembre 2017

Apéro-jazz au Fief de Gambert


Pendant l'été, Terres de Syrah, en association avec la Cave de Tain, propose des apéros-jazz chaque quinzaine, à 19h30, sur deux lieux différents : au Fief de Gambert à Tain, ou à l'hôtel de la Villeon à Tournon. Le principe : profiter en musique d'une belle soirée, en dégustant une assiette de tapas et un dessert concoctés par les chefs, accompagnés de vins choisis par la Cave.


Après une après-midi caniculaire, jeudi 3 août, l'orage avait rafraîchi l'atmosphère, une belle lumière magnifiait le paysage. Depuis la terrasse du Fief de Gambert, la vue sur les vignes grimpant à l'assaut du coteau sous un ciel mordoré était splendide. Mais c'est repliés à l'intérieur de la salle de dégustation que les musiciens de « Trivial Pour Swing », Yvan, Marc et Thierry, ont donné un concert très réussi, entre œuvres de Django Reinhart, Astor Piazzola et musique tzigane.



Une quarantaine de participants a profité de la musique tout en savourant les Saint-Péray Fleur de Roc 2015, Crozes-Hermitage blanc Les Hauts d'Eole 2014, Crozes Hermitage rouge Les Hauts du Fief 2013 et Hermitage rouge Cuvée classique 2007. Accompagnés d'une assiette gourmande, mêlant gaspacho de betterave, pissaladière, salade de ravioles, sandwich de polenta, caillettes et brochettes de melon. Vers 22h, l'arrivée des desserts chocolatés annonça la fin du spectacle. Une belle soirée conviviale, avec le soleil couchant sur les vignes.


Prochain apéro-jazz au Fief de Gambert le 7 Septembre.
Tarif : 35 € pour une assiette gourmande, un dessert, un verre de vin. Les suppléments sont à la carte.
Réservation : 04 75 08 91 91 ou contact@terresdesyrah.com

Article publié dans le JTT du jeudi 31 août.


vendredi 25 août 2017

Angkor, toujours ...

Angkor, du Xème au XIIIème siècle, recouvrait 1000 kilomètres carrés, capitale du royaume khmer elle comptabilisait 750 000 habitants. Toute la zone était irriguée, et donc nourrie, grâce à des travaux hydrauliques colossaux et une gestion des eaux parfaitement maîtrisée. Les aléas climatiques, les guerres, le changement de religion, ont eu raison de cette merveilleuse cité qui fut progressivement abandonnée, puis reprise par la jungle. Jusqu’à sa « redécouverte » en 1860 par Henri Mouhot, un explorateur Montbéliardais. Ses carnets ont mis Angkor à la mode en Europe, comme Bonaparte avait initié l’égyptomanie quelques décennies plus tôt. Aujourd’hui, une centaine de temples subsistent dans une jungle de 900 km2, sillonnée par un réseau de pistes.

Angkor Vat, le temple majeur du site est un des mieux conservés. Le terme temple est impropre pour cette cité de pierre aux bâtiments somptueux imbriqués les uns dans les autres. Une magnifique voie pavée passe au dessus d’une douve, et pénètre dans une muraille de 3.5 km de long. Architecture de grès et de latérite, les blocs ne sont pas assemblés par un mortier, mais par une taille ajustée. Les différents niveaux s’étagent en terrasses successives, reliées par des escaliers, jusqu’au centre, où on accède au sanctuaire dominé par les cinq célèbres tours. Le temple est aujourd’hui encore un lieu saint, mais dédié à Bouddha, alors qu’à l’origine c’était un lieu de culte hindouiste, dédié à Vishnou. Le Cambodge est passé en douceur d’une religion à une autre, dans une forme de syncrétisme paisible.

Deux autres sites spectaculaires, à une vingtaine de kilomètres, attirent les touristes. D’abord Angkor Tom, la ville royale fortifiée. Un carré de 3 km de côté, entouré d’une douve et d’une muraille, percée par quatre portes. L’entrée principale est bordée d’un alignement d’une cinquantaine de dieux d’un côté, de démons de l’autre, tenant le serpent sacré, le naga. A l’intérieur, plusieurs palais, temples, dont le fameux Bayon bâti par Jayavarman VII. Ce fantastique monument, avec ses 54 tours à quatre visages, fut dédié par le souverain à Bouddha  dont il diffusa la doctrine. Partout, on se sent regardé avec bienveillance.

