mardi 15 août 2017

Les Garouste : Complot de famille


C'est l'intitulé de l'expo de l'été au Château d'Hauterives. Pourquoi ce titre ? Parce qu'elle réunit des œuvres du célèbre peintre et sculpteur Gérard Garouste, de sa femme Elisabeth, designer, et de David Rochline, artiste polyvalent, frère d’Élisabeth. S'y joignent les productions des Enfants de la Source, qui ne sont pas les leurs, mais ceux d'une association crée par G.G. pour permettre aux enfants en difficulté de pratiquer l'art sous toutes ses formes.

Enfant, Gérard Garouste passait ses vacances chez son oncle Casso, maçon, bûcheron, bricoleur, collectionneur, un artiste ignoré qui aurait pu devenir un Facteur Cheval. De cette confrontation avec ce qu'on appelle maintenant l'art brut, est née sa vocation artistique. Le lien était donc tout trouvé avec la thématique prônée chaque été par le Château d'Hauterives.

C'est donc une déferlante de thèmes, de couleurs, de styles qui accueille les visiteurs. Les toiles de Gérard, souvent torturées, empreintes de références aux textes fondateurs, Bible, Divine Comédie, Don Quichotte... les dessins d’Élisabeth, aux graphismes minutieux, les collages colorés de David, et les réalisations exubérantes des Enfants de la Source. On ne comprend pas toujours ces délires sortis de l'imaginaire, mais comme le précise Garouste « Le fou parle tout seul. Il voit des signes et des choses que les autres ne voient plus. Je veux peindre ce que l'on ne dit pas. »

L’expo « Les Garouste : Complot de Famille » est visible jusqu’au 31 août au Château d’Hauterives (Drôme), à 300m du Palais idéal du Facteur Cheval. Tous les jours de 11H à 18H30. 


Article publié dans le JTT du jeudi 10 août.

vendredi 11 août 2017

Chronique littéraire : L'amie prodigieuse, d'Elena Ferrante


C’est l’histoire d’une amitié, celle de Léna et Lila, deux petites filles nées dans un pauvre quartier de Naples des années 50.  Une amitié conflictuelle mais riche, dès l’enfance, un lien fragile et fort, parfois porteur, parfois étouffant, parfois pervers, qui perdure jusqu’en 2010. C’est ce qui fait l’originalité de cette saga : suivre le destin de deux femmes très différentes à travers les bouleversements sociaux des soixante dernières années en Italie.
Lila et Léna sont toutes deux belles et douées, mais de caractères opposés. Lorsque Lila la brune fonce, vit chaque instant comme s’il était le dernier, Léna la blonde reste prudente, réfléchit avant d’agir. Sans cesse en compétition, scolaire ou autre, elles grandissent dans la rue, entre les coups, les rêves, la gouaille populaire, soumises à des règles sclérosées. Lorsque Lila se marie à 16 ans, pour sortir de la misère, Léna choisit d’étudier malgré ses guenilles. D’un côté une vie chaotique, de l’autre une sécurité tristounette.

Dans le deuxième tome, l’amour à son tour les oppose, toutes deux sont amoureuses de Nino. Lila s’adonne avec lui aux joies de l’adultère tandis que Léna l’entretient de philosophie. Malgré tout, le lien indéfectible qui les unit depuis l’enfance les stimule, chacune dans son parcours. C’est aussi l’originalité du roman : l’amitié dont il est question n’est pas un long fleuve tranquille. Mais dans un univers de violence, il représente aux moments difficiles une sorte de talisman qui permet d’aller de l’avant.
Deux tomes sont déjà disponibles en poche chez Folio. Les fans d’analyse psychologique et d’histoires de familles ballottées dans une société en pleine évolution, se précipitent déjà pour dévorer le troisième tome, qui vient de sortir.

Autre curiosité : Personne ne connait l’auteur Elena Ferrante, qui a pourtant vendu des millions d’exemplaires dans le monde entier. Elle ne communique que par écrit avec son éditeur, son anonymat est la condition de la poursuite de son œuvre. Tous les lecteurs s’interrogent. Qui est-elle ? Lila, Léna ou les deux ?

lundi 7 août 2017

Festival Vochora : Ut Insieme à Saint-Félicien


Cet ensemble extrêmement brillant de jeunes chanteurs venus d'Italie, lauréat de plusieurs concours prestigieux, dont celui de Varna en Bulgarie, a chanté et enchanté Saint-Félicien mardi soir.
L'église était comble pour accueillir le groupe de 8 hommes et 9 femmes, dirigés par Lorenzo Donati, chef de choeur et compositeur émérite. Le concert s'est déroulé en deux parties : la première « Canticum Canticorum » consacrée à un répertoire classique et liturgique de toutes époques, a subjugué le public par l'excellence de l'interprétation. Pureté et puissance des voix, perfection des accords entre quatre, cinq, six pupitres, le tout valorisé par l'acoustique idéale de l'église.

Pour la deuxième partie, une succession de chants populaires de la Renaissance, les choristes ont échangé leur sobre tenue noire pour de superbes costumes d'époque. Gentes dames et beaux seigneurs ont alors allié la performance vocale à la qualité d'interprétation de saynètes joyeuses comme le jeu de l'oie, le chant de Rizzolina ou les contes de la tante Bernardina.
Une ovation a terminé le concert. Un premier rappel a permis à l'auditoire d'entendre une interprétation originale d'une chanson des Beatles, « Good night ». Mais le public n'entendait pas s'arrêter là, d'autres rappels ont suivi.

