mercredi 22 janvier 2014

Chronique littéraire : Petite Poucette, de Michel Serres

Les pouces, c’est avec eux que les "jeunes" s’envoient à longueur de journée des SMS. Plutôt que de contester cette nouvelle façon de communiquer, Michel Serres l’accepte comme une donnée de départ, l’analyse ensuite, et nous affirme qu’il s’agit là d’un tournant majeur dans l’évolution de l’espèce humaine. Ce mutant aux pouces agiles, imprégné des nouvelles technologies, il l’appelle Petite Poucette.

Michel Serres est un philosophe, épistémologiste célèbre, Académicien, longtemps professeur à l’Université de Stanford, il analyse les relations entre science et société. Une réflexion qui  éclaire par sa simplicité et sa clairvoyance. Ce que nous pensions confusément est énoncé clairement, synthétisé, le tableau obtenu est sidérant et inéluctable : Après l’invention de l’écriture, puis celle de l’imprimerie, l’accès libre à Internet est à l’origine de la troisième grande mutation de la société.
Conséquence : notre monde est à repenser, éducation obsolète, politique et information ringardisées, contraintes géographiques et temporelles oubliées