lundi 13 juillet 2020

Chronique littéraire : Oublier Klara, de Isabelle Autissier

Toute la verve d’une conteuse dans ce roman passionnant, riche d’une documentation impressionnante sur la pêche industrielle, le Grand Nord, la faune sauvage, domaines de prédilection de l’auteure, légendaire navigatrice au long cours.

Cette fois, Isabelle nous emmène en Russie dans les années 1950, sur les bateaux de pêche soviétiques qui sillonnent les mers arctiques. Un monde très dur, où les hommes déchaînent leur violence à l’image de celle des éléments. Autre violence omniprésente mais cachée : le système carcéral mis au point par Staline, où la délation, l’emprisonnement arbitraire, sont organisés afin de peupler la Sibérie d’esclaves utiles à son développement minier. Tous les secteurs de vie sont ainsi piégés, des bateaux aux usines, des écoles aux laboratoires, et même les humbles maisons ne sont pas sûres. C’est ainsi que Klara, la grand-mère de Iouri, a disparu. Iouri, enfant rêveur passionné d’ornithologie, ne l’a jamais connue, ni même entendu prononcer son nom. La parole est bâillonnée, mais la violence refoulée de son père s’exprime sur lui.

2010. Iouri a fui la Russie et son père pour faire carrière en Amérique. Lorsque, par un dernier message, celui-ci, mourant, lui demande de retrouver les traces de sa mère Klara, évaporée dans les années 50, il n’hésite pas et revient à Mourmansk. Certains documents du KGB sont maintenant accessibles, mais la recherche d’archives prend du temps. Le temps pour Iouri de revisiter son enfance, entre une mère indifférente et un père brutal. Que s’est-il donc passé avec Klara dans les années 50 ?

Personnages travaillés, analyse pertinente des excès de la Russie soviétique ou contemporaine, intrigue passionnante : un grand vent venu de l’extrême Nord souffle sur ce roman dramatique, illuminé par la présence des derniers Nenets, ce peuple nomade éleveur de rennes autour du cercle polaire, à l’hospitalité légendaire.

Isabelle Autissier, née à Paris en 1956, est la première navigatrice ayant bouclé le Tour du monde en solitaire. Actuellement présidente du WWF, elle est aussi écrivaine.

« Oublier Klara » est disponible en Livre de poche.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 9 juillet.

jeudi 2 juillet 2020

Les biscuits artisanaux Pitot jouent les AOC


Connaissez-vous les biscuits Pitot ? Pour une pause gourmande et bio, les gâteaux dauphinois ou les gâteaux au grand cœur, fabriqués entièrement à Tain l’Hermitage, garantis sans colorant, ni conservateur, ni huile de palme, présentés en emballages individuels, sont la solution idéale. 

La biscuiterie artisanale Pitot, spécialisée dans le sablé fourré, existe depuis 1973. Installée dans la zone des Lots à Tain elle a gardé sa dimension humaine, une équipe de 6 personnes, et sa qualité traditionnelle, tout en se renouvelant. Le modèle de départ, un sablé aux noix et au miel, a été décliné en diverses garnitures : aux fruits, au chocolat. La recette reste la même :  une pâte sablée fondante, un coulis onctueux, tout cela enveloppé dans un joli papier d’argent plié à la main. Toutes les étapes de la production sont effectuées sur place : la pâte, la garniture et le conditionnement.
La biscuiterie Pitot s’est lancé un nouveau défi : n’utiliser pour ses garnitures que des produits de provenance régionale certifiée : fraises et framboises de producteurs de la Drôme, abricots de Provence, noix et miel du Dauphiné, citrons de Corse… et bien sûr chocolat Valrhona. Exploiter les circuits courts souligne le souci d’une alimentation saine et locale, qui fait la fierté de la marque.

Les biscuits Pitot sont identifiables à leur présentation raffinée : les « gâteaux dauphinois » se présentent en emballage individuel de 60 g ou en format familial de 300 g, les « gâteaux au grand cœur », labellisés bio, sont disponibles en boîte de 6 goûters de 30 g ou en sachets de petits sablés de 15 g. Le packaging est soigné, les étiquettes réalisées par des graphistes et imprimeurs drômois. La distribution est assurée dans les commerces locaux (Intermarché, petit Casino, huilerie Richard …), ainsi qu’à la boutique DiNature à Colombier-le-Vieux, spécialisée dans la vente en ligne de produits haut de gamme pour amis de la nature (pour DiNature, une édition spéciale myrtilles sauvages et farine d’Ardèche a été élaborée). Mais l’essentiel de la production des biscuits Pitot est vendu dans les épiceries des aires d’autoroute. Inutile de dire que le confinement a largement impacté la société.

Si le prix au poids est aligné sur celui des autres goûters fourrés du commerce, c’est la taille des biscuits Pitot qui fait toute la différence. Il suffit d’un délicieux biscuit de 30 g pour faire le plein d’énergie ! On retrouve la saveur intacte des fruits, et la pâte est moelleuse à souhait. Alors n’hésitez plus, consommez beau, bon, bio … et Pitot !

Article publié dans le JTT du jeudi 2 juillet.

Le musée de l'olivier d'Imperia

Imperia est un port de la Riviera italienne, proche de San Remo. Contrairement à la Côte d'Azur, cette région n’est pas seulement une suite de stations de villégiature, mais un important centre de production agricole, au débouché des vallées abruptes des Alpes Ligures. Vallées couvertes de vignes et d'oliveraies en terrasses, soutenues par des murs de pierre sèche, il paraît qu’on en a recensé jusqu'à 220 000 km ! Le littoral lui est couvert de serres, où l’on cultive fleurs, agrumes, légumes … Entre les marchés locaux, les restaurants, le commerce, l’activité agricole bio trouve son débouché. Et la région garde son authenticité en surfant avec succès sur la mouvance slow-food,

La société Fratelli Carli domine le marché de l'huile d'olive italienne depuis presque un siècle. Elle a conçu à Imperia un superbe musée en hommage à l'olivier, symbole de la culture méditerranéenne. Le jardin aux oliviers multicentenaires, où sont disposés amphores et pressoirs antiques provenant de tous les pays riverains de la Méditerranée, entraîne le visiteur dans un merveilleux voyage dans le temps et dans l'espace. L’olivier est un arbre originaire de Phénicie, où il a été recensé il y a environ 7000 ans, ensuite importé en Grèce, puis à Rome et ailleurs, au gré des voies commerciales de l’époque, investissant tout le bassin méditerranéen. Dans le musée, cartes géographiques, photos et vidéos, permettent de suivre l'évolution de la culture, et de comprendre toutes les étapes de la production.

Les mille vertus de l'huile d'olive ont entraîné un développement massif de l'oléiculture, et l'invention d'outils de plus en plus efficaces pour broyer, presser, filtrer et obtenir la précieuse huile. Dans le musée, une collection d'objets usuels ou rituels, meules, scourtins, jarres, lampes à huile, huiliers de table, flacons d'onguents, … témoigne de la diversité des usages : lumière, lubrifiant, chaleur, alimentation, assaisonnement, cosmétique, médicament … Le bois d'olivier était tourné, les noyaux d'olives utilisés en combustible ou en engrais. Rien ne se perdait. La culture de l'olivier est devenue indispensable à la vie méditerranéenne. 

La production d'olives de Fratelli Carli (de la variété taggiasca, petite mais très goûteuse) est mise en valeur dans le restaurant qui jouxte le musée. Sous les yeux des visiteurs, les cuisiniers préparent toutes les spécialités ligures à base d'huile d'olive, dont les fameuses trofie al pesto. Ensuite, il ne reste qu'à faire son marché dans l'immense boutique voisine, l'Emporio Fratelli Carli. On y trouve tous les produits à base d'olive, de la sauce tomate à la crème revitalisante, des sardines jusqu'au panettone, dessert traditionnel de Noël…

Renseignements : www.museodellolivo.com et www.oliocarli.fr (en français)

Article publié dans le JTT du jeudi 2 juillet.

 


vendredi 26 juin 2020

Chronique littéraire : Les cerfs-volants, de Romain Gary

Une formidable histoire d’amour entre un jeune paysan normand, Ludo, et une aristocrate polonaise, Lila. Amour contrarié par l’origine sociale, et surtout par l’histoire, celle de la deuxième guerre mondiale, mais amour sublimé par l’imagination et l’espoir.

Les cerfs-volants du roman permettent de prendre de la hauteur par rapport à toutes les difficultés de la vie. A l’image de leur fabricant, Ambroise, oncle de Ludo, militant pacifiste et passionné d’histoire, qui fait flotter Jaurès ou Jeanne d’Arc, une étoile jaune ou la croix de Lorraine, à la barbe des Nazis. C’est sa résistance à lui. Les cerfs-volants, comme la gastronomie française, autre forme de résistance à l’ennemi, sont les symboles d’un imaginaire à développer pour ne pas sombrer dans la triste réalité de l’occupation, et garder l’espoir d’un dénouement heureux. Intrigue passionnante, personnages à la psychologie originale, documentation riche sur l’époque, éloge de l’irrationnel, de l’amour, de la mémoire, tout cela écrit dans un style fluide impeccable, font de ce roman un chef-d’œuvre intemporel.

Romain Gary, né en 1914 dans l'empire russe et mort en 1980 à Paris, a connu une vie aventureuse. Après sa scolarité à Nice, il devient journaliste et aviateur. Il rejoint le général de Gaulle à Londres en 1940. Résistant puis diplomate, il est aussi romancier, scénariste et réalisateur, il est également connu pour la mystification littéraire qui le conduisit, dans les années 1970, à signer plusieurs romans sous le nom d'emprunt d'Émile Ajar. Il est ainsi le seul romancier à avoir reçu le prix Goncourt à deux reprises sous deux noms différents.

Le roman « Les cerfs-volants » est disponible en poche chez Folio.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 18 juin.

 


jeudi 18 juin 2020

L' Arc-en-Ciel se met au vert

C’est sous les ombrages du parc du Chayla, à Tain, que les activités gymniques de l’Arc-en-Ciel, club senior local, ont repris mardi et vendredi. 

Pascale Duval, l’éducatrice sportive, après avoir maintenu le contact avec ses élèves pendant tout le confinement grâce à des vidéos postées sur les réseaux sociaux, a eu l’idée d’utiliser ce lieu de plein air, afin de remotiver ses troupes tout en respectant les mesures sanitaires (les gymnases ne sont pas réouverts au public).

Avec un cours de gymnastique tonique le mardi de 8 h 30 à 9 h 30, et deux cours de stretching le vendredi de 9 h à 10 h puis de 10 h à 11 h, les adhérents ont pu se dérouiller les muscles, profiter d’une convivialité retrouvée et remercier Pascale pour son investissement, tout cela dans une ambiance parfumée par les tilleuls en fleurs. Que du bonheur…

Les cours de gym et stretching de l’Arc-en-Ciel se poursuivront ainsi jusque fin juin, la reprise de l’aquagym est elle reportée en septembre. Renseignements : 07 71 27 36 62.

Article publié dans le JTT du jeudi 18 juin.

dimanche 14 juin 2020

Strasbourg, capitale européenne


La France étant maintenant ouverte aux voyageurs, pourquoi ne pas aller découvrir les beautés de l’Alsace ? Une destination « exotique », par ses traditions, sa cuisine, ses clochers pointus, ses cigognes. Et un grand point commun avec la vallée du Rhône : la vallée du Rhin et ses vignobles en terrasse.

Strasbourg, capitale de l’Alsace, cultive un riche patrimoine, entre cathédrale, maisons à colombage, canaux et musées. Mais une autre facette très contemporaine attire les visiteurs : le quartier des institutions européennes. Situé près de l’Orangerie, le Parlement européen, achevé en 1998, est un immense ensemble architectural, dont la façade vitrée de 13 000 m² symbolise la transparence démocratique de l’Union. C’est un endroit passionnant à visiter. Le symbole d’une ville qui a su garder son rayonnement à travers les siècles. Plus de deux millions de visiteurs de tous les pays l’ont déjà visité.
 
