C'est une chaise de bistrot, une simple chaise Thonet, qui
soutient l'héroïne, Maria, dans sa tentative de reconquérir sa dignité. Car
Maria a été tondue à la Libération, par une bande de résistants haineux. Elle
avait aimé un capitaine allemand.

Le drame des femmes tondues, au mépris de toute justice, à la
fin de la guerre en 1944-45 est un thème qui n'a guère été traité.
Pourquoi ? Parce qu'il met à jour plusieurs réflexions morales
dérangeantes. Pourquoi tondre les femmes, qui ont aimé des Allemands, alors
qu'elles n'ont nui à personne ? Est-ce pire que faire du marché noir, ou
obéir avec zèle aux nazis sous prétexte qu'on est fonctionnaire ? Pourquoi
les Américains libérateurs, ainsi que les administrations françaises, ont-ils
laissé faire ? Qui s'arroge le droit de punir et pourquoi ? Que
penser de la lâcheté ou des encouragements de la foule présente ? Quels
comptes se règlent derrière cette pratique ? Une vengeance sexiste, un
besoin d'affirmer sa virilité ?
Fabienne Juhel, qui enseigne la littérature en Bretagne,
traite cette histoire originale avec une belle écriture poétique. L'atmosphère
étrange permet à l'intrigue, menée avec brio, des revirements inattendus. Les
personnages atypiques, débonnaires ou méchants, sont pour l'auteur l'occasion
de régler quelques comptes avec le racisme, la religion, la bêtise humaine en
général. Et surtout de faire réfléchir.
Un livre original, dérangeant, au message fort et lumineux,
en poche dans la collection Babel.
Chronique publiée dans le JTT du jeudi 29 juin.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire