samedi 25 mars 2017

Chronique littéraire : Le divan de Staline, de Jean-Daniel Baltassat


1950, Atmosphère oppressante, dans la datcha géorgienne où Staline se repose. Il est alors le maitre absolu de la Russie, entouré de gardes, d’espions, de courtisans, tous obsédés par la peur d’être sur la prochaine liste d’exécutions.

Sous ses airs débonnaires de jardinier soignant ses roses, Staline joue au chat et à la souris avec son entourage. Généraux, soldats, personnel du château, tous sont à genoux, partagés entre admiration et terreur.  Même Lidia, Lidiouchka, sa belle maîtresse, qui en sait trop sur son compte. Avec elle le jeu du mensonge est subtil, Staline s’amuse à lui faire endosser le rôle de Freud, le « grand Charlatan » occidental, quand il s’installe le soir sur son divan. Et le passé, vrai ou faux, lui revient en mémoire. Presque 70 ans de vie, d’épreuves, une gloire à son apogée, la manipulation ou le massacre de tous ses proches.
Danilov, le jeune peintre que Lidia a amené au palais, avec le projet de créer une fresque géante à la gloire de Staline, de le distraire, lui permettra-t-il de rester en grâce ?

Jean-Daniel Baltassat, écrivain féru d’art et d’histoire, né en 1949, évoque avec beaucoup d’érudition les dernières années de Staline, brossant le portrait d’un tyran sanguinaire, politique rusé, mais aussi homme cultivé, seul devant ses cauchemars.

Le divan de Staline vient d’être adapté au cinéma par Fanny Ardant, avec Gérard Depardieu en Staline, et Emmanuelle Seigner dans le rôle de Lidia.
Il est disponible en poche chez Points.

samedi 18 mars 2017

Les Deux Rives en Balade

Pour fêter leurs vingt ans d'existence, les randonneurs de Tain-Tournon ont organisé dimanche 12 mars 4 randonnées ouvertes au public. Les participants pouvaient choisir entre des parcours de 7, 9, 16 ou 22 km, à travers les collines ardéchoises. Les parcours avaient soigneusement été préparés et balisés la semaine précédente. Dès 8h dimanche les nombreux bénévoles accueillaient les volontaires sous la halle du marché. Une logistique impressionnante, pour gérer et nourrir les 700 marcheurs qui se sont succédé tout au long de la matinée. Après paiement d'un droit de 5€ et inscription de leurs coordonnées, ils recevaient une casquette, un verre au logo de l'association et un ticket repas. En couple, en groupe, en famille ou en solitaire, chacun sa route, chacun son chemin...

Le parcours de 9 km démarrait par le sentier des Tours. La douceur du temps assurait une montée agréable jusqu'au belvédère de Pierre, tous les sens en éveil : odeur entêtante des buissons de buis en fleurs, tintement des cloches dominicales, chants des oiseaux, bêlements de agneaux nouveaux-nés dans la ferme sommitale ... Un arrêt pour se désaltérer face au panorama splendide sur la vallée du Rhône. Puis la traversée du plateau, entre vignes soigneusement taillées et champs d'abricotiers immaculés, les flammes jaunes des forsythias égayant les vieilles pierres. Changement de végétation de l'autre côté, pour la descente au dessus de l'immense usine Trigano : Un sentier abrupt entre chênes et bruyères, piqueté de primevères et de violettes. Enfin la vallée du Doux, l'eau gazouillant sur les galets, et le retour en ville, où une copieuse assiette ardéchoise régalait les participants. Une pause confortable, pour masser ses mollets durcis, et échanger avec d'autres randonneurs, qui avaient choisi la rando familiale, 7 km sans dénivelée et beaucoup de joie, car pour les petits, suivre le balisage constitue un jeu de piste géant.Les vrais, les durs, engagés sur les deux randos difficiles de 16 et 22 km, n'étaient pas encore de retour, leur ravitaillement étant prévu en chemin.

Une organisation sans faille. La présidente des Deux Rives en balade avait tout lieu de se réjouir du succès de cette belle journée de détente conviviale. Et de rappeler que si l'association a été fédérée il y a vingt ans, si elle est forte actuellement de 290 adhérents, elle a une origine modeste : en 1988, une dame qui désirait randonner a passé une annonce dans le journal pour trouver des compagnons. Et 4 personnes sont venues au premier rendez-vous. Les petits ruisseaux font de grandes rivières...