La visite, sur réservation, est très codifiée : Après les barrières de sécurité, il faut justifier son identité puis attendre l’accréditation. Un fonctionnaire accueille alors les groupes et les conduit dans les différents bâtiments. C’est un vrai labyrinthe, où on reconnait des espaces vus à la télévision : l’entrée sous la haie de drapeaux, le quartier de la presse, l’escalier d’honneur à double volée, le tapis rouge où passent les personnalités. La tour, haute de 60 mètres, abrite 1 133 bureaux sur dix-sept niveaux : son sommet semble inachevé, car il évoque un projet européen en perpétuelle construction. L’arc central du bâtiment accueille des espaces de travail, de communication, de détente. Il est coiffé d’un dôme sous lequel se trouve un hémicycle monumental, le plus vaste d’Europe, plus de 800 places, destiné à abriter les sessions mensuelles des députés de l’Union européenne. Quand ils ne sont pas en session plénière, on peut le visiter, sinon les commissions s’y réunissent. Détail ironique : les débats se déroulent en anglais, alors que les députés britanniques ont quitté les lieux avec le Brexit. Mais tous les pupitres sont équipés de casques qui traduisent simultanément les discours en 24 langues.

Le Parlement Européen représente la plus grande assemblée parlementaire élue au suffrage universel direct au monde. Sa visite est un excellent moyen de découvrir le travail de cette institution, ainsi que son impact en Europe et à travers le monde. Un impact qui a bien besoin d’être réinventé dans la cacophonie actuelle. A l’heure du Covid, le Parlement européen, privé de sessions parlementaires et de visites du public, a mis une partie de ses locaux à disposition de l’agence de santé pour devenir un centre de diagnostic du coronavirus. La réouverture aux touristes est attendue impatiemment.

Article publié dans le JTT.




lundi 8 juin 2020

Chronique littéraire : Les mains de Louis Braille, de Hélène Jousse

Constance, une scénariste de films, est subjuguée par le destin de Louis Braille. L’enfant né en 1809, devient aveugle par accident à l’âge de trois ans. Il grandit dans une famille bienveillante, qui l’envoie ensuite à Paris à l’âge de dix ans à l’Institut des Jeunes aveugles, afin d’apprendre à vivre avec son handicap. Mais le projet se transforme en terrible épreuve dans un internat sordide, géré par un directeur sadique. Malgré toutes les difficultés, Louis, par son génie et sa ténacité, mettra au point à l’âge de seize ans une méthode qui permettra enfin à tous les aveugles de pouvoir lire et écrire.

L’art de Hélène Jousse, c’est de mêler l’histoire dramatique de Louis, la plongée dans son monde obscur, sa foi lumineuse dans le progrès, avec la vie quotidienne de Constance, qui écrit un scénario de film sur lui. Une femme délicate et mélancolique, qui veut éviter le spectaculaire, le démagogique et doit s’affirmer contre son producteur. Heureusement, elle est épaulée par un personnage particulièrement farfelu, Aurélien, dans ses recherches, sa vision du film et même sa vie.

Un premier roman très réussi, écrit par une sculptrice qui a su donner vie à un personnage extraordinaire et méconnu. Chacun a entendu parler de la méthode Braille, mais peu savent quelle détermination il a fallu à son inventeur pour la mettre au point.  Louis Braille, un siècle après sa mort, a été enterré au Panthéon, parmi les grands hommes à qui la Patrie est reconnaissante.

Ce récit est disponible en poche chez J’ai Lu.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 4 juin.

jeudi 4 juin 2020

Saint-Paul-Trois-Châteaux, au coeur de la Drôme provençale

A 92 km de Tain, en un peu plus d’une heure de voiture, le dépaysement est total, Saint-Paul-Trois-Châteaux cultive une douceur provençale, à l’ombre de ses vieilles pierres.

Ne cherchez pas de châteaux, il n’y en a pas ! Le nom de la ville et de la région provient de la population gauloise qui l’habitait, les Tricastini, ce terme a été ensuite mal traduit au Moyen-Age. Ne pensez pas à Saint Paul, apôtre du Christ, ici il s’agit d’un autre Saint Paul, qui fut au 4è siècle évêque de la ville. Ne cherchez pas non plus d’évêché à Saint-Paul, pourtant, la ville est construite autour d’une superbe cathédrale de style roman provençal…

L’intérêt de Saint-Paul-Trois-Châteaux se découvre à pied, c’est un plaisir des yeux. Places ombragées de tilleuls, fontaines fleuries, petites ruelles à arcades, hôtels particuliers de pierre blanche, somptueuse cathédrale, les murs témoignent de la riche histoire de la cité. Occupée dès le néolithique, gauloise puis romaine, fief chrétien important au Moyen-âge, refuge de communautés juives, détruite en partie lors des guerres de religion, puis reconstruite, elle s’est épanouie au XVIIIe siècle, comme en témoignent les élégants hôtels particuliers construits avec la pierre extraite des carrières locales.


La position privilégiée de la cité, proche du Rhône et du Ventoux, entre collines et garrigues, a toujours attiré les hommes. On peut profiter d’un panorama à 360° sur la ville et ses alentours en grimpant jusqu’à la Chapelle Sainte-Juste, au sommet d’une falaise calcaire entourée de cèdres. Si maintenant les habitants travaillent plutôt à la centrale de Tricastin, la production d’olives, de vin AOC, de lavande, ainsi que le tourisme, les marchés, sont très développés. L’environnement et l’écologie sont des priorités locales.

De nombreuses festivités culturelles et sportives se succèdent à Saint-Paul au fil de l’année : salon du livre, marché de la truffe, concerts, spectacles, randonnées … hélas tous mis en attente en cette période de Covid19. La réouverture des terrasses, attendue avec impatience, permettra bientôt de profiter pleinement de l’ambiance méditerranéenne.


Article publié dans le JTT du jeudi 4 juin.

dimanche 31 mai 2020

Chronique littéraire : Le lion, de Joseph Kessel

Un texte magnifique, paru en 1958, qui a gardé toute sa force et sa beauté. C’est l'histoire d’une amitié entre une fillette nommée Patricia et un lion appelé King. Patricia est la fille de l’administrateur du parc national du Kenya. Un jour, un lionceau minuscule, faible et affamé, y a été trouvé par les rangers et est devenu la mascotte de Patricia. Il a grandi avec elle, jusqu’au moment où devenu un animal puissant, il a été rendu à la vie sauvage. Mais Patricia, à 10 ans, continue de le retrouver chaque jour pour jouer avec lui en pleine jungle.

