vendredi 11 janvier 2019

Le Train des Crèches en Ardèche


Du 26 au 30 décembre, le train des crèches affrété et décoré spécialement pour les fêtes, a réveillé toute la vallée du Doux de ses sifflets stridents. Au départ, dans la gare de Saint-Jean-de-Muzols, les voyageurs pouvaient admirer l'agréable boutique avec une représentation en miniature du trajet. A côté le musée exposait les antiques machines avec leur mode d'emploi, dont l'impressionnante tubulure de la chaudière, une collection de lanternes et un superbe wagon-lit des années 1900. Pendant ce temps, la locomotive Mallet chauffait, crachait, ses panaches de fumée donnaient une dimension magique au paysage hivernal.


Les deux charmantes cheffes de train, après avoir précisé les consignes de sécurité dans les wagons bondés, puis donné le signal de départ, ont commenté le voyage, racontant l'histoire des lieux parcourus, Douce-Plage, le barrage de Troye, l'usine de Chaudanne, le canal des Allemands... La vue sur la partie sauvage de la vallée du Doux, falaises abruptes, rochers blancs, roses et gris, dominant les remous du torrent, était d'autant plus spectaculaire qu'en cette saison les arbres sont dénudés, ne présentant aucun obstacle.
A l'arrivée à Boucieu-le-Roi, un comité d'accueil formé de bénévoles de l'association SGVA proposait un goûter chaud, bien agréable dans le froid ambiant. Puis les voyageurs ont entrepris la montée vers le vieux village, ponctué de décorations soignées. Tout en haut, la maison Pierre Vigne exposait comme chaque année les merveilleuses crèches du monde. Il fallait être patient et prendre son tour dans la file d'attente pour admirer l'ingéniosité, la créativité, la minutie des réalisations. La variété de matériaux utilisés par des artisans, suivant les pays, porcelaine, terre, bois, papier, coton, verre, paille, coquillages ... était aussi un hommage au recyclage.

A 16h30 le sifflement du train a rappelé les voyageurs pour le retour. Un dernier spectacle les attendait en gare de Colombier : le retournement de la locomotive. Une opération pour laquelle tout le monde est descendu des wagons, tandis que la locomotive prenait place sur l'aire de retournement dans un imposant nuage de fumée. Et là, c'est à la force d'un seul homme, que le retournement s'est effectué, sous les applaudissements du public. Au sifflet chacun a regagné sa place, pour un retour dans la nuit. La gare de Saint-Jean, tout illuminée, est apparue alors comme la fin d'un voyage enchanteur. 

D'autres balades en train sont programmées toute l'année.
Nouvelle semaine festive prévue : à Pâques, avec le Train des œufs.
Renseignements : 04 75 06 07 00

Article publié dans le JTT du jeudi 10 janvier 2019.

samedi 5 janvier 2019

Le Machu Pichu et la Grande route des Incas


Ces deux sites sud-américains prestigieux sont classés à l’Unesco. Mais si le Machu Pichu, ancienne cité inca du XVème siècle perchée sur un promontoire rocheux au Pérou, est une destination touristique très fréquentée, il n’en est pas de même du Qhapac Ñan, « chemin royal »
en quechua, contemporain et tout aussi exceptionnel.

Le Qhapaq Ñan, c’est la Grande route de l’Inca, un réseau de communication monumental s’étendant sur environ 6000 km, le long de la Cordillère des Andes, depuis la Colombie jusqu’au sud du Chili à travers Equateur, Bolivie, Pérou, Argentine. Il permettait à l’Inca de contrôler son Empire, de déplacer ses troupes depuis la capitale Cuzco, d’assurer le transport des marchandises. Les coursiers à pied pouvaient, grâce à un système de relais extrêmement efficace, véhiculer l’information à une vitesse étonnante. Le réseau a permis l’unification de cet empire immense et hétérogène, un des mieux organisés du monde sur le plan administratif. Il reste un trait d’union entre les différentes cultures andines. Le réseau complet, avec ses voies transversales vers le Pacifique et l’Amazonie, comptait plus de 20 000 km. C’est un des travaux les plus gigantesques entrepris de la main de l’homme. Hélas, ce patrimoine historique, parsemé de trésors précolombiens, mais malmené par les intempéries, les destructions, les choix politiques, est en grand péril.
Une des parties les mieux conservées (130 km) est la voie mythique qui conduit, à travers la Vallée sacrée, de Cuzco jusqu‘au Machu Pichu, situé à l’est de la Cordillère des Andes, à 2438 m d’altitude, aux limites de la forêt amazonienne. Une randonnée de quelques jours, réservée aux sportifs aguerris car les conditions sont rudes. Pour les touristes ordinaires, accéder au Machu Pichu demande une autre organisation, car aucune route ne dessert le village de Aguas Calientes, en contrebas du site. Après Ollantaytambo, il faut emprunter la voie ferrée installée dans l’étroite faille que le tumultueux rio Urumbamba a percée dans la montagne. Un voyage impressionnant, car les wagons passent au ras du torrent bouillonnant qui charrie des rochers. A Aguas Calientes, il reste à grimper 400 m encore, à pied ou en navette, jusqu’à l’entrée du site.