Savez-vous que la note UT, comme toutes les autres d'ailleurs, a été léguée à la musique occidentale par le musicien et théoricien Guido d'Arezzo en 1050 ? Le choeur de jeunes Italiens, basé précisément en Toscane à Arezzo, qui propose des répertoires musicaux historiques à travers l'Europe, a choisi d'associer UT avec INSIEME, qui signifie ensemble... Ensemble, dans tous les sens du terme, ensemble pour un grand moment d'émotion, à Saint Félicien.

Article publié dans le JTT du jeudi 3 août.


jeudi 3 août 2017

Le caveau Ferraton déménage

On pourrait presque réaliser le déménagement avec la rutilante camionnette Peugeot 202 des années cinquante, qui accueille les clients à l'entrée de la maison. Car le caveau Ferraton ne s'éloigne pas du centre de Tain : il traverse juste les bâtiments. Passant de la rue de la Sizeranne au quai Rostaing, pour une meilleure visibilité. Avec en plus à l'horizon 2018, l'ouverture d'une toute nouvelle structure : un espace de petite restauration. Les promeneurs, qui s'interrogent depuis un moment sur les travaux d'envergure entrepris sur le quai, en face du kiosque, peuvent maintenant prévoir de s'y s'attarder bientôt pour déguster un bon vin en toute convivialité.

C'est ainsi que la Maison Ferraton Père et Fils perpétue sa tradition, entre histoire et modernité. Cette exploitation familiale, créée en 1946 par Jean, fils et petit-fils de vignerons, a été développée par Michel Ferraton jusqu'aux années 2000. L'héritier naturel, Samuel, ayant été victime d'un accident de la route, il a fallu opter pour un nouveau mode de fonctionnement, en s'associant à la maison Chapoutier. Mais Ferraton, maison historique, tient à son nom et son indépendance. Une équipe d'une dizaine de permanents, soutenue par des saisonniers, s'emploie aux travaux du vignoble, 20 hectares en biodynamie depuis 1998, à la vinification de raisins issus d'autres propriétés locales, et au négoce : 450 000 bouteilles produites, dont 100 000 sous le label bio Ferraton.

Quand la grande porte cochère est ouverte, on peut apercevoir la superbe 202 familiale, siglée Ferraton. Le caveau de dégustation actuel, où Marine accueille les visiteurs, se trouve juste à côté, entre les authentiques tonneaux de bois, utilisés pour l'élevage des grands crus, et la cuverie de ciment ultramoderne refaite à neuf en 2013. On retrouve la Peugeot vintage sur les étiquettes de la dernière création de la cave : « La tournée ». Un vin sans prétention, pas cher, idéal pour les soirées d'été. Et qui donne envie d'essayer d'autres cuvées prestigieuses, Hermitage ou Ermitage, Saint Joseph, Cornas ... les fleurons de la cave.

Article publié dans le JTT du jeudi 3 août.

lundi 31 juillet 2017

Les Musicales de Tain l'Hermitage


C'est la sixième édition de cette série de concerts dominicaux en l'église de Tain. En effet, les dimanches d'été, de 17h à 18h, l'association « Les amis des orgues et du carillon de Tain-Tournon » offre au public une heure de concert. Des concerts qui ont pour dénominateur commun le splendide orgue Callinet, venu de Paris en 1885. Cet orgue historique, fabriqué par la célèbre maison alsacienne, a été restauré et inauguré en 2011, pour le plus grand plaisir des paroissiens et des mélomanes.

Chaque dimanche, des organistes venus de diverses régions de France s'y succèdent, bien souvent en duo avec d'autres instruments : trompette, violon, voix... Dimanche, c'était le tour de Jean-Pierre Griveau, titulaire des orgues de la cathédrale d'Orléans, accompagné à la trompette par son compatriote Bernard Petit-Bagnard. La musique de Boismortier, Borgo, Bach, Bartok... a résonné sous les voûtes, enchantant l'assistance nombreuse, avec en final les envolées de Haendel et Telemann.

L'organisation des concerts est une tache de longue haleine pour les membres de l'association, qui ne ménagent pas leurs efforts pour mettre ainsi l'orgue en valeur. Ils poursuivent aussi un autre objectif : valoriser le carillon de l'église. Cet instrument unique est le plus important carillon de toute la vallée du Rhône, de Lyon à Marseille, avec douze cloches, un bourdon et un timbre qui permettent toutes les mélodies. Un patrimoine peu utilisé, mais qui revient au goût du jour, ainsi la ville de Romans propose un concert de carillon au pied du Jacquemart le 9 août.

Prochains concerts d'orgue à Tain :
Dimanche 30 juillet à 17h, avec deux jeunes musiciens drômois pour un duo Orgue et violon.
Concerts suivants les dimanches 6, 20 et 27 août.
Participation libre, en soutien à l'association.

Article publié dans le JTT du jeudi 27 juillet.

jeudi 27 juillet 2017

Balades en Hermitage

Avec les balades littéraires, musicales et gourmandes, l'association Tain, Terre & Culture dévoile pleinement son objectif : faire connaître et apprécier le patrimoine et le terroir, à travers des moments de convivialité. Objectif atteint, puisque les participants à l'aventure ont pleinement apprécié la randonnée dans le vignoble, ses pauses distrayantes et sa bonne ambiance.

Cette année, le thème des balades est l'histoire de Tain, de la grande victoire des Romains sur les Gaulois à l'édification du Taurobole, de l'arrivée des ermites aux cépages prestigieux. Georges a chanté le vin, l'Ardèche et le soleil, Nicole a raconté légendes et vendanges, mais la vedette, c'était Célestin, 9 ans, et sa trompette. Guidant la marche avec des morceaux toniques, assurant la sécurité dans la descente, trouvant la cabane qui a servi de refuge pendant l'averse, il a partagé son entrain avec tous les participants. Et assuré le service au goûter près du Taurobole !

