jeudi 21 septembre 2017

Chronique littéraire : La renverse, de Olivier Adam

C’est à la fois la chronique d’un drame de l’enfance et celle d’un scandale politico-judiciaire. Olivier Adam s’inspire de faits qui ont défrayé l’actualité : un maire accusé de viol, avec la complicité de sa maîtresse, par deux employées de la mairie. Il traite le sujet à travers les yeux d’Antoine, fils de cette maîtresse.

Antoine et son frère ont vécu douloureusement le cauchemar du scandale, de la garde à vue, de l’éviction de leur mère. Aucune explication de leurs parents, leur père a soutenu sa femme, tous deux refusant de voir les dégâts occasionnés chez leurs enfants par cette affaire sordide, ignorant l’opprobre dont ils étaient l’objet dans la rue, à l’école, multipliant les mensonges, les interdictions, contre l’évidence.
Antoine et son frère n’ont eu qu’une solution : fuir, quitter la maison, pour essayer de recommencer à vivre. Mais remonter la pente, après un tel séisme, ce n’est pas simple.

Olivier Adam a construit son livre avec maestria, il distille peu à peu les indices d’une intrigue tenue, étouffante. Nous découvrons la complexité de l’affaire, de ses conséquences. Il fouille la psychologie de ses personnages, gratte de plus en plus profond, jusqu’à ce que la plaie à vif se dévoile et permette d’envisager la guérison. C’est la renverse, l’inversion du courant. Un roman passionnant, lourd, et très réussi, sur les inconséquences du pouvoir.

Né  à Paris en 1974, Olivier Adam est un écrivain et scénariste à succès, couronné de nombreux prix. Il a auparavant travaillé dans le domaine culturel, l’édition (le Rouergue) et participé à la création des Correspondances de Manosque.

La renverse est disponible en poche chez J’ai lu.




vendredi 15 septembre 2017

Besançon capitale du livre !

Vendredi 15 septembre, je dédicacerai "O mia Patria" au stand des libraires, dans le cadre du festival du livre, place de la Révolution, à Besançon.




lundi 11 septembre 2017

Le musée d'art sacré de Mours-Saint-Eusèbe


L'église romane de ce village proche de Romans accueille une exceptionnelle collection d'objets religieux du XIVème au XXème siècles, rassemblée par un passionné. Un patrimoine chargé d'histoire et de symboles, mais aussi d'une immense valeur artistique, témoignant du savoir-faire exceptionnel et de la créativité des artisans en matière d'orfèvrerie, de tissage, broderie (peintures au fil de soie), mais aussi de papeterie (tableaux et reliquaires en paperolles), au cours des siècles.
Après le concile Vatican II (1962-65), l’Église catholique consciente de la nécessité de se moderniser, simplifie le déroulement des messes. Le prêtre ne sera plus dos mais face au public. Les tenues d'apparat, les autels majestueux, et des milliers d'objets de culte ou de dévotion sont alors remisés dans les greniers des cures, ou dispersés. Le Père des Cilleuls, conscient de leur valeur artistique, décide de les collecter pour les sauvegarder. Pendant près de 50 ans, ce visionnaire rassemble ainsi dans son église une collection d'objets se rapportant à la vie religieuse d'antan. Tableaux, sculptures, retables, mais aussi reliquaires, tabernacles, ciboires, calices, ostensoirs, antiphonaires et une série de vêtements sacerdotaux brodés de toute beauté. Une petite partie de ces chefs d'oeuvre de maîtrise, ainsi que quelques pièces étonnantes, comme les gaufriers à hostie, les tampons d'impression d'images pieuses, un autel portatif de la guerre de 1914-18, est visible dans l'église de Mours, à l'occasion de visites organisées les dimanches à 16h
En réalité, le Père des Cilleuls a collecté plus de vingt mille pièces de grande valeur artistique, qui dorment dans des réserves. Comment valoriser le reste du trésor ? Si un musée leur était dédié, il serait un des plus importants musées d'art sacré de France. Où  le construire ? Comment le financer ? Jusque là jalousement gardé par les habitants de Mours à travers une association de bénévoles, le petit musée actuel doit se mettre aux normes.  Comment conserver, sécuriser des œuvres d'art, exposées dans un lieu de culte ouvert ?  C'est Valence Romans Agglo, à travers son label « Pays d'art et d'histoire » qui gère maintenant le dossier et programme les visites.