Cet isolement explique pourquoi le Machu Pichu, construit par l’empereur Pachacútec vers1440, abandonné lors de l’effondrement de l'empire inca, a été oublié durant des siècles. C’est l’archéologue américain Hiram Bingham qui a redécouvert la cité en 1911.  Des photos, publiées par le National Geographic, ont ensuite fait la notoriété du site. Le spectacle est sublime : la magnifique cité s’étend sur la crête entre deux sommets, le Machu Picchu, « vieille montagne » et le Huayna Picchu « jeune montagne ». Sa construction a été parfaitement maîtrisée par les Incas, qui ajustaient les pierres au millimètre, sans utiliser de liant. La population d’environ 1000 habitants à son apogée bénéficiait de toutes les commodités, système d’irrigation, cultures en terrasses, habitations, greniers, bâtiments civils, religieux. 
Le climat chaud et humide entraîne des changements de décor spectaculaires. Au matin, la brume cache le cadre montagneux, laissant planer le mystère sur la cité, puis le soleil perce et les vestiges émergent peu à peu des nuages, c’est magique. « Machu Picchu est un voyage à la sérénité de l'âme, à la fusion éternelle avec le cosmos, là-bas nous sentons notre propre fragilité. » Pablo Neruda.



A lire : A la recherche de la grande route inca, de Laurent Granier et Megan Son.

Article publié dans le JTT du jeudi 3 janvier 2019.

vendredi 28 décembre 2018

Le Centre du partimoine arménien à Valence : un musée ouvert à tous


Le décès de Charles Aznavour a donné un coup de projecteur sur une histoire dramatique, celle de la communauté arménienne. Le génocide de ce peuple fut planifié et perpétré par les nationalistes Turcs en 1915. A Valence, le Centre du Patrimoine Arménien présente les différentes étapes de l'histoire des Arméniens, leur fuite pour survivre, puis leur émigration en France ou ailleurs, particulièrement importante en Vallée du Rhône.

Le Centre du patrimoine arménien est un superbe bâtiment situé en vieille ville, à deux pas des rues piétonnes, face au square Charles Aznavour. Une architecture lumineuse, une dentelle de pierre rappelant les motifs traditionnels arméniens, signent le bâtiment qui vient d'être inauguré en septembre 2018, après restauration. Le parcours de visite, conçu désormais avec les médias interactifs, fait vivre de façon claire et émouvante l'histoire et la mémoire.


L'exposition principale et permanente est consacrée au génocide. L'Arménie, pays situé entre l'Asie et l'Europe, est d’après la légende le pays de Noé : c’est au sommet du Mont Ararat que l’arche s’est posée après le déluge. Conquise par l'Empire ottoman, ses ressortissants bénéficiaient d'un statut spécial, avec leurs églises, leurs écoles, tout en étant victimes de discriminations. En 1909, le parti nationaliste turc qui renversa le sultan et prit le pouvoir, renforça la répression envers les Arméniens accusés de séparatisme.
Pendant la Première Guerre mondiale, l'Empire ottoman s'est engagé aux côtés de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie. Les autres nations étant trop occupées par la guerre, le processus d’élimination fut décrété par le ministre Enver : 1- assassinat des soldats arméniens, accusés de collusion avec l'ennemi. 2- convocation des élites arméniennes à Constantinople, pour être exécutées. 3- Il ne restait alors plus que les femmes, les enfants et les vieillards qu'on déporta en masse vers les déserts de Syrie et d'Irak où ils moururent de faim, de soif et d’attaques crapuleuses.
Le génocide fera entre 1,2 à 1,5 million de victimes. Seuls quelques-uns survivront, réfugiés dans les pays voisins, comme les parents de Toros à Alep, ceux d'Aznavour à Salonique. Près de 60 000 réfugiés arriveront à Marseille entre 1922 et 1924, puis remonteront le long de la vallée du Rhône, où les ateliers de tissage et moulinage recrutaient. Ils s'y installeront.

