jeudi 25 décembre 2025

Les écoliers de Tain expérimentent l’histoire

Sous la houlette de leur institutrice, Véronique Pic, passionnée de patrimoine, les élèves de CE2 de l’école Jean Moulin de Tain ont fourni un vrai travail de mémoire et exposent leurs recherches actuellement dans la salle Bacchus de la Maison des quais.

Sur de grands panneaux toute l’histoire de Tain se déploie, de l’Antiquité avec le Taurobole et la borne milliaire aux temps modernes avec les inventions de Marc Seguin, en passant par le Moyen-âge illustré par le grenier à sel et la tour de la Bâtie ou la description du naufrage de Madame de Sévigné. Mais le plus spectaculaire, c’est l’exposition de maquettes de la passerelle de 1825. Anniversaire oblige, les élèves, leurs parents et grands-parents ont rivalisé d’imagination pour les réaliser. Il faut dire que les enfants ont été conseillés par les instances patrimoniales de l’agglo, l’historien Michel Cotte en tête. Bibliothèque, office du tourisme, amis du musée et du patrimoine ont ainsi soutenu le projet PATATRAC (PAsserelleTAinTRACes du passé).

Ce projet a pour objectif de participer à un concours sur le patrimoine industriel, initié par l'association Vieilles Maisons Françaises (VMF) qui oeuvre à la sauvegarde et la connaissance du patrimoine national. Il a permis aussi d’initier les enfants à la poterie antique (à la MJC de Tain), à la création d’affiches et invitations. Le point d’orgue sera la chasse au trésor de mardi, qui fera passer les élèves par tous les sites emblématiques de l’histoire de Tain.

Une belle façon de sensibiliser les enfants à la richesse du passé, et de réfléchir à l’avenir qu’ils souhaitent.

Expo visible salle Bacchus jusqu’au 18 décembre, puis dans l’école Jean Moulin, où elle s’enrichira encore de nouveaux éléments au fil de l’année scolaire.

Article publié dans le JTT du jeudi 25 décembre 2025.

dimanche 21 décembre 2025

Incontournable pendant les fêtes : la truffe

Tuber melanosporum, ce champignon particulièrement apprécié des gourmets, a une histoire vieille comme le monde. Déjà connue et appréciée par les Egyptiens (le pharaon Khéops notamment), les Grecs, les Romains, la truffe a été calomniée et rejetée au Moyen-Âge. Sa couleur noire et sa croissance souterraine en faisaient une émanation du Diable. Les vertus aphrodisiaques qu’on lui attribuait (ressemblance avec les testicules) lui ont redonné sa place à la Renaissance, à la table de François Ier en particulier. Les truffes alors provenaient de Bourgogne ou de Touraine. Maintenant le Tricastin, le pays de Grignan et l’Enclave des Papes, ainsi que la Drôme des collines, forment la première région trufficole de France. Et il est question de créer l’appellation « truffe de Provence » pour lutter contre le nom générique de « truffe du Périgord ».

Joseph Talon (1794-1872) est le père de la trufficulture moderne. Il eut l'idée de planter des glands, provenant des chênes truffiers, dans une de ses terres du Vaucluse au début du XIXe siècle. Une décennie plus tard, les jeunes chênes lui donnaient une importante récolte de truffes noires. La culture des truffes dans des truffières aménagées s'est donc développée, au point de fournir aujourd'hui 70 % des truffes françaises du marché. On utilise des plants de chênes mycorhizés (dont les racines ont été mises au contact de spores de truffes) pour plus de rentabilité.

Les truffes se récoltent entre 500 et 1000 mètres d'altitude. Préférant les terrains calcaires, bien drainés et ensoleillés, elles se développent toujours en symbiose avec le chêne blanc ou vert, mais aussi le noisetier, le tilleul, et même sous les pieds de lavandes et romarin. Les trufficulteurs utilisent traditionnellement pour le cavage (ramassage des truffes) des chiens dont l’odorat peut sentir à 10 m la présence d’une truffe cachée à 10 cm dans le sol. Une prouesse olfactive ! La durée de vie des truffes est comprise entre 200 et 290 jours, ce qui assure trois mois environ de récolte, de la mi-décembre à la mi-mars.