Ta Prohm est le temple dissimulé sous les fromagers géants, où végétal et minéral se livrent une lutte sans merci. C’est hallucinant. Les racines des arbres, vieux de 300 ans environ, se sont insérées entre les pierres des temples, ont poussé sur les ruines. Cette double architecture grandiose donne l’impression de se trouver face au chaos, dans un autre monde, après l’apocalypse.

Plus à l’écart se trouve la « cité des femmes », Banteay Srei, temple de grès rose aux sculptures raffinées, joyau de l’art khmer. Si beau qu’en 1923 André Malraux, alors jeune explorateur, avait décidé d’en voler quelques bas-reliefs pour les revendre sur le marché de l’art. Arrêté, emprisonné, il a enduré la prison, avant de mettre en scène son aventure dans « La voie Royale », mais ce scandale a permis de mettre en place la protection des œuvres d’art du Cambodge.

Angkor est un site exceptionnel, où chaque temple a sa personnalité. Les dizaines de kilomètres entre les sites, à travers la jungle, sont l’occasion d’apercevoir entre les arbres, d’autres temples, d’autres ruines, que personne ne visite. Les archéologues de l’école française d’Extrême-Orient ont encore de belles restaurations à faire !

Article publié dans le JTT du jeudi 24 août.


mardi 15 août 2017

Les Garouste : Complot de famille


C'est l'intitulé de l'expo de l'été au Château d'Hauterives. Pourquoi ce titre ? Parce qu'elle réunit des œuvres du célèbre peintre et sculpteur Gérard Garouste, de sa femme Elisabeth, designer, et de David Rochline, artiste polyvalent, frère d’Élisabeth. S'y joignent les productions des Enfants de la Source, qui ne sont pas les leurs, mais ceux d'une association crée par G.G. pour permettre aux enfants en difficulté de pratiquer l'art sous toutes ses formes.

Enfant, Gérard Garouste passait ses vacances chez son oncle Casso, maçon, bûcheron, bricoleur, collectionneur, un artiste ignoré qui aurait pu devenir un Facteur Cheval. De cette confrontation avec ce qu'on appelle maintenant l'art brut, est née sa vocation artistique. Le lien était donc tout trouvé avec la thématique prônée chaque été par le Château d'Hauterives.

C'est donc une déferlante de thèmes, de couleurs, de styles qui accueille les visiteurs. Les toiles de Gérard, souvent torturées, empreintes de références aux textes fondateurs, Bible, Divine Comédie, Don Quichotte... les dessins d’Élisabeth, aux graphismes minutieux, les collages colorés de David, et les réalisations exubérantes des Enfants de la Source. On ne comprend pas toujours ces délires sortis de l'imaginaire, mais comme le précise Garouste « Le fou parle tout seul. Il voit des signes et des choses que les autres ne voient plus. Je veux peindre ce que l'on ne dit pas. »

L’expo « Les Garouste : Complot de Famille » est visible jusqu’au 31 août au Château d’Hauterives (Drôme), à 300m du Palais idéal du Facteur Cheval. Tous les jours de 11H à 18H30. 


Article publié dans le JTT du jeudi 10 août.

vendredi 11 août 2017

Chronique littéraire : L'amie prodigieuse, d'Elena Ferrante


C’est l’histoire d’une amitié, celle de Léna et Lila, deux petites filles nées dans un pauvre quartier de Naples des années 50.  Une amitié conflictuelle mais riche, dès l’enfance, un lien fragile et fort, parfois porteur, parfois étouffant, parfois pervers, qui perdure jusqu’en 2010. C’est ce qui fait l’originalité de cette saga : suivre le destin de deux femmes très différentes à travers les bouleversements sociaux des soixante dernières années en Italie.
Lila et Léna sont toutes deux belles et douées, mais de caractères opposés. Lorsque Lila la brune fonce, vit chaque instant comme s’il était le dernier, Léna la blonde reste prudente, réfléchit avant d’agir. Sans cesse en compétition, scolaire ou autre, elles grandissent dans la rue, entre les coups, les rêves, la gouaille populaire, soumises à des règles sclérosées. Lorsque Lila se marie à 16 ans, pour sortir de la misère, Léna choisit d’étudier malgré ses guenilles. D’un côté une vie chaotique, de l’autre une sécurité tristounette.

