jeudi 16 mai 2019

Un baptême de trapèze volant, c'est sportif !

L'école de trapèze volant des Siamangs à Margès en Drôme des Collines possède un magnifique équipement professionnel. Les artistes de cirque viennent s'y s'entraîner régulièrement, et les amateurs d'adrénaline locaux s'offrent quelques frissons en expérimentant ce sport de haut vol !

Après une séance d'entraînement en salle, et quelques pas sur l'immense filet de réception pour apprendre à s'y mouvoir, l'initiation commence par le passage au « petit » trapèze (6m de haut). Sauter dans le vide est impressionnant, mais tout se met en place presque naturellement : le placement des mains pour soutenir son poids, le balancement des jambes pour donner de la vitesse au trapèze. C'est stressant, difficile, rapide, mais quand on lâche, la réception dans une fosse remplie de cubes de mousse est confortable. Ouf, on est vivant !
Alors on recommence plus détendu, on essaie quelques figures et positions plus sportives, sous la houlette de Jean-François, professeur confirmé. Les progrès et l'assurance se conquièrent peu à peu, permettant alors de passer aux choses sérieuses : les trapèzes acrochés à 11m de haut.

Déjà grimper sur l'échelle verticale jusqu'à la plate-forme demande un certain courage, surtout quand le vent souffle ! De là-haut, on domine le village, les arbres, la campagne. Mais ce n'est pas pour le paysage qu'on est là : tandis qu'on s'équipe de longes accrochées à une ceinture de sécurité, les pros font des saltos, des pirouettes, sautent d'un trapèze à l'autre, avant de retomber dans l'immense filet de réception. Nouveaux moments d'adrénaline : le premier saut dans le vide depuis là-haut, un aller-retour assez tendu au trapèze, et la chute dans le filet. Une fois rassuré par le déroulement, on peut recommencer, et effectuer des figures, suivant la progression établie par Jean-François. Et quelle satisfaction, quand après une heure d'efforts, on arrive à sauter d'un trapèze à l'autre en plein vol, comme les artistes de cirque !

Voler au-dessus des arbres, en pleine campagne, c'est donc possible à l'école de trapèze volant de Margès. Entraînements, stages, cours, toute l'année. Un gîte rural permet aux stagiaires de loger sur place.
Baptêmes (2h pour 30 €) à partir de 10 ans. Pour sportifs n'ayant pas froid aux yeux !

Renseignements : jfmarin@trapeze-volant.com
téléphone 06 75 36 43 23 ou 04 75 45 78 92

Article publié dans le JTT du jeudi 9 mai.


vendredi 10 mai 2019

Chronique littéraire : Ma mère, cette inconnue, de Philippe Labro


Difficile d’enquêter sur sa mère, quand tous les témoins de l’époque ont disparu, qu’elle-même a jalousement gardé ses secrets. A partir de quelques papiers trouvés après son décès, Philippe Labro essaie de reconstituer un puzzle qui commence en Europe de l’Est.

Netka, fille illégitime d’un noble polonais et d’une institutrice française, née dans les années 1910, est d’abord une enfant abandonnée dès sa naissance à des institutions, où elle vivra choyée par des mères de substitution. Caractère fort et talents multiples, à vingt ans elle rêve de poésie, de littérature, mais abandonnera ses envies d’écrire dès son mariage. Pour se consacrer exclusivement à son mari, l’éducation de ses enfants, de ses petits-enfants, donnant à ceux-ci ce qu’elle n’a pas connu, la stabilité d’un foyer chaleureux.

Le récit dévoile peu à peu l’histoire de cette mère qui jamais ne parla du passé, mais sut parfaitement mener sa vie, même pendant la deuxième guerre. Une femme heureuse de son sort, qui n’a jamais paru regretter son passé. C’est Philippe Labro lui-même, tenaillé par son amour filial, qui essaie de rendre à sa mère un peu de ce qu’elle lui a largement donné. Dans un style fluide et émouvant, il remonte le temps.

Né en 1936 à Montauban, Philippe Labro, journaliste dans la presse écrite et audiovisuelle, réalisateur, parolier et écrivain, est l’auteur d’une vingtaine de romans dont beaucoup ont été primés.
« Ma mère, cette inconnue » est disponible en poche chez Folio.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 9 mai.

