jeudi 14 décembre 2017

Chronique littéraire : Venus d'ailleurs, de Paola Pigani

Une histoire de migrants dans la région lyonnaise, qui permet de comprendre le chemin difficile de ceux qui essaient de s’intégrer à une nouvelle vie.

Mirko et Simone sont frère et sœur, tous deux réfugiés kosovars. Leur itinéraire en France commence au centre d’accueil du Puy-en-Velay, passe par un logement provisoire au Chambon-sur-Lignon, avant l’obtention du statut de réfugié, et une vie presque normale avec un travail à Lyon. Un dépaysement obligé, répété, qui leur garantit liberté et assistance, en leur permettant d’apprivoiser peu à peu leur pays d’accueil.
Tous deux ne réagissent pas de la même manière à cette nouvelle vie. Simone est une battante, malgré l’humiliation des petits boulots, elle veut s’intégrer par-dessus tout, tandis que Mirko, plus nostalgique, plus sauvage, se cantonne dans le rêve. Il élève des murs dans une entreprise le jour, et va la nuit peindre dans les décharges, taguant les résidus de notre société de consommation. Le téléphone avec son frère resté au pays exacerbe ses regrets d’être parti.
Dans un style simple et poétique, sans jugements mais avec empathie, Paola Pigani nous montre une réalité qu’elle connaît bien, et qui résonne dans l’actualité. Née en 1963 de parents émigrés italiens, elle vit actuellement à Lyon où elle partage son temps entre l’écriture et sa profession d’éducatrice.

Venus d’ailleurs est disponible en poche dans la collection Piccolo de Liana Levi.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 7 décembre.

samedi 9 décembre 2017

Les couleurs de la mode... au fil du temps


Michel Pastoureau, historien des couleurs, professeur à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes a étudié l’histoire des vêtements, à travers factures, registres, gravures, statues, tableaux, vitraux, lettres … de toutes époques. Malgré le déséquilibre entre les documents évoquant les costumes des riches et ceux concernant les pauvres, il arrive à reconstituer l’évolution des couleurs des vêtements à travers les siècles. Une histoire passionnante, reflet de notre culture.
Dans la Rome antique, on portait des vêtements blancs, une toge ample sur une tunique courte. La couleur pourpre, obtenue difficilement à partir d’un coquillage, le murex, était le symbole du pouvoir, donc réservée aux Empereurs. Mais dès le premier siècle, les femmes romaines ont acquis le droit de porter du jaune, puis du bleu et du vert, couleurs venues du monde barbare. Les hommes ont suivi et à la fin de l’empire romain, les couleurs des vêtements étaient variées, chaque pièce cependant étant unie.
Au Moyen-âge, la couleur bleue, propagée par les Germains, est devenue la couleur à la mode en France. Le top-modèle l’incarnant le mieux est la Vierge Marie, habillée de bleu sur toutes les représentations. Les rois s’en emparèrent, le bleu royal devint l’emblème de la France, quand les Anglais préféraient le rouge, et les Allemands le vert. Au 14ème  et 15ème siècles, on inventa la boutonnière. Un énorme progrès, jusque-là, il fallait sans cesse coudre et découdre les parties de vêtements. Une expression nous en est restée : dans les tournois, la Dame décousait et donnait comme bannière une de ses manches au Chevalier, qui l’accrochait à sa lance. S’il gagnait l’échange, il emportait la première manche, puis la deuxième … ensuite on se disputait la belle !
Les teinturiers n’étaient pas appréciés par la population : leurs préparations sentaient mauvais, polluaient les rivières, avaient un côté magique. Le bleu était obtenu à partir d’une plante, la guède, qu’on récoltait, coupait, laissait sécher, puis fermenter. Enfin roulée en boules de pastel (pâte) elle a fait la richesse de la Picardie et de la Toscane, avant d’être dépassée par l’indigo. Le rouge provenait de la garance, ou d’insectes comme le kermès ou la cochenille. Le jaune de la gaude. Le vert était une couleur ambiguë, à la fois couleur de l’espérance, entourant les accouchements, les mariages. Et couleur maléfique, car les pigments utilisés, dont le vert-de-gris, étaient particulièrement nocifs. Les pauvres teignaient eux-mêmes leurs vêtements, avec des couleurs qui s’altéraient rapidement, devenant bruns ou gris. Les filles se mariaient alors en robe rouge, car la robe rouge était la plus belle, celle qui gardait la teinture.
Les guerres de religion au 16ème et 17ème siècles ont fortement influencé l’usage des couleurs. Le Pape avait choisi le vêtement blanc et or, laissant le rouge aux cardinaux, soldats du Christ, et les teintes grises ou brunes aux ordres mendiants. Les protestants, eux, ont établi une hiérarchie des couleurs. Honnêtes : noir, blanc, gris, brun, bleu. Malhonnêtes : rouge, jaune, vert. Les portraits flamands de l’époque montrent des familles huguenotes entièrement vêtues de noir. A Genève, ville calviniste, porter un vêtement rouge conduisait au bûcher. En France, le noir est devenu couleur de deuil pour les familles riches, les seules qui pouvaient acquérir de nouvelles tenues en cette circonstance.
Au 18ème siècle, les couleurs vives étant passées au peuple grâce aux progrès techniques de la teinture, il fallait se distinguer en privilégiant les demi-teintes. La marquise de Pompadour appréciant le rose et le bleu clair, toute la cour de Louis XV a suivi. Après la Révolution, la mode est revenue à l’antique : à la cour de Napoléon, les femmes s’habillaient en blanc et jaune. Puis est venu le romantisme, associé d’abord au bleu, puis au noir. Est-ce à dire que nous vivons une époque romantique ?
Pour tout savoir sur les couleurs et leur symbolique, on peut consulter les nombreux ouvrages de référence écrits par Michel Pastoureau.