Un visiteur du parc, happé par la nature et la faune sauvage, est témoin de leur complicité, qui le fascine autant qu'elle l'intrigue. Il prolonge son séjour dans le parc, pressentant un conflit familial et un drame qu'il devine inéluctable. Car, si le père de Patricia, John Bullit, respecte la communion de sa fille avec la nature sauvage, sa femme Sybil voudrait l’éloigner pour qu’elle reçoive une bonne éducation. La description de la vie des animaux de la jungle, celle des différentes tribus locales, Masaï et Kikouyous, les rites, les difficultés et les beautés de la vie dans la réserve, sont évoqués dans un style fluide et précis. Un voyage éblouissant au pays des grands fauves, avec des personnages attachants et une intrigue passionnante.

Joseph Kessel (né en 1898 en Argentine et mort en 1979 dans le Val-d'Oise), est un des plus grands romanciers français du XXè siècle. Aviateur pendant la Première Guerre mondiale, il tire de cette expérience humaine son premier grand succès littéraire, L'Équipage, publié à 25 ans. Après la guerre, il se consacre au journalisme et à l'écriture romanesque. Correspondant de guerre au début de la Seconde Guerre mondiale, il rejoint ensuite le général de Gaulle à Londres. C’est lui qui compose avec son neveu Maurice Druon les paroles du Chant des Partisans qui devient l'hymne de la Résistance. Il finit la guerre comme capitaine dans l'aviation. Après la Libération, il retourne aux voyages dont il tire de grands reportages et la matière de ses romans. Il est élu à l'Académie française en 1962. 

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 28 mai 2020.

jeudi 28 mai 2020

Les cygnes du bord du Rhône, une histoire naturelle passionnante


Après une quarantaine (en plein air, pas confinée) de jours passés bien au chaud sous le ventre de leur mère, les oeufs de Madame Cygne viennent enfin d’éclore. Trois poussins samedi, trois autres, dimanche, les naissances, comme la ponte, sont échelonnées. C’est émouvant de voir la maman retourner délicatement les œufs pour aider les petits à se dégager de la coquille. Le premier bain aussi est une merveille de délicatesse. Les promeneurs du bord du Rhône se régalent de ce spectacle naturel et partagent ainsi un moment de convivialité avec les habitants du quartier.

Les petits cygneaux sont d'abord gris et, après une année environ, leur plumage devient blanc. Ils suivent leur mère pendant les premiers mois. Le mâle et la femelle sont très protecteurs. Leurs becs sont puissants. Alors ne vous approchez pas trop ! Chaque année, quelques jours après les naissances, les cygnes du Rhône retournent en famille vers l’embouchure du Doux, leur domicile habituel.

Les Cygnes appartiennent à la famille des anatidés. Leur grand cou souple est soutenu par 24 vertèbres cervicales, leurs pattes sont palmées et leurs belles plumes blanches très appréciées. Ils sont parmi les plus gros oiseaux volants, pesant jusqu'à 15 kg et mesurant 1,50 m environ. Comme ils sont lourds, il leur faut beaucoup de distance pour s'envoler, mais ils volent très bien. Les cygnes sont herbivores, ils se nourrissent dans l'eau et sur terre, de racines, de tubercules, de plantes aquatiques. Ils mangent environ 3 à 4 kg de nourriture par jour. Le pain sec est néfaste pour eux, car ils ne tolèrent pas la farine et l'amidon. Pire : si on leur jette du pain, cela attire les corneilles, qui attaquent les cygneaux.

Les cygnes s'accouplent et vivent ensemble plusieurs années. Leur nid, constitué de roseaux et autres végétaux aquatiques, mêlés de boue, est édifié sur la terre ferme, à proximité de l'eau. Il peut mesurer 2 mètres à la base et une soixantaine de centimètres de hauteur. Le mâle se charge de rechercher des matériaux et de les apporter à la femelle, qui les dispose ensuite. Cette construction importante perdure d'une année sur l'autre et est alors réaménagée et consolidée. À son sommet, la femelle façonne un creux de 10 à 15 centimètres de profondeur qu’elle tapisse d'un peu de duvet et de fins éléments végétaux. C’est là qu’elle pond ses œufs, à raison d’un à deux par jour. Il faut compter environ quarante jours de couvaison, Madame Cygne reste alors sagement sur son nid, tandis que Monsieur Cygne se charge du ravitaillement et de la sécurité.

Leur majesté, leur élégance, font que de tout temps les cygnes ont été l’objet de légendes. Ainsi l’argument du célèbre « Lac des cygnes » : le prince Siegfried chasse en forêt, il arrive près d’ un lac, royaume du sorcier Rotbart. Celui-ci retient une princesse prisonnière. Il lui a jeté un sort : la jeune fille, transformée en cygne, ne peut reprendre son apparence humaine qu'au coucher du soleil. Et ne pourra être délivrée que par un homme qui l'aimera …

Et pour terminer, une expression qui remonte à l’Antiquité grecque : « le chant du cygne ». Elle vient du fait que juste avant de mourir, le cygne chante davantage et avec plus de force. Avec une longévité moyenne d’environ 20 ans, on peut espérer ne pas l’entendre, et revoir les cygnes nicher au bord du Rhône au prochain printemps.


Article publié dans le JTT du jeudi 28 mai.

lundi 25 mai 2020

Coiffeur mode d'emploi





Avec le déconfinement, de nouvelles mesures sanitaires ont été prises par les coiffeurs. Exemple chez JR à Tain. A l’extérieur, le décor, avec ses vitrines vintage, semble tout-à-fait normal. A l’intérieur, quelques changements, mais le salon reste agréable, il ne ressemble pas à une salle d’urgences, il a même gagné en espace, car de nombreux objets de collection ont été retirés pour faciliter la circulation et le nettoyage complet chaque soir. Une affiche en évidence stipule les préconisations du gouvernement, afin de protéger les clients comme le personnel. JR et son employée Lucie les observent scrupuleusement : ils ont revêtu lunettes, masque et gants. Un fauteuil sur deux est hors d’utilisation, ce qui limite le nombre de clients simultanés à 3 maximum, uniquement sur rendez-vous pour planifier les passages.