jeudi 2 mai 2019

De Ferme en Ferme, jusqu'aux Maupertuis

La grande opération de communication entre producteurs agricoles et consommateurs, le dernier week-end d'avril, connaît chaque année un succès retentissant. En Drôme- Ardèche, pays du bien manger, cette vingtième édition a permis de découvrir et déguster les produits du terroir : vin, fromages, légumes, plantes aromatiques, fleurs, huiles...
Julien Bourlon est une figure bien connue au marché de Tain l'Hermitage, son sourire accueille les amateurs de volailles et lapins de qualité. Sa Ferme des Maupertuis, située à Saint-Martin d'Août, petit village de la Drôme des Collines, a attiré en cette vingtième édition de Ferme en Ferme plus de 2000 visiteurs ! Un succès bien géré, grâce à une excellente organisation et l'appui d'une poignée de bénévoles. Il faut dire que Julien représente parfaitement l'agriculture raisonnée locale.
Julien accueille lui-même les visiteurs pour présenter son projet : élever des animaux sains avec une alimentation issue de ses propres récoltes. Un objectif atteint, grâce à ses semences traditionnelles ne provenant pas de l'industrie agro alimentaire. Il cultive lui-même maïs, sorgho, soja, tournesol, blé, pois, qui, une fois concassés, mélangés, apportent aux animaux une nourriture variée et de qualité.
Ses poussins, après un début de vie bien à l'abri dans la poussinière chauffée au bois, sont élevés en plein air, sous la surveillance des border-collies. Il faut quatre mois pour qu'un poulet atteigne la taille optimale de commercialisation. Julien, travaillant avec son père, arrive à élever environ 10 000 poulets par an, en rotation sur cinq parcs différents. L'hygiène est une priorité. Ses poulets mangeant bien, vivant dehors, n'ont pas de problèmes de santé. Avec la même exigence écologique, il fait tourner ses cultures sur différents terrains, pour ne pas user les sols. Son souci, c'est le respect maximum des animaux, de la nature, tout en maîtrisant sa production.
Il élève aussi des lapins à l'air libre, qui nécessitent quatre mois d'élevage. Ainsi que des pintades, chapons et autres volailles pour Noël. Et comme les poussins n'ont besoin que de la partie farineuse du tournesol, Julien s'est lancé dans l'extraction d'une belle huile de tournesol jaune d'or, par pression à froid.

Un travail dur, de longue haleine, mais une éthique, une autonomie et une réussite qui donnent satisfaction. Julien vend ses produits haut de gamme, volailles, lapins, œufs et huile de tournesol, en direct à la ferme et sur le marché de Tain le samedi matin. Fervent défenseur de cette magnifique opération de promotion de l'agriculture locale, De Ferme en Ferme, dont la devise est : un week-end pour découvrir … toute l'année pour revenir !

Article publié dans le JTT du jeudi 2 mai.

vendredi 26 avril 2019

Bien-être en Forêt-Noire


La Forêt-Noire est un massif montagneux situé au sud de l'Allemagne, symétrique des Vosges par rapport à la vallée du Rhin. C'est l'endroit idéal, à quelques kilomètres de la capitale régionale Freiburg, pour profiter de la nature et du soleil dans le confort et la tradition.

Ce massif de moyenne montagne culmine au Feldberg (1493 m). Un relief ondulé ponctué de lacs, de vallées ensoleillées. La Forêt-Noire est couverte d'une épaisse forêt d'épicéas, sapins et hêtres, d'où son nom, et son activité traditionnelle : le bois. Au sud, les coteaux couverts de vignes alternent avec les pâturages et les vergers. Partout les petits villages traditionnels ont installé une ou deux remontées mécaniques. On y skie ou on s'y promène en raquettes, dans une atmosphère champêtre et familiale.

Les Allemands ont depuis longtemps privilégié le tourisme vert, l'aménagement de la Forêt-Noire préserve la nature, avec ses pistes de ski de fond (on peut faire le tour entier du massif à ski), de raquettes, ses patinoires naturelles, ses parcours de luge. En été, les canoés et paddles envahissent les lacs, les sentiers de randonnées parfaitement balisés conduisent à des fermes-auberges gargantuesques. Vélo, parapente, centres aquatiques et stations thermales historiques, mais à la pointe de la technologie et du confort, complètent le choix d'activités. Tous les lieux touristiques sont reliés entre eux par un réseau de bus et trains gratuits dès qu'on reçoit la carte d'hôte.

L'accueil hôtelier est extraordinaire, professionnel et chaleureux. Des hôtels tout en bois, dans le style des maisons du pays, équipés de sauna, jacuzzi et piscine, où le personnel sert les touristes en costume régional (en dirndl : une robe rouge et un corselet noir pour les filles). Le coucou traditionnel sonne l'heure des agapes. On déguste fromages et charcuteries du pays, vins locaux et légumes bio, et en dessert la fameuse Forêt-Noire, un gâteau composé d'une génoise au cacao, parfumée au kirsch, garnie de cerises au sirop et de crème chantilly. Pas question de régime, il faut apprécier la cuisine traditionnelle, avant de s’adonner aux activités sportives ou touristiques !

Article publié dans le JTT.

vendredi 12 avril 2019

Woman at war : un film exceptionnel de Benedikt Erlingsson

Cette fable écologique tournée en Islande est d’abord un film d’aventure, d’action : l’héroïne, Halla lutte contre l’industrie de l’aluminium qui défigure son pays en détruisant les lignes à haute tension. Pas simplement militant, mais profondément humain, à l’image de la superbe actrice qui s’approprie naturellement tous les registres : Halldora Geirhardsdottir. Au quotidien, cette "femme en guerre" écologiste est professeur de chant, et un événement imprévu va bouleverser ses projets : une petite fille l’attend en Ukraine pour être adoptée.



