jeudi 24 septembre 2020

La meilleure façon de marcher : avec Sandrine, guide conférencière privée en Drôme-Ardèche


Après des années passées au service des bateaux de croisière, et devant le marasme de leur situation actuelle, Sandrine Defour a décidé de ne pas baisser les bras. Un changement d’activité lui a semblé la meilleure solution pour renouveler son métier, sa passion, tout en restant dans la filière touristique. Et puisque les Français redécouvrent la France, autant quitter l’accompagnement des grands groupes pour proposer les mêmes services aux petits groupes d’amis, aux familles, aux particuliers. Elle a rejoint un collectif national « Visitons nos terroirs » qui regroupe des guides-conférenciers de toute la France, désireux de proposer au public des prestations dans leur région.

Sandrine a étudié les propositions touristiques déjà existantes pour trouver son propre créneau. Visiter et "déguster" le coteau de l’Hermitage en petit train, en voiture, en gyropode, à vélo, c’est déjà pris. Alors elle a opté pour une approche plus sportive :  le découvrir à pied, tout simplement. De la passerelle jusqu’à la Chapelle, elle guide les amateurs de randos en racontant l’histoire des villes de Tain et Tournon, les vignes, les cépages, les domaines. L’objectif final de la balade est une dégustation des crus locaux au pied de la Chapelle. Si on ajoute que cela se passe au coucher du soleil, la magie est au rendez-vous.

Petits groupes, respect des gestes barrière, connaissances culturelles et œnologiques, Sandrine maîtrise tout. Même l’accord des vins avec fromages, charcuterie et chocolat. Son enthousiasme et sa bonne humeur engendrent un vrai sentiment de convivialité entre les participants. La saison de randonnées s’achève bientôt, mais au printemps prochain elle proposera des balades accompagnées, avec rencontres de producteurs ou d’artisans sur tout le secteur, Tain, Tournon, Mercurol, Vion, Crussol … jusqu’à la Cance et Annonay. Bonne chance à elle !

Vous pouvez contacter Sandrine Defour au 06 82 27 79 66 ou sur Facebook : Rhône Sand&Tours

Article publié dans le JTT du jeudi 24 septembre 2020.

samedi 19 septembre 2020

Le Prieuré de Charrière

Cette année, les Français redécouvrent les beautés de la France. Et à côté des sites touristiques majeurs, il y a quelques petites merveilles patrimoniales rénovées, soutenues par des associations locales, dont la visite est captivante.



C’est le cas du Prieuré de Charrière, en Drôme des Collines, à Châteauneuf-de-Galaure. Cet ancien couvent médiéval, propriété communale depuis une vingtaine d’années seulement, est construit sur un promontoire qui domine la Galaure. Les bâtiments caractéristiques de la région, en molasse et galets, érigés par les moines, ont vécu une histoire compliquée. Chapelle bénédictine puis franciscaine, cloître, communs, ont été fortement dégradés par les guerres de religion, la Révolution, puis utilisés comme carrière, avant l’abandon total aux intempéries. Ils sont maintenant restaurés par une association qui propose des visites guidées passionnantes.

Car il est impossible d’appréhender l’intérêt des lieux sans explications. Une foule de détails racontent l’histoire locale, celle des seigneurs de Bathernay et Montchenu, celle de Châteauneuf-de-Galaure et Marthe Robin. L’architecture du Xème siècle, modifiée aux XVe et XVIIe siècles, révèle la technique des constructeurs, l’intérieur raconte la vie quotidienne au couvent et au village. Le chœur voûté de la chapelle gothique conserve des peintures murales évoquant la vie de Saint François. Un beau jardin, quelques arbres centenaires, bordant la rivière, forment un écrin de verdure idyllique pour ces bâtiments dont la rusticité est synonyme de charme et sérénité…

Prieuré de Charrière : 1125, route de Charrière ; 26330 Châteauneuf-de-Galaure

Visites sur RV ; Téléphone : 07.81.51.72.11   ou  06 35 95 03 73 

Attention ! Trouver le prieuré sans GPS est déjà un jeu de piste…



Article publié dans le JTT du jeudi 17 septembre.

jeudi 10 septembre 2020

L’architecture photogénique de la nouvelle Cave Delas

La Cave Delas propose au public, sur réservation, des visites guidées et dégustations. L’occasion de découvrir les nouveaux chais, oeuvre de l’architecte suédois Carl Fredrik Svenstedt, une illustration magistrale de l’architecture contemporaine. 

