Le Palais delphinal de Saint-Donat accueille depuis décembre
une exposition hors du commun, Auroras corpus, de la plasticienne et
performeuse Oïjha, venue du Groenland où elle vit. Par quel hasard cette muse
des glaces est-elle arrivée dans la Drôme ? Simplement par l’achat d’une
maison avec atelier, à Saint-Donat, où Oïjha a l’intention de s’installer, entre deux séjours
polaires.
Depuis 8 ans, Oïjha vit parmi les Inuits, dans le village de
d’Akunnaak, Oïjha, c’est le nom qu’ils lui ont donné quand ils l’ont
adoptée. Mais elle n’est pas du tout
originaire de ce pays, elle est née en France en 1981, a passé une partie de
son enfance en Norvège, ce qui lui a donné le goût du Grand Nord. Après de
solides études, docteure en Sciences humaines, elle a poursuivi une carrière de
diplomate et d’experte polaire aux côtés de Michel Rocard, alors ambassadeur
des pôles. Car les pôles, aux avant-postes du changement climatique, sont des régions
de plus en plus stratégiques : les perspectives d’exploitation de
ressources et d’ouverture de nouvelles routes maritimes confèrent à l’Arctique
et l’Antarctique une nouvelle importance que se disputent les grandes
puissances. Oïjha travaillait principalement sur la base française Dumont
d’Urville en Terre Adélie, accessible depuis l’île de la Réunion. C’est là qu’elle
a exposé ses premières créations.
Car depuis 2003, elle a développé parallèlement sa pratique
artistique. En immersion au sein des déserts polaires, où l’on ne peut compter
que sur soi, elle a créé des œuvres mystiques, avec son corps comme medium.
Médium dans tous les sens du terme, puisque Oïjha, s’inspirant de son
expérience spirituelle, de ses méditations solitaires sur la banquise, entre
aurores boréales et chasse aux phoques, enduit son propre corps de peinture (indigo
ou encre de seiche) pour l’imprimer sur des anciens draps de lin, hommage à sa
grand-mère. Dans des tonalités bleues en hommage à Klein ou noires pour saluer
Soulages ou Fabienne Verdier. Elle
dessine et crée aussi des robes où le textile est magnifié par la brillance des
peaux de phoque, les blessures des animaux étant recouvertes de perles.
Parcourir l’exposition avec Oïjha est un voyage magique. Sa
présence enchante et envoûte le Palais delphinal. Déesse des neiges ou fée des
glaces, extraterrestre en tous cas, sa voix cristalline, sa lumière intérieure,
ses propos induisent chez le visiteur questionnement, rêve et admiration. Polaire
et solaire, elle explique avec une simplicité poétique sa démarche, son respect
de l’univers sous et sur la glace, sa communion avec les esprits, et propose des
vidéos pour illustrer ses performances.
Bref, Aurora corpus est une exposition totalement
étrange, une expérience qui décoiffe ! Mais l’art n’est pas tout. Depuis
l’annonce de Trump concernant l’annexion du Groenland, Oïjha se mobilise, le
consulat français va rouvrir et elle y aura sa place pour fédérer les habitants
de ce pays dans leur opposition au projet.
Exposition visible du 6 au 18 janvier 2026 au Palais delphinal de Saint-Donat. Ensuite Oïjha repart au Groenland, mais elle sera de retour à Saint-Donat pour le festival Bach en juillet-août 2026.
Article publié dans le JTT du jeudi 22 janvier 2026.
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