Les balades littéraires, musicales et gourmandes se poursuivent encore les samedis 29 juillet et 5 août. Rendez-vous à 16h pour partir avec le petit Train des Vignes, sur le quai Denfer à Tain. Montée en douceur, mais descente sportive. Pensez à bien vous chausser !

 Article publié dans le JTT du jeudi 27 juillet.

vendredi 21 juillet 2017

Chronique littéraire : Le temps est assassin, de Michel Bussi


Un thriller palpitant, un mystère total, où chaque chapitre distille un indice que le chapitre suivant infirme. On ne peut lâcher l’intrigue diabolique concoctée par l’auteur.

Un décor de rêve, la Corse, et plus particulièrement la sauvage Balagne, en été. Sur une route tortueuse un accident mortel a eu lieu en 1989, qui a coûté la vie aux parents et au frère aîné de Clotilde. En 2016, la même Clotilde, seule survivante, a enfin le courage d’affronter son passé et d’emmener mari et fille sur les lieux. Mais là, une lettre l’attend. Pas n’importe quelle lettre : elle a été écrite quelques jours avant par sa mère, morte…

Michel Bussi a choisi une double narration. D’une part le carnet intime de Clotilde à 15 ans, trop jeune pour sortir en boîte, trop grande pour suivre les parents, et qui observe les excès des uns, les erreurs des autres. Un carnet qui expliquerait beaucoup de choses, mais qui a mystérieusement disparu. D’autre part l’avancement de l’enquête menée par Clotilde, qui veut comprendre, 27 ans plus tard. Et se met en danger.

Les personnages aux réactions très affirmées (les adultes) ou en recherche (le groupe d’ados) sont parfaitement analysés. Le contexte corse et son omerta, la vie de couple et ses lassitudes, les relations ados-adultes, l’appât du gain, du sexe, chaque groupe a de bonnes raisons d’être coupable. Mais qui est passé à l’acte ? Qui a provoqué l’accident ? Des fantômes ?
Après avoir perturbé le lecteur dans des soupçons irrationnels, la réponse finale éclate dans toute sa complexité, les deux cercles ayant une part de responsabilité, dont l’assassin, et surtout l’auteur, ont admirablement su tirer parti.

Michel Bussi, né en 1965 dans l’Eure, professeur de géographie politique à Rouen, est devenu le deuxième écrivain français en nombre de livres vendus, après Guillaume Musso. Un succès bien mérité, couronné par de nombreux prix, on ne peut résister à ses énigmes diablement ficelées.

« Le temps est assassin » est disponible en poche chez Pocket.

Chronique publiée dans le JTT.

vendredi 14 juillet 2017

Corse : La vallée de la Restonica


La rivière Restonica descend du Monte Rotondo (2622m) et s’offre sur une quinzaine de kilomètres une course mouvementée jusqu’à Corte, capitale historique de l’île. C’est de là qu’on peut la remonter, le long d’une route étroite, jusqu’à la bergerie de Grutelle (1375m).
De merveilleux paysages rocailleux, des gorges encaissées, des vasques naturelles qui ravissent les baigneurs, tout cela au milieu d’une magnifique forêt de pins laricio séculaires. Arrêt à Grutelle, seul point où l’on peut faire demi-tour, où un parking payant est aménagé et obligatoire.

Pour les randonneurs courageux, pas question de se dorer au soleil sur les innombrables dalles qui bordent le torrent. La montagne les attend, et d’abord le lac de de Melu, à 1711m d’altitude. De Grutelle, il faut emprunter une rude montée caillouteuse au milieu d’aulnes nains que broutent les vaches en liberté. Des échelles métalliques facilitent la grimpe aux endroits presque verticaux. En haut, le paysage alpin est grandiose, dans un immense cirque rocheux, le lac s’étale. Et sa fraîcheur comble de joie les randonneurs. Baignade très agréable.

Mais ce n’est pas fini ! Plus haut, toujours plus haut, le lac de Capitellu (1930 m) se mérite. L’ascension cette fois est périlleuse, au milieu de blocs de pierre qui semblent taillés par des géants. La végétation se raréfie, quelques fleurs d’altitude survivent dans des micro jardins cachés entre deux rochers. Des chaînes fixées dans la roche permettent de se hisser, la progression est difficile. Tout au bout de l’effort, le lac de Capitellu apparaît, dans un paysage minéral de granit noir, où subsistent quelques traces de neige.
Des alpinistes escaladent lentement la paroi verticale au dessus. Le lac est glaciaire, mais aussi glacial, avec 40 m de profondeur. Plutôt que se baigner, il vaut mieux s’amuser à nourrir les grabes à bec jaune qui guettent le pique-nique. Ils viennent jusque dans les mains grapiller la nourriture, se gaver sans vergogne, ils n’auront aucune peine à redescendre ensuite. Mais pas les randonneurs !

Article publié dans le JTT du jeudi 13 juillet 2017.

samedi 8 juillet 2017

Festival Vochora : What is Ouates?


La vingtième édition du Festival Vochora s'est ouverte vendredi 30 juin, en l'église de Sécheras, par un concert absolument magique. Le groupe vocal Les Ouates a enchanté le public qui avait envahi la petite église. Venus de toute la région, attirés par la réputation de ce choeur régional de grand talent, dirigé par Brigitte Gardet,  les mélomanes ont bénéficié d’un sublime récital de chants polyphoniques du monde, interprétés a capella.

Six femmes, quatre hommes, dans une harmonie de noir et rouge, ont présenté un répertoire issu du monde entier : chants tchèques, arméniens, bulgares, corses, napolitain, kosovar ou géorgiens, pays qui offrent une vaste source d'inspiration ... Tous interprétés dans la langue originale et sans partition. Amour, séparation, enfance, liberté, les grands thèmes populaires évoqués en quelques mots de présentation suffisaient à faire passer l'émotion.

