vendredi 28 novembre 2014

Chronique littéraire : Primo, de Maryline Desbiolles

Quand sa grand-mère décède, Maryline Desbiolles ressent la nécessité d’éclaircir le mystère de ses origines. Tant de non-dits, d’ombres, de drames, entourent ce personnage d’émigrée italienne, arrivée en Savoie dans les années 1920. La partie émergée, une vie rude et laborieuse, la transplantation en terre étrangère, puis la lente intégration, ont déjà été explorées. Ce sont l’atmosphère tragique autour de la grand-mère taiseuse, les morts et les destructions étouffées, qui préoccupent l’auteur.

Une grande part du mystère est liée aux naissances des enfants. Primo, c’est le nom du premier bébé de la grand-mère, un patronyme exigé par Mussolini. Un enfant choyé, costaud, adulé par sa mère. Mais Primo meurt mystérieusement pendant l’accouchement du second bébé, dans les années 1930. Ce deuxième fils ne survivra pas non plus au-delà de 1944. Devant l’acharnement du sort, la grand-mère fera face. D’autres enfants naîtront, et, entre guerres mondiales et déchirements familiaux, elle camouflera sa douleur.

Mélange de souvenirs, de recherches personnelles dans la région de Turin, d’éléments historiques,  ce texte au style haletant, écrit presque sans ponctuation, sans respiration, exprime parfaitement l’oppression, la souffrance retenue. Un récit émouvant et fort.

Maryline Desbiolles est née à Ugine en 1959. Auteur de nombreux romans, Prix Femina en 1999 pour Anchise, elle vit actuellement dans l’arrière pays niçois.

Primo est disponible en Points poche, au prix de  5.70€.
Chronique publiée dans le JTT du jeudi 27 novembre 2014.

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