 

Dès l’entrée, les portails du domaine donnent le ton, avec leurs belles découpes rappelant les pampres de la vigne. Ils ouvrent sur un vaste jardin arboré, entouré de trois bâtiments : les chais, l’hôtel particulier et le caveau de dégustation. Ces structures pourtant différentes coexistent en parfaite harmonie. Mais ce qui aimante le visiteur, c’est le splendide bâtiment des chais, dont le mur de pierres blanches ondule sur 80 m de long.

La façade calcaire de 7,6 m de hauteur évoque des rondeurs des coteaux. Autoportante, elle a été conçue en 3D et taillée par un robot. Chacune des 300 pierres du Gard qui la composent est unique et n’a qu’une position possible. L’ensemble est maintenu grâce à un système de câblage inox traversant les pierres. Mais ce n’est pas tant la technique qui séduit le visiteur que les jeux de lumière entre les parties vitrées et la pierre. Un enchantement pour les yeux, à tous les étages.

Le bâtiment immaculé est une prouesse artistique, pourtant il est destiné à un usage professionnel : vinification et élevage des vins. La cuverie, visible depuis les grandes baies du rez-de-chaussée, impressionne par sa suite impeccable de cuves tronconiques de 60 et 80 hl, toutes en inox (cette forme favorise la remontée des tanins). Les tonneaux, sagement alignés eux aussi dans les deux sous-sols, sont fabriqués en chêne dans la Loire. Clin d’œil au 07 des origines de la maison Delas, ils sont au nombre de 777. Le rafraîchissement des lieux est assuré par géothermie. Partout la lumière jaillit et ricoche sur les murs blancs, grâce à une grande verrière, installée au sommet de la structure. Le jardin panoramique qui la longe, voué à l’événementiel, jouit d’une vue superbe sur les vignes et la ville de Tain.

Une passerelle relie le chai à l’hôtel particulier réhabilité en maison de réception, avec bar, restaurant, salle de conférences et onze chambres. La cave voûtée abrite les plus grands crus de la maison. Et pour conclure la visite, le troisième bâtiment, face au chai, accueille le public : c’est le caveau de vente et de dégustation, soutenu par une colonnade de pierres. De l’intérieur entièrement vitré, on profite pleinement de la vue sur le jardin et le splendide bâtiment des chais, tout en dégustant les différentes appellations du domaine.

Diplômé de l’université de Harvard en 1989 et de la Yale School of Architecture en 1993, Carl Fredrik Svenstedt a fondé son agence à Paris en 2 000. Il privilégie l’utilisation des matières nobles, ici pierre, bois, verre, magnifient le terroir des vins de la Vallée du Rhône. Son « chai d’œuvre » est un enchantement pour les amateurs de bon vin, mais aussi de photographie et d’architecture.

Cave Delas, 40 rue Jules Nadi, Tain l’Hermitage. Tél : 04 75 08 92 97

Article publié dans le JTT.

mercredi 26 août 2020

Chronique littéraire : Promenons-nous dans les bois, de Bill Bryson

Mais pas n’importe quels bois ! Bill Bryson a décidé de randonner sur le sentier des Appalaches, un trail redoutable, qui relie la Géorgie au Maine, à travers 14 états du nord-est des Etats-Unis. Le plus long sentier historique de grande randonnée au monde : 3500 km de forêts profondes, avec pas moins de 30 sommets à escalader. De cette expérience extraordinaire, il a rapporté un carnet de voyage aussi hilarant que passionnant.