Que tous les saints Eusèbe, martyrs ou bienheureux, lui portent secours !

tél : 04 75 79 20 86

Article publié dans le JTT du jeudi 7 septembre.

mercredi 6 septembre 2017

Entre deux eaux, entre deux os


L'exposition de l'été au château de Tournon est consacrée à Nicolas Rubinstein, un artiste français  contemporain, né en 1964.  Ingénieur géologue de formation, ce sculpteur « naturaliste » a depuis son enfance collectionné les os, son matériau de prédilection. Gamin curieux du monde animal, puis passionné par la vie de la planète en général, il a peu à peu affiné sa théorie sur l'ossature. C'est ce qui nous fait tenir debout, à la fois mémoire du corps et porteuse de vie. Pour mieux révéler son importance, Nicolas Rubinstein déconstruit les apparences, jusqu'au squelette. En détournant cet élément fondamental, il envoie un message philosophique ou simplement humoristique au public.



L'exposition propose des œuvres de plusieurs époques, certaines militantes en faveur de la vie, d'autres simplement dans un esprit de gag. Un vélo construit en os (faux), une chaîne vertébrale entre naissance et connaissance, voisinent avec des « cerveaux-lents ». Un océan de sacs de plastique d'où surgit un monstre marin précède un pont dont le tablier est une épine dorsale. Mickey désintégré n'est plus qu'un rat, à côté d'une poule qui montre ses dents. La construction de maquettes avec des os en résine donne un aspect étonnamment humain aux architectures virtuelles ou réelles, comme Notre-Dame de la Garde. La volonté de l'artiste est de questionner le public sur la communication, la transmission, la dérision.



Tout cela, on ne saurait l'appréhender sans les explications d'Aurélie, qui guide avec professionnalisme les visiteurs à travers le château et l'exposition. L'histoire des lieux, comme l'art contemporain, prennent une tout autre dimension quand on comprend ce qui les sous-tend.



L'exposition : « Nicolas Rubinstein Entre deux eaux » est visible au château-musée de Tournon tous les jours jusqu'au 1er octobre. Visites guidées en juillet-août à 15h et 16h30.


Article publié dans le JTT du jeudi 31 août.



vendredi 1 septembre 2017

Apéro-jazz au Fief de Gambert


Pendant l'été, Terres de Syrah, en association avec la Cave de Tain, propose des apéros-jazz chaque quinzaine, à 19h30, sur deux lieux différents : au Fief de Gambert à Tain, ou à l'hôtel de la Villeon à Tournon. Le principe : profiter en musique d'une belle soirée, en dégustant une assiette de tapas et un dessert concoctés par les chefs, accompagnés de vins choisis par la Cave.


Après une après-midi caniculaire, jeudi 3 août, l'orage avait rafraîchi l'atmosphère, une belle lumière magnifiait le paysage. Depuis la terrasse du Fief de Gambert, la vue sur les vignes grimpant à l'assaut du coteau sous un ciel mordoré était splendide. Mais c'est repliés à l'intérieur de la salle de dégustation que les musiciens de « Trivial Pour Swing », Yvan, Marc et Thierry, ont donné un concert très réussi, entre œuvres de Django Reinhart, Astor Piazzola et musique tzigane.



Une quarantaine de participants a profité de la musique tout en savourant les Saint-Péray Fleur de Roc 2015, Crozes-Hermitage blanc Les Hauts d'Eole 2014, Crozes Hermitage rouge Les Hauts du Fief 2013 et Hermitage rouge Cuvée classique 2007. Accompagnés d'une assiette gourmande, mêlant gaspacho de betterave, pissaladière, salade de ravioles, sandwich de polenta, caillettes et brochettes de melon. Vers 22h, l'arrivée des desserts chocolatés annonça la fin du spectacle. Une belle soirée conviviale, avec le soleil couchant sur les vignes.


Prochain apéro-jazz au Fief de Gambert le 7 Septembre.
Tarif : 35 € pour une assiette gourmande, un dessert, un verre de vin. Les suppléments sont à la carte.
Réservation : 04 75 08 91 91 ou contact@terresdesyrah.com

Article publié dans le JTT du jeudi 31 août.


vendredi 25 août 2017

Angkor, toujours ...

Angkor, du Xème au XIIIème siècle, recouvrait 1000 kilomètres carrés, capitale du royaume khmer elle comptabilisait 750 000 habitants. Toute la zone était irriguée, et donc nourrie, grâce à des travaux hydrauliques colossaux et une gestion des eaux parfaitement maîtrisée. Les aléas climatiques, les guerres, le changement de religion, ont eu raison de cette merveilleuse cité qui fut progressivement abandonnée, puis reprise par la jungle. Jusqu’à sa « redécouverte » en 1860 par Henri Mouhot, un explorateur Montbéliardais. Ses carnets ont mis Angkor à la mode en Europe, comme Bonaparte avait initié l’égyptomanie quelques décennies plus tôt. Aujourd’hui, une centaine de temples subsistent dans une jungle de 900 km2, sillonnée par un réseau de pistes.