Dans le deuxième tome, l’amour à son tour les oppose, toutes deux sont amoureuses de Nino. Lila s’adonne avec lui aux joies de l’adultère tandis que Léna l’entretient de philosophie. Malgré tout, le lien indéfectible qui les unit depuis l’enfance les stimule, chacune dans son parcours. C’est aussi l’originalité du roman : l’amitié dont il est question n’est pas un long fleuve tranquille. Mais dans un univers de violence, il représente aux moments difficiles une sorte de talisman qui permet d’aller de l’avant.
Deux tomes sont déjà disponibles en poche chez Folio. Les fans d’analyse psychologique et d’histoires de familles ballottées dans une société en pleine évolution, se précipitent déjà pour dévorer le troisième tome, qui vient de sortir.

Autre curiosité : Personne ne connait l’auteur Elena Ferrante, qui a pourtant vendu des millions d’exemplaires dans le monde entier. Elle ne communique que par écrit avec son éditeur, son anonymat est la condition de la poursuite de son œuvre. Tous les lecteurs s’interrogent. Qui est-elle ? Lila, Léna ou les deux ?

Chronique publiée dans le JTT.

lundi 7 août 2017

Festival Vochora : Ut Insieme à Saint-Félicien


Cet ensemble extrêmement brillant de jeunes chanteurs venus d'Italie, lauréat de plusieurs concours prestigieux, dont celui de Varna en Bulgarie, a chanté et enchanté Saint-Félicien mardi soir.
L'église était comble pour accueillir le groupe de 8 hommes et 9 femmes, dirigés par Lorenzo Donati, chef de choeur et compositeur émérite. Le concert s'est déroulé en deux parties : la première « Canticum Canticorum » consacrée à un répertoire classique et liturgique de toutes époques, a subjugué le public par l'excellence de l'interprétation. Pureté et puissance des voix, perfection des accords entre quatre, cinq, six pupitres, le tout valorisé par l'acoustique idéale de l'église.

Pour la deuxième partie, une succession de chants populaires de la Renaissance, les choristes ont échangé leur sobre tenue noire pour de superbes costumes d'époque. Gentes dames et beaux seigneurs ont alors allié la performance vocale à la qualité d'interprétation de saynètes joyeuses comme le jeu de l'oie, le chant de Rizzolina ou les contes de la tante Bernardina.
Une ovation a terminé le concert. Un premier rappel a permis à l'auditoire d'entendre une interprétation originale d'une chanson des Beatles, « Good night ». Mais le public n'entendait pas s'arrêter là, d'autres rappels ont suivi.

Savez-vous que la note UT, comme toutes les autres d'ailleurs, a été léguée à la musique occidentale par le musicien et théoricien Guido d'Arezzo en 1050 ? Le choeur de jeunes Italiens, basé précisément en Toscane à Arezzo, qui propose des répertoires musicaux historiques à travers l'Europe, a choisi d'associer UT avec INSIEME, qui signifie ensemble... Ensemble, dans tous les sens du terme, ensemble pour un grand moment d'émotion, à Saint Félicien.

Article publié dans le JTT du jeudi 3 août.


jeudi 3 août 2017

Le caveau Ferraton déménage

On pourrait presque réaliser le déménagement avec la rutilante camionnette Peugeot 202 des années cinquante, qui accueille les clients à l'entrée de la maison. Car le caveau Ferraton ne s'éloigne pas du centre de Tain : il traverse juste les bâtiments. Passant de la rue de la Sizeranne au quai Rostaing, pour une meilleure visibilité. Avec en plus à l'horizon 2018, l'ouverture d'une toute nouvelle structure : un espace de petite restauration. Les promeneurs, qui s'interrogent depuis un moment sur les travaux d'envergure entrepris sur le quai, en face du kiosque, peuvent maintenant prévoir de s'y s'attarder bientôt pour déguster un bon vin en toute convivialité.