Pas question de raconter seulement la randonnée, même si elle dure plusieurs mois. Bill raconte ses préparatifs, ses lectures, les avertissements. Il convainc un camarade de partir avec lui, car l’Appalachian Trail est réputé dangereux. Météo capricieuse, souvent exécrable, avec tempêtes de neige, pluies diluviennes ou canicules subites. Présence d’animaux sauvages, ours, pumas … jusqu’aux insectes et serpents. Tronçons de plusieurs jours sans possibilité de se ravitailler ou de trouver un refuge. Rivières à traverser à gué ou à la nage. Il faut être paré à toute éventualité, et donc c’est mieux d’être deux. Sauf que le copain, plus encore que le sac, est lourd à traîner !

Bill Bryson mêle à son récit personnel histoire locale, histoire naturelle et histoires drôles, il émaille son récit d’anecdotes amusantes et de portraits originaux. Il s’émerveille devant la splendeur des paysages, s’insurge devant la laideur des zones touristiques en ne mâchant pas ses mots. Son récit plein d’humour et d’enseignements donnerait presque envie de se lancer dans cette folle équipée…

Bill Bryson, né en 1951 dans l’Iowa est journaliste, écrivain voyageur et scientifique, auteur de nombreux livres primés. « Promenons-nous dans les bois » a été adapté au cinéma sous le titre « A walk in the woods » avec Robert Redford.

Un récit de voyage décoiffant, disponible en poche dans la Petite Bibliothèque Payot.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 20 août 2020.

jeudi 20 août 2020

Les péniches du Rhône ont-elles un avenir ?

Steve Becquart, batelier sur la péniche Condor, déplore le manque de volonté des autorités françaises pour développer ce mode de transport. « Nous possédons le meilleur réseau fluvial du monde, et, alors que les états du nord de l’Europe privilégient les transports fluviaux, sur le Rhin notamment, chaque année en France le trafic des péniches baisse ».

Toute la chaîne est impactée : il y avait en France 9000 bateliers en 1980, il n’y en a plus que 800. Et seulement 18 péniches sur le Rhône. La seule école qui forme aux métiers de la navigation intérieure, en région parisienne (à Tremblay), accueille peu de candidats car le métier est dur, le pilote travaille souvent de 5 h à 21 h. Il faut aussi accepter d’être séparé de sa famille, mettre les enfants en pension …  
Pourtant Kevin, le fils de Steve, suit actuellement la formation de batelier en alternance. S’il en connaît les contraintes, il apprécie les joies du métier : l’indépendance, la navigation sur le fleuve, la camaraderie. Comme Steve lui-même, fils, petit-fils et arrière-petit-fils de mariniers.

Steve a débuté comme matelot après son apprentissage, puis est devenu pilote. Ensuite il a acheté une péniche de 300 tonnes, l’a revendue pour en acheter une seconde de 900, puis une troisième de 2 000 tonnes ; il est enfin propriétaire du Condor qui jauge 3 000 tonnes. Une immense péniche de 110 m de long et plus de 11 m de large, qui transporte autant de marchandise que 80 camions ou 2 trains entiers ! Alors qu’en France le train et la route continuent de convoyer la majeure partie des denrées. Reste aux péniches le gaz, le bois, le charbon, les engrais, les céréales, le sable…

Steve est un chef d’entreprise, il emploie un matelot, Petrus, et un apprenti, Kevin, et assume toutes les responsabilités afférentes. Trouver des chargements, assurer le transport, entretenir la péniche, payer les charges … Le Covid fut anxiogène, gelant les échanges avec la Chine, le plus grand pourvoyeur de marchandises. Mais même la maintenance et la vérification des machines de la péniche posent problème, car il est impossible de trouver un technicien français, Steve fait appel à une société hollandaise. 

Son contrat avec un courtier en containers lui assure actuellement un travail régulier entre Lyon et Fos-sur-Mer. Il charge les containers le lundi matin au port Edouard Herriot, met deux jours à descendre le Rhône, avec le franchissement de 13 écluses (il y a 150 m de dénivelé entre les deux ports). Décharge et recharge le mercredi à Fos, selon le bon vouloir des dockers, une profession peu accommodante, qui fait facilement grève. Si tout se passe bien, il est retour à Lyon le vendredi soir.

