jeudi 14 juin 2012

Le Creux du Vent et les Gorges de l'Arrose


(Les puristes rectifieront l’orthographe)

Vous avez déjà vu Eric stressé ? Non ? Ben nous, oui.
Il faut dire que ce n’était pas gagné, lundi : mauvaise nuit, long trajet sous la pluie, accueil frisquet à la Ferme Robert, météo décourageante. Un chemin escarpé dangereux, boueux, entre racines et pierres glissantes, pour monter à l’assaut des falaises, et, après tant d’efforts, arrivés au sommet, à 1465m, un épais brouillard. Pas de vue. Mais d’autres surprises: un extraordinaire foisonnement de fleurs, renoncules, anémones, gentianes, orchis, myosotis… Les formes fantomatiques des hêtres dans la prairie. Les murets de pierre, véritables œuvres d’art, avec leurs ouvertures calibrées. Et partout les trilles optimistes des oiseaux.
Pique-nique à l’abri. Ironie : le refuge s’appelle le Soliat, c’est-à-dire soleil !

Prendre son temps, manger au sec, tandis que les capes s’égouttent, faire contre mauvaise fortune bon cœur, on est très forts pour cela. Nous plaisantons sur le poster du site, pris un jour de grande visibilité, apprécions le refuge rustique, avec son grand feu dans l’âtre, la réserve de bois bien rangé, les saucisses qui sèchent, pendues au milieu des cloches, les bouteilles de fée verte  en vente libre, et les œufs de poules heureuses !
On entend des vaches, mais on ne les voit pas, tant mieux, car elles sont laides, génétiquement modifiées, des gros réservoirs à lait, sans cornes.

En sortant, un vent violent nous saisit, la luminosité change. Les nuages se bousculent, tourbillonnent, le ciel vire du noir au gris, et soudain, le voile se déchire, et le cirque rocheux apparait dans toute sa beauté. Un arrondi parfait, des falaises calcaires vertigineuses, une forêt touffue en contrebas. Le spectacle est magnifique. Tout l’horizon se dégage, les villages, les crêtes voisines, verdure à l'infini, le soleil apparaît, on peut même apercevoir le lac de l’autre côté. Et les bouquetins gambadent autour de nous. Comme Eric !
Tonnerre, grêle, les éléments jouent avec nous. Puis de nouveau soleil et douceur, les gentianes bleues  se déploient, éclatantes.

Le soir, honneur aux spécialités locales : absinthe, vin de Neuchâtel, fondue au vacherin fribourgeois et gruyère, röstis et saucisses maison, cornets à la crème, présentés sur leur support de bois… Ambiance chaleureuse, l’aubergiste nous fait visiter sa collection de cloches, et l’exposition sur le patrimoine naturel. Les douches sont chaudes, les chambres proprettes. Idyllique ? Pas tout-à-fait, il paraît que certains ronflent!

Deuxième matin pluvieux. On s’en fiche, dans les gorges, les nuages ne nous gêneront pas. Et d’abord, une petite distraction : le trajet en train jusqu’à Boudry, où nous commençons à remonter l’Areuse en furie. Plus nous nous enfonçons dans la faille, plus le décor est spectaculaire, les eaux tumultueuses ont creusé un étroit défilé, le sentier passe d’une rive à l’autre, entre les falaises, par des passerelles aériennes, les cascades succèdent aux chutes d’eau, aux marmites bouillonnantes. Un grondement assourdissant domine tout.  Un nuage de gouttelettes projetées se mêle à la brume, nous sommes vaporisés d’ions négatifs. Sourires extatiques, nous nous émerveillons devant ce chaos de pierres sculptées, d’eaux rugissantes, où pousse une végétation de création du monde. Un dégradé de verts, défi à l’équilibre, fougères, mousses, noisetiers, résineux, égayés de géraniums et pélargoniums sauvages, tapissent les rives, envahissent les rochers, grimpent à l’assaut des falaises.

Pique-nique sur des troncs d'arbres, le soleil se montre parcimonieux, juste le temps de voir un héron et …des girafes. Débriefing copieux, enfin, au café de Noiraigue : noires eaux, on l’avait compris.

Entre Soliat et Noiraigue, une nature somptueuse et indomptée, modelée par des forces telluriques. Et nous, petits humains avides de sensations inédites, avons eu la chance de profiter de ce décor grandiose.
Merci, Eric !

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