mardi 25 février 2020

Le retour de la Russie sur la scène internationale


L’UPHV a encore attiré un public nombreux pour cette leçon de géopolitique, qui permet de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons. Difficile de rapporter la brillante conférence animée par Alain CHAFFEL, docteur en histoire, mais quelques grandes lignes expliquent ce retour de puissance et la pérennité de Poutine au pouvoir.

Tout d’abord, il faut savoir que la Russie n’a aucune tradition démocratique. Depuis toujours, elle a été sous l’emprise des tsars, puis des dictateurs communistes. Le peuple ne se projette donc pas dans une démocratie à l’occidentale. Ce qu’il veut, et que Vladimir lui apporte, c’est retrouver sa place prépondérante dans le monde. Le nationalisme est très ancré dans l’âme russe. Et Poutine, en chef idéal, a su utiliser toutes les cartes pour restaurer le prestige du pays et s’imposer sur la scène politique mondiale. D’où sa popularité.



Après l’effondrement de l’URSS en 1991, la Russie a perdu ¼ de son territoire et ½ de sa population. C’est actuellement un très grand pays de 17 millions de km2, peuplé seulement de 150 millions d’habitants. Qui ne pèse pourtant pas lourd dans l’économie du monde : seulement 2% du PIB mondial, alors que la Chine est déjà à 15%, l’UE à 22% et les USA en tête avec 24%.
Mais la force de la Russie, c’est d’abord son immense capacité énergétique, en pétrole et en gaz, grâce auxquels elle signe des accords commerciaux avec tous les pays demandeurs. Fin stratège, Poutine négocie ainsi avec des pays de bords opposés, les ex-Républiques communistes, peuplées de nombreux Russes, mais aussi l’Iran, l’Inde, la Chine, la Turquie. Elle monnaie aussi sa maîtrise en industrie nucléaire. Sa puissante armée soutient les rébellions sécessionnistes, en Géorgie, en Ukraine, pour agrandir son influence, retrouver les frontières d’antan. Elle intervient au Moyen-Orient, en Syrie, profitant de l’enlisement américain en Irak. Les manipulations électorales de la Russie à travers Internet et les chaînes de radio et TV sont avérées. Elle soutient financièrement les partis populistes en Europe. 

La seule faiblesse apparente de la Russie, c’est le mécontentement du peuple, soumis à des conditions de vie difficiles, alors que les oligarques sont riches à millions. La majorité des Russes n’a pas profité du passage d’un régime totalitaire à un libéralisme incontrôlé, et les sanctions économiques prises contre la Russie ont ajouté à la méfiance vis-à-vis de l’Occident. C’est plutôt du côté de la Chine que Poutine se tourne. Un pays dont la suprématie s’est imposée en quelques années. Ce sera justement l’objet de la prochaine conférence de l’UPVH le 17 mars.




mardi 18 février 2020

Chronique littéraire : Idiss, de Robert Badinter

Robert Badinter, né à Paris en 1928, est connu pour son combat contre la peine de mort, dont il obtint l’abolition en tant que Garde des Sceaux en 1981. Avocat, professeur, essayiste, homme politique, il évoque ici sa grand-mère Idiss, à qui il fut très attaché. Dans un style émouvant et sobre, c’est toute l’histoire des Juifs émigrés de Russie qui se dévoile sous nos yeux.

Idiss est née en 1863 en Bessarabie, un territoire russe situé près de la Roumanie, où la violence contre les Juifs sévissait. Son époux Schulim, après cinq années passées dans l’armée du tsar, n’arrive pas à nourrir leur famille, avec deux garçons puis Charlotte, née en 1899. Pauvreté, menaces, froid, faim, ils se décident à fuir leur pays. En 1912, ils arrivent à Paris et vivent d’un petit commerce de vêtements d’occasion. Après la Première guerre mondiale, où la famille est miraculeusement épargnée, Idiss connaîtra les plus belles années de sa vie, avant d’être rattrapée par une autre guerre, sans pitié pour les Juifs cette fois.