Article publié dans le JTT du jeudi 16 mars.

samedi 11 mars 2017

L'horloge de ma grand-mère

Avec l’exposition : 300 ans d’horloges comtoises, le Musée du Temps de Besançon propose de redécouvrir ce type d’horloges, solides et populaires, fabriquées en Franche-Comté depuis la fin du 17ème siècle. Des horloges de parquet reconnaissables à leur cadran décoré, en laiton, bronze ou émail, leur caisse en bois peint, emprisonnant le mécanisme, rouages et poids, mais laissant apparaître le balancier.


L’horloge comtoise, fabriquée surtout à Morez et Morbier, a marqué le temps dans presque toutes les fermes de France jusqu’au XXème siècle. Cadeau de mariage traditionnel, elle était un personnage à part entière du foyer, avec son tic -tac régulier, sa décoration originale, son gros meuble rassurant. Elle sonnait les heures, rythmant la vie de la maison. Les comtoises sont devenues de véritables objets de collection, prisées pour la variété de leur décoration et leur haute précision.

Elles se caractérisent par la présence de deux mécanismes, le premier pour le mouvement et le second pour la sonnerie. Ces mécanismes sont situés dans une cage en fer démontable. L'entraînement est effectué par 2 poids en fonte, la régulation est assurée par un long balancier. Abandonnée dans les années 1970, la fabrication des horloges a repris, avec une technologie et un design des plus modernes. Même le célèbre designer italien Alessi a signé un modèle !

C'est au Musée du Temps qu'est installée l'exposition "L'horloge de ma grand-mère". Dans un superbe palais Renaissance, le Palais Grandvelle, demeure d’une illustre famille de juristes franc-comtois, dont Nicolas Perrenot, né vers 1486, premier conseiller et ami de l’empereur Charles Quint. Ce musée retrace l’histoire de la mesure du temps, à travers gravures, outils, et une collection d’horlogerie unique, du sablier à l’horloge astronomique. Une histoire qui fait écho à  celle de Besançon, capitale horlogère. C'est là que l’industrie horlogère s’est imposée au 19ème siècle, valorisée à travers les Expositions universelles. L’Ecole d’horlogerie a été fondée en 1860, l’Observatoire de Besançon en 1882, les marques emblématiques Lip, Yema, Zenith ou Maty  portent la réputation d’un savoir-faire qui perdure actuellement  à travers toutes les microtechniques.

L’horloge comtoise a aujourd’hui une dimension affective et symbolique, nombreux sont les souvenirs qui s’y rattachent, c’est la pendule de grand-mère par excellence. Et en ce week-end du 5 mars, fête des grands-mères, le musée leur fait un clin d'œil en ouvrant gratuitement ses portes !

Article publié dans le JTT.



samedi 4 mars 2017

Les cigognes sont de retour

Les cigognes, symboles de fidélité et de fécondité, apportent-elles encore les bébés dans les maisons ? Ces oiseaux mythiques, à la silhouette élégante, ont nourri l’imaginaire de nombreux artistes : chanteurs (Lina Margy 1945), cinéastes (Quand passent les cigognes 1957), scénaristes (Cigognes et compagnie 2016).  Mais l'essentiel, c'est que leur retour d’Afrique, par Gibraltar puis le long du couloir rhodanien, annonce l’arrivée du printemps.

La cigogne blanche est un des plus grands oiseaux d’Europe (1,15 mètre de hauteur). Plumage blanc, ailes bordées de noir, bec et pattes de couleur rouge. Elles profitent des ascendances thermiques pour s’élever rapidement en spirale, et donc évitent de survoler la mer, où ces ascendances n’existent pas. C’est un oiseau familier qui peut vivre près des hommes et nicher au cœur des villes.
Emblème de l’Alsace, dont elle promeut les spécialités, elle y est l’objet de toutes les attentions. On  préserve amoureusement leurs nids, au sommet des clochers, des toits, des pylônes, lieux permettant une vue dégagée, propices à repérer grenouilles, insectes et autres vers. Les nids constitués de branchages peuvent peser jusqu’à 500 kg ! Un parc d’attraction, Cigoland, à Kintzheim leur est même entièrement consacré. Et le célèbre dessinateur et caricaturiste Hansi en a fait sa marque de fabrique.