Article publié dans le JTT du jeudi 30 novembre.

lundi 4 décembre 2017

Cantates luthériennes

Samedi 25 novembre à Tournon, l'ensemble Archivolte et le Choeur Madrigal, sous la direction de Gérard Lacombe, ont enchanté le public par un récital de sublimes cantates, œuvres des compositeurs allemands du XVIIème siècle, Krieger (Die Gerechten werden weggeraft), Telemann (Trauer Kantate) et J.S. Bach ( BWV 106 Actus Tragicus).

Le concert était donné dans le cadre du 500ème anniversaire de la Réforme. En plus de la divine musique, l'assistance a profité d'un cours d'histoire magistral donné par le chef Gérard Lacombe. Les trois œuvres de musique funèbre présentées étaient emblématiques d'un genre important dans l'Allemagne, alors meurtrie par les guerres, de religion, de Trente Ans. Elles exaltent la foi qui permet de dépasser la mort, une délivrance, un passage vers le paradis.

Martin Luther, en traduisant la Bible en langue vulgaire, l'allemand, voulait que chacun puisse s'approprier les textes sacrés. Le grand chantier des luthériens fut donc de créer dès le XVIème siècle des écoles gratuites et mixtes, où le peuple pouvait apprendre à lire. Comme Luther était lui-même musicien, il composa des cantiques (chorals) destinés à être chantés par l'assemblée des fidèles, affirmant comme Saint Augustin que « chanter, c'est prier doublement ». Ainsi en Allemagne une révolution musicale a accompagné la révolution religieuse.

Au XVIIème siècle, les compositeurs, rivalisant de créativité, ont enrichi la liturgie chantée luthérienne d'apports venus d'Italie. De nouvelles formes musicales sont apparues, motet, madrigal, cantate, oratorio, grandes fresques polyphoniques où Telemann et Bach ont excellé.

Les trois cantates, hommage à la Réforme, magnifiées par le talent de musiciens et chanteurs, ont résonné sous les voûtes de la Chapelle catholique des Saints-Cœurs, soulignant qu'aujourd'hui l'œcuménisme et la tolérance sont une réalité à vivre au quotidien.

Article publié dans le JTT du jeudi 30 novembre.

dimanche 3 décembre 2017

Laissez parler les p'tits papiers ...


Vous ne savez pas quoi faire de vos vieux journaux ? A l'heure du recyclage écologique et économique, l'exposition « Le papier à l'œuvre, l'oeuvre papier », au château de Tournon, propose des idées de bricolage original.

Le papier est un support banal, mais riche de possibilités, on peut y écrire, dessiner, peindre, mais aussi le plier, découper, déchirer, coller, tordre. Avec infiniment de patience et de créativité, le réduire en lambeaux, les rouler minutieusement, les assembler pour construire des objets loufoques. Ou alors carrément utiliser de vieux livres comme matériau à sculpter. Les résultats exposés sont surprenants, amusants parfois, toujours originaux. C’est avec curiosité qu’on découvre ainsi, dans les salles du château, les œuvres de 9 artistes contemporains aux talents multiples : Anny Blaise Resnik, Laure Calé, Galaury, Jean-Marc Gibilaro, Li Bin, Jean-Paul Meiser, Jin Lei Zhang, Mohammed Rafed, Pauline Watteau.

L'expo
sition  « Le papier à l’œuvre, l’œuvre papier » est ouverte jusqu’au 22 décembre, tous les jours de 14 à 17h30 au Château de Tournon (07).

Entrée gratuite le premier dimanche du mois, sinon 4-3-2 euros suivant les cas.

Article publié dans le JTT du jeudi 30 novembre.


jeudi 30 novembre 2017

Bonne nouvelle : O mia Patria ...



est désormais accessible dans toutes les librairies, l'ouvrage est référencé sur Electre, Dilicom et même Amazon.