JR a prévenu ses clients : N’oubliez pas votre masque. Un gel hydroalcoolique est mis à votre disposition à l’entrée. Nous ne vous accueillons plus comme d’habitude : pas de vestiaire, vous gardez vos vêtements. Vous prenez vous-même le peignoir dont vous avez besoin, il est à usage unique, vous le glisserez à la fin des soins dans le panier de linge sale. Idem pour les serviettes. Pas de magazines, prenez votre smartphone. Pas de toilette, prenez vos précautions. Pas de petit café convivial. Vous gardez votre sac près de vous, nous ne touchons aucun objet personnel. 

Lors de l’entretien d’une barbe, JR enfile en plus une visière, car les barbes sont des réservoirs à germes. D’ailleurs, plus question de soin à l’ancienne, au blaireau, il ne faut plus toucher la peau, donc rasage à sec. Pour la coiffure, tout se passe comme d’habitude. Les brosses, peignes, ciseaux, etc… sont désinfectés après chaque client, ainsi que le fauteuil et le bac utilisés. La couleur, la coupe s’effectuent normalement, même s’il est un peu difficile de soutenir la conversation avec les masques. C’est au mome
nt de sécher les cheveux qu’une nouvelle contrainte apparaît : il faut utiliser les sèche-cheveux en mode doux, et avec un diffuseur, en direction du miroir, pour éviter de pulvériser les particules sur les professionnels et dans tout l’espace. Ce qui explique aussi l’arrêt de la climatisation du salon.

Enfin, passage au comptoir pour payer, par carte, sans contact, par chèque (stylo personnel conseillé) ou en espèces. JR a même déniché un vieux distributeur vintage pour rendre la monnaie ! Toutes ces précautions sanitaires engendrent un surcroît de travail et un matériel à renouveler. JR demande 2€ de participation en plus, alors qu’à Paris les suppléments flambent. Il ne reste alors qu’à ouvrir la porte (poignée désinfectée après passage).
Quelques petites contraintes, donc, mais le plaisir de se sentir bien coiffé le vaut bien !

Article publié dans le JTT du jeudi 21 mai.

vendredi 22 mai 2020

Chronique littéraire : Les loyautés, de Delphine du Vigan


Être loyal à soi-même, à ses souvenirs, à ses promesses, aux autres… C’est la difficulté qu’affrontent les quatre personnages, deux adultes et deux enfants. Tous sentent que quelque chose cloche autour d’eux, mais sans pouvoir déterminer quoi, et intervenir.

Hélène, prof de Sciences naturelles, se rend bien compte que Théo ne tourne pas rond.  En garde alternée, une semaine chez son père, une semaine chez sa mère, il a un comportement d’évitement au collège qui cache un profond mal-être. Cécile, mère au foyer, a découvert que son mari n’est pas l’homme qu’elle croyait, et que Mathis, son fils se laisse entraîner par Théo sur une mauvaise pente. Comment réagir ? Ces deux femmes, sensibles à la détresse des autres à cause de leur passé difficile, ne savent plus si elles imaginent les difficultés, ou si elles sont dans le vrai.  Le roman social devient un thriller dramatique. Théo qui décroche de plus en plus arrivera-t-il à s’en sortir ? Et comment réagira Mathis ? Un roman choral d’une redoutable acuité. Pas un mot de trop, une connaissance parfaite de la psychologie des personnages, cette histoire qui sonne vrai est un coup de poing à l’estomac. 

Delphine de Vigan, née en 1966 à Boulogne-Billancourt, est l’auteure d’une dizaine de romans qui ont obtenu de nombreux prix. Et l’heureuse compagne de François Busnel, l'animateur de la Grande Librairie.
"Les Loyautés" est maintenant disponible en Livre de poche.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 21 mai.

mercredi 20 mai 2020

L'opinion d'une maîtresse de maternelle-CP sur la réouverture des écoles

Il y a 50 jours, brutalement, sans prévenir, toutes les écoles ont dû fermer. Et les mêmes décideurs veulent maintenant les faire réouvrir.

Dans une classe de maternelle, chaque jour, disent les programmes, on apprend à « vivre ensemble ». A partager nos jeux, à prêter une gomme, à chercher des solutions quand on a un problème, à aider un copain à fermer son manteau ou à finir sa construction. Vivre ensemble, on y travaille au quotidien depuis des mois : grandir en allant à la rencontre de l’autre, s’enrichir des échanges, faire confiance et devenir de plus en plus capables de vivre en groupe. Désormais l’autre c’est la méfiance, la protection, la distance. L’école est truffée de signaux d’alerte, de sens interdits, de barricades.

Le deuxième pilier de l’école maternelle, c’est celui du langage. Échanger au sujet d’une histoire qu’on vient de lire, raconter ses aventures du week-end, se parler de nos soucis, sourire ou mimer, faire des grimaces aussi. Faire répéter, imiter pour corriger les défauts de prononciation de nombreux enfants ou simplement pour articuler un mot difficile. Apprendre à lire en associant les mouvements de la bouche aux sons que l’on produit. Désormais le langage sous son masque n’a presque plus de visage.

Dans notre classe, nous pouvons circuler librement, parfois nous rouler par terre, nous coucher sur le banc, ramper sous une table ou se mettre en chaussettes pour grimper sur un coussin ... Parce qu’à notre âge bouger est un besoin vital. Désormais chacun doit se tenir toute la journée à sa place, en classe comme en récréation, désormais on se déplace en suivant un sens de circulation.

Dans notre classe, le contact physique est rassurant. On se range par deux, on a parfois besoin de câlins pour soigner un chagrin, on remet nos barrettes dans les cheveux, on se tient par la main, on se fait des bisous. Il y a des ATSEM toujours là pour nous aider à moucher un nez qui coule, enfiler une chaussure, parfois nettoyer un petit accident. La classe est un endroit qui sécurise autant qu’il inspire : on y prépare des gâteaux pour les anniversaires, en léchant à tour de rôle la cuillère et en suçant nos doigts. Et on déguste notre part sur laquelle un copain vient de souffler très fort !