Le marché aux truffes de Saint-Paul-Trois-Châteaux attire le public chaque dimanche de mi-décembre à mi-mars. Ouvert aux particuliers, on y trouve des truffes fraîches et certifiées au détail. Il est animé par des trufficulteurs et des chefs cuisiniers qui proposent des dégustations truffées. Le marché de Richerenches, le samedi, est un marché de professionnels, où les trufficulteurs vendent en catimini leur cueillette aux courtiers. Un monde mystérieux qui a ses règles, on ne peut qu’y jeter un rapide coup d’œil de loin. Mais la visite devient passionnante avec le musée de Richerenches, caché dans les remparts de la Commanderie, qui présente un intéressant parcours entre truffe et vin.

Amateurs de saveurs raffinées, sachez qu’on peut acheter une petite truffe pour moins de 20€. La truffe noire, utilisée crue, râpée ou émincée, transforme le moindre plat, que ce soit des pâtes, des œufs ou des fromages, en expérience gastronomique. Au XVIIIe siècle, le célèbre cuisinier Brillat-Savarin l’appelait déjà « Le diamant de la cuisine ». Bonne dégustation !


Article publié dans le JTT du jeudi 18 décembre 2025.

jeudi 18 décembre 2025

Les santons d'Ardelaine illustrent le cycle de la laine

Chacun connaît de réputation l’entreprise ardéchoise Ardelaine, située en contrebas de Saint-Pierreville, qui promeut les valeurs locales, associatives et écologiques, en fabriquant des articles de laine de haute qualité. Toute l’année, le public est y accueilli pour découvrir, par des visites, des ateliers, des stages, le cycle de la laine, c’est-à-dire toutes les étapes qui mènent du mouton au produit fini, literie, vêtements, pelotes, accessoires et même paillage.

Emblématique de la maison mais aussi de la saison, une salle spéciale est réservée à la mise en scène de santons anciens, qui eux aussi racontent la fabrication de la laine. Les bergers et leurs moutons, la tonte, le tri, le lavage, le cardage, la confection de matelas, la filature, le tricotage, toutes les étapes de la filière sont successivement éclairées et animées en saynètes. Des gestes  d’autrefois, peu différent de ceux d’aujourd’hui, car ici beaucoup d’étapes sont encore effectuées à la main ou avec des machines traditionnelles, ce qui vaut à Ardelaine d’être labellisée « Entreprise du patrimoine vivant ».

Depuis la fin des années 1970, cette filature restaurée par une bande de copains idéalistes a donné naissance à une SCOP, avec pour projet d’insuffler localement une dynamique de développement. Pari tenu. 200 éleveurs travaillent pour elle, récoltant 50 tonnes de laine par an. 40 personnes sont employées à Ardelaine, chacune pouvant changer de poste, pour avoir la satisfaction de suivre la fabrication du produit du début à la fin. La filature au bord du torrent s’est agrandie en hameau où les salariés sont heureux. On le ressent dès l’accueil de la librairie-café, qui complète de façon conviviale la visite : on peut y manger à toute heure, trouver un choix de livres originaux, et des événements culturels y sont organisés toute l’année. Quant à la boutique, elle regorge de cadeaux bien chauds à s’offrir pour l’hiver. Pour reprendre la chanson : « De toutes les matières, c’est la laine que je préfère… »


Article publié dans le JTT du jeudi 18 décembre 2025.

lundi 15 décembre 2025

Un Noël Hygge à Copenhague

Hygge, c’est le mot qui résume le bien-être à la danoise : il suppose une atmosphère intime, chaleureuse, c’est un concept qui invite à profiter des petites choses comme boire un chocolat chaud au coin du feu, en bavardant avec des amis. Un art de vivre qui permet de rester positif pendant les longs hivers danois. Et qu’on peut facilement importer. Il suffit de disposer dans sa maison des éléments naturels, pommes de pin, branches de sapin ou de houx, bougies parfumées, plaids de laine… et de prendre le temps de vivre après une belle randonnée.

Copenhague est la capitale du Danemark, mais ce n’est pas une ville agitée. Le côté paisible s’impose par l’omniprésence de l’eau : mers, lacs, canaux, la divisent en différentes îles. Le principal chenal qui la traverse relie la mer du Nord et la mer Baltique, entre Danemark et Suède. Autre point fort : les espaces verts. Chaque île profite de parcs, de jardins, ou de friches boisées dès qu’on s’éloigne un peu du centre. Dans cet environnement à dominante vert et bleu, l’assèchement de la planète semble ici une notion théorique.

