samedi 9 décembre 2017

Les couleurs de la mode... au fil du temps


Michel Pastoureau, historien des couleurs, professeur à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes a étudié l’histoire des vêtements, à travers factures, registres, gravures, statues, tableaux, vitraux, lettres … de toutes époques. Malgré le déséquilibre entre les documents évoquant les costumes des riches et ceux concernant les pauvres, il arrive à reconstituer l’évolution des couleurs des vêtements à travers les siècles. Une histoire passionnante, reflet de notre culture.
Dans la Rome antique, on portait des vêtements blancs, une toge ample sur une tunique courte. La couleur pourpre, obtenue difficilement à partir d’un coquillage, le murex, était le symbole du pouvoir, donc réservée aux Empereurs. Mais dès le premier siècle, les femmes romaines ont acquis le droit de porter du jaune, puis du bleu et du vert, couleurs venues du monde barbare. Les hommes ont suivi et à la fin de l’empire romain, les couleurs des vêtements étaient variées, chaque pièce cependant étant unie.
Au Moyen-âge, la couleur bleue, propagée par les Germains, est devenue la couleur à la mode en France. Le top-modèle l’incarnant le mieux est la Vierge Marie, habillée de bleu sur toutes les représentations. Les rois s’en emparèrent, le bleu royal devint l’emblème de la France, quand les Anglais préféraient le rouge, et les Allemands le vert. Au 14ème  et 15ème siècles, on inventa la boutonnière. Un énorme progrès, jusque-là, il fallait sans cesse coudre et découdre les parties de vêtements. Une expression nous en est restée : dans les tournois, la Dame décousait et donnait comme bannière une de ses manches au Chevalier, qui l’accrochait à sa lance. S’il gagnait l’échange, il emportait la première manche, puis la deuxième … ensuite on se disputait la belle !
Les teinturiers n’étaient pas appréciés par la population : leurs préparations sentaient mauvais, polluaient les rivières, avaient un côté magique. Le bleu était obtenu à partir d’une plante, la guède, qu’on récoltait, coupait, laissait sécher, puis fermenter. Enfin roulée en boules de pastel (pâte) elle a fait la richesse de la Picardie et de la Toscane, avant d’être dépassée par l’indigo. Le rouge provenait de la garance, ou d’insectes comme le kermès ou la cochenille. Le jaune de la gaude. Le vert était une couleur ambiguë, à la fois couleur de l’espérance, entourant les accouchements, les mariages. Et couleur maléfique, car les pigments utilisés, dont le vert-de-gris, étaient particulièrement nocifs. Les pauvres teignaient eux-mêmes leurs vêtements, avec des couleurs qui s’altéraient rapidement, devenant bruns ou gris. Les filles se mariaient alors en robe rouge, car la robe rouge était la plus belle, celle qui gardait la teinture.
Les guerres de religion au 16ème et 17ème siècles ont fortement influencé l’usage des couleurs. Le Pape avait choisi le vêtement blanc et or, laissant le rouge aux cardinaux, soldats du Christ, et les teintes grises ou brunes aux ordres mendiants. Les protestants, eux, ont établi une hiérarchie des couleurs. Honnêtes : noir, blanc, gris, brun, bleu. Malhonnêtes : rouge, jaune, vert. Les portraits flamands de l’époque montrent des familles huguenotes entièrement vêtues de noir. A Genève, ville calviniste, porter un vêtement rouge conduisait au bûcher. En France, le noir est devenu couleur de deuil pour les familles riches, les seules qui pouvaient acquérir de nouvelles tenues en cette circonstance.
Au 18ème siècle, les couleurs vives étant passées au peuple grâce aux progrès techniques de la teinture, il fallait se distinguer en privilégiant les demi-teintes. La marquise de Pompadour appréciant le rose et le bleu clair, toute la cour de Louis XV a suivi. Après la Révolution, la mode est revenue à l’antique : à la cour de Napoléon, les femmes s’habillaient en blanc et jaune. Puis est venu le romantisme, associé d’abord au bleu, puis au noir. Est-ce à dire que nous vivons une époque romantique ?
Pour tout savoir sur les couleurs et leur symbolique, on peut consulter les nombreux ouvrages de référence écrits par Michel Pastoureau.

Article publié dans le JTT du jeudi 30 novembre.

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