Avec une technique parfaite, le groupe se scindait, s'opposait, se répondait, à deux, quatre, huit voix, ou tous ensemble. Les improvisations polyphoniques mettaient en valeur la complicité entre les chanteurs, leurs qualités vocales respectives. Mention spéciale pour « El ultimo cafè » un chant ou plutôt une mise en scène d'origine argentine ou « La course » d'après Bela Bartok, au rythme endiablé !

Le Groupe Les Ouates fêtait précisément le 30 juin ses dix ans d'existence. Brigitte Gardet, passeuse de musique passionnée, après les rappels, a fait chanter le public. Mais pas à l'unisson : Grâce à des vocalises à quatre voix, soutenues par les chanteurs dispersés dans l'église, le public a vécu la polyphonie en direct. Un beau moment de partage.

Pendant la descente nocturne vers Tournon, les mélomanes pouvaient s’amuser à paraphraser la rengaine … « de toutes les manières, c'est les Ouates que j'préfère » ...

Le festival Vochora se poursuit tout au long du mois de juillet. Pour tous renseignements, consulter l'Office de tourisme ou le site : www.vochora.fr

Article publié dans le JTT du jeudi 6 juillet 2017.



dimanche 2 juillet 2017

Chronique littéraire : La chaise numéro 14, de Fabienne Juhel


C'est une chaise de bistrot, une simple chaise Thonet, qui soutient l'héroïne, Maria, dans sa tentative de reconquérir sa dignité. Car Maria a été tondue à la Libération, par une bande de résistants haineux. Elle avait aimé un capitaine allemand.

Le drame des femmes tondues, au mépris de toute justice, à la fin de la guerre en 1944-45 est un thème qui n'a guère été traité. Pourquoi ? Parce qu'il met à jour plusieurs réflexions morales dérangeantes. Pourquoi tondre les femmes, qui ont aimé des Allemands, alors qu'elles n'ont nui à personne ? Est-ce pire que faire du marché noir, ou obéir avec zèle aux nazis sous prétexte qu'on est fonctionnaire ? Pourquoi les Américains libérateurs, ainsi que les administrations françaises, ont-ils laissé faire ? Qui s'arroge le droit de punir et pourquoi ? Que penser de la lâcheté ou des encouragements de la foule présente ? Quels comptes se règlent derrière cette pratique ? Une vengeance sexiste, un besoin d'affirmer sa virilité ?

Fabienne Juhel, qui enseigne la littérature en Bretagne, traite cette histoire originale avec une belle écriture poétique. L'atmosphère étrange permet à l'intrigue, menée avec brio, des revirements inattendus. Les personnages atypiques, débonnaires ou méchants, sont pour l'auteur l'occasion de régler quelques comptes avec le racisme, la religion, la bêtise humaine en général. Et surtout de faire réfléchir.

Un livre original, dérangeant, au message fort et lumineux, en poche dans la collection Babel.


Chronique publiée dans le JTT du jeudi 29 juin.

vendredi 23 juin 2017

Les mappemondes géantes de Coronelli


Vincenzo Coronelli (1650- 1718) est un moine, géographe et astronome, qui a conçu et réalisé des globes terrestres et célestes géants. Les deux plus imposants (4 m de diamètre ; 2,3 tonnes) ont été réalisés pour Louis XIV, ils sont actuellement conservés à la BNF. Ils représentent l'état des connaissances géographiques des continents Asie, Afrique, Amérique et Europe pour la décennie 1670-1680, et l'état du ciel au XVIIème siècle. On peut voir d’autres spécimens de ces globes en Italie, particulièrement dans la magnifique salle du Tasse de la Bibliothèque Civique de Bergame.

Né à Venise, Coronelli apprend la gravure sur bois, puis entre chez les Frères Mineurs en 1665, où il étudie l’astronomie, la fabrication de sphères armillaires et la théologie. Il crée ensuite un atelier de gravure de cartes, dont la renommée explose après la réalisation des globes géants pour le roi de France, pour laquelle il reste deux ans à Paris (1681-1683). En 1684, Coronelli fonde l'Académie des Argonautes, la plus ancienne société géographique du monde, qui va l'aider à diffuser son œuvre. Couronnement de sa carrière, le 12 mars 1685, il est nommé par le sénat Cosmographe de la Sérénissime République de Venise.

Les deux globes exposés à la Bibliothèque historique de Bergame mesurent 3,3 m de circonférence. Chacun est couvert de 50 feuilles de papier ayant la forme de quartiers, aquarellées et collées sur une structure de noyer. Le globe terrestre représente océans et terres, pays, fleuves, côtes et points d’abordage, il est agrémenté de petits éléments décoratifs : bateaux, animaux locaux. Le globe céleste recense les coordonnées astronomiques de 1902 étoiles, dans un décor de signes du zodiaque et animaux mythologiques. Les minuscules inscriptions manuscrites sont rédigées en italien, français, latin, grec et arabe. Une performance.

Ce travail est d’une précision remarquable, alors qu’il a été réalisé en 1688, au début de la connaissance de notre planète : Christophe Colomb avait découvert l’Amérique en 1492, et Galilée avait été condamné en 1633 par l’Eglise à abjurer sa théorie (C’est la terre qui tourne autour du soleil et pas l’inverse). Coronelli a participé aux débats scientifiques sur les découvertes de Newton, Képler, et Halley, son ami et contemporain (célèbre par sa fameuse comète). Il a su recenser toutes les données de son époque et cartographier la Terre et le Ciel avec un réalisme époustouflant. On voudrait s’approcher pour déchiffrer les indications, mais les globes sont protégés par d’épaisses vitrines. Et pourtant, ils tournent !