C'est ainsi que la Maison Ferraton Père et Fils perpétue sa tradition, entre histoire et modernité. Cette exploitation familiale, créée en 1946 par Jean, fils et petit-fils de vignerons, a été développée par Michel Ferraton jusqu'aux années 2000. L'héritier naturel, Samuel, ayant été victime d'un accident de la route, il a fallu opter pour un nouveau mode de fonctionnement, en s'associant à la maison Chapoutier. Mais Ferraton, maison historique, tient à son nom et son indépendance. Une équipe d'une dizaine de permanents, soutenue par des saisonniers, s'emploie aux travaux du vignoble, 20 hectares en biodynamie depuis 1998, à la vinification de raisins issus d'autres propriétés locales, et au négoce : 450 000 bouteilles produites, dont 100 000 sous le label bio Ferraton.

Quand la grande porte cochère est ouverte, on peut apercevoir la superbe 202 familiale, siglée Ferraton. Le caveau de dégustation actuel, où Marine accueille les visiteurs, se trouve juste à côté, entre les authentiques tonneaux de bois, utilisés pour l'élevage des grands crus, et la cuverie de ciment ultramoderne refaite à neuf en 2013. On retrouve la Peugeot vintage sur les étiquettes de la dernière création de la cave : « La tournée ». Un vin sans prétention, pas cher, idéal pour les soirées d'été. Et qui donne envie d'essayer d'autres cuvées prestigieuses, Hermitage ou Ermitage, Saint Joseph, Cornas ... les fleurons de la cave.

Article publié dans le JTT du jeudi 3 août.

lundi 31 juillet 2017

Les Musicales de Tain l'Hermitage


C'est la sixième édition de cette série de concerts dominicaux en l'église de Tain. En effet, les dimanches d'été, de 17h à 18h, l'association « Les amis des orgues et du carillon de Tain-Tournon » offre au public une heure de concert. Des concerts qui ont pour dénominateur commun le splendide orgue Callinet, venu de Paris en 1885. Cet orgue historique, fabriqué par la célèbre maison alsacienne, a été restauré et inauguré en 2011, pour le plus grand plaisir des paroissiens et des mélomanes.

Chaque dimanche, des organistes venus de diverses régions de France s'y succèdent, bien souvent en duo avec d'autres instruments : trompette, violon, voix... Dimanche, c'était le tour de Jean-Pierre Griveau, titulaire des orgues de la cathédrale d'Orléans, accompagné à la trompette par son compatriote Bernard Petit-Bagnard. La musique de Boismortier, Borgo, Bach, Bartok... a résonné sous les voûtes, enchantant l'assistance nombreuse, avec en final les envolées de Haendel et Telemann.

L'organisation des concerts est une tache de longue haleine pour les membres de l'association, qui ne ménagent pas leurs efforts pour mettre ainsi l'orgue en valeur. Ils poursuivent aussi un autre objectif : valoriser le carillon de l'église. Cet instrument unique est le plus important carillon de toute la vallée du Rhône, de Lyon à Marseille, avec douze cloches, un bourdon et un timbre qui permettent toutes les mélodies. Un patrimoine peu utilisé, mais qui revient au goût du jour, ainsi la ville de Romans propose un concert de carillon au pied du Jacquemart le 9 août.

Prochains concerts d'orgue à Tain :
Dimanche 30 juillet à 17h, avec deux jeunes musiciens drômois pour un duo Orgue et violon.
Concerts suivants les dimanches 6, 20 et 27 août.
Participation libre, en soutien à l'association.

Article publié dans le JTT du jeudi 27 juillet.

jeudi 27 juillet 2017

Balades en Hermitage

Avec les balades littéraires, musicales et gourmandes, l'association Tain, Terre & Culture dévoile pleinement son objectif : faire connaître et apprécier le patrimoine et le terroir, à travers des moments de convivialité. Objectif atteint, puisque les participants à l'aventure ont pleinement apprécié la randonnée dans le vignoble, ses pauses distrayantes et sa bonne ambiance.