Dans ce port commercial important, le bateau est le principal moyen de transport public, après la bicyclette. La ville étant plate, l’usage du vélo y est devenu systématique. Et tout a été conçu en fonction de la circulation cycliste : pistes cyclables, passerelles réservées, ainsi que d’incroyables parkings à vélos sur deux niveaux. Pas d’engin électrique ni de trottinette, on pédale sur des vélos classiques, et surtout avec des vélos-cargos qui s’adaptent à toutes les circonstances : les courses, les livraisons, les enfants, même les adultes y prennent place. Attention aux heures de pointe, lorsque des pelotons de cyclistes dignes du Tour de France déboulent aux carrefours quand le feu passe au vert.

L’architecture de Copenhague est étonnante. Si le centre historique conserve son caractère traditionnel, maisons à clochetons, hautes tours, châteaux et églises en briques rouges, dans les nouveaux quartiers, les architectes ont fait assaut d’innovation ou d’extravagance. Façades strictes du « diamant noir », la bibliothèque royale, incroyable toit terrasse de l’opéra, colline de la déchetterie transformée en piste de ski, bâtiments sur pilotis ou flottants, formes triangulaires, arrondies… En longeant les quartiers neufs en bateau-bus, l’originalité des constructions émerveille.

Mais surtout, à Copenhague, on cultive le Hygge. Une sensation de bien-être qu’on éprouve partout, le stress semble banni, et la gentillesse, l’accueil, la disponibilité des habitants impressionnent. Tous prennent le temps de vous indiquer (en anglais) la direction de la petite Sirène, la star de Copenhague … car le danois n’est pas une langue facile. C’est le seul bémol à la visite.

Article publié dans le JTT. 

mercredi 10 décembre 2025

La vache tachetée et autres contes cruels de Octave Mirbeau







Cruels ou absurdes, cyniques ou anarchistes, les contes de Mirbeau n’ont pas laissé le public indifférent vendredi soir. Cette première initiative de la MJC de Tain de présenter un spectacle pour adultes a mis en valeur un auteur méconnu, aux accents très modernes. Il faut dire que le comédien Lionel Jamon, de la compagnie Gaf’alu productions a su conquérir le public par son talent.

Lionel Jamon voyage entre Loire et Rhône avec dans ses bagages des textes oubliés. La sobriété du décor et son jeu d’acteur lui permettent de libérer les textes de tous les artifices inutiles. Durant son spectacle, il interprète avec brio toute une série de personnages cabossés, de scènes grinçantes, vie de couple, départ à la guerre, emprisonnement arbitraire…

Octave Mirbeau (1848-1917), encensé de son vivant, était un journaliste et pamphlétaire redouté. Défenseur des idées d’avant-garde et de tendance anarchiste, il a développé sa contestation à tous les genres littéraires, ce qui lui a valu d’être mis à l’index après son décès.  Mais se moquer des puissants, démasquer leurs turpitudes et dévoiler les scandales est un programme qui reprend toute sa pertinence aujourd’hui ! adultes a mis en valeur un auteur méconnu, aux accents très modernes. 

Article publié dans le JTT du jeudi 11 décembre 2025.

mercredi 3 décembre 2025

La crèche de Léoncel

A Léoncel, dans le Parc naturel du Vercors, une crèche pas comme les autres émerveille les visiteurs (4000 l’an dernier !), de décembre à février. Une crèche XXL d’environ 30 mètres-carrés, qui illustre le paysage et les traditions de ce coin du Vercors, avec un réalisme exceptionnel. Le 6 décembre prochain, elle sera inaugurée par une journée festive avec bénédiction, chants, contes et goûter.

Catherine est une artiste, et chaque année elle choisit un thème pour sa crèche. Pour cette 11e édition, il s’agit du chemin des moines de Léoncel jusqu’à Peyrus. L’occasion d’ajouter à son décor réaliste le Pas du Touet, en plus de la cascade de la Druise, du Moulin de la Pipe, de la croix du Vellan, et des gorges d’Omblèze. Falaises calcaires, sentiers escarpés, pâturages, gorges et forêts sont impressionnants de précision. Pas de support en papier mâché ou tissu étoilé, Catherine reproduit en dur le relief des montagnes et les recouvre de mousse et lichens, d’arbustes et fleurs séchés.

