samedi 8 décembre 2012

Augustine, rhabille-toi !


Ma formation psychologique étant empirique et parcellaire, j’apprécie les apports théoriques sur le sujet. J’attendais beaucoup du film « Augustine », d’Alice Winocour, sur Charcot. Fondateur de la neurologie, précurseur de la psychopathologie, mondialement connu pour ses travaux sur l’hypnose et l’hystérie, J.M. Charcot (1825-1893) a été le premier à considérer les fous comme des malades, et à les traiter en êtres humains. Cela impose un  certain respect. L’épisode présenté dans le film est particulièrement réducteur.

Je ne critique pas le portait d’un homme austère, taiseux, autoritaire, ambitieux. Il l’était peut-être. Mais ses rapports avec Augustine ! Voilà sa patiente préférée qui guérit par hasard, et non grâce à lui. Qui simule une crise d’hystérie publique, pour que son héros obtienne le soutien de l’Académie. Et finit par faire l’amour avec lui, thérapie qui a fait ses preuves… Tout est ainsi démoli : Charcot, ses théories, l’Académie, la déontologie médicale.
Reste une ambiance réussie de l’époque. Le machisme de la société : L’hôpital de la Pitié-Salpêtrière où seules les femmes sont malades, soignées par des soeurs, sous le contrôle d’hommes, qui griffonnent, ordonnent, bougonnent. Les fameuses Leçons, où un auditoire de messieurs se repait de scènes d’hystérie et d’orgasmes, vécues sous leurs yeux par des jeunes filles dénudées. Et une fin iconoclaste, avec renversement de pouvoir. Le jeu des acteurs est impeccable, Soko futée et charnelle s’opposant à un V. Lindon crédible en scientifique renfrogné.

J’aurais aimé un film sur le rôle précurseur de Charcot. Les séances de travail présentées n’éclairent nullement ses théories. Déshabille-toi. Assieds-toi. Couche-toi. Tu as mal ? Rhabille-toi. Va t-en. C’est frustrant. On est loin d’A dangerous method, de Cronenberg, où les émois amoureux d’une jeune malade, prise entre Freud et Jung, donnaient l’occasion de confronter leurs théories, par des dialogues brillants.

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