Cette année, le thème des balades est l'histoire de Tain, de la grande victoire des Romains sur les Gaulois à l'édification du Taurobole, de l'arrivée des ermites aux cépages prestigieux. Georges a chanté le vin, l'Ardèche et le soleil, Nicole a raconté légendes et vendanges, mais la vedette, c'était Célestin, 9 ans, et sa trompette. Guidant la marche avec des morceaux toniques, assurant la sécurité dans la descente, trouvant la cabane qui a servi de refuge pendant l'averse, il a partagé son entrain avec tous les participants. Et assuré le service au goûter près du Taurobole !

Les balades littéraires, musicales et gourmandes se poursuivent encore les samedis 29 juillet et 5 août. Rendez-vous à 16h pour partir avec le petit Train des Vignes, sur le quai Denfer à Tain. Montée en douceur, mais descente sportive. Pensez à bien vous chausser !

 Article publié dans le JTT du jeudi 27 juillet.

vendredi 21 juillet 2017

Chronique littéraire : Le temps est assassin, de Michel Bussi


Un thriller palpitant, un mystère total, où chaque chapitre distille un indice que le chapitre suivant infirme. On ne peut lâcher l’intrigue diabolique concoctée par l’auteur.

Un décor de rêve, la Corse, et plus particulièrement la sauvage Balagne, en été. Sur une route tortueuse un accident mortel a eu lieu en 1989, qui a coûté la vie aux parents et au frère aîné de Clotilde. En 2016, la même Clotilde, seule survivante, a enfin le courage d’affronter son passé et d’emmener mari et fille sur les lieux. Mais là, une lettre l’attend. Pas n’importe quelle lettre : elle a été écrite quelques jours avant par sa mère, morte…

Michel Bussi a choisi une double narration. D’une part le carnet intime de Clotilde à 15 ans, trop jeune pour sortir en boîte, trop grande pour suivre les parents, et qui observe les excès des uns, les erreurs des autres. Un carnet qui expliquerait beaucoup de choses, mais qui a mystérieusement disparu. D’autre part l’avancement de l’enquête menée par Clotilde, qui veut comprendre, 27 ans plus tard. Et se met en danger.

Les personnages aux réactions très affirmées (les adultes) ou en recherche (le groupe d’ados) sont parfaitement analysés. Le contexte corse et son omerta, la vie de couple et ses lassitudes, les relations ados-adultes, l’appât du gain, du sexe, chaque groupe a de bonnes raisons d’être coupable. Mais qui est passé à l’acte ? Qui a provoqué l’accident ? Des fantômes ?
Après avoir perturbé le lecteur dans des soupçons irrationnels, la réponse finale éclate dans toute sa complexité, les deux cercles ayant une part de responsabilité, dont l’assassin, et surtout l’auteur, ont admirablement su tirer parti.

Michel Bussi, né en 1965 dans l’Eure, professeur de géographie politique à Rouen, est devenu le deuxième écrivain français en nombre de livres vendus, après Guillaume Musso. Un succès bien mérité, couronné par de nombreux prix, on ne peut résister à ses énigmes diablement ficelées.

« Le temps est assassin » est disponible en poche chez Pocket.

Chronique publiée dans le JTT.

vendredi 14 juillet 2017

Corse : La vallée de la Restonica


La rivière Restonica descend du Monte Rotondo (2622m) et s’offre sur une quinzaine de kilomètres une course mouvementée jusqu’à Corte, capitale historique de l’île. C’est de là qu’on peut la remonter, le long d’une route étroite, jusqu’à la bergerie de Grutelle (1375m).
De merveilleux paysages rocailleux, des gorges encaissées, des vasques naturelles qui ravissent les baigneurs, tout cela au milieu d’une magnifique forêt de pins laricio séculaires. Arrêt à Grutelle, seul point où l’on peut faire demi-tour, où un parking payant est aménagé et obligatoire.