Angkor Vat, le temple majeur du site est un des mieux conservés. Le terme temple est impropre pour cette cité de pierre aux bâtiments somptueux imbriqués les uns dans les autres. Une magnifique voie pavée passe au dessus d’une douve, et pénètre dans une muraille de 3.5 km de long. Architecture de grès et de latérite, les blocs ne sont pas assemblés par un mortier, mais par une taille ajustée. Les différents niveaux s’étagent en terrasses successives, reliées par des escaliers, jusqu’au centre, où on accède au sanctuaire dominé par les cinq célèbres tours. Le temple est aujourd’hui encore un lieu saint, mais dédié à Bouddha, alors qu’à l’origine c’était un lieu de culte hindouiste, dédié à Vishnou. Le Cambodge est passé en douceur d’une religion à une autre, dans une forme de syncrétisme paisible.

Deux autres sites spectaculaires, à une vingtaine de kilomètres, attirent les touristes. D’abord Angkor Tom, la ville royale fortifiée. Un carré de 3 km de côté, entouré d’une douve et d’une muraille, percée par quatre portes. L’entrée principale est bordée d’un alignement d’une cinquantaine de dieux d’un côté, de démons de l’autre, tenant le serpent sacré, le naga. A l’intérieur, plusieurs palais, temples, dont le fameux Bayon bâti par Jayavarman VII. Ce fantastique monument, avec ses 54 tours à quatre visages, fut dédié par le souverain à Bouddha  dont il diffusa la doctrine. Partout, on se sent regardé avec bienveillance.

Ta Prohm est le temple dissimulé sous les fromagers géants, où végétal et minéral se livrent une lutte sans merci. C’est hallucinant. Les racines des arbres, vieux de 300 ans environ, se sont insérées entre les pierres des temples, ont poussé sur les ruines. Cette double architecture grandiose donne l’impression de se trouver face au chaos, dans un autre monde, après l’apocalypse.

Plus à l’écart se trouve la « cité des femmes », Banteay Srei, temple de grès rose aux sculptures raffinées, joyau de l’art khmer. Si beau qu’en 1923 André Malraux, alors jeune explorateur, avait décidé d’en voler quelques bas-reliefs pour les revendre sur le marché de l’art. Arrêté, emprisonné, il a enduré la prison, avant de mettre en scène son aventure dans « La voie Royale », mais ce scandale a permis de mettre en place la protection des œuvres d’art du Cambodge.

Angkor est un site exceptionnel, où chaque temple a sa personnalité. Les dizaines de kilomètres entre les sites, à travers la jungle, sont l’occasion d’apercevoir entre les arbres, d’autres temples, d’autres ruines, que personne ne visite. Les archéologues de l’école française d’Extrême-Orient ont encore de belles restaurations à faire !

Article publié dans le JTT du jeudi 24 août.


mardi 15 août 2017

Les Garouste : Complot de famille


C'est l'intitulé de l'expo de l'été au Château d'Hauterives. Pourquoi ce titre ? Parce qu'elle réunit des œuvres du célèbre peintre et sculpteur Gérard Garouste, de sa femme Elisabeth, designer, et de David Rochline, artiste polyvalent, frère d’Élisabeth. S'y joignent les productions des Enfants de la Source, qui ne sont pas les leurs, mais ceux d'une association crée par G.G. pour permettre aux enfants en difficulté de pratiquer l'art sous toutes ses formes.

Enfant, Gérard Garouste passait ses vacances chez son oncle Casso, maçon, bûcheron, bricoleur, collectionneur, un artiste ignoré qui aurait pu devenir un Facteur Cheval. De cette confrontation avec ce qu'on appelle maintenant l'art brut, est née sa vocation artistique. Le lien était donc tout trouvé avec la thématique prônée chaque été par le Château d'Hauterives.

C'est donc une déferlante de thèmes, de couleurs, de styles qui accueille les visiteurs. Les toiles de Gérard, souvent torturées, empreintes de références aux textes fondateurs, Bible, Divine Comédie, Don Quichotte... les dessins d’Élisabeth, aux graphismes minutieux, les collages colorés de David, et les réalisations exubérantes des Enfants de la Source. On ne comprend pas toujours ces délires sortis de l'imaginaire, mais comme le précise Garouste « Le fou parle tout seul. Il voit des signes et des choses que les autres ne voient plus. Je veux peindre ce que l'on ne dit pas. »

L’expo « Les Garouste : Complot de Famille » est visible jusqu’au 31 août au Château d’Hauterives (Drôme), à 300m du Palais idéal du Facteur Cheval. Tous les jours de 11H à 18H30. 


Article publié dans le JTT du jeudi 10 août.