Avec sensibilité et pudeur, R. Badinter raconte une histoire de gens simples, ballottés dans une époque troublée, qui luttent pour s’intégrer. Leurs joies sont la famille, le travail, la réussite. Ils attachent une grande importance à l’éducation, à la solidarité entre membres de la communauté. Malgré tout, la nostalgie règne. Charlotte épousera Simon Badinter, exilé comme elle, qui fera commerce de fourrures, avant d’être arrêté par la Gestapo. Claude et Robert, leurs enfants, répondront aux exigences parentales en faisant de brillantes études.

Une histoire familiale pleine d’enseignements, emblématique de beaucoup d’histoires d’émigration. Mais plus encore, un récit intime et sensible, qui touche le cœur de n’importe quel lecteur.

Idiss est maintenant disponible en Livre de Poche.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 13 février 2020.

lundi 10 février 2020

La Cité de la Chaussure à Romans


A ne pas confondre avec le Musée de la Chaussure ! Au contraire, la Cité joue l’avenir, l’intégration dans le 21ème siècle. Son objectif est de valoriser le savoir-faire local des ouvriers du cuir, et de maintenir l’image de marque de Romans comme capitale de la chaussure. Comment ? En produisant des chaussures Made in Romans, en les proposant à la vente sur place ou sur Internet, et en attirant un tourisme soucieux du savoir-faire français.

Le projet est né il y a 10 ans après la fermeture des établissements Charles Jourdan. Christophe Chevalier, PDG du groupe Archer, refusant la malédiction, a décidé de perpétuer la vocation de Romans, mais autrement. En initiant la création de petits ateliers de fabrication de chaussures, dans des secteurs de niche, en leur proposant de s’unir en coopérative, pour commercialiser à moindre frais, en relation directe avec les clients. Et en surfant sur le label « Made in France ».

Une quinzaine de petites entreprises se sont ainsi lancée dans la région romanaise. Parmi elles, Archer, Made in Romans, 1083, Milémil, Magic Feet à Saint-Donat, Faugier à Tournon… Leurs ateliers sont dispersés, mais toutes commercialisent leur production ensemble, dans une même boutique de 300m2 : la Cité de la Chaussure. Cette structure, édifiée sur les 6000 mètres carrés d’un ancien Intermarché, a été inaugurée en juin, elle partage sa surface avec l’Office de Tourisme de Romans dans une synergie bienvenue. L’implantation est stratégique, en plein centre-ville, 36 place Jean Jaurès, entre Marques Avenue et le Jacquemart. En plus de faire des achats, le public peut visiter sur rendez-vous les ateliers de production.

Des encarts didactiques au centre de la boutique rappellent les étapes de la fabrication des chaussures : découpe des pièces de cuir, couture des différents morceaux pour faire la partie supérieure de la chaussure, la tige, puis montage sur ébauchoir et pose des semelles. Une mention spéciale à la maison Ector qui présente la fabrication de sneakers à partir de bouteilles de plastique recyclées. Le top du made in France écologique.

Bientôt un snack avec des produits locaux complétera l’offre de façon conviviale. La Cité de la Chaussure a bien d’autres projets, elle espère dans les années futures redorer le blason romanais et fournir une centaine d’emplois dans la filière du cuir. En produisant local, en promouvant le savoir-faire des Romanais, en développant une consommation soucieuse de ses racines, en s’intégrant dans le tourisme culturel. Bonne chance à eux pour 2020 !



Boutique ouverte du lundi au samedi de 10h à 19h. Contact : ​​04.75.48.41.58

Pour la visite des ateliers, prendre RV avec l’Office de tourisme : 04.75.02.28.72

Article publié dans le JTT du jeudi 6 février 2020.

mercredi 5 février 2020

Calixte II, pape franc-comtois et isérois


Guy de Bourgogne naît aux environs de 1060, au château de Quingey (Doubs), domaine de son père.  Fils du comte palatin Guillaume le Grand, il est lié à toutes les familles régnantes d’Europe. Il reçoit une éducation solide à l’école du chapitre de la cathédrale Saint-Jean, à Besançon, dès l’âge de huit ans. Guy poursuit ses études jusqu‘à devenir docteur en droit civil et théologien.