Désormais on respecte un mètre de distance et on désinfecte chaque chose que vous avez touchée. C’est là tout ce qui fait que cette classe est un endroit vivant, bouillonnant, joyeux, chaleureux. Humain. L’école qui a ouvert cette semaine, ce n’est pas cette école : certains adultes imaginent que nous pourrons faire classe sans rien toucher, sans bouger, en restant éloignés les uns des autres. Ils ont dû oublier que l’école ça ne pouvait pas être ça. On ne peut pas faire des enfants des petits robots inactifs, passifs, à qui l’on apprend à se méfier de l’autre. Faire de la classe un endroit où l’on a peur de tomber malade. Faire que les familles aient peur de mourir à cause de l’école.
Certains enfants ne reviendront même pas à l’école, il faudra vider leur pupitre, revoir le travail qu’ils n’ont jamais pu terminer, retrouver leur crayon grignoté, leur livre de bibliothèque préféré. Mettre leur matériel dans un sac poubelle, comme si on mettait le reste de l’année aux vidanges.

Si j’avais pu, j’aurais tellement aimé se dire au revoir autrement. Terminer l’année sous un soleil éclatant, en pleine canicule, avec une belle fête pour prendre le temps de se dire qu’on va se revoir l’année prochaine. Si j’avais pu, j’aurais pris le temps de vous regarder dans les yeux et vous dire à quel point je suis fière de tout le chemin que vous avez accompli. J’aurais pris le temps, chaque jour, de terminer la mission que je me suis donnée à la rentrée.

Prenez soin de vous mes élèves. J’espère que vous garderez votre soif d’apprendre au cours des prochaines semaines, que vous aurez la force de rester des enfants malgré l’absurdité du monde de certains adultes.

Article de ACC publié dans le JTT du jeudi 21 mai.

mardi 19 mai 2020

Chronique littéraire : Martin Eden, de Jack London

Martin Eden, c’est l’histoire d’un parcours exceptionnel. Petit voyou miséreux, puis marin bagarreur, doté de courage, de charme, de franchise, Martin découvre un jour le monde bourgeois et tombe amoureux d’une jeune fille de la haute société. Il décide de jeter toutes ses forces dans l’étude, pour atteindre le niveau de celle qu’il aime et la conquérir. Dévore les ouvrages de la bibliothèque, se constitue une culture solide en tous domaines, élabore une philosophie personnelle, et une critique argumentée de la société.

Martin Eden, c’est aussi l’histoire de la création littéraire. Un jour, il se met à rédiger un essai, puis des poèmes, et découvre les joies de l’écriture. Une passion dévorante qu’il nourrit de ses lectures. Des heures, des mois, passés à écrire, dans une abstinence totale, d’où il émerge hagard, épuisé. Il survit misérablement. Envoie inlassablement des articles à des revues qui les refusent. Sa belle ne le comprend pas, elle rejette ses textes pourtant talentueux et novateurs, parce que violents, crus, réalistes, heurtant les règles étriquées des bien-pensants.

Martin Eden, c’est l’histoire de la société. Quand le succès arrive, tous ceux qui l’avaient rejeté, méprisé, ignoré, se pressent autour de lui. Il ne comprend pas ce revirement, il est le même homme, quand il écrivait son œuvre, dans des conditions misérables, personne ne l’a soutenu, encouragé. La société bourgeoise qu’il pensait éclairée révèle son vide intellectuel, sa soumission aux apparences. Il n’appartient plus à la société des pauvres, ni à la société des riches. Son malaise est total.  

Ce roman foisonnant, n’est pas autobiographique, mais se nourrit du vécu de Jack London, (1876-1916), écrivain et aventurier américain mondialement connu (auteur de Croc Blanc, L’appel de la forêt), décédé à 40 ans, après avoir flambé sa vie. La description de San Francisco dans les années 1900, les différentes couches de la société, les bagarres, l’alcool, l’appel du large, les affres de la lecture, de l’écriture, l’attente de la reconnaissance de son talent, la découverte du socialisme... tout cela, Jack London l’a connu.

Martin Eden est disponible en poche chez Folio Classique.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 14 mai.





samedi 16 mai 2020

Opticien Mobile, un nouveau service de proximité


Les Opticiens Mobiles sont des professionnels de la santé visuelle, qui se déplacent sur rendez-vous chez des particuliers, dans les établissements médico-sociaux, les EHPAD, les entreprises … Ils font partie d’un réseau national qui existe depuis 5 ans et obéissent à une charte de qualité, certifiée NF pour le service aux personnes à domicile.

Pas question pour eux de contourner les ophtalmologistes ! L’Opticien Mobile fait à domicile ce que fait l’opticien de ville. C’est-à-dire : les bilans visuels, l’éventuelle détection de problèmes, l’orientation vers un ophtalmo le cas échéant. Il propose des solutions personnalisées, met à disposition un choix de modèles de lunettes correctrices, lunettes de soleil, loupes et accessoires. Il assure la livraison et l’ajustement ainsi que le service après-vente, dans les mêmes conditions que le magasin auquel il est rattaché.

Un service qui intéresse les personnes peu disponibles ou ne pouvant se déplacer. Dans les maisons de retraite, le passage de l’Opticien Mobile est très apprécié : les pensionnaires sont enchantés de bénéficier d’un dépistage visuel, de tester de nouvelles lunettes ou faire réparer les leurs, sans avoir besoin de sortir, une contrainte pour l’institution comme pour eux. Sans compter le plaisir de la visite ! Certaines entreprises et même des municipalités organisent à leur tour grâce aux Opticiens Mobiles un dépistage individuel de vue pour leurs employés. Il arrive que des problèmes négligés soient alors identifiés. Libre à chacun ensuite de suivre ou non les conseils donnés.

Eva Dermarsoubian est en charge du secteur Romans-Valence-Tournon. Après avoir travaillé comme opticienne en magasin, elle a choisi cette variante du métier pour la richesse des contacts et la diversité des rencontres. La visite chez les personnes fragiles exige du tact, de la disponibilité et une bonne faculté d’adaptation. En pratique, il faut la contacter par mail ou téléphone. Le rendez-vous à domicile pour le bilan visuel coûte 19€ non remboursés. Elle se déplace alors avec deux valises de matériel et installe un véritable espace vision dans le strict respect des conditions d’hygiène.

Un service encore plus précieux en temps de confinement !
www.lesopticiensmobiles.com

Article publié dans le JTT du jeudi 14 mai.




mercredi 13 mai 2020

Chronique littéraire : Manifesto, de Léonor de Récondo


Reprenant sa veine autobiographique, Léonor de Récondo fait dans ce texte le récit de sa dernière nuit au chevet de son père.  Félix est hospitalisé, au dernier stade de la vie, sa femme Cécile et leur fille Léonor sont restées dans la chambre.