Dans ce décor à la fois végétal et minéral elle met en scène les habitants du Vercors dans leurs occupations traditionnelles. Presque 1000 santons recréent ainsi l’atmosphère montagnarde : paysans, musiciens, aubergistes, vaches, chevaux, ours et loups... Mention spéciale pour les charbonniers du Vercors et leur meule de bois, le marché de Plan-de-Baix avec ses fleurs et ses légumes, le vivier à truites des moines de l’abbaye de Léoncel, l’aqueduc de Saint-Nazaire et les moulins de Peyrus.

Catherine est aussi conteuse : quand elle installe sa crèche monumentale, elle invente pour chaque scène une petite histoire de son cru. Et c’est tout naturellement qu’elle raconte ensuite aux visiteurs les traditions, les anecdotes, les chamailleries des habitants du Vercors. Patience et passion signent cette belle réalisation artistique.

A Léoncel, lieu isolé empreint de mystère, avec sa superbe abbaye cistercienne nichée au pied des falaises, ses balades sportives jusqu’au Pas de l’Echaillon, après la visite de la crèche installée dans le magasin associatif du village, on peut se réchauffer et se restaurer au café-auberge voisin. Un dépaysement magique, quand la neige saupoudre les sommets, qui allie nature, culture et plaisir.

La crèche de Léoncel est visible les après-midis, pendant tous les week-ends et vacances à partir du 6 décembre jusqu'à fin février. Visites contées ou libres.

Tél : 06 79 56 01 56   Facebook : La Crèche de Léoncel.

Article publié dans le JTT du jeudi 4 décembre 2025.

dimanche 30 novembre 2025

Chronique littéraire : Les guerriers de l'hiver, de Olivier Norek

 

Une épopée méconnue, celle de la guerre déclarée par la Russie de Staline à la Finlande en novembre 1939. La Finlande, petit pays de 3 millions d’habitants, n’aurait dû poser aucune difficulté à l’ogre russe, et pourtant sa résistance est incroyable. Grâce à leur connaissance du climat et du pays, les Finlandais opposent une guérilla efficace aux troupes russes massives mais mal organisées.

Olivier Norek raconte la guerre à travers le destin de quatre amis appelés du même village, Simo, Onni, Toivo et Pietari. Quatre jeunes Finlandais à peine adultes, qui n’ont que leur endurance et leur amitié pour tenir face au froid, à la peur, au déluge d’obus, à la mort de leurs camarades. Parmi eux Simo se distingue par ses qualités de tireur d’élite, il devient la hantise des Russes qui le surnomment La Mort Blanche.

Cette histoire extraordinaire fait écho à l’invasion de l’Ukraine. Elle permet aussi de prendre conscience du rôle minable de la France et des Alliés dans cette guerre. Et de mesurer combien nous devons à cette résistance inimaginable, puisque Hitler a choisi ensuite d’attaquer la Russie affaiblie. Une tragédie qui a conduit à une délivrance.

Un roman passionnant et riche, mené de main de maître par le roi du polar, Olivier Norek, né en 1975 à Toulouse. Cet écrivain et scénariste français, après des missions humanitaires internationales et une carrière dans la police, se consacre avec succès à l’écriture.

 « Les guerriers de l’hiver » a obtenu le prix Renaudot des lycéens et le prix Giono en 2024. Il est disponible en poche chez Pocket.

Chronique publiée dans le JTT. 

mardi 25 novembre 2025

Jean-Michel Othoniel sublime Avignon


La célèbre ville d’art ne manque déjà pas de charmes, mais pour fêter ses 30 ans d’inscription à l’Unesco, elle a donné carte blanche à Jean-Michel Othoniel pour en magnifier la beauté.

Jean-Michel Othoniel né en 1964 à Saint-Étienne, est un artiste contemporain membre de l’Académie des beaux-arts, internationalement connu pour ses créations en perles et briques de verre.  Il avait illuminé le Palais Idéal d’Hauterives en 2022. Du 28 juin 2025 au 4 janvier 2026, l’exposition « OTHONIEL COSMOS ou les Fantômes de l’Amour » déploie dans la cité des papes une gigantesque constellation artistique à travers dix lieux emblématiques de la ville. Cette exposition exceptionnelle a pour fil conducteur l’Amour, celui né en Avignon en 1327 entre le poète Pétrarque et sa dulcinée Laure.