Guy est au cœur d’un impressionnant réseau familial, il est par alliance oncle du roi de France Louis VI, cousin germain de l’empereur germanique Henri IV, et beau-frère de la reine d’Espagne. Il est donc à la fois proche du pape et de l’empereur, alors qu’à l’époque une querelle mine les relations entre ces deux personnages : la querelle des investitures (l’empereur avait décidé de nommer lui-même pape et évêques, les traitant comme des fonctionnaires).

En 1085 ou 1086, le frère aîné de Guy, Hugues de Bourgogne est nommé archevêque de Besançon. Un autre diocèse se trouve vacant : celui de Vienne (Isère), Guy, jeune chanoine, y est élu archevêque en 1088, alors qu’il n’a pas trente ans. Il entame une réorganisation efficace des églises et abbayes de son diocèse. Malgré une querelle récurrente avec l’évêque de Grenoble, au sujet d’une territoire limitrophe, les papes successifs apprécient les qualités de négociateur de Guy. Nommé légat du pape, il gère d’importantes missions en France et en Europe.

En 1118 le pape Gélase II, obligé de fuir Rome occupée à nouveau par les troupes de l’empereur et un antipape à sa solde, se réfugie en France. Mais il tombe malade et meurt à l’abbaye de Cluny. Une élection y est alors rapidement organisée le 1 février 1119, et Guy est élu pour sa ténacité, sa connaissance des affaires de l’Eglise, son réseau d’influences. Nommé pape, il est couronné à la cathédrale Saint-Maurice de Vienne le 9 février 1119 sous le nom de Calixte II.

Dans une longue tournée à travers la France, il organise des conciles à Toulouse, à Reims, réforme les ordres monastiques, rencontre les rois de France et d’Angleterre, règle toutes sortes de conflits, de privilèges, consacre des églises, comme celle de Saint-Antoine-l’Abbaye. Avant de rejoindre Rome, où il est reçu avec enthousiasme par la population et le clergé. L’antipape prend la fuite. La ville est ravagée par les conflits, Calixte se charge à la fois du gouvernement de l’Eglise et des problèmes d’urbanisme. Il déploie une activité considérable en tous domaines. Sa gloire est liée au règlement de la querelle des investitures qui dure alors depuis plus de 40 ans. L’empereur germanique Henri V, conscient de la puissance du pape Calixte II, accepte un compromis (Würzburg 1121 puis Worms 1122) établissant la paix et précisant le partage des pouvoirs temporel et spirituel.

Après cinq années d’intense activité, la santé du pape se détériore. Il meurt à Rome le 13 décembre 1124. Il est enterré dans la basilique Saint-Jean-de-Latran.

En 2019, le neuf-centième anniversaire de son accession au trône de Saint-Pierre a donné lieu à de nombreuses célébrations à Besançon, à Quingey, à Vienne et à Saint-Antoine-l’Abbaye. L'occasion de redécouvrir ce pape illustre dont Franche-Comté et Isère peuvent être fières.


Plus de détails et de photos dans l'Esprit Comtois N° 19 qui vient de sortir en kiosques.

lundi 20 janvier 2020

Les mystères du Nombre d'or

La salle A003 du lycée Gabriel Faure de Tournon n’était pas trop grande mercredi soir pour accueillir une trentaine de passionnés. Pour une fois, il ne s’agissait pas de devoir surveillé, mais d’une conférence de l'UPVH sur un nombre magique, aux propriétés étonnantes, qui a traversé l’histoire : le nombre d’or, utilisé en peinture, architecture, botanique, présent dans le corps humain, sans oublier ses étonnantes propriétés mathématiques.

Le nombre d’or, ou divine proportion, est le rapport entre la longueur et la largeur d’un rectangle considéré comme le canon de l’harmonie. C’est un nombre irrationnel, désigné par la lettre grecque phi : φ = (1+ v2):2 soit environ 1.618...avec une infinité de décimales. Phi, en hommage à Phidias, architecte du Parthénon, dont la façade est un des exemples de l’utilisation du nombre d’or en architecture. On le retrouve aussi dans la grande pyramide de Khéops, les cathédrales comme Notre-Dame de Paris, dans les rapports entre les ellipses des châteaux d’eau de Philolaos à Valence… Le nombre d’or a toujours passionné artistes et scientifiques, et au premier plan Leonardo da Vinci, dont le célèbre Homme de Vitruve en est une illustration parfaite. 