Après avoir songé à se reconvertir en bateau de croisière (jusqu’à cette semaine, 30 bateaux étaient arrêtés sur le Rhône, avec quel avenir ?) il a décidé d’ouvrir une chambre d’hôtes sur sa péniche, ponctuellement, quand sa femme est présente. Les demandes sont nombreuses, car le public est curieux de connaître le travail des bateliers. Et descendre le Rhône sur ce monstre d’acier est une expérience authentique inoubliable.

Article publié dans le Jtt du jeudi 13 août.


dimanche 16 août 2020

Descendre le Rhône en péniche

Parcourir le Rhône entre Lyon et Gervans, sur la péniche de Steve, c’est une merveilleuse approche du métier de batelier. Tout commence par une entrée filtrée au port Edouard Herriot. Immense domaine de 187 ha qui accueille plus de 70 entreprises, ce lieu d’échange et de distribution est le premier port intérieur français pour le trafic des conteneurs. Géré par la CNR, relié à l’autoroute et aux voies ferrées, il est formé de plusieurs darses qui accueillent des bateaux de toutes tailles. Sur les quais, encombrés de hangars, grues, chariots, camions, conteneurs, règne une activité contrôlée.

La péniche Condor est amarrée quai de Beaucaire, l’énorme portique de chargement est en train d’y déposer avec son bras articulé le dernier conteneur. Un conteneur pesant environ 30 tonnes, et le Condor transportant 3 000 tonnes, il y en a une centaine, bien alignés sur le pont, sur deux hauteurs, comme un gigantesque jeu de construction. La péniche, à fond plat, peut s’enfoncer dans l’eau de 1m à 3 m maximum suivant la charge.

La cabine de pilotage, appelée timonerie, est un espace surélevé, très vaste, entièrement vitré, où Steve commande la manœuvre de départ. 6 écrans permettent de visualiser par caméra la position de cet immense monstre d’acier de 110 m de long, 11 m de large. Le moteur est à l’arrière, un petit moteur annexe à l’avant est utilisé dans les écluses, et 4 propulseurs d’eau aux quatre coins aident à l’orientation du bateau. 

Après une manœuvre rapide, la péniche sort du port et arrive immédiatement sur l’écluse de Pierre-Bénite. C’est très impressionnant. La péniche s’engage dans le chenal, il ne reste que 30 cm entre chaque bord et le mur. Puis l’énorme porte métallique arrière se ferme, le matelot arrime la péniche aux piliers avec des cordes, car il faut se méfier des courants et du vent. Et l’eau descend, le niveau baisse de 10 m ! Puis la porte avant s’ouvre, la péniche sort du chenal. Grand ciel bleu, soleil, le gigantesque chargement coloré s’engage sur les eaux vertes du Rhône à une vitesse d’environ 20 km/h.

Givors, premier passage sous un pont, on a l’impression qu’on ne passera pas, c’est impressionnant.
Loire-sur-Rhône, siège de la société de fret CFT, la plus importante sur le Rhône, concurrente de VNF. Des péniches attendent leur chargement, Steve salue les bateliers, il les connaît tous.
Vienne : le pont étant très bas, il faut abaisser la timonerie, c’est spectaculaire. Elle se rétracte doucement, jusqu’à laisser juste 40 cm entre le pont et le toit. Un deuxième pont suspendu, très bas aussi. Puis une superbe vue sur la ville, ses façades, ses églises, Saint-André, Saint Maurice, Saint-Pierre. Et sur l’autre rive, la tour de Valois, puis les vignobles de Côte-Rôtie.
Reventin-Vaugris, deuxième écluse. Une dizaine de mètres de dénivelé encore. Steve précise que la plus impressionnante est celle de Bollène, avec 23 m de dénivelé ! Le plus étonnant, c’est de réaliser qu’il n’y a personne aux écluses, elles sont toutes gérées par une dizaine de caméras et un guidage téléphonique depuis le centre CNR de Châteauneuf-du-Rhône.

