mercredi 18 juillet 2018

Chronique littéraire : La tresse, de Laetitia Colombani


Une histoire tissée avec trois fils, trois vies de femmes, par l'auteur. Smita est une Indienne courageuse, de la caste des Intouchables. Elle lutte avec audace pour l'avenir de sa fille dans une société où sa vie ne compte pas. Giulia est Sicilienne, pour elle, la vie est légère, jusqu'au jour où l'accident de son père, la faillite de l'entreprise, font exploser le cocon protecteur. Sarah est une executive wowan canadienne, qui gère avec efficacité sa carrière d'avocate, ses mariages, ses enfants. Jusqu'à ce que la maladie la rattrape.

Trois femmes, trois mondes totalement différents, mais aussi trois sortes de discriminations. Le plus stupéfiant est le sort des Intouchables, et particulièrement le statut des femmes, considérées comme moins que des bêtes. Une injustice scandaleuse qui déshonore encore les responsables politiques actuels. La découverte de l'entreprise de perruques à Palerme, les règles patriarcales subies par Giulia, semblent douces à côté. Quant au monde des avocats d'affaires, des requins sans états d’âme, c’est plus caricatural. Mais les héroïnes restent semblables à toutes les femmes dans leurs espoirs, leur fragilité, leurs décisions. C'est cette empathie pour les personnages qui fait tout le plaisir de l'histoire, dont les péripéties bien distillées tiennent en haleine jusqu'au bout. Un roman féministe, mais aussi un hommage aux femmes, pas cousu de fil blanc, mais bien tressé !

Laetitia Colombani née en 1978 à Bordeaux est actrice, scénariste, réalisatrice de films. La Tresse, son premier roman, a obtenu un succès considérable et est déjà traduit dans plus de vingt langues. Il est maintenant disponible en Livre de Poche.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 12 juillet.

vendredi 13 juillet 2018

Evasion au Château


Il ne s’agit ni du nom d’un nouvel escape game, ni d’une énième échappée de repris de justice… mais de la formidable prestation du groupe vocal Evasion, qui a enchanté la présentation de la saison culturelle de Tournon.
Evasion est un groupe de cinq chanteuses romanaises. Leurs voix issues de cultures différentes, aux tonalités complémentaires, depuis trente ans, magnifient le chant polyphonique dans sa forme la plus difficile : a cappella. Déambulant au fil des salles du château de Tournon, toutes vêtues de blanc au milieu des couleurs éclatantes de l’exposition Tomkowiak, elles ont fait partager au public des textes loufoques et décalés, dues à la plume caustique d’Anne Sylvestre.
Anne Sylvestre ? On connait tous ses Fabulettes, un concept né il y a environ 50 ans, avec toujours autant de succès depuis. Ce qu’on sait moins, c’est qu’Anne Sylvestre ne s’est pas contentée de créer un répertoire pour enfants. Elle a poursuivi une carrière très éclectique, chantant avec Bobby Lapointe, Félix Leclerc, Serge Reggiani… et seule. Ecrivant des textes poétiques publiés par les meilleurs éditeurs, comme Seghers. Et soutenant le féminisme avec force et malice.
Dans leur nouveau récital, les cinq femmes d’Evasion se sont emparées de son œuvre. Cinq + une, pour chanter les vies d’une multitude de femmes… Avec leur nouveau spectacle : LES HORMONES SIMONE, dont elles ont donné un brillant aperçu au château, elles partent en tournée cet été, seront au festival d’Avignon le 19 juillet. 
C’est le groupe Evasion qui fera l'ouverture de la saison culturelle à Tournon le 5 octobre 2018. Ne manquez pas LES HORMONES SIMONE, sur le répertoire d’Anne Sylvestre : c’est l’histoire d’une femme… Non ! De femmes. De femmes qui rencontrent une femme, qui chantent les femmes…



Article publié dans le JTT du jeudi 12 juillet.

vendredi 6 juillet 2018

L’Ecole de la Maison Chapoutier, au-delà des apparences

A côté des traditionnels ateliers oenologiques, dégustations, barbecues, séjours, tous consacrés au monde du vin, un nouveau type de séminaires plutôt ésotériques est maintenant proposé par L'Ecole M. Chapoutier, en partenariat avec l’Observatoire du Réel. Il s'agit de découvrir d'autres points de vue sur les mystères du vivant.  Après deux premières journées de conférences sur : « Les dimensions cachées de l'eau » et « Regards sur la conscience », samedi dernier était consacré à la géométrie sacrée des pyramides : « De Gizeh à Paris, parcours d'une symplanicité ».