Le Cpa n'est pas seulement dédié à la communauté arménienne, c'est un lieu de mémoire qui rappelle d’autres émigrations, Italiens, Espagnols, … avec les mêmes problèmes d’intégration. C’est encore plus : un lieu culturel ouvert à toute la population, dédié à l'histoire des peuples et des civilisations. L'exposition temporaire, prêtée par le du Musée de l'Homme à Paris, en témoigne : « Nous et les autres, des préjugés au racisme ».  Affilié à Valence Romans Agglo, le Cpa offre une programmation variée, avec films, conférences, ateliers, pour accompagner et élargir le débat autour des grandes questions d'actualité.

Le Centre du patrimoine arménien est ouvert du mardi au vendredi de 10h à 13h et de 14h à 18h.
Samedi et dimanche de 14h à 18h. Tél : 04 75 80 13 00.
Toutes les animations sont présentées sur le site : www.le-cpa.com ou sur Facebook.

Article publié dans le JTT du jeudi 27 décembre 2018.

lundi 24 décembre 2018

Chronique littéraire : Continuer, de Laurent Mauvignier

Un fabuleux roman de formation, mais aussi une aventure physique et psychologique exceptionnelle dans les steppes du Kirghizstan. Enfourchez votre pur-sang, vous serez transportés dans un monde à la fois totalement nouveau (pour un citadin) et entièrement traditionnel (chez les nomades).

Sybille est une mère déprimée, qui a le sentiment d'avoir raté sa vie, et peine à assumer son quotidien. Un jour, les excès de son fils Samuel, adolescent qui se laisse happer par toutes les dérives, lui font prendre conscience qu'il faut sortir du marasme, et tout changer dans leur vie. Mère et fils étaient passionnés d'équitation dans un temps lointain, alors Sybille décide de tout quitter, emploi, maison, ex-mari, pour entreprendre avec Samuel un raid à cheval de plusieurs mois à travers le Kirghizstan. Espérant que le retour à la nature, les difficultés et joies de la vie sauvage, vont faire de son fils un homme et redonner un sens à son existence.

Nature omniprésente, avec sa beauté et ses pièges. Fusion des cavaliers avec leurs montures. Approche codifiée mais chaleureuse des populations. Evolution des deux personnages, étude des relations mère-fils : tout est traité simultanément, avec beaucoup de maîtrise et de subtilité. Un grand roman très original. L'ampleur géographique, sociale et psychologique est parfaitement exprimée par un style puissant. Continuer, un mot d'ordre qui fortifie.

Laurent Mauvignier est un écrivain né à Tours en 1967. Ses romans ont obtenu de nombreux prix. Continuer est lauréat du Prix Culture et Bibliothèque pour tous en 2017.
Il est maintenant disponible dans la collection de poche des Editions de Minuit.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 20 décembre.

samedi 15 décembre 2018

De Barcelonnette à Gréoux, l'or des Mexicains


Barcelonnette est une petite ville entourée de hautes montagnes, dans la vallée de l'Ubaye, à 1160m d'altitude. On y trouve une forme d' habitat qui dénote avec la rudesse générale des maisons du pays : un nombre considérable de villas et châteaux, tous plus opulents les uns que les autres. Comment cela s'explique-t-il ? Par une émigration massive et réussie des « Barcelonnettes » vers le Mexique, au milieu du XIXème siècle, puis leur retour en gloire après avoir fait fortune.

Barcelonnette, retirée du monde pendant les longs hivers alpins, a développé très tôt un artisanat de tissage, laine, chanvre et soie. Les hommes qui n'étaient pas bergers devenaient alors colporteurs de tissu. Mais tous avaient reçu une solide éducation, valeur transmise et privilégiée par la communauté : au milieu du 19ème siècle, on comptait  90% d'alphabétisés à Barcelonnette, quand la moyenne provençale était de 40%. Ce savoir et cette ouverture d'esprit permirent aux plus audacieux d'oser quitter leur montagne, de tenter leur chance ailleurs, en France, en Europe, et même jusqu'en Amérique, avec un ballot de textiles pour tout bagage.

Jacques Arnaud partit en 1805, à 24 ans, s'installer en Louisiane. Il ouvrit un commerce de tissus qui devint florissant, fit venir ses deux frères. En 1818, tous trois décidèrent de franchir la frontière du Mexique, nouvellement indépendant, et installèrent à Mexico un premier magasin de tissus, puis une filature, une autre, appelant à la rescousse leurs camarades de Barcelonnette. L'accueil des nouveaux arrivants, leur formation, leur hébergement, étaient assurés par les anciens sur un mode communautaire et rigoureux. Les succursales se multiplièrent, le réseau prit de l'ampleur, les « Barcelonnettes » s'assurèrent la suprématie du marché textile, conjuguant production, distribution et services de banque. Au bout de quelques années, quelques-uns rentrèrent cousus d'or au pays, suscitant une autre vague d'émigration vers le Mexique.