Le Rhône est un fleuve maîtrisé, tout au long de son cours, il se sépare en deux bras, dont un canalisé, puis les bras se rassemblent, se séparent à nouveau un peu plus loin, ménageant des îlots sauvages. Baigneurs et pêcheurs profitent des berges du vieux Rhône, tandis que les péniches suivent la partie canalisée, qui peut compter jusqu’à 13 m de profondeur.
A Condrieu, un petit port de plaisance évoque déjà le littoral méditerranéen avec ses bateaux blancs amarrés, ses terrasses égayées de parasols. Tout autour les vignes s’étalent sous le soleil, , dans un dégradé de vert et bleu, un véritable paysage de carte postale.

Port de Salaise : c’est là que les cargos fluvio-maritimes comme « la Guêpe » viennent s’approvisionner en ferraille, qu’ils acheminent ensuite jusqu’en Italie, par le fleuve puis la mer. Plus petits que les péniches, ils ont un fond bombé pour naviguer en mer.
Sablons : troisième écluse. Un accident spectaculaire s’est produit ici en début d’année. La porte de l’écluse a cédé alors que la péniche était dans le chenal, l’eau s’est engouffrée violemment, la péniche a piqué du nez. Heureusement, l’équipage a pu sauter à l’eau, mais le chargement en gaz liquide s’est répandu. L’écluse a été fermée deux mois, occasionnant un grave préjudice au trafic. Un petit frisson en passant devant l’épave qui est amarrée en aval.

Voilà Andance et Andancette, reliées par un pont suspendu qui ressemble furieusement à celui de Tain-Tournon. Normal, il a été construit 2 ans après. Puis Saint-Vallier et ses maisons sagement alignées sur le quai.
L’écluse de Gervans est en vue. Depuis Lyon, nous avons parcouru 80 km en 5 h, soit une moyenne de 16 km/h (à la remontée, la péniche chargée ne dépasse pas 5 km/h). Il est 21h, Steve décide de passer l’écluse, puis de s’amarrer pour la nuit aux gros pilotis métalliques installés en aval, qui portent le nom étrange de « ducs d’Albe ». La manœuvre est faite avec précision, l’immense péniche s’immobilise. Il est temps pour l’équipage de se reposer, de préparer un repas. Le pilote n’a pas quitté son poste depuis 5 h. Naviguer sur le Rhône est un régal pour les yeux, mais exige une vigilance constante.

Cette navigation, on peut la partager avec Steve en réservant une semaine en chambre d’hôtes sur sa péniche, le Condor. L’occasion de découvrir un métier, et aussi de voir le Rhône et ses berges autrement. Car les villes, vues depuis le fleuve, dévoilent un aspect paisible et authentique. Quant au superbe paysage naturel qui se déroule sous les yeux, le savourer à petite vitesse est un moment de pur bonheur.

Article publié dans le JTT du jeudi 13 août.

samedi 8 août 2020

La Camargue à vélo, jour 3 : D'Aigues-Mortes à Arles

Étant bien reposés, c’est agréable d’enfourcher les vélos, dans la fraîcheur du matin. Agréable aussi de penser que ce soir, on va les abandonner pour de bon… Nous quittons Aigues-Mortes par le chemin de halage qui longe le canal du Grau-du-Roi, la promenade est idyllique sous les pins parasols. C’est l’occasion d’admirer tous les bateaux qui y stationnent, certains utilisés comme résidences, d’autres comme chambres d’hôtes, restaurants, ou simplement pour la pêche et la plaisance.

Les premiers 17 km sont faciles mais sans surprise, puisqu’on retourne jusqu’à Gallician, entre étangs et roselières. Beaucoup de cyclistes professionnels, sur des vélos ultra légers, nous dépassent : la ViaRhôna a ses adeptes ! Après Franquevaux, on quitte le canal pour s’égayer dans la campagne et suivre une partie du « chemin d’Arles », qui mène à Saint-Jacques-de-Compostelle. Partout des vignobles entourant leurs châteaux. Je téléphone à l’office du tourisme de Saint-Gilles-du-Gard, pour réserver une visite de l’abbatiale. Impossible de rater cette merveille de l’art roman provençal, inscrite au patrimoine de l’Unesco. Nous serons à Saint-Gilles pour le pique-nique, la visite est prévue à 14 h.
 
