dimanche 12 novembre 2017

Chronique littéraire : Petit pays, de Gaël Faye


Un petit pays, le Burundi, comme son voisin le Rwanda. Agréablement situés près du lac Tanganika, pays aux mille collines, voués à l’agriculture, bénis des dieux. Mais de grands malheurs, puisque les ethnies Hutus et Tutsis s’y opposent, s’y déchirent, depuis toujours.

Gaby raconte son enfance insouciante de petit métis, père français, mère rwandaise réfugiée à Bujumbura, capitale du Burundi. Une enfance merveilleuse, dans une maison cossue, avec la bande de copains du quartier, et une belle liberté d’action. Cueillir des mangues, faire des blagues, nager, écouter de la musique… Hutus ou Tutsis, peu importe, dans son petit monde, tout est idéalement en place. La politique, il s’en fiche.

Puis tout bascule. D’abord sa famille, le père et la mère se séparent. Ensuite, en 1993, le Rwanda s’embrase, c’est le génocide, qui contamine le Burundi. La guerre surprend Gaby, qui, à 13 ans, va devoir choisir un camp, connaître la peur, la mort, bref devenir un homme. Et fuir le doux pays de son enfance.

Le roman autobiographique de Gaël Faye a le charme des souvenirs d’enfance, mais aussi l’intérêt des fresques historiques. Raconté de l’intérieur, sans pathos, sans théorie, avec des images et un humour décalés, il permet d’appréhender l’enchaînement des violences, les ravages du génocide des Tutsis, la soif de vengeance, la confusion qui règnent dans le Petit pays. Où vingt ans après, il revient sur ses traces.

Gaël Faye, né en 1982 à Bujumbura, réfugié à Paris en 1995, connaît la nostalgie de l’exil malgré sa réussite dans la musique. Nostalgie de l’enfance, aussi, qui ne peut se soigner que par la littérature.

Prix Goncourt des Lycéens 2016, Petit Pays est maintenant disponible en Livre de Poche.

Chronique publiée dans le JTT.

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