L’artiste a élaboré 260 œuvres qui croisent la sculpture et la peinture, les briques et les perles, des astrolabes et des fontaines, de l’or et du verre, des totems et des nœuds infinis.  C’est le plus grand projet jamais conçu par le sculpteur, un gigantesque parcours qui investit le Palais des Papes, le Pont d’Avignon, le Musée du Petit Palais–Louvre en Avignon, le Musée Calvet, le Muséum Requien, le Musée Lapidaire, la chapelle Sainte-Claire, les Bains Pommer, la Collection Lambert et la Place du Palais. Sept établissements proposent une entrée gratuite, seuls le Palais des Papes, le Pont Bénézet et la Collection Lambert sont payants.

On peut déguster cette exposition hors du commun à petites doses, y revenir, ou suivre intégralement la chasse aux trésors à travers les sites historiques d’Avignon. Dans tous les cas, le régal pour les yeux sera au rendez-vous. Dépêchez-vous, l’exposition se termine le 4 janvier 2026.

Article publié dans le JTT du jeudi 27 novembre 2025.

dimanche 16 novembre 2025

Les 20 ans du Centre du patrimoine arménien

Créé en 2005 dans le centre historique de Valence, agrandi et rénové en 2018, avec un superbe habillage de façade sur le modèle des khatchkars, ces stèles en pierre sculptées emblématiques de l’Arménie, le CPA est devenu un lieu d’ouverture sur le monde, de rencontre entre les peuples et expressions artistiques. Pas moins de 16 000 visiteurs l’ont fréquenté en 2024 !

 A l’occasion de son vingtième anniversaire, le CPA propose une nouvelle exposition au public : L’Arménie du sacré à l’épreuve du temps. Photographies d’Arménie et oeuvres contemporaines entrent en dialogue avec les trésors de la collection du Musée arménien de France : miniatures et objets liturgiques, céramiques et manuscrits.

Cette exposition interroge le sacré et montre l’importance de transmettre la culture, l’histoire et le patrimoine arménien malgré les récents conflits et déplacements de population. Les superbes paysages photographiés par Lydia Kasparian, les katchkars sublimés par Pascal Convert, la violence des événements contemporains documentée par Antoine Agoudjian, sont autant de regards sur la mémoire d’un peuple et de cris d’espoir en l’avenir.

Visites, ateliers, concerts, tout un programme festif vous attend au CPA, 14 rue Louis Gallet à Valence. Programme disponible sur le-cpa.com

L’exposition L’Arménie du sacré, sera visible du 14 juin 2025 au 1er février 2026.

 Article publié dans le JTT du jeudi 20 novembre 2025.

jeudi 6 novembre 2025

Escapade automnale à Montbrun-les-Bains

Montbrun est un petit village de la Drôme provençale, à l’extrémité sud-est du département, au pied du Ventoux. Il faut environ 2 h de route depuis Valence pour y arriver, mais en cette saison, le trajet est un enchantement. Après les vignes rousses de la vallée de l’Eygues, on pénètre dans le Parc régional des Baronnies, un chaos de petites collines imbriquées les unes dans les autres. Pas de ville par ici, mais une nature sauvage où d’immenses forêts mêlent chênes, hêtres, pins, châtaigniers… Les couleurs d’automne, rouge, brun, jaune, vert, orangé, s’y organisent en une palette somptueuse.

Montbrun lui-même est un des plus beaux villages de France, mais il n’est pas seul à susciter l’admiration. Partout des hameaux perchés, des vestiges de châteaux, des chapelles, des fermes fortifiées, des bories, des moulins, des terrasses, témoignent d’un habitat traditionnel qui a nécessité le développement de l’art de la pierre. Des pierres qui ne manquent pas dans cette géologie de strates calcaires. Les paysages varient pourtant entre le mythique Ventoux, le plateau d’Albion et les collines percées de défilés rocheux où s’engouffrent des torrents, comme le Toulourenc, dont le nom signifie tout ou rien, car il est capable de monter son niveau de 2 m en cas de fortes pluies.

Le tourisme vert est largement plébiscité, balades à pied, à vélo ou naturalistes, observation des étoiles (le ciel des Baronnies est un des plus purs de France), remise en forme au spa thermal, vol libre, escalade … Les petits marchés locaux proposent les produits du pays : olives et huile, châtaignes, amandes, tilleul, lavande, plantes aromatiques, miel et petit épeautre ainsi que fromages de brebis ou de chèvre.