Aux abords de la ville, d’autres cultures s’imposent : des vergers d’abricotiers, de pêchers, abrités du mistral par de hautes haies de cyprès. Nous avons parcouru 30 km, et je suis déjà épuisée. Je me console en pensant qu’il ne reste plus que 20 km à faire après. La ville neuve de Saint-Gilles est compacte, le seul coin pique-nique possible est situé à côté de la mairie, tout en haut de la vieille ville. Nous errons entre ruelles et escaliers avant d’en trouver l’accès. Une jolie esplanade s’ouvre sur le paysage environnant, avec un parc ombragé, une aire de jeux pour enfants, des bancs sous les platanes et même une boîte à lire. Idéal pour pique-niquer au calme. Nous accrochons nos vélos à la grille du parc.
 
Le rendez-vous avec le guide est fixé à 14 h devant l’abbaye, tout se présente bien. Tout ? Non. L’antivol des vélos reste coincé, quand nous voulons les reprendre, nous ne réussissons pas à les déverrouiller. Le superbe antivol professionnel avec code résiste ! Essais multiples, énervement, nouveaux essais, mots grossiers, tentatives d’ouvrir avec le peu d’outils à notre disposition, rien n’y fait. Les vélos restent attachés à la grille. L’agence de location de vélos ne répond pas au téléphone, elle est fermée jusqu’à 14 h 30. Il faut patienter. Nous allons à pied rencontrer le guide devant l’abbatiale, à 14 h, pour annuler la visite. Il comprend que nous n’avons plus l’esprit disponible pour une visite de deux heures, mais nous conseille de faire quand même un tour rapide de l’édifice, vraiment superbe.
14 h 30, nous remontons au parc. J’appelle l’agence. On me répond. On s’étonne, on nous questionne comme si on était idiots. Vous avez le code ? Vous avez bien aligné les chiffres ? Envoyez une photo. Finalement, après de nombreux échanges, le loueur se décide à venir nous dépanner, il sera là dans 50 minutes. Ouf. C’est le moment idéal pour apprécier la boîte à lire. J’y déniche un roman de Stefan Zweig… Vive la lecture !

Le loueur de vélo arrive avec sa camionnette. Il refait les mêmes gestes que nous, ne comprend pas, c’est un matériel extra, ça l’ennuie de le découper. Mais il n’y a pas d’autre solution. Avec sa scie, il essaie de couper, mais la lame y laisse ses dents. Il change la lame, nouvel essai infructueux, cet antivol est vraiment du bon matériel ! Finalement, il décide de scier un barreau de la grille, même avec la scie usée, il y arrive en deux minutes, fait passer l’antivol dessous, puis fabrique un bandage de fortune au barreau, par sécurité, et embarque les deux vélos attachés entre eux dans sa camionnette. Il propose de nous amener directement à l‘hôtel à Arles. Quelle chance ! Je suis super contente d’éviter les 20 derniers kilomètres et de garder des forces pour visiter Arles ce soir…
 
C’est ainsi que se termine notre balade à vélo : dans une camionnette, où les kilomètres défilent sans effort. Après une bonne douche, la soirée à Arles est la cerise sur le gâteau : les rues piétonnes conduisent à des places ombragées où abondent les terrasses de cafés. Ici, le grand homme, c’est Frédéric Mistral. Partout des vestiges de l’histoire, les arènes, le théâtre romain, la cathédrale Saint-Trophyme. La fondation Van-Gogh, les galeries de photographies, la librairie Actes Sud, donnent envie de prolonger le séjour.

Après avoir parcouru longuement la  ville, un restaurant du côté du Rhône, le Constantin, nous fait signe. Ses légumes braisés à la plancha sont un régal pour les yeux et les papilles. Et sa cave permet de fêter joyeusement la fin du voyage !

Article publié dans le JTT.