Une terminologie quelque peu occulte qui intrigue. Quel est le lien avec la Maison Chapoutier ?
Eh bien, le lien c'est Michel Chapoutier lui-même. Passionné, curieux, il aime observer, réfléchir et creuser les sujets qui l'étonnent. Un état d'esprit qui lui a permis d'être un précurseur en matière de biodynamie. La viticulture n'est-elle pas une sorte d'alchimie ? Et la biodynamie, si décriée à ses débuts, une technique maintenant avérée ? Quand M. Chapoutier, à la mi-journée, fait visiter ses vignes et déguster ses vins, tout devient évident. Son enthousiasme quand il parle de terroir, de sols granitiques ou calcaires, de cépages, de fermentations, n'a d'égal que la diversité des connaissances qu’il aime transmettre. Il rejoint en cela Rudolf Steiner, philosophe autrichien, qui interrogeait dès 1920 le monde agricole sur les effets des engrais et pesticides sur les sols, sur l'action des influences cosmiques en agriculture. Ces questions ont permis l'émergence de nouvelles méthodes de fertilisation, comme la biodynamie qui a ouvert la voie à une viticulture respectueuse des vignes, des sols et des hommes.

L’Observatoire du Réel est une association qui, à travers ses intervenants, partage avec le public le désir de regarder au-delà des apparences et des certitudes, dans toutes les disciplines scientifiques : physique, astrophysique, mathématiques, neurosciences... Les participants aux conférences organisées par la Maison Chapoutier, préoccupés par de nouvelles compréhensions de notre monde, viennent de toute la France. Effet secondaire garanti : ils découvrent notre belle région ainsi que toutes ses richesses concrètes !

Prochain séminaire : « Les nouvelles approches thérapeutiques » le 27 octobre 2018.


Renseignements et inscriptions : www.chapoutier-ecole.com
Article publié dans le JTT du jeudi 5 juillet.

vendredi 29 juin 2018

Picasso, Bâle et l'argent ...


On pourrait imaginer une combine financière. Les œuvres de Picasso atteignent des valeurs phénoménales, la ville de Bâle est une capitale bancaire en Suisse. Pourtant c’est tout le contraire : l'argent, dont il est ici question, est celui du don, du partage, de l'acte gratuit. Une belle histoire collective, dont le Kunstmuseum de Bâle fête les cinquante ans par une exposition atypique.

En 1967, deux chefs-d’œuvre de Picasso devaient être mis en vente sur le marché international, après avoir été prêtés durant des années au Kunstmuseum. Le propriétaire, principal actionnaire d'une compagnie de charters, était en difficultés financières suite au dramatique crash d'un appareil qui avait fait 127 victimes. Les deux toiles en question, Les deux frères (1906) et Arlequin assis (1923) étaient très appréciées des Bâlois, qui s'efforcèrent d'obtenir un droit de préemption. Mais la somme à réunir semblait inaccessible : 8,4 millions de francs.

Une gigantesque collecte de fonds fut organisée, par toutes sortes de moyens, dont la légendaire Bettlerfest. En tout, elle permit de rassembler 2,4 millions, grâce à la participation active des citoyens. Les 6 millions restants devaient-ils être payés par les fonds publics ? S'ensuivit un débat qui mobilisa toute la ville, sur la valeur de l'art moderne. Une votation eut  lieu en décembre, et l'électorat approuva la colossale dépense.

Picasso avait suivi les événements depuis sa maison de Mougins. Après le succès du vote, il invita le directeur du Kunstmuseum dans son atelier. Touché par l'enthousiasme manifesté par les Bâlois, il offrit à la ville quatre autres de ses œuvres, dont Vénus et l'amour et Le couple (1967). Une autre mécène bâloise, Maja Sacher-Stehlin également inspirée par l'engagement de ses concitoyens, fit ensuite don au musée d'une toile cubiste du Maître. En 1968, les sept oeuvres de Picasso furent accrochées ensemble au Kunstmuseum pour la première fois.