Article publié dans le JTT.


jeudi 15 juin 2017

Quand le jazz est là...


Dimanche soir, ambiance surchauffée à la Maison des associations de Tain. En première partie  le jazz-band de Bourg de Péage a exécuté un choix de musiques composées entre les années 1950 et les années 2000, de Duke Ellington aux Beatles, en passant par Umberto Tozzi. Les nombreux instruments ont été successivement mis en valeur, ainsi que la bonne humeur du groupe. Puis les Luettes Noires ont fait leur show.



Les Luettes noires sont un ensemble de jazz vocal dirigé par Dominique Pinet. La vingtaine de choristes amateurs est en réalité issue de deux groupes : un qui se réunit à Lyon, et l'autre qui répète à Tain. Ardéchois, Drômois, Lyonnais réunis ont interprété avec beaucoup d'humour et d'énergie les grands standards du jazz, du swing, de la Nouvelle Orléans au Brésil, arrangés par David Buisson au piano. Les jeux de scènes comiques, tels ceux accompagnant James Bond ou GI Joe, avec  chapeau, gants, pistolets et luNettes noires, ont amusé le public, qui n'a pas hésité à reprendre en choeur les refrains, et à danser sur les bossa novas de Carlos Jobim. Chaud dehors, chaud dedans, mais surtout chaud au cœur ce dimanche à Tain.

On peut déjà songer à la prochaine rentrée : L'ensemble vocal Les Luettes Noires recrute tous pupitres. Répertoire: jazz, pop, funk... Contact : Dominique Pinet au 06 08 54 52 17 ou cevem@free.fr

Article publié dans le JTT du jeudi 15 juin.

mercredi 7 juin 2017

Chronique littéraire : L’exercice de la médecine, de Laurent Seksik  

Une saga familiale passionnante, à la fois romanesque et savante, poétique et réaliste, qui, à travers l’histoire d’une famille de médecins, de Russie à Berlin, de Nice à Paris, évoque l’histoire des Juifs au XXème siècle.

Une histoire tragique et mal connue. Laurent Seksik en brosse le tableau avec verve, à travers des personnages idéalistes, portés par leur tradition familiale de médecine. Le premier est Pavel, médecin des pauvres dans la Russie tsariste et antisémite en 1905, en proie aux humiliations, violences et pogroms. Son fils Mendel, réfugié à Berlin, devenu chef de clinique, est chassé d’Allemagne après les mesures d’interdiction d’exercer et le grand autodafé des ouvrages écrits par les Juifs. Son petit-fils Tobias, survivra à Nice aux rafles nazies, qui remplaceront en 1943 l’occupation bienveillante des Italiens. Enfin Léna, cancérologue à Paris, est l’héritière de cette lignée douloureuse, marquée par la violence à chaque génération. Difficile pour elle de prendre la vie avec légèreté.

On apprend beaucoup de choses dans ce roman, en suivant des personnages très impliqués, mais chaleureux et fantasques. L’intrigue est distillée subtilement, les chapitres alternent l’histoire ancienne et la vie de Léna à Paris en 2015. Le style, simple et précis, parfois technique mais toujours accessible, ouvre la porte à l’imagination par des descriptions fouillées. Et un brin d’humour !
Un vrai bonheur de lecture.

Laurent Seksik, né à Nice en 1962, est lui-même médecin et écrivain à succès.

L’exercice de la médecine est disponible en poche chez J’ai Lu.

Chronique publiée dans le JTT.

mercredi 31 mai 2017

Roger Dérieux et l'Ardèche


Derniers jours pour apprécier l'exposition des œuvres de Roger Dérieux au Château de Tournon. Un artiste local contemporain, qui illustre parfaitement l'évolution picturale du XXème siècle.

Roger Dérieux est né  Paris en 1922. Dès 1941, il s’installe l’été en Ardèche à Saint Martin de Valamas, où il peint assidûment. Et développe un goût pour la couleur, comme en témoignent ses plateaux ardéchois brossés dans un camaïeu de verts et bleus. Mais rattrapé par la guerre, il doit partir au STO. La difficulté d’obtenir des toiles l’oblige à peindre à l’huile sur papier, une privation qui finalement lui permet d’essayer de nouvelles techniques, car il peut plus facilement déchirer et recommencer. En 1945 il s’installe à Paris pour suivre des cours dans diverses écoles d’art. Sa première exposition a lieu en 1950, à Copenhague.


Il présente alors des paysages figuratifs, des natures mortes, où s’expriment toutes ses qualités de coloriste, à l’instar de Bonnard, Matisse ou Degas. Après les rencontres avec F. Picabia et Francis Ponge, il illustre nombre de livres d’artistes, participe régulièrement à des expositions internationales. Et s’éloigne de la figuration pour des lignes plus abstraites, mais toujours avec une recherche d’harmonie de couleurs. Puis dans les années 1980, il s’intéresse particulièrement au collage, par découpage de papiers préalablement peints et juxtaposition de figures géométriques.


Le Château-Musée de Tournon rend hommage à l’artiste décédé en 2015, en présentant des œuvres ayant pour sujet ou pour lieu de réalisation l’Ardèche. Huiles sur toile, sur carton, dessins, collages et livres d’artistes enchantent l’œil et constituent un résumé instructif de l’évolution d’un peintre avec son temps.

