mardi 15 août 2017

Les Garouste : Complot de famille


C'est l'intitulé de l'expo de l'été au Château d'Hauterives. Pourquoi ce titre ? Parce qu'elle réunit des œuvres du célèbre peintre et sculpteur Gérard Garouste, de sa femme Elisabeth, designer, et de David Rochline, artiste polyvalent, frère d’Élisabeth. S'y joignent les productions des Enfants de la Source, qui ne sont pas les leurs, mais ceux d'une association crée par G.G. pour permettre aux enfants en difficulté de pratiquer l'art sous toutes ses formes.

Enfant, Gérard Garouste passait ses vacances chez son oncle Casso, maçon, bûcheron, bricoleur, collectionneur, un artiste ignoré qui aurait pu devenir un Facteur Cheval. De cette confrontation avec ce qu'on appelle maintenant l'art brut, est née sa vocation artistique. Le lien était donc tout trouvé avec la thématique prônée chaque été par le Château d'Hauterives.

C'est donc une déferlante de thèmes, de couleurs, de styles qui accueille les visiteurs. Les toiles de Gérard, souvent torturées, empreintes de références aux textes fondateurs, Bible, Divine Comédie, Don Quichotte... les dessins d’Élisabeth, aux graphismes minutieux, les collages colorés de David, et les réalisations exubérantes des Enfants de la Source. On ne comprend pas toujours ces délires sortis de l'imaginaire, mais comme le précise Garouste « Le fou parle tout seul. Il voit des signes et des choses que les autres ne voient plus. Je veux peindre ce que l'on ne dit pas. »

L’expo « Les Garouste : Complot de Famille » est visible jusqu’au 31 août au Château d’Hauterives (Drôme), à 300m du Palais idéal du Facteur Cheval. Tous les jours de 11H à 18H30. 


Article publié dans le JTT du jeudi 10 août.

vendredi 11 août 2017

Chronique littéraire : L'amie prodigieuse, d'Elena Ferrante


C’est l’histoire d’une amitié, celle de Léna et Lila, deux petites filles nées dans un pauvre quartier de Naples des années 50.  Une amitié conflictuelle mais riche, dès l’enfance, un lien fragile et fort, parfois porteur, parfois étouffant, parfois pervers, qui perdure jusqu’en 2010. C’est ce qui fait l’originalité de cette saga : suivre le destin de deux femmes très différentes à travers les bouleversements sociaux des soixante dernières années en Italie.
Lila et Léna sont toutes deux belles et douées, mais de caractères opposés. Lorsque Lila la brune fonce, vit chaque instant comme s’il était le dernier, Léna la blonde reste prudente, réfléchit avant d’agir. Sans cesse en compétition, scolaire ou autre, elles grandissent dans la rue, entre les coups, les rêves, la gouaille populaire, soumises à des règles sclérosées. Lorsque Lila se marie à 16 ans, pour sortir de la misère, Léna choisit d’étudier malgré ses guenilles. D’un côté une vie chaotique, de l’autre une sécurité tristounette.

Dans le deuxième tome, l’amour à son tour les oppose, toutes deux sont amoureuses de Nino. Lila s’adonne avec lui aux joies de l’adultère tandis que Léna l’entretient de philosophie. Malgré tout, le lien indéfectible qui les unit depuis l’enfance les stimule, chacune dans son parcours. C’est aussi l’originalité du roman : l’amitié dont il est question n’est pas un long fleuve tranquille. Mais dans un univers de violence, il représente aux moments difficiles une sorte de talisman qui permet d’aller de l’avant.
Deux tomes sont déjà disponibles en poche chez Folio. Les fans d’analyse psychologique et d’histoires de familles ballottées dans une société en pleine évolution, se précipitent déjà pour dévorer le troisième tome, qui vient de sortir.