Pierre Bonnet, ancien directeur du collège Saint-Louis n’a pas eu de peine à captiver son auditoire, allant jusqu’à donner des exercices de tracés de rectangles d’or, de spirales dorées, et autres étoiles divines… dévoilant jusqu’aux proportions humaines soi-disant idéales ! De quoi gamberger ... d’ailleurs le nombre d’or a suscité des nombreuses théories ésotériques au fil des siècles. 

En dehors des peintres qui l’ont utilisé, comme Botticelli, Seurat, Vinci avec sa Joconde, nous avons tous dans notre poche une illustration du nombre d’or : la carte bancaire, dont le format respecte la divine proportion. Une carte d'or, en somme, à ne pas trop faire chauffer en période de soldes !

Article publié dans le JTT du jeudi 16 janvier 2020.

jeudi 9 janvier 2020

Chronique littéraire : Là où les chiens aboient par la queue, de Estelle-Sarah Bulle


A travers trois personnages atypiques, Lucinde la couturière arriviste, Antoine la petite trafiquante, et Petit-Frère, l'employé sérieux, l'auteur raconte la vie de sa famille et l'histoire de la Guadeloupe depuis 1940. Une histoire de misère et de racisme, de rire et de débrouillardise, dans un style fluide, aux saveurs épicées, aux expressions imagées.

La Guadeloupe, dans les années quarante, est une île pauvre, tenue par les békés, propriétaires des bananeraies et des exploitations de canne à sucre, soumise à des politiciens véreux. Les autochtones survivent à coups de petites combines, cultivant l'insouciance contre la précarité, malgré un racisme omniprésent dans une société métissée à tous les degrés.

Le bouleversement des valeurs traditionnelles commence avec l'arrivée massive des bateaux. Touristes en goguette, produits de la société de consommation, les classes populaires découvrent qu'ailleurs, on vit mieux, autrement. Ainsi chacun commence à rêver de partir en France, où tout paraît si facile.

Après les émeutes de 1967 et leur violente répression, le père de l'auteur tente sa chance. C'est ainsi qu'Estelle-Sarah naît dans une banlieue parisienne. Où on cultive la nostalgie du pays, tout en essayant de s'intégrer. D'autres difficultés adviennent, l'exil et le racisme, mais la double culture est propice à l'expression poétique.

Estelle-Sarah Bulle est née à Créteil en 1974. Elle travaille dans des institutions culturelles. Ce premier roman passionnant a obtenu le prix Stanislas. Il est disponible en poche chez Liana Levi.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 9 janvier 2020.

jeudi 2 janvier 2020

Les Lumières de Valence


Les Lumières de Lyon ont fait école ! Chaque soir, on peut admirer sur la façade de la cathédrale Saint-Apollinaire de Valence un magnifique spectacle d’images racontant la ville. C’est la grande nouveauté des Féeries d’Hiver, à côté des incontournables grande roue et village de Noël. Avantage par rapport à Lyon : si les spectateurs se succèdent nombreux pour profiter du spectacle, il n’y a aucune cohue.

Le spectacle de 20 minutes est joué en boucle, jusqu’au 5 janvier, de 18h à 20h30. Il présente l'histoire de Valence en lumières et en musique, depuis l'époque romaine jusqu'à aujourd'hui, évoquant diverses facettes emblématiques, comme le Rhône et la N7, le pape Pie VI et Mandrin, la diaspora arménienne ou le studio d'animation Folimage. Et bien sûr la gastronomie, avec le vin, les fruits, les Suisses et les berlingots Pic.

C’est une volonté de la Région Auvergne-Rhône-Alpes : devenir la région des lumières, et mettre en valeur l'entreprise qui réalise ces animations, Les Allumeurs de Rêves, basés en région lyonnaise. D'autres sites sont à l'honneur : la cathédrale de Vienne, le château d’Aubenas, et plus près d’ici la Tour Jacquemart à Romans, où un petit spectacle de 4 minutes intitulé le Mystère de la Tour déroule chaque soir ses images féeriques, au grand plaisir des enfants.

Deux balades familiales à faire à la tombée de la nuit, pour profiter des illuminations et partager la magie de Noël.

Article publié dans le JTT du jeudi 2 janvier 2020.