Nous sommes en 2018, et les mêmes sept oeuvres de Picasso, ainsi que leur histoire citoyenne, sont présentées jusqu'au 12 août au Kunstmuseum dans l'exposition « Art. Argent. Musée. 50 ans de Picasso-story ». Et pour rappeler la générosité de la ville, l'entrée à cette exposition est exceptionnellement gratuite pour tous.


vendredi 22 juin 2018

Hors-série exceptionnel de l'Esprit Comtois


Pour l'été, des randos originales qui allient nature, patrimoine et gastronomie en Franche-Comté.

Vente en kiosque ou directement sur le site des Editions du Lion à Belfort.
www.leseditionsdulion.com

dimanche 17 juin 2018

La "Bobine qui file" ... tisse des liens à travers l'Ardèche


Samedi matin, place du Taurobole à Tain, un peu à l'écart du marché, une caravane rétro joliment customisée, porte et fenêtres grandes ouvertes, attire les regards. La curiosité est vite satisfaite en lisant l'inscription : La Bobine qui file ... atelier de couture ambulant. 

Une jeune femme charmante, Vincianne, accueille les clients de passage. Elle propose de petites réparations suivant les besoins, fermeture éclair, ourlet, pinces. Vous lui laissez le vêtement le temps de faire votre marché et repassez ensuite, c'est prêt.

Vincianne, passionnée de couture, a plus d'un ouvrage dans son sac... ou plutôt sa caravane ! Elle assure une présence régulière sur les marchés de Lamastre, Saint-Félicien, Colombier-le-Vieux, anime des cours de couture pour tous âges, des stages pour enfants, moments à la fois ludiques, créatifs et de partage. Elle fait partie d'un collectif d'artistes en caravane, les Zarkyroul, où la couture côtoie les arts plastiques, la sérigraphie, le bricolage à base de récup et le théâtre. Les créateurs de Zarkyroul, ensemble ou séparément, se déplacent dans les écoles, les festivals, les rencontres culturelles de la région, pour animer à la demande des ateliers à destination de tout public.
La Bobine qui file, c'est pour Vincianne un souvenir d'enfance, une image de sa mère cousant ses vêtements à la maison. Une dizaine d'années plus tard, lorsqu'on lui a demandé d'être marraine d'un bébé, elle aussi a voulu créer un cadeau de ses mains. Elle a redécouvert la couture, à la main et à la machine, en autodidacte. C'est devenu une passion qu'elle transmet. Elle coud tant de vêtements et d'accessoires pour les autres, qu'elle n'arrive plus à finir ses propres robes, pourtant déjà taillées !

Les passages à Tain de la Bobine qui file se terminent, mais vous pouvez la retrouver sur les marchés ardéchois ou ailleurs sur demande. Et sur la Toile, bien sûr !

Contacts : Vincianne : labobinequifile@orange.fr
site général : zarkyroul.wixsite.com/village
contactzarkyroul@gmail.com

Article publié dans le JTT.

vendredi 8 juin 2018

Chronique littéraire : Ma part de Gaulois, de Magyd Cherfi

La banlieue nord de Toulouse au printemps 1981, un ghetto avec sa loi : le communautarisme avant tout, les filles et les femmes sous clé, les bagnoles, la drogue, les coups, pour les hommes. Chaque gamin doit refuser en bloc ce qui vient de l’école, la culture, les flics, l’état. Castagne garantie sinon.

Magyd refuse de se plier à la règle. Il va au lycée, prépare le bac, écrit des poèmes, anime un club de théâtre. Et se fait castagner régulièrement, surtout s’il essaie de séduire les filles de la cité. Mais ça ne l’empêche pas de s’obstiner. Avec raison : c’est lui qui obtiendra le premier bac "arabe" de la cité ! La gloire pour son intransigeante mère, et le grand saut vers une autre vie.

Rage, espoirs, autodérision, analyse sociologique, ce livre explore tout ce qui se passe dans la tête de Magyd Cherfi. L’écriture est assortie à cette autobiographie peu conventionnelle. C’est truculent, violent, parfois lassant, toute la cité est véhiculée par les mots, on s’y croirait. Et on comprend mieux l’étendue du fossé entre deux cultures, les difficultés de l’intégration pour les petits Beurs.

Magyd Cherfi né en 1962 à Toulouse est un chanteur, écrivain, acteur, français d’origine algérienne, membre du groupe Zebda.
Son récit truculent est maintenant disponible en poche dans la collection Babel.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 7 juin 2018.