Malgré le thème, le récit est doux, lumineux même. Il entrecroise les souvenirs vécus par Léonor et ceux d’une vie très ancienne de Félix, une vie qu’elle n’a pas connue. Son enfance choyée à Guernica, la rencontre avec Ernesto (Hemingway), la guerre d’Espagne, la fuite en France, l’exil. Ses mariages, ses enfants, ses deuils.

C’est par l’expression artistique que Félix et Léonor ont forgé leur connivence. Lui, à travers la peinture, la sculpture, elle, par le violon, l’écriture. Félix ira jusqu’à fabriquer de ses mains pour sa fille un violon, œuvre d’art unique.

L’alternance des points de vue, une vie à facettes qui se dessine peu à peu, rendent le récit léger et vibrant. On ne se lamente pas, on découvre un homme au destin chaotique, mais d’une grande force de vie et d’espoir.

Léonor de Récondo, née en 1976 à Paris est une violoniste et écrivaine reconnue.
Son récit Manifesto est maintenant disponible en poche chez Points.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 7 mai.

dimanche 10 mai 2020

Bilan du confinement


Jusque-là je n’avais jamais le temps … mais cette fois j’ai eu le temps !
- Ménage impeccable, jardin au cordeau, placards rangés, vêtements triés
- De nouvelles recettes de cuisine testées avec plus ou moins de succès
- Les livres à relire ont été relus, les vieux films, les cd, redécouverts
 - les albums photos sont triés, rangés
      - j’ai fait de la gym avec Whatsapp grâce à Pascale, l’animatrice sportive de Tain-Tournon, j’ai dansé, chanté, toute seule
      - j’ai dit bonjour à des gens que je ne connaissais pas, découvert mes voisins, affirmé mon affection envers mes amis, ma famille
      - j’ai fait des économies d’essence, de sorties, de petites achats inutiles
      - j’ai même recommencé à étudier l’italien !

Alors, avant le déconfinement, je prends de grandes résolutions : je continuerai à
- dire bonjour aux passants, sourire à la boulangère, demander des nouvelles aux voisins
      - faire un peu de gymnastique, des exercices d’italien, de la cuisine maison
      - fréquenter les magasins du centre, le marché, les circuits courts.
- aller à la librairie car j’ai faim de livres, et je refuse de sponsoriser Amazon
      - Me promener longuement en contemplant la nature…

Le plus dur sera de me déshabituer des écrans, téléphone, télévision, réseaux qui ont meublé mon temps de confinement. Un nouveau challenge !

Pas belle la vie ?


Article publié dans le JTT du jeudi 7 mai.




jeudi 7 mai 2020

Une gourmandise de saison : les beignets de fleurs d'acacia


Avez-vous senti le parfum sucré des acacias, actuellement en pleine floraison ? Cette odeur suave enivre le promeneur, comme une promesse de gourmandise. En effet, il est temps de préparer un dessert original mais éphémère : les beignets de fleurs d’acacia. Une recette simple, rapide, pas chère et tellement savoureuse !
Alors, cueillez une douzaine de fleurs d’acacia et suivez le mode d’emploi :

Pour 4 personnes, il faut :
-          60 g de sucre
-          Une cuiller à café de rhum
Laver les fleurs, les égrapper, les mettre dans un bol avec le sucre et le rhum, mélanger régulièrement pendant 2 heures.
Pour la pâte à beignets : Mélanger dans un saladier
- 125g de farine
- Une cuiller à café de levure
- 1 œuf
- Une cuillère à soupe de sucre
- Une cuillère à soupe d’huile
- Une pincée de sel
- Un verre d’eau
laisser reposer pendant deux heures.

Enfin, mélanger le contenu du bol avec celui du saladier, ajouter un peu de farine si la pâte semble trop liquide. Faire cuire par cuillerées dans une poêle chaude et huilée, comme de petites crêpes.



Remarque : il existe une version plus raffinée : les fleurs d’acacia en beignets. On conserve alors la grappe intacte avant de la plonger dans une pâte à frire puis dans un bain de friture.

Bon appétit !

Article publié dans le JTT du jeudi 7 mai 2020.

lundi 4 mai 2020

Chronique littéraire : Un océan, deux mers, trois continents, de Wilfried N’Sondé


Grands espaces, mais plongée dans un monde d’obscurantisme. Au début des années 1600, au Congo, le roi local demande à un jeune prêtre brillant d’être son premier ambassadeur au Vatican pour plaider sa cause. 

Honoré par cette mission et peu méfiant, Nsaku Ne Vunda, baptisé Dom Antonio Manuel lors de son ordination, découvre que le bateau sur lequel il embarque à Luanda est un navire négrier, qui se rend d’abord au Brésil décharger sa cargaison humaine. S’il bénéficie d’une position privilégiée, Dom Manuel doit supporter sans pouvoir intervenir le calvaire vécu par les esclaves, ses frères de couleur. Il décide de porter à la connaissance du Pape cette ignominie, espérant que celui-ci interviendra alors auprès des rois d’Espagne et du Portugal, responsables du trafic humain.

Le périple est long et rempli d’embûches. Le navire arrive enfin au Brésil, décharge, recharge, repart, mais il est attaqué en mer des Caraïbes par des pirates. Dom Manuel en réchappe, trouve refuge à Lisbonne, avant d’être emprisonné et torturé par l’Inquisition en Espagne. Mais la dernière traversée, celle de la Méditerranée, en direction de Rome et du Pape, sera douce.

Cette fresque historique, géographique, est aussi un roman de formation. Comment un jeune prêtre exalté et naïf découvre le monde, ses turpitudes, et survit grâce à l’amour et à une foi lumineuse. Une belle histoire d’exploitation des hommes, de mondialisation sauvage, de folie religieuse, qui résonne dans notre époque. Un roman magistral, très documenté, soutenu par une langue poétique, parfois envoûtante comme un conte africain. Les esprits des ancêtres veillent.