Article publié dans le JTT du jeudi 1 juin 2017.


mercredi 24 mai 2017

Grandiose expo Monet à Bâle


En 2017, la Fondation Beyeler de Bâle fête ses vingt ans en offrant dans son lumineux espace, créé par Renzo Piano, une double exposition. La première s’inspire de la présentation inaugurale, lorsque Ernst et Hildy Beyeler, collectionneurs passionnés, ont permis au public d’admirer les œuvres des artistes majeurs de l’art moderne, de Van Gogh, Cézanne et Monet à Giacometti, Rothko et Bacon, en passant par Picasso, Matisse, Léger et Klee…


La deuxième, jusqu’au 28 mai, est exclusivement consacrée à Claude Monet (1840-1926), et particulièrement centrée sur les années allant de 1880 au début du vingtième siècle. Son rôle de pionnier de l’impressionnisme est alors achevé, et Monet cherche de plus en plus à traduire subjectivement son ressenti devant un paysage.



La présentation des 62 œuvres prêtées par les grands musées d’Europe, Etats-Unis et Japon, ainsi queles nombreuses toiles issues de collections privées, s’articule autour des voyages du peintre. Les bords de Seine et Londres, la Côte d’azur et la Normandie, la mer et la campagne, sont autant de sujets où Monet joue avec la couleur, le reflet, l’ombre et la lumière. Enfin, les Nymphéas, l’ornement préféré de son jardin de Giverny, illustrent sa réflexion sur les infinies possibilités de la reproduction. L’art de Monet culmine alors dans une recherche d’abstraction, un appel à l’imaginaire.

La Fondation Beyeler, à Bâle-Riehen, est ouverte 365 jours par an. Le tarif d’entrée adulte est de 28 CHF, c’est cher pour les Français. Mais découvrir les éblouissantes toiles de Monet, dont certaines rarement exposées, justifie de sortir quelque ... money !

Article publié dans le JTT du jeudi 25 mai.

lundi 15 mai 2017

Un travail de Romain : Les bateaux de Caligula


Caligula (12-41 après JC) est un empereur romain qui a laissé de très mauvais souvenirs dans l’histoire. Ce successeur de Tibère, intronisé en 37, despote fou, débauché et sanguinaire, finit assassiné. Est-ce pour se protéger qu’il avait décidé de vivre à Nemi (à une trentaine de km de Rome), non pas au bord du lac mais SUR le lac ?

Il s’était donc fait construire un gigantesque bateau de 75 m sur 24 m. Sur la coque plate fut édifiée une somptueuse villa flottante, avec colonnes de marbre, sol en mosaïque, tuiles en bronze, thermes, jardins et statues. Sur un autre navire de même dimension, il fit construire un temple dédié à Diane, déesse de la chasse, dont le sanctuaire monumental était un lieu de pèlerinage au bord du lac. La crainte de l’au-delà le tenaillait, sans doute. Les deux navires, coulés à la mort de Caligula, sont restés dans l’oubli pendant les siècles suivants.

Quelques pêcheurs plongeaient parfois, et rapportaient des objets antiques, qui accréditaient l’idée qu’un trésor était caché au fond du lac. Au XIXème siècle, les vestiges rapportés confirmèrent l’intérêt de fouiller les épaves, enfouis à une quinzaine de mètres de profondeur. C’est en 1924 que la campagne de fouilles commença vraiment sous l’impulsion de Mussolini. Autre époque, autre tyran mégalomane, qui voulait affirmer la puissance infinie de Rome. Grâce au canal émissaire antique retrouvé, le lac fut lentement vidé. En 1929 le premier bateau apparut à l’air libre. Le second suivit en 1930. Mussolini fit spécialement construire un vaste musée sur la rive, avec deux ailes symétriques, pour y conserver les navires et leur cargaison d’antiquités. Hisser les deux navires mis à jour jusqu’au bord du lac fut une prouesse technique.  Et le Musée des Navires Romains ouvrit ses portes en 1940.

Hélas, cette formidable trouvaille ne fut visible que quelques années par les archéologues, scientifiques et amateurs. Le musée fut entièrement détruit dans un gigantesque incendie le 1 juin 1944. Vengeance des nazis, bombardement par les Américains qui débarquaient à Anzio ou feu allumé accidentellement par les réfugiés qui passaient la nuit dans le musée ? Nul ne sait. Seules quelques pièces furent sauvées. Et le superbe musée, longtemps abandonné, n’a été ré-ouvert qu’en 1988, avec les maquettes des navires, les photos de leur sauvetage et quelques antiquités récupérées dans les villas romaines voisines.

Les navires romains de Nemi ne sont plus visibles, mais leur histoire subsiste dans notre mémoire, « Fluctuat nec mergitur »  comme le chantait Brassens ...

Article publié dans le JTT.

samedi 6 mai 2017

Au Lycée Quelet de Valdoie, c'est la fête des fleurs et du tricot ...




Les lycéens, en plus de leurs études en agriculture, ont appris à tricoter, et transformé leur petit pont de bois en Pont des Arts avec ses cadenas emblématiques. Bravo !


lundi 1 mai 2017

Chronique littéraire : Soudain seuls, de Isabelle Autissier


Chacun connaît Isabelle Autissier, navigatrice capable de réussir le tour du monde en solitaire. Mais que sait-on de l’écrivaine ? Un constat : elle sait aussi bien manier la plume que hisser les voiles, et garder le cap malgré les embûches d’une intrigue passionnante. Tout en nourrissant son récit de son vécu, par des descriptions précises de la faune et la flore de l’Antarctique, des déferlantes et vents violents, des glaces éternelles sous des ciels infiniment gris.

L’histoire : Un jeune couple de bobos parisiens s’accorde une année sabbatique pour vivre une véritable aventure : le tour de l’Atlantique en bateau. Les débuts sont remplis d’allégresse, de matins bleus, de complicité amoureuse. Un jour, au large de la Patagonie, ils décident de s’arrêter dans une île déserte pour escalader quelques glaciers vierges. Et tout dérape. Une tempête violente brise leur bateau, ils se retrouvent piégés sur cette île inhospitalière.