Parmi eux, Victor Gassier. En 1850, il ouvrit un magasin de vêtements à Mexico, fit fortune, puis  s'associa avec A. Reynaud pour construire le premier grand magasin du pays : Le Palacio de Hierro. Cette immense structure en fer et acier, avec de grandes verrières, telle le Bon Marché à Paris ou Harrods à Londres, ouvrit ses portes en 1891.  Revenu richissime au pays, Gassier épousa une demoiselle de la région de Digne et acheta le Château-Laval de Gréoux, belle bâtisse classique dans un parc immense, qui avait vu passer de nombreuses célébrités, dont Pauline Bonaparte. La rénovation fut grandiose, l' intérieur confié aux plus grands artistes Art déco, une dizaine de jardiniers créèrent un jardin superbe avec cascades, serre exotique, tunnel de buis et fausse grotte. Tout le village de Gréoux était employé comme personnel lorsque la famille Gassier venait pour les vacances avec armes et bagages.

A Barcelonnette comme à Gréoux, les « Mexicains » montraient leur opulence jusque dans la mort : au cimetière, leurs tombeaux rivalisent de grandeur. Conséquence positive : ils ont ainsi soutenu une autre forme d'émigration, celle des tailleurs de pierre et sculpteurs italiens, venus en nombre pour travailler au début du XXème siècle, qui acquirent ainsi une grande renommée.


Article publié dans le JTT du jeudi 13 décembre.

samedi 8 décembre 2018

La réouverture d'une ligne, c'est historique!

Pour fêter ça, tous les trains, de Belfort à Delémont, sont gratuits aujourd'hui.



La région retrouve sa place au cœur de l'Europe.
Un événement développé dans le Hors-Série spécial de l'Esprit Comtois.

samedi 1 décembre 2018

La Fondation Vasarely à Aix-en-Provence


Victor Vasarely est un plasticien singulier dans l’histoire de l’art du XXème siècle. Accédant à la notoriété de son vivant, il a créé une nouvelle tendance : l’art optique. Dont la Fondation Vasarely, à Aix, inaugurée en 1976, illustre parfaitement la théorie d'intégration de l'art dans l'architecture.

Victor Vasarely naît à Pécs en Hongrie en 1906. Il entreprend de brèves études de médecine à l’université de Budapest, dont il gardera une formation scientifique, puis en 1929, entre dans une école d'art de Budapest issue du Bauhaus et découvre l’art abstrait, adapté aux mutations du monde moderne et de l’industrie. Mais les mouvements avant-gardistes sont mal vus du gouvernement hongrois. Vasarely quitte la Hongrie et s’installe à Paris en 1930. Il est engagé chez Havas, l’agence de publicité, ainsi que chez Draeger, célèbre imprimeur de l’époque, comme dessinateur – créateur. Durant cette période graphique (1929-1946), Vasarely pose les fondements de sa recherche plastique : le travail sur la ligne, les effets de matières, les jeux d’ombre et de lumière, le goût pour la perspective. 

A l'heure actuelle, les images par ordinateur nous ont familiarisés avec les formes qui se déforment, mais dans les années 1950, réaliser des formes qui surgissent de réseaux déformés ou de contrastes juxtaposés est une vraie prouesse technique. Les 44 œuvres monumentales exposées dans les modules hexagonaux du centre architectonique d'Aix illustrent  l'art optique et ses illusions à travers la variété des matières, émaux, cartons, acier, miroirs, staff, tapisseries, et du jeu des couleurs. Le plasticien avait inventé un Alphabet Plastique, qu'il utilisait pour combiner et permuter formes et nuances.

Entre 1935 et 1947, Vasarely redécouvre la peinture, cubiste ou surréaliste. Ses « fausses routes », toiles figuratives, sont le reflet d’une évolution vers une schématisation de l’objet. Puis c'est le tournant vers le cinétisme. En 1954, Vasarely réalise ses premières intégrations architecturales dans la cité universitaire de Caracas au Venezuela, en collaboration avec l’architecte Carlos Villanueva. D'autres intégrations urbaines le rendront célèbre à travers le monde entier, ainsi en France le logo de Renault et la façade de RTL réalisés dans les années 1970.

Victor Vasarely, admirateur de Cézanne, a choisi Aix pour y installer son musée. Il est décédé en 1997, mais la Fondation Vasarely continue d'attirer les visiteurs intrigués par l'art optique. Actuellement, outre les œuvres magistrales, l'exposition des « Fausses routes » permet de donner une vision complète de l'oeuvre de Vasarely.

Article publié dans le JTT du jeudi 29 novembre.