Wilfried N’Sondé, né à Brazzaville en 1968, a vécu en Allemagne et en Suisse, il habite actuellement à Paris. Professeur, musicien, écrivain, il est particulièrement bien placé pour parler de l’immigration, de la rencontre des cultures, qu’il aborde toujours dans un idéal de fraternité.

Ce roman est disponible en format poche chez Actes sud, collection Babel.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 30 avril.

samedi 2 mai 2020

Journal de confinement : Les conseils du Professeur Cyrulnik


Le professeur Cyrulnik, célèbre neuropsychiatre français, auteur de nombreux ouvrages qui font référence, est connu comme le chantre de la résilience, cette capacité de chacun à se reconstruire après une douloureuse épreuve. Interrogé par les médias pour donner quelques conseils aux confinés, il a rappelé la nécessité de conserver des rituels horaires, mais ajouté que pour bien assumer la situation, il fallait se ménager chaque jour un temps pour l’action, un autre pour l’affection, et enfin un pour la réflexion.

L’action, c’est le plus facile à réaliser au quotidien, ce peut être faire du ménage ou de la gymnastique, du bricolage ou de la couture, du jardin, de la cuisine…

L’affection est limitée par le confinement, mais elle existe pourtant. On la reçoit et on la donne par des messages, des appels téléphoniques, le salut lointain aux voisins, les applaudissements du balcon, un sourire au passant…

La réflexion semble plus difficile, pourtant le moment est idéal pour se poser des questions, s’interroger sur soi-même, sur les autres, sur la vie, méditer, à travers une lecture, un film, une musique, des souvenirs … En écrivant un message, une lettre, un journal, en contemplant la nature.

Boris Cyrulnik sait que nous sommes très inégaux face au coronavirus, mais aussi face au confinement, et même face au traumatisme futur. Il faudra développer les fameuses qualités de résilience qu’il prône. Mais il est optimiste, car, pour la première fois, les politiques privilégient la vie des individus à l’économie du monde. Un signe de changement possible dans l’échelle des valeurs, un espoir pour le futur.

Plus belle la vie ?

Article publié dans le JTT du jeudi 30 avril.

jeudi 30 avril 2020

Edward Hopper, peintre de la solitude et de la distanciation sociale


Edward Hopper (1882- 1967) est le plus célèbre des peintres américains. Ses paysages urbains ou naturels, sa mise en scène de la vie quotidienne dans les années cinquante, l’ont imposé comme un maître du réalisme et de la couleur. Mais pas seulement : il se dégage de ses toiles une ambiance mystérieuse, voire angoissante. Quelques personnages mélancoliques sont figés dans un univers froid. Routes et voies ferrées vides traversent ses toiles, illustrant le gigantisme des paysages américains, granges et stations-service abandonnées suggèrent l’absence de l’homme.
Hopper est un cinéphile averti, ses toiles ressemblent à des scènes de vie saisies au vol. Mais des scènes désertées comme le sont nos villes en pleine pandémie. Son œuvre a souvent influencé le cinéma et la littérature : Alfred Hitchcock s’en est inspiré pour les décors de ses films d’épouvante. Cette année, Wim Wenders a réalisé, spécialement pour l’exposition Hopper qui se tient à Bâle en Suisse, un court-métrage dans lequel les tableaux de Hopper s’animent et deviennent de petits films.


Après des études à la New-York school of arts, puis des voyages en Europe pour parfaire sa formation en étudiant les grands courants de peinture, Hopper s’installe en 1908 comme illustrateur à New-York. Il se dégage rapidement de l’impressionnisme pour affirmer son trait et ses aplats de couleurs tranchées. Passionné d’architecture et de navigation, il représente les maisons de la côte Est, les phares, les voiliers, avec une grande précision. Explore la relation entre l’homme et la nature. Entre les deux guerres, Hopper expose avec un succès croissant aux USA. Pourtant, en Europe, où règne l’abstraction, il n’est ni reconnu ni exposé. Il faudra attendre les années 2000, bien après sa mort, pour que le Vieux continent s’intéresse à lui. La consécration internationale est alors immédiate, comme en 2012 au Grand-Palais à Paris.

La Fondation Beyeler de Bâle a réuni une soixantaine d’œuvres issues de collections particulières pour son exposition de printemps. Aquarelles, dessins, huiles, dans un jeu d’ombre et de lumière, mettent en évidence l’influence de l’environnement sur l’homme, et son immense solitude. Hopper est vraiment le peintre de la vie moderne, jusque dans la représentation involontaire de la vie figée que nous vivons actuellement.

L’exposition est évidemment fermée au public, mais on peut consulter le site : https://www.fondationbeyeler.ch/fr/edwardhopper

Article publié dans le JTT du jeudi 30 avril 2020.

lundi 27 avril 2020

Chronique littéraire : Au grand lavoir, de Sophie Daull


Sophie Daull est une femme qui a terriblement souffert, mais qui s’est relevée par l’écriture. Après avoir raconté la mort de sa fille de seize ans, dans un lumineux livre de deuil (Camille, mon envolée), puis retracé le portrait de sa mère, assassinée lorsqu’elle-même avait 19 ans (La suture), elle termine cette trilogie dramatique en se penchant du côté du meurtrier de sa mère. Etrangement, ni pathos, ni règlement de compte, dans une écriture à fleur de peau mais maitrisée, elle imagine une confrontation imaginaire entre elle, l’écrivaine, et lui, l’assassin, sorti de prison.

Le personnage fictif que crée Sophie a purgé sa peine, puis vécu une autre vie, il est maintenant en réinsertion, jardinier municipal dans une petite ville. Mais il suffit d’un élément étranger pour qu’il se retrouve confronté au passé qu’il voulait oublier : une émission de télévision où il reconnaît l’auteure, venue présenter son livre. A deux voix, le roman raconte les pensées qui traversent les deux personnages, en route vers une rencontre improbable. Une belle et pudique réflexion sur la punition, le pardon, le repentir.

« Au grand lavoir », on nettoie, on frotte, on gratte pour enlever les taches du passé. Pour l’auteure, c’est une façon de laver sa rage, sa douleur, d’être maîtresse du jeu. Grâce à la littérature, compagne de renaissance.

Sophie Daull, née à Belfort en 1965, est comédienne et écrivaine.
« Au grand lavoir », ainsi que ses deux autres romans, sont disponibles en Livre de poche.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 23 avril.