Comme Robinson, il leur faut réapprendre la vie sauvage, lutter pour se nourrir, se chauffer, survivre. Ils ne sont pas armés pour cela. Dans ces conditions extrêmes surgissent aussi les querelles, l’amertume, le jeu de la culpabilité et du pouvoir. Mais il faut rester solidaires pour survivre. Jusqu’à quand ?

Un huis-clos terrible, dans une région que la navigatrice connait bien, les Cinquantièmes Hurlants. Un impossible retour dans les sphères médiatiques parisiennes, ensuite, situation qu’elle a certainement vécue elle aussi. Une belle analyse de caractères, au filtre d’un cauchemar austral de plusieurs mois. Et un hymne à l’instinct de survie, plus fort que tout.

Soudain seuls est disponible en Livre de Poche.

Chronique publiée dans le JTT.

dimanche 23 avril 2017

Les jardins du Pape

Les jardins du Vatican sont fréquentés depuis longtemps par le public. Mais c’est seulement en 2014 que ceux de la résidence papale de Castelgandolfo ont été ouverts aux visiteurs. Une merveille botanique qui mérite le détour, on peut en plus visiter une partie des appartements pontificaux, grâce à la volonté d'ouverture et de partage du Pape François.

Un forfait combiné d’une journée permet de visiter à la fois les musées et les jardins du Vatican et ceux de Castelgandolfo. Le timing est strict : Premier rendez-vous à 8h à Rome à l’entrée des musées du Vatican, deux heures pour admirer les collections et la Chapelle Sixtine. Puis, un deuxième rendez-vous à 10h permet de visiter les jardins du Vatican, sous la houlette d’un guide. Un parc paysager à l’italienne, construit sur 23 hectares à la Renaissance, où la nature et l’art se mêlent. Les essences méditerranéennes, oliviers, cyprès, cèdres, les marbres blancs des sculptures, se découpent sur les pelouses éclatantes qui entourent les différents bâtiments du Vatican. Fontaines et grottes préservent la fraîcheur des lieux. Les vues sur la coupole de Saint-Pierre et sur Rome sont superbes.

La surprise, c’est de découvrir qu’au fond du jardin, ce minuscule état cache sa propre gare. Un train spécial, autrefois réservé au Pape, démarre vers 12h30, chargé de touristes, à destination de Castelgandolfo, à une trentaine de kilomètres au sud de Rome. Changement de décor, changement de temps aussi, puisque la ville est située en altitude, dans les Castelli Romani, ce qui explique son intérêt pendant le caniculaire été romain. Depuis 1626, les souverains pontifes y font des séjours entre mai et septembre. Benoît XVI en profite encore régulièrement, mais François, qui ne quitte pas le Vatican, a préféré en faire profiter le public.

Castelgandolfo est un village médiéval, construit sur un éperon rocheux dominant le superbe lac volcanique d’Albano. Dès l’arrivée en gare, la prise en charge est cadrée : pas question de s’aventurer seuls dans l’immense domaine, qui couvre plus de 55 hectares. Les touristes sont priés de monter dans le petit train électrique qui parcourt pendant une heure les immenses allées bordées de pins parasols, de buis et de cyprès taillés. Oliviers, cèdres et chênes multiséculaires, pelouses soigneusement taillées, topiaires et terrasses s’étagent  sur la colline, parsemée de vestiges romains : terres cuites, portique, théâtre, mosaïques (la villa Barberini a été construite à l’emplacement de la résidence d’été de l’Empereur Domitien). Un peu à l’écart, une ferme complète, avec ses champs, son verger, son potager, ses poules gambadant en plein air. La production assure une cuisine bio au Vatican, les vaches Holstein garantissent au Pape mozzarella, ricotta et yaourts de première fraîcheur.

Retour à l’entrée des jardins, pour une visite des appartements pontificaux, dont la célèbre galerie des Pontifes. La vue sur l’agglomération romaine dans le lointain, et jusqu’à la mer par beau temps, est spectaculaire. Les anciennes Mercedes et Papamobiles stationnent dans la cour. Hors les murs, la petite ville de Castelgandolfo sommeille, elle n’a pas encore tiré parti de ce récent afflux de touristes, et il est difficile d’y trouver un coin sympathique pour faire une pause.
17h. Le train spécial ramène les visiteurs à Rome, Stazione San Pietro. Tout le monde descend, il fait doux, l'effervescence règne, c’est l’heure de la passeggiata et de l'aperitivo en terrasse.

Forfait d’une journée, entrées, audioguides et trains compris : 50 euros, uniquement par réservation en ligne sur le site des Musées du Vatican.

Article publié dans le JTT.

samedi 15 avril 2017

Le Comptoir Porcelana, nouvelle pépite de la Cité du Chocolat


La Cité du Chocolat, comme tous les musées, a désormais son espace de restauration. Depuis le début de janvier, les visiteurs et autres stagiaires s'y pressent, mais pas seulement. Les gourmets locaux peuvent aussi accéder directement au restaurant, sans faire la visite de la Cité, en empruntant la porte située derrière la statue emblématique de Toros.

Le comptoir Porcelana, ouvert tous les jours entre 12h et 14h30, n'est pas un restaurant traditionnel, mais un comptoir de restauration en libre service. Une équipe sympathique accueille les clients et présente les produits, qui marient les subtilités du chocolat aux saveurs de la gastronomie locale. Chacun garnit son plateau à la carte ou suivant les forfaits proposés : entrée, plat chaud, boisson ; ou entrée, plat chaud, dessert, pour une somme variant de 15 à 20 euros.