Au début du printemps, le mâle arrive le premier, et choisit son nid. Quand la femelle le rejoint, ils l’améliorent ensemble. La ponte s’effectue sur plusieurs jours, les œufs, 3 à 5, sont déposés sur un matelas d’herbes sèches. Le mâle et la femelle se relaient pendant toute la durée de l’incubation de 30 à 32 jours. Les cigogneaux couverts de duvet gris à la naissance, virent au blanc ensuite. Dès l’âge d’un mois, les jeunes commencent à battre des ailes de temps en temps sur le nid. A 45 jours, les plumes se sont développées et les battements d’ailes répétés permettent aux cigogneaux de s’élever un peu dans les airs tout en restant au dessus du nid. Ils prennent rapidement de l’assurance, s’élèvent toujours plus haut et développent leur musculature. Pendant cette période d’apprentissage, les parents espacent leurs retours et apportent moins de nourriture pour inciter les jeunes à quitter le nid. Le premier envol a lieu autour de l’âge de deux mois, les jeunes font alors de fréquents allers et retours entre le sol et le nid.
Puis ils deviennent indépendants, cherchant seuls leur nourriture. Ils quittent le nid dans la matinée pour n’y revenir que le soir. Pendant cette période, les parents peuvent très bien ne plus revenir au nid. Les voilà capables d’affronter la grande migration.
Une éducation modèle, pour ces oiseaux dont on vante aussi la solidarité filiale, ils ont la réputation de prendre soin de leurs vieux parents, de les nourrir, et même de les transporter. 

Pourtant les cigognes ont bien failli disparaître de notre pays. Plusieurs raisons à cela : L’assèchement des zones humides, où elles trouvent leur nourriture, l’utilisation de pesticides, les collisions avec les lignes électriques, les tirs de chasse pendant la migration, et le massacre sur les lieux d’hivernage. D’importantes mesures de préservation ont été prises en France, comme Naturoparc à Hunawihr, un centre de réintroduction  et de sédentarisation des cigognes. Grâce à ces mesures, les cigognes sont présentes dans plus de 40 départements, avec près de 2400 couples nicheurs.


De tous temps, on a attribué à la cigogne
de nombreux bienfaits. Sa présence sur une maison la protège des incendies. On raconte qu’en 1007 la foudre frappa la cathédrale de Strasbourg, alors en construction, et que les ouvriers ne reprirent le travail que lorsqu'un couple de Cigognes blanches se fut installé sur les échafaudages. Et en Egypte antique, le hiéroglyphe cigogne représentait ... l’âme !

Article publié dans le JTT du jeudi 2 mars.

dimanche 26 février 2017

Chronique littéraire : Les gens dans l'enveloppe, de Isabelle Monnin

Un jour, la journaliste Isabelle Monnin achète sur internet un lot de photos de famille, d’origine inconnue. Elle les examine d’abord sans penser à les utiliser. Mais peu à peu un projet d’écriture se dessine, prend forme, et aboutit à ce qui n’est pas un roman, mais un OVNI en trois parties. D’abord une histoire inventée de toutes pièces à partir des personnages, de ce qu’elle perçoit d’eux. Ensuite, le journal de son enquête pour essayer de retrouver les authentiques « gens de l’enveloppe » et leurs témoignages. Enfin, son ami le compositeur Alex Beaupain décide de mettre l’aventure en chansons, et réalise un CD où se mêlent toutes les voix des personnages.

Chaque étape est curieuse. La gestation du roman, où apparaît entre les lignes l’enfance de l’auteur, ses souvenirs, ce qui la perturbe, la disparition, la fragilité. Le déroulement de l’enquête, sous forme de journal intime, qui est surprenant, puisque, grâce à Google, Isabelle arrive jusqu’à Clerval, dans la Franche-Comté de son enfance. La partie chantée est tout aussi intéressante, mélangeant les voix d’Alex, Camélia Jordana, Clotilde Hesme, Françoise Fabian, mais aussi celles des « gens de l’enveloppe » retrouvés.
Car à la fin, une relation féconde se tisse entre les auteurs et « les gens de l’enveloppe ». Le roman-enquête-disque  en est le symbole, un OVNI improbable et réussi, qui ne ressemble à rien de connu mais dégage une véritable humanité.

Les gens dans l’enveloppe est disponible en Livre de poche.

Chronique publiée dans le JTT.

samedi 18 février 2017

Papier peint : Un héritage de Jackie K.

En 1961-1962, Jackie Kennedy a entrepris de rénover l’intérieur de la Maison Blanche, avec le souci de mettre en valeur l’histoire de l’Amérique. Elle a fait tapisser le salon de réception des diplomates avec un papier peint panoramique ancien représentant les ports de New York, Boston, et leurs activités, ainsi qu’une parade à West-Point et un paysage des chutes du Niagara. Ce papier peint panoramique, créé en en 1833, a nécessité 1650 planches gravées, dont la fabrication et la pose ont été assurées par la manufacture alsacienne Zuber, propriétaire du modèle. Intitulé « Scènes d’Amérique du Nord », il raconte l’histoire et la vie sur la côte Est des Etats-Unis au 19ème siècle.