Les Baronnies, cette région de petits fiefs que se disputaient les barons au Moyen-âge, ont gardé leur diversité, sous un climat qui va de méditerranéen à montagnard. C’est un endroit ensoleillé, perdu au bout du monde où on oublie tous les stress devant la beauté de la nature. L’idéal pour se ressourcer ou simplement s’émerveiller.

Article publié dans le JTT du jeudi 6 novembre 2025.

jeudi 30 octobre 2025

Chronique littéraire: Traverser les montagnes et venir naître ici, de Marie Pavlenko

Marie Pavlenko évoque ici deux destins de femmes lumineux et tragiques dans une histoire bouleversante.

Astrid s’est volontairement retirée du monde après la mort de son mari et de ses deux fils. Elle a acheté une vieille maison isolée dans le Mercantour. Soraya est une jeune Syrienne qui a traversé la montagne à pied, elle est sur le point de mettre au monde un bébé, fruit d’un viol. Tout les oppose, chacune vit dans ses douloureux souvenirs, pourtant elles vont se rencontrer, s’épauler puis se supporter. Jusqu’où ?

Cette rencontre de deux femmes au passé étouffant dans une nature implacable, donne lieu à une intrigue réussie, avec une analyse pertinente des personnalités et des problèmes des migrants. Le résultat est un roman passionnant, dans un style fluide, à la fois poétique et réaliste.

 Marie Pavlenko est née à Lille en 1974. C’est une journaliste et romancière qui a beaucoup écrit pour la jeunesse. Son roman est disponible en poche chez Pocket.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 30 octobre 2025.

vendredi 24 octobre 2025

Chemin des Artistes en Drôme des Collines

Peinture, sculpture, photographie, arts numériques, plus de 400 artistes professionnels ou amateurs ont exposé leurs œuvres dans 36 communes les 11 et 12 octobre. De Crépol à Upie, de Châteauneuf-sur-Isère à Barbières, cette 17e édition du Chemin des artistes proposait en outre des circuits thématiques, des jeux et des démonstrations.

Dans la salle des fêtes d’Alixan, parmi la trentaine d’exposants, trois artistes se distinguaient par leur originalité. Le sculpteur Nicolas Rochegude, membre de l'association ZINZOLIN (zinzolin.assoc.free.fr), travaille la terre, la résine et le bronze, peaufine les patines sur ses oeuvres abstraites. Formes géométriques anguleuses ou courbes enchevêtrées composent des sculptures où le volume joue avec la lumière, laissant libre cours à l’interprétation.

Murielle Durand est une artiste peintre éclectique, qui cette année propose une technique de stylo bille mélangée à de l'acrylique, un travail de précision exigeant beaucoup et de temps. Ses portraits sont bluffants de vérité !

Brigitte et Jean-Jacques Alcalay, photographes animaliers et éthologues, ont trouvé en Afrique australe un terrain idéal pour saisir entre animaux des moments insolites et saugrenus qui suscitent sourire, enthousiasme et émerveillement. Des instantanés qui ont demandé des heures d’attente et inspirent de nombreuses réflexions sur la proximité des natures humaine et animale.  

Impossible de présenter toutes les propositions. « Chemin des artistes » avec ses expositions aux univers pluriels permet à chacun de découvrir, partager et s’émouvoir. De vivre l’art au plus près de chez soi, chaque année, en sillonnant les petits villages de la Drôme.

Article publié dans le JTT du jeudi 23 octobre 2025.

mardi 21 octobre 2025

La Donation Patt, centre d'art d'Audincourt

Dans l’Espace Japy, vaste parc culturel au cœur de la ville, le Château Peugeot parfaitement rénové accueille désormais une collection d’art moderne et contemporain exceptionnelle. Exceptionnelle par la valeur de cette collection, 236 œuvres, tableaux, lithographies, sculptures, évaluée à plus de deux millions d’euros. Exceptionnelle par sa constitution et la personnalité des collectionneurs, Gérard et Andrée Patt. Exceptionnelle par l’opportunité que la ville d’Audincourt a su saisir en acceptant leur donation.