L'espace vitré situé au deuxième étage de la Cité du Chocolat, fonctionnel et lumineux, peut accueillir jusqu'à 60 clients. Ouvert sur les coteaux d'une part, sur une salle de jeux pour enfants de l'autre, il promeut une démarche écoresponsable jusque dans le moindre détail : couverts en amidon de maïs, desserts présentés dans des moules de bois, saladier en pulpe de canne, tous biodégradables. Seuls les plats chauds mijotent dans les mini cocottes Revol.
Venons-en au contenu. Pas de banal salé- sucré, mais des plats raffinés et originaux, incorporant une touche de chocolat : par exemple la « salade d'ici » composée de mesclun, ravioles frites au chocolat, dés de caillettes, noix ; ou le « velouté de panais, banane plantain », cacao Orelys et poivre de Tasmanie, parsemé d'éclats de noisettes caramélisées. Dans les mini cocottes, on trouve un Parmentier décliné à toutes les sauces, avec canard au chocolat noir Xocopili, chou chinois, ou pintade au praliné amandes et champignons ou encore fruits de mer. Les desserts, plus familiers, brownies, crumbles ou crème chocolatées, sont tout aussi onctueux.
La carte évolue au fil des saisons. A Pâques, le chef Jérôme Portal prévoit de nouvelles saveurs, agneau et gaspacho épicés au chocolat, avec une pointe de menthe et cardamome. Bref, on découvre au Comptoir Porcelana un plaisir gustatif original dans un cadre sobre et raffiné.

Petite précision botanique et linguistique : La fève de cacao appelée Porcelana, en raison de sa couleur blanche est cultivée au bord du lac Maracaibo au Venezuela. Elle donne le cacao le plus fin de la sous-variété de Criollo. Le nec plus ultra des fèves, enseigne idéale pour la restauration à la Cité du Chocolat !


Tél. : 04 75 09 27 27


Article publié dans le JTT du jeudi 13 avril.

lundi 10 avril 2017

Au salon des Auteurs, on croise des personnages de roman !


Le salon des Auteurs de Tain, organisé ce week-end par l'Association Tain Terre et Culture, conjointement avec la Mairie et la Bibliothèque a joué la diversité. Celle des genres littéraires : romans, essais, policiers, carnets de voyage, albums jeunesse, BD, fantasy ... celle des auteurs, une quarantaine, réunis dans la salle Charles Trenet. Et celle des animations proposées en plus des échanges et dédicaces : Contes et lectures par Christophe Mercier et la MJC pour les enfants. Et pour les adultes, conférences passionnantes sur des personnalités régionales aux destins … romanesques.

Françoise Coulomb, historienne, a ainsi exposé la vie de deux nobles familles de Tain, les de Florans et de Cordoüe, riches propriétaires unis par le mariage, dont les demeures se faisaient face dans la Grand'rue : la maison occupée par Sculptur'art et celle sur laquelle a été construit l'immeuble l'Argens. Ces aristocrates, riches propriétaires terriens, après avoir vécu dans l'opulence jusqu’au XVIIIème siècle, ont subi des revers successifs, révolutions, guerres, destructions ou dilapidation des biens... Si bien que seule une malle contenant de plus de 900 lettres est parvenue par une suite de hasards entre les mains de la famille Coulomb. Grâce à ces archives, Françoise a reconstitué l'histoire des familles, leur implication dans la vie locale. Son livre recèle une somme d'anecdotes édifiantes sur le fonctionnement de la noblesse provençale au XIXème siècle, des mariages arrangés (ou contournés) aux choix politiques, en passant par les menus de fête, l'entretien des propriétés agricoles et dons aux oeuvres de bienfaisance.

Destin totalement opposé à celui de la Mère Brazier, célèbre cuisinière lyonnaise, raconté par Jacotte, sa petite-fille. Eugénie Brazier est née en 1895 dans une pauvre famille de paysans de l'Ain. Pas d'initiation à la cuisine, au contraire, la faim au quotidien. Et pire encore, quand son père la chasse en 1914, alors qu'elle est enceinte. Ne sachant ni lire, ni écrire, sans formation, elle trouve une place de nourrice dans une famille bourgeoise de Lyon : les fabricants de pâtes Milliat.  Et son destin bascule quelques années plus tard, lorsqu'elle est envoyée en apprentissage chez la Mère Fillioux, célèbre restauratrice locale. Elle y apprend les rudiments de la cuisine et découvre ses capacités culinaires. En 1921 elle ouvre son propre bistrot rue Royale à Lyon : Chez la Mère Brazier. Le succès ne tarde pas. Edouard Herriot en fait sa cantine : les poulardes en demi-deuil, quenelles au gratin et artichauts au foie gras sont bientôt aussi célèbres à Paris qu'à Lyon. Eugénie achète ensuite un autre restaurant au col de la Luère, dans les Monts du Lyonnais en 1928, et obtient en 1933 un classement trois étoiles pour ses deux établissements, du jamais vu ! Paul Bocuse devient son apprenti en 1946. Tous les grands de la politique et du monde artistique viennent déjeûner chez elle ... La Mère Brazier continue de régner en cuisine, vitupérant, hurlant, rudoyant son équipe, sept jours sur sept, 365 jours par an, jusqu'en 1977.

Jacotte n’écrit pas, ne fait pas la popotte, mais Jacotte papote ... On l'écouterait des heures évoquer sa grand-mère, tout en savourant d'avance les quenelles concoctées par les restaurants de Tain, qui se sont associés au Salon, en mettant à leur carte la plus célèbre recette de la Mère Brazier.

Article publié dans le JTT.