Pour les randonneurs courageux, pas question de se dorer au soleil sur les innombrables dalles qui bordent le torrent. La montagne les attend, et d’abord le lac de de Melu, à 1711m d’altitude. De Grutelle, il faut emprunter une rude montée caillouteuse au milieu d’aulnes nains que broutent les vaches en liberté. Des échelles métalliques facilitent la grimpe aux endroits presque verticaux. En haut, le paysage alpin est grandiose, dans un immense cirque rocheux, le lac s’étale. Et sa fraîcheur comble de joie les randonneurs. Baignade très agréable.

Mais ce n’est pas fini ! Plus haut, toujours plus haut, le lac de Capitellu (1930 m) se mérite. L’ascension cette fois est périlleuse, au milieu de blocs de pierre qui semblent taillés par des géants. La végétation se raréfie, quelques fleurs d’altitude survivent dans des micro jardins cachés entre deux rochers. Des chaînes fixées dans la roche permettent de se hisser, la progression est difficile. Tout au bout de l’effort, le lac de Capitellu apparaît, dans un paysage minéral de granit noir, où subsistent quelques traces de neige.
Des alpinistes escaladent lentement la paroi verticale au dessus. Le lac est glaciaire, mais aussi glacial, avec 40 m de profondeur. Plutôt que se baigner, il vaut mieux s’amuser à nourrir les grabes à bec jaune qui guettent le pique-nique. Ils viennent jusque dans les mains grapiller la nourriture, se gaver sans vergogne, ils n’auront aucune peine à redescendre ensuite. Mais pas les randonneurs !

Article publié dans le JTT du jeudi 13 juillet 2017.

samedi 8 juillet 2017

Festival Vochora : What is Ouates?


La vingtième édition du Festival Vochora s'est ouverte vendredi 30 juin, en l'église de Sécheras, par un concert absolument magique. Le groupe vocal Les Ouates a enchanté le public qui avait envahi la petite église. Venus de toute la région, attirés par la réputation de ce choeur régional de grand talent, dirigé par Brigitte Gardet,  les mélomanes ont bénéficié d’un sublime récital de chants polyphoniques du monde, interprétés a capella.

Six femmes, quatre hommes, dans une harmonie de noir et rouge, ont présenté un répertoire issu du monde entier : chants tchèques, arméniens, bulgares, corses, napolitain, kosovar ou géorgiens, pays qui offrent une vaste source d'inspiration ... Tous interprétés dans la langue originale et sans partition. Amour, séparation, enfance, liberté, les grands thèmes populaires évoqués en quelques mots de présentation suffisaient à faire passer l'émotion.

Avec une technique parfaite, le groupe se scindait, s'opposait, se répondait, à deux, quatre, huit voix, ou tous ensemble. Les improvisations polyphoniques mettaient en valeur la complicité entre les chanteurs, leurs qualités vocales respectives. Mention spéciale pour « El ultimo cafè » un chant ou plutôt une mise en scène d'origine argentine ou « La course » d'après Bela Bartok, au rythme endiablé !

Le Groupe Les Ouates fêtait précisément le 30 juin ses dix ans d'existence. Brigitte Gardet, passeuse de musique passionnée, après les rappels, a fait chanter le public. Mais pas à l'unisson : Grâce à des vocalises à quatre voix, soutenues par les chanteurs dispersés dans l'église, le public a vécu la polyphonie en direct. Un beau moment de partage.

Pendant la descente nocturne vers Tournon, les mélomanes pouvaient s’amuser à paraphraser la rengaine … « de toutes les manières, c'est les Ouates que j'préfère » ...

Le festival Vochora se poursuit tout au long du mois de juillet. Pour tous renseignements, consulter l'Office de tourisme ou le site : www.vochora.fr

Article publié dans le JTT du jeudi 6 juillet 2017.



dimanche 2 juillet 2017

Chronique littéraire : La chaise numéro 14, de Fabienne Juhel


C'est une chaise de bistrot, une simple chaise Thonet, qui soutient l'héroïne, Maria, dans sa tentative de reconquérir sa dignité. Car Maria a été tondue à la Libération, par une bande de résistants haineux. Elle avait aimé un capitaine allemand.

