jeudi 8 mars 2012

Ma chronique littéraire : "Purge", de Sofi Oksanen


Après avoir commenté pendant 10 semaines bénévolement les livres nominés au concours du Prix des Hebdos en région, j'ai été invitée à partager mes coups de cœur littéraires avec les lecteurs du JTT. En tant que correspondante rémunérée ! 2 articles par mois, à 15€ le texte.Vous pigez ? 
Pour me différencier des habituelles critiques de nouveautés, j'ai choisi de m’intéresser à un domaine particulier : les dernières sorties en « livre de poche ». Pourquoi ? Parce que ces parutions, au bout d’un an, remettent en valeur les ouvrages les plus intéressants de l’année écoulée. Le tri étant fait, les ouvrages édités en « poche » sont des valeurs sûres, à prix modique.

 Aujourd’hui,  Purge, de Sofi Oksanen.
Livre traduit du finnois par Sébastien Cagnoli.
Prix Femina étranger et Prix du livre Fnac 2010.

Sofi Oksanen est une jeune auteure finlandaise d’origine estonienne, née en 1977. Son premier roman édité, magistral, fait découvrir, à travers l’itinéraire de deux femmes, l’histoire tragique de l’Estonie entre 1940 et 2000. Un petit pays en quête d’indépendance, écrasé d’abord par l’armée rouge, puis envahi par les nazis, et de retour sous la domination russe, de 1945 jusqu’à sa récente autonomie.

Deux femmes que tout sépare : Aliide, vieille paysanne estonienne misanthrope, et Zara, jeune prostituée russe paumée, essayant d’échapper à son souteneur. Zara, à bout de forces, s’effondre un jour dans le jardin d’Aliide. Après une phase de méfiance, lentement, elles s’apprivoisent, et à travers leurs confidences, se dessine l’histoire du pays et des drames vécus, guerre, persécutions, amour, misère. Un terrible secret de famille apparait peu à peu à travers les récits croisés des deux protagonistes. Les hommes ici sont absents : tués, tueurs, prisonniers ou enfuis. Les femmes survivent malgré les viols, la famine, la solitude. A chaque génération, de nouvelles tragédies.

Un livre « coup de poing », avec des personnages dont la vie, écrasée par la politique, oscille entre peur, honte, courage et rédemption. L’intrigue est soutenue, les indices distillés soigneusement, comme dans un thriller. Pas de jugements manichéens ni de psychologie bavarde. Une écriture réaliste, tantôt réchauffée par les petits détails de la vie quotidienne, fabrication des confitures, soins aux animaux… tantôt elliptique dans la description du passé, mais terriblement incisive, comme dans le portrait des filles de l’Est aujourd’hui, attirées à l’Ouest et contraintes à la prostitution.
Brassant l’histoire contemporaine, l’analyse sociale, le passé et le présent, ce polar nordique est une réussite totale.

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