Impossible de ne pas mentionner les situations cocasses, l’humour décalé, qui accompagnent le développement de l’intrigue. Et la présence permanente de la musique, incarnée par un improbable groupe de jazz « volant », à la manière de Chagall. Le tout sublimé par de superbes images de nature sauvage.
Etonnant, percutant, divertissant, tendre, ce film est une réussite totale. Il a été salué unanimement lors de la Semaine de la critique à Cannes en mai 2018. Mais sa notoriété dépend maintenant du bouche-à-oreille. Qu'on se le dise !





dimanche 7 avril 2019

L'incroyable histoire du Facteur Cheval



Le film de Nils Tavernier a donné une nouvelle impulsion au Palais Idéal. Si beaucoup de visiteurs venaient à Hauterives apprécier l'oeuvre artistique, tous ne connaissaient pas l'histoire de la passion dévorante de Ferdinand Cheval pour l'architecture. Grâce au film, l'homme, né en 1836, se dévoile. Une opiniâtreté, un talent et un labeur qui forcent le respect et permettent de mieux comprendre les sentences moralisatrices inscrites sur l'édifice.

Dès l'entrée dans l'espace muséal, les visiteurs retrouvent l'enchantement du film. L'architecture claire, à la fois massive et légère, se détache dans le cadre vert sombre des sapins, le Palais Idéal semble sorti d'un conte de fées, avec ses balustres, ses escaliers, ses passages secrets, ses grottes, et tout l'enchevêtrement de béton, coquillages, galets, qui témoignent de l'imagination de l'auteur. Temples hindous, égyptiens, mosquées, chapelles, chalets suisses, Ferdinand Cheval, pendant ses longues tournées de facteur dans les collines (une trentaine de kilomètres minimum), avait le temps de lire les cartes postales et de parcourir en rêve le monde. Sa fascination pour l'étrange guidait  sa construction qu'il enjolivait inlassablement de lianes, personnages et animaux bizarres. La matière première : des cailloux qu'il ramassait pendant ses longues marches, des coquillages, de l'eau, de la chaux et du sable. Et parfois une structure métallique sur laquelle il entortillait sa pâte de béton. Il travaillait la nuit, juché sur des échafaudages de fortune, bricolés par lui-même, mû par une fièvre intérieure.

Indifférent aux railleries du voisinage, aux problèmes de santé, d'épuisement, mais affecté durement par le décès de ses proches, Cheval s'obstina et poursuivit son ouvrage pendant 33 ans, de 1879 à 1912. Curieusement, la notoriété arriva très vite. Son architecture naïve, qualifiée de surréaliste, puis d'art brut, attira les touristes dès la fin du XIXème siècle. Ferdinand Cheval, incapable de s'arrêter, enchaîna sur l'édification  de son tombeau, terminé à l'âge de 86 ans. Il mourut deux ans plus tard, en 1924.

Le Palais Idéal est ouvert toute l'année. Outre les concerts de l'été et visites thématiques, il revient à l'essence même de la création architecturale féérique en proposant une exposition temporaire de sites emblématiques réalisés en Lego. Des ateliers Lego pour enfants sont aussi programmés pendant les vacances scolaires.

Renseignements : 04 75 68 81 19  ou facteurcheval.com


Article publié dans le JTT.

lundi 1 avril 2019

Chronique littéraire : Bakhita, de Véronique Olmi

Une histoire vraie, passionnante et bouleversante.
En 1874, au Soudan, une petite fille de cinq ans est enlevée par des marchands d’esclaves, près de son village du Darfour. Battue, traînée, violentée, affamée, jour après jour, elle essaie de survivre, prisonnière d’une longue caravane d’esclaves et autres marchandises. Après des centaines de kilomètres, arrive le marché aux esclaves, la séparation, les coups. Des maîtres violents, pervers, se succèdent, elle endure toutes sortes de tortures avant d’être rachetée à Khartoum, à l’âge de quatorze ans, par un consul italien qui la ramène à Venise dans ses bagages.
Une autre vie commence : pas esclave mais domestique, nourrice d’enfant. Pourtant l’Italie la rejette, sa couleur noire effraie les Blancs.  C’est dans un couvent qu’elle va tenter de se reconstruire, difficilement, car elle représente pour certains l’image du diable. Pour d’autres un moyen de propagande, justifiant la colonisation. Toujours traitée en objet, même de culte.
Véronique Olmi a découvert l’histoire extraordinaire de Bakhita en se promenant dans une église. Elle ne s’est pas contentée de la retranscrire, mais l’a enrichie d’une documentation fouillée, et de sa perception du personnage.  Elle arrive à nous faire vivre l’épopée à hauteur de Bakhita. Emotions, souvenirs, rêves d’enfant donnent à cette héroïne la volonté de vivre malgré tout. Pas de voyeurisme, mais des descriptions vivantes du contexte géographique, historique, social. Et l’immersion totale dans l’âme lumineuse et blessée de Bakhita. Une réussite.
Véronique Olmi, écrivaine et scénariste, est née en 1962 à Nice. Elle a reçu le prix Fnac pour ce roman, maintenant disponible en Livre de Poche.

Chronique publiée dans le JTT.