Ce n’est pas un conte de fées, loin s’en faut, mais l’histoire de l’évolution d’une institution psychiatrique pendant la deuxième guerre mondiale. Saint-Alban en Lozère sera le laboratoire d’une nouvelle façon de soigner les patients, ces fous que jusque-là on se contentait de maîtriser par médicaments ou par contrainte.
Dans le château de Saint-Alban, en plus des patients
ordinaires arrivent des patients transférés depuis Paris, depuis l’Alsace, par
le « train des fous ». Des médecins s’y joignent, recrutés par le
Docteur Balvet, responsable des lieux, comme le Docteur Tosquelles, psychiatre
catalan ayant fui Franco. Tosquelles participe à la transformation de l’asile
de Saint-Alban dès son arrivée. Pour ne pas voir les patients mourir de faim,
il ouvre les portes de l'asile et envoie ses malades aux champs pour y aider les
paysans locaux qui, en retour, les rémunèrent en denrées alimentaires. Par
suite, l'asile accueille aussi clandestinement des réfugiés, des maquisards,
des Juifs.
Tosquelles crée des clubs thérapeutiques où patients et
soignants se réunissent sur un pied d'égalité. Le patient y développe ses
capacités d'agir, de s'organiser et prendre des initiatives. Il forme
certains pensionnaires au métier de soignant. Il encourage la création
artistique chez les malades, favorisant l’art brut, appuyé par Paul Eluard,
accueilli parmi les réfugiés en 1942.
Paola Pigani retrace cette épopée avec précision,
délicatesse et poésie, mêlant quelques personnages fictifs à l’histoire réelle
de l’asile pour humaniser le récit. Ainsi Jeanne, une jeune femme qui a perdu
pied après la mort de son bébé, et qui renaîtra à la vie. De nombreux gardiens, bonnes sœurs, malades, soignants, seront
aussi transformés par cette nouvelle approche thérapeutique.
François Tosquelles (1912-1994) lui, a réellement existé, il
est considéré comme le père de la psychothérapie institutionnelle. Paola Pigani
lui rend ici un bel hommage, ainsi qu’à la communauté de Saint-Alban, qui a
participé à l’histoire de la médecine et de la Résistance. Un roman nécessaire
et éclairant.
« Le château des insensés » est disponible en poche aux éditions Liana Levi.
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