Deux nouvelles présentations-dédicaces sont prévues samedi 2 décembre :

A la bibliothèque Léon-Deubel de Belfort, à 10h30
A la médiathèque de Foussemagne à 14h.

Au plaisir de vous y rencontrer !

samedi 25 novembre 2017

La philosophie du jardin zen


Les érables éclatants frémissent au vent, les plaqueminiers et arbousiers regorgent de fruits dorés, les vignes rousses s'étalent au soleil, le jardin zen de Beaumont-Monteux a pris ses teintes d'automne. Pour son concepteur Erik Borja, l'art du jardin est symbolique de la culture japonaise. Une culture particulière, héritière de siècles d'isolement dans l'archipel nippon, d'une agriculture parfaitement adaptée à son environnement, et d'une religion d'origine, le shintoïsme, religion animiste où la nature était siège du divin. Les montagnes, les sources, les tempêtes, le soleil, le vent, étaient peuplés d'esprits (kami) à respecter. Contrairement au principe occidental de maîtrise des éléments.

A partir du Vème siècle, l'ouverture du Japon sur d'autres civilisations, chinoise, coréenne, a fait émerger de nouveaux codes de vie, prônant raffinement, esthétique, de l'écriture jusqu'au jardin en passant par les étoffes, la céramique. Puis lorsque la Réforme se répandait en Europe, le bouddhisme zen en Asie a lui aussi épuré l'iconographie. Des jardins sanctuaires ont été créés, visant non pas la beauté mais la méditation individuelle, support de l'élévation spirituelle.
Concevoir un jardin zen, explique Erik Borja, c'est donc une démarche bien plus que botanique. Artiste passionné par les jardins visités au Japon, il en a fait l'expérience. Partant d'une friche héritée au bord de l'Herbasse, il décida en 1977 de créer un jardin japonais, en parfait autodidacte. La nature lui a appris l'humilité, c'est elle qui décide. Après des années à son écoute, il a trouvé l'équilibre avec elle, compris la nécessité d'une forme d'ascèse. Conservant les emblèmes saisonniers traditionnels, cerisiers et érables, mais multipliant les pins, toujours verts, et développant la part minérale, graviers, rochers, symboles d'éternité, jouant sur la présence permanente de l'eau. Son jardin de Beaumont-Monteux exprime à la fois sa démarche artistique et son chemin de vie.

Jardin méditatif, jardin de thé, sous-bois ou bambous, promenade au bord de l'eau, ouverture sur le paysage, c'est un véritable parcours initiatique, une relation sensorielle avec la nature, que partage le visiteur. A condition de faire le vide en soi, d'être réceptif à la beauté, aux forces telluriques, de ne plus jouer les prédateurs, mais d'accepter de faire partie d'un tout à protéger, notre planète.

Article publié dans le JTT du jeudi 23 novembre.

dimanche 19 novembre 2017

Paysage, lectures et ... gastronomie


Dans le cadre des Petites Fugues, festival littéraire itinérant en Franche-Comté, organisé par le Centre Régional du Livre, une promenade a rassemblé dimanche en fin de matinée un public motivé à la Maison de l’Environnement, au bord du lac du Malsaucy.

La fine couche de neige de la nuit entourait le paysage d’une douceur cotonneuse, étouffant les couleurs d’automne. Une brume légère flottait au-dessus des eaux, il faisait froid, quelques degrés à peine. La promenade littéraire entre bois et étangs a permis de découvrir les textes de trois auteurs contemporains, Jakuta Alikavazovic, Anne-Sophie Subilia et Pascal Commère, interprétés par des comédiens. De déambulations rurales en monologues nostalgiques, le ton des textes s'accordait au paysage.

Une bonne soupe au retour a réchauffé le public, invité à participer à une table ronde avec les auteurs. Le temps que le cuisinier botaniste, Jean-François Dusart, installe un exceptionnel buffet, concocté à partir de spécialités locales. Galettes de panais, saucisse à l’épicéa, tiramisu de glands, coings et argouses… pour ne citer que quelques ingrédients inhabituels.
Le point d’orgue fut l’apparition de l’immense meringue représentant le site du Malsaucy, avec les montagnes et lacs,  le parcours de la promenade et quelques citations extraites des lectures. Un travail époustouflant par sa créativité et sa minutieuse réalisation… Un réalisme poussé jusqu’aux petites graines, faînes et myrtilles, répandues au pied des sapins meringués, qui ont fondu dans les estomacs gourmands comme neige au soleil.  
Jean-François Dusart est un pâtissier-magicien qui anime des ateliers gustatifs, des cueillettes botaniques et des repas à thème, au gré des activités "nature" proposées par la Maison départementale de l'Environnement à Sermamagny (T. de Belfort).