Le public français peut lui aussi admirer ce somptueux ouvrage au Musée du Papier Peint de Rixheim (68). Un musée qui conserve précieusement la mémoire de cette technique, dont l’âge d’or fut le 19ème siècle. Il est situé dans les lieux mêmes de la manufacture Zuber, qui fabrique du papier peint
depuis 1797, et continue à produire des modèles historiques. Le panoramique est le nec plus ultra du papier peint : un paysage à 360 °, décomposé en plusieurs panneaux, qui décore une pièce entière. Très à la mode après les retours d’expéditions lointaines de Bougainville, Cook ou Lapérouse, il représentait des destinations exotiques : Brésil, Amérique du Nord, Egypte, Hindoustan, pays qui venaient d’être explorés et dont la description faisait rêver. Végétation luxuriante, scènes de la vie sauvage, monuments ou événements historiques se déployaient ainsi sur les murs des riches demeures. Le deuxième étage du musée de Rixheim est entièrement consacré à ces splendides spécimens.

Mais il n’y a pas que le panoramique ! Le papier peint est de retour sur les murs et dans les catalogues de décoration. Les designers contemporains ont totalement renouvelé le concept : Frises, décors muraux, photos, trompe-l’œil, le classique est revisité, l’industriel adouci, le choix déborde d’originalité. Toutes les grandes maisons ont leurs stylistes, leurs revêtements spéciaux, leurs thèmes de prédilection, et proposent des produits innovants, aux sources d’inspiration multiples, de Christian Lacroix à Star Wars, des estampes japonaises aux motifs Art Nouveau. Le premier étage du musée expose les dernières tendances.

Quant au rez-de- chaussée, il est consacré à la technique. Le papier peint a été le témoin de la vie des 18ème et 19ème siècles. Décliné en diverses qualités : du plus ordinaire, avec une seule couleur pour les gens modestes, au plus luxueux, nécessitant jusqu’à 80 planches, il est passé d’une production artisanale (peint à la main) à une production
industrielle, grâce à l’avènement des machines. La première a permis d’imprimer à la main sur un rouleau de papier continu, puis la suivante a  utilisé des cylindres gravés pour reproduire le motif, une autre a permis d’appliquer vingt-quatre couleurs successives ... Au départ, un artiste peignait un motif, un assistant décomposait le motif en plusieurs calques correspondant à chaque couleur. Des graveurs sculptaient ensuite des planches de bois suivant les calques, un travail qui pouvait prendre des mois. Enfin seulement venait la phase d’impression : enduire les planches de couleur, les tamponner sur le rouleau de papier, en suivant des repères, avant de les faire sécher.

Le panoramique de la Maison Blanche est aussi un petit clin d’œil à la culture française de Jackie Kennedy. Espérons que Mister Trump ne va pas exiger d’en changer !

Article publié dans le JTT du jeudi 16 février 2017.

dimanche 12 février 2017

Chronique littéraire : Check-point, de Jean-Christophe Rufin

Notre académicien a un talent exceptionnel. Chacun de ses livres plonge le lecteur dans un univers différent, passionnant, dont il dévoile peu à peu la complexité. Une intrigue palpitante, des personnages qui révèlent leurs ambiguïtés, et les idées reçues volent en éclats.

Cette fois, le roman traite de l’humanitaire et de ses limites. Deux camions d’aide internationale partent pour la Bosnie en guerre, chargés de médicaments, nourriture, vêtements. Cinq personnes se relaient au volant. Sont-ils seulement animés par un esprit de charité ? Non. Chacun a, derrière une façade polie, des motivations secrètes. Lionel, chef de convoi, essaie de s’imposer pour séduire Maud, une fille qui cherche l’aventure. Les deux anciens soldats, Marc et Alex, ont l’expérience de la guerre en Bosnie, ils y ont lié des affections fortes, et y retournent chargés d’une autre mission : apporter des munitions. Et puis il y a un barbouze antipathique, qui espionne tout le monde, mais pour le compte de qui ? Au cours du voyage, l’ambiance se modifie, l’angélisme disparaît derrière les intérêts de chacun. Les passages de check-points mettent les nerfs à vif, et la belle unité se défait.

Jean-Christophe Rufin décrit sobrement la guerre, les différentes factions, serbes, croates, bosniaques, qui se partagent le territoire tandis que l’ONU reste passive, en observation. En quelques mots, il brosse un tableau réaliste de la détresse des populations. L’évolution politique comme celle des âmes humaines n’a pas de secret pour lui. Et de sa plume alerte, il nous plonge dans un passé proche, celui des années 1990, mais occulté. L’art de faire réfléchir sur les sujets de société contemporains.

Check-Point est disponible en poche chez Folio.

Chronique publiée dans le JTT.