Le drame des femmes tondues, au mépris de toute justice, à la fin de la guerre en 1944-45 est un thème qui n'a guère été traité. Pourquoi ? Parce qu'il met à jour plusieurs réflexions morales dérangeantes. Pourquoi tondre les femmes, qui ont aimé des Allemands, alors qu'elles n'ont nui à personne ? Est-ce pire que faire du marché noir, ou obéir avec zèle aux nazis sous prétexte qu'on est fonctionnaire ? Pourquoi les Américains libérateurs, ainsi que les administrations françaises, ont-ils laissé faire ? Qui s'arroge le droit de punir et pourquoi ? Que penser de la lâcheté ou des encouragements de la foule présente ? Quels comptes se règlent derrière cette pratique ? Une vengeance sexiste, un besoin d'affirmer sa virilité ?

Fabienne Juhel, qui enseigne la littérature en Bretagne, traite cette histoire originale avec une belle écriture poétique. L'atmosphère étrange permet à l'intrigue, menée avec brio, des revirements inattendus. Les personnages atypiques, débonnaires ou méchants, sont pour l'auteur l'occasion de régler quelques comptes avec le racisme, la religion, la bêtise humaine en général. Et surtout de faire réfléchir.

Un livre original, dérangeant, au message fort et lumineux, en poche dans la collection Babel.


Chronique publiée dans le JTT du jeudi 29 juin.

vendredi 23 juin 2017

Les mappemondes géantes de Coronelli


Vincenzo Coronelli (1650- 1718) est un moine, géographe et astronome, qui a conçu et réalisé des globes terrestres et célestes géants. Les deux plus imposants (4 m de diamètre ; 2,3 tonnes) ont été réalisés pour Louis XIV, ils sont actuellement conservés à la BNF. Ils représentent l'état des connaissances géographiques des continents Asie, Afrique, Amérique et Europe pour la décennie 1670-1680, et l'état du ciel au XVIIème siècle. On peut voir d’autres spécimens de ces globes en Italie, particulièrement dans la magnifique salle du Tasse de la Bibliothèque Civique de Bergame.

Né à Venise, Coronelli apprend la gravure sur bois, puis entre chez les Frères Mineurs en 1665, où il étudie l’astronomie, la fabrication de sphères armillaires et la théologie. Il crée ensuite un atelier de gravure de cartes, dont la renommée explose après la réalisation des globes géants pour le roi de France, pour laquelle il reste deux ans à Paris (1681-1683). En 1684, Coronelli fonde l'Académie des Argonautes, la plus ancienne société géographique du monde, qui va l'aider à diffuser son œuvre. Couronnement de sa carrière, le 12 mars 1685, il est nommé par le sénat Cosmographe de la Sérénissime République de Venise.

Les deux globes exposés à la Bibliothèque historique de Bergame mesurent 3,3 m de circonférence. Chacun est couvert de 50 feuilles de papier ayant la forme de quartiers, aquarellées et collées sur une structure de noyer. Le globe terrestre représente océans et terres, pays, fleuves, côtes et points d’abordage, il est agrémenté de petits éléments décoratifs : bateaux, animaux locaux. Le globe céleste recense les coordonnées astronomiques de 1902 étoiles, dans un décor de signes du zodiaque et animaux mythologiques. Les minuscules inscriptions manuscrites sont rédigées en italien, français, latin, grec et arabe. Une performance.

Ce travail est d’une précision remarquable, alors qu’il a été réalisé en 1688, au début de la connaissance de notre planète : Christophe Colomb avait découvert l’Amérique en 1492, et Galilée avait été condamné en 1633 par l’Eglise à abjurer sa théorie (C’est la terre qui tourne autour du soleil et pas l’inverse). Coronelli a participé aux débats scientifiques sur les découvertes de Newton, Képler, et Halley, son ami et contemporain (célèbre par sa fameuse comète). Il a su recenser toutes les données de son époque et cartographier la Terre et le Ciel avec un réalisme époustouflant. On voudrait s’approcher pour déchiffrer les indications, mais les globes sont protégés par d’épaisses vitrines. Et pourtant, ils tournent !

Article publié dans le JTT.