Autre curiosité : Personne ne connait l’auteur Elena Ferrante, qui a pourtant vendu des millions d’exemplaires dans le monde entier. Elle ne communique que par écrit avec son éditeur, son anonymat est la condition de la poursuite de son œuvre. Tous les lecteurs s’interrogent. Qui est-elle ? Lila, Léna ou les deux ?

lundi 7 août 2017

Festival Vochora : Ut Insieme à Saint-Félicien


Cet ensemble extrêmement brillant de jeunes chanteurs venus d'Italie, lauréat de plusieurs concours prestigieux, dont celui de Varna en Bulgarie, a chanté et enchanté Saint-Félicien mardi soir.
L'église était comble pour accueillir le groupe de 8 hommes et 9 femmes, dirigés par Lorenzo Donati, chef de choeur et compositeur émérite. Le concert s'est déroulé en deux parties : la première « Canticum Canticorum » consacrée à un répertoire classique et liturgique de toutes époques, a subjugué le public par l'excellence de l'interprétation. Pureté et puissance des voix, perfection des accords entre quatre, cinq, six pupitres, le tout valorisé par l'acoustique idéale de l'église.

Pour la deuxième partie, une succession de chants populaires de la Renaissance, les choristes ont échangé leur sobre tenue noire pour de superbes costumes d'époque. Gentes dames et beaux seigneurs ont alors allié la performance vocale à la qualité d'interprétation de saynètes joyeuses comme le jeu de l'oie, le chant de Rizzolina ou les contes de la tante Bernardina.
Une ovation a terminé le concert. Un premier rappel a permis à l'auditoire d'entendre une interprétation originale d'une chanson des Beatles, « Good night ». Mais le public n'entendait pas s'arrêter là, d'autres rappels ont suivi.

Savez-vous que la note UT, comme toutes les autres d'ailleurs, a été léguée à la musique occidentale par le musicien et théoricien Guido d'Arezzo en 1050 ? Le choeur de jeunes Italiens, basé précisément en Toscane à Arezzo, qui propose des répertoires musicaux historiques à travers l'Europe, a choisi d'associer UT avec INSIEME, qui signifie ensemble... Ensemble, dans tous les sens du terme, ensemble pour un grand moment d'émotion, à Saint Félicien.

Article publié dans le JTT du jeudi 3 août.


jeudi 3 août 2017

Le caveau Ferraton déménage

On pourrait presque réaliser le déménagement avec la rutilante camionnette Peugeot 202 des années cinquante, qui accueille les clients à l'entrée de la maison. Car le caveau Ferraton ne s'éloigne pas du centre de Tain : il traverse juste les bâtiments. Passant de la rue de la Sizeranne au quai Rostaing, pour une meilleure visibilité. Avec en plus à l'horizon 2018, l'ouverture d'une toute nouvelle structure : un espace de petite restauration. Les promeneurs, qui s'interrogent depuis un moment sur les travaux d'envergure entrepris sur le quai, en face du kiosque, peuvent maintenant prévoir de s'y s'attarder bientôt pour déguster un bon vin en toute convivialité.

C'est ainsi que la Maison Ferraton Père et Fils perpétue sa tradition, entre histoire et modernité. Cette exploitation familiale, créée en 1946 par Jean, fils et petit-fils de vignerons, a été développée par Michel Ferraton jusqu'aux années 2000. L'héritier naturel, Samuel, ayant été victime d'un accident de la route, il a fallu opter pour un nouveau mode de fonctionnement, en s'associant à la maison Chapoutier. Mais Ferraton, maison historique, tient à son nom et son indépendance. Une équipe d'une dizaine de permanents, soutenue par des saisonniers, s'emploie aux travaux du vignoble, 20 hectares en biodynamie depuis 1998, à la vinification de raisins issus d'autres propriétés locales, et au négoce : 450 000 bouteilles produites, dont 100 000 sous le label bio Ferraton.

Quand la grande porte cochère est ouverte, on peut apercevoir la superbe 202 familiale, siglée Ferraton. Le caveau de dégustation actuel, où Marine accueille les visiteurs, se trouve juste à côté, entre les authentiques tonneaux de bois, utilisés pour l'élevage des grands crus, et la cuverie de ciment ultramoderne refaite à neuf en 2013. On retrouve la Peugeot vintage sur les étiquettes de la dernière création de la cave : « La tournée ». Un vin sans prétention, pas cher, idéal pour les soirées d'été. Et qui donne envie d'essayer d'autres cuvées prestigieuses, Hermitage ou Ermitage, Saint Joseph, Cornas ... les fleurons de la cave.

Article publié dans le JTT du jeudi 3 août.