Ce couple de collectionneurs, après une vie modeste, elle institutrice, lui ouvrier chez Alsthom, s’est découvert une passion pour l’art à l’approche de la soixantaine. Premier achat en 2000, d’une toile de Di Concetto chez un galériste de Megève où ils séjournaient chez des amis. Un vrai coup de cœur. Mais cette toile ne pouvait rester orpheline, une passion était née. Ils se sont formés à l’art moderne et contemporain au fil des rencontres avec les artistes et les galéristes, ont écumé les galeries, en particulier chez Marchand et Cheloudiakoff à Belfort. Leurs moyens modestes les ont obligés à acheter parfois des œuvres à tempérament, et même à vendre leur voiture, leur appartement. Les Belfortains se souviennent de les avoir souvent vus se déplacer en ville sur leurs vieux vélos !

Vivant chichement, mais misant sur la hausse des cotations d’artistes émergents, ils ont rassemblé en plus de vingt ans une collection hétérogène, d’abord fruit de coups de cœur, de flair, devant le travail d’artistes inconnus. Puis la connaissance du milieu de l’art leur a permis d’affiner leurs choix, d’acheter judicieusement des œuvres dont la cote montait. Enfin, par souci de cohérence, ils ont continué d’écumer le marché, n’hésitant pas à soutenir de nouveaux talents, comme Garonnaire, achetant puis revendant certaines toiles, pour se constituer un capital.

A plus de 80 ans, leur passion est toujours aussi vive, mais grâce à la donation, leur maison de Botans est un peu moins pleine ! Une maison qui, rapidement trop petite, avait dû être agrandie, pour accueillir leurs trésors et les nombreux visiteurs intéressés. Car le but des Patt a toujours été de transmettre leur amour de l’art. N’ayant pas d’enfants, partager leur passion donnait un sens à leur vie. Après de multiples démarches, désirant donner leur collection à un musée, 2023 a vu l’aboutissement de leur projet, lorsque la ville d’Audincourt a accepté le challenge. Condition nécessaire, il fallait que la collection reste indivisible. Pour lui offrir un cadre digne d’elle, et promouvoir la culture, la ville d’Audincourt a engagé les travaux de restauration du Château Peugeot, édifié en 1880 pour l’industriel Benjamin Peugeot.

Un an plus tard, le résultat est une belle réussite : le Centre d’art d’Audincourt est un lieu plein de charme, dans un parc arboré et fleuri, au bord du Doubs, égayé de sculptures étonnantes. Avec 500 000 € d’investissement, le Château a retrouvé de beaux volumes intérieurs, une douzaine de salles lumineuses sur deux étages permettent de se familiariser avec l’art moderne (avant 1960) et contemporain, 135 œuvres originales y sont exposées.  Andrée et Gérard Patt peuvent être fiers de leur « bébé » et continuer à collectionner !

Un peu de chauvinisme ne faisant pas de mal, il faut souligner dans la collection la présence de nombreuses œuvres d’artistes franc-comtois : bronzes de Messagier ou de Thomann, toiles champêtres de Mühl, lithographies de Gantner, résines de Sonja Brissoni ou Nicole Mériot, sculptures d’Agnès Descamps, céramiques de Livia de Poli, jusqu’aux premières tableaux de Saype, le spécialiste du Land art XXL. Au fil des salles, on rencontre aussi des artistes de renommée nationale ou internationale, Dali, Fontana, Errò, Di Rosa, Combas … Couleurs éclatantes, matières domptées, clins d’œil provocateurs, la diversité des œuvres ne laisse pas indifférent.

Cette belle donation, inaugurée en mai 2024 et saluée par la presse et les radios attire un public de connaisseurs venus de Suisse, d’Alsace, de Lyon ou Paris. Des bornes interactives viennent d’être mises au point pour compléter les commentaires lors de visites. Reste à motiver le public local, qui n’a pas encore mesuré sa chance de bénéficier d’un tel équipement culturel.

La transmission artistique est pourtant en marche, car toutes les écoles d’Audincourt, les garderies et même les crèches se pressent au Château Peugeot pour participer aux visites et ateliers adaptés. Les collégiens et lycéens vont suivre. Entre les enfants et l’art contemporain, le courant passe !

Donation Patt, centre d’art : 2 rue du puits, 25400 Audincourt

Horaires : vendredi, samedi et dimanche de 15h à 18h.
Tél : 03 81 36 37 38 

Articlez publié dans l'Esprit Comtois de l'été 2025.

lundi 13 octobre 2025

Le nouveau collège de Suze-la-Rousse : une performance architecturale

L’inauguration de ce collège tant attendu a rassemblé plusieurs centaines de visiteurs, et tous les responsables administratifs, locaux, départementaux, régionaux. Il faut dire que la curiosité était à son comble :  le collège conçu par Rudy Ricciotti, star de l’architecture, à qui on doit le MUCEM et la médiathèque Latour-Maubourg de Valence entre autres, avait un cahier des charges des plus contraignants : Situé à Suze-la Rousse, site classé avec son château médiéval, il fallait le camoufler dans la nature pour qu’il soit invisible.

Le cabinet Rudy Ricciotti a brillamment relevé le défi en imaginant un bâtiment « furtif », intégré dans un tumulus (une colline).  Le résultat est un édifice horizontal disposé en rectangle autour d’une immense cour centrale de 1500 m2, à la manière d’un atrium romain. A demi enterré dans les vignes il est protégé du mistral. Lumière omniprésente grâce aux murs vitrés, structure et huisseries en bois blond, couverture en tuiles, chauffage au bois, sol de béton, la volonté des architectes comme de la Région a été de faire travailler sur le chantier des entreprises locales.

A l’intérieur, des salles de classe au mobilier épuré, des toilettes dignes d’un hôtel 4 étoiles, un CDI avec studio de webradio, une cantine ultramoderne, des salles équipées d’ordinateurs et tableaux digitaux dernier cri, il est difficile de faire la liste de toutes les innovations techniques qui font du collège Do Mistrau un établissement bien ancré dans le XXIe siècle.

Clin d’œil avec l’histoire : en réalisant les fouilles d’archéologie préventive sur le site du collège, on a trouvé de nombreux objets gallo-romains, funéraires et culinaires, témoignant de la présence d’une voie et d’une vie antiques.  L’occasion pour les collégiens de créer avec l’INRAP un club d’archéologie très actif.

Quelques chiffres : 24 millions d’euros, 4260 m2 de bâti, élaboration d’une voirie adaptée avec parkings et pôle bus, pour une capacité d’accueil de 500 à 600 élèves. La refonte de la carte scolaire va permettre aux élèves de Suze et des villages alentour de profiter de ce prestigieux outil d’éducation, qui leur promet un bel avenir.


Article publié dans le JTT du jeudi 23 octobre 2025.

dimanche 5 octobre 2025

Les Rencontres de la photo à Chabeuil

Du 11 au 14 septembre, Chabeuil a pris une allure festivalière. C’était la 24e édition de cette manifestation qui anime toute la ville. Les photos étant exposées dans 6 lieux différents, avec un fléchage efficace, ce jeu de piste amusant permettait aussi de découvrir le centre médiéval joliment restauré.

Cette année, Hans Silvester était l’invité d’honneur. Un voyageur infatigable, célébré internationalement, qui montre la beauté de la nature et des hommes, tout en analysant les menaces qui pèsent sur les ressources naturelles de la planète. Né en Allemagne en 1938, installé en Provence depuis 1962, c’est un reportage sur la Camargue, des photos de chevaux en noir et blanc accompagnées par des textes de Jean Giono, qui a marqué pour lui le commencement du succès. Lauréat de nombreux prix, Hans Silvester collabore depuis toujours avec le magazine Géo.  Ses photos ethniques du Pérou, du Japon, du Mexique, d’Inde ou d’Afrique, sont exceptionnelles de beauté et véhiculent l’histoire des peuples.

D’autres photographes méritaient le détour, par l’originalité de leur technique ou de leurs sujets. Ainsi Elisabeth Schneider utilise la photosynthèse, Sophie Benoit saisit de façon décalée les poses d’un couple de danseuses, Sarah Desteuque documente l’engagement humain vis-à-vis de l’animal… De la recherche, un traitement technique différencié, la qualité des tirages et beaucoup de talent aussi, dans le regard des clubs photos dont celui des élèves du collège Seignobos.

Les Rencontres de la photo sont organisées par l’association Clic’Image, ses bénévoles et la municipalité de Chabeuil. En plus de permettre les échanges entre les 20 photographes lauréats et le public, des stages, des lectures d’images, une conférence de Hans Silvester étaient prévus. Ainsi qu’un festival Off et une exposition collective aux Serres Gaillard, route de Valence. Des milliers de visiteurs fidèles sont venus au rendez-vous de cet événement culturel majeur de la Drôme.

Article publié dans le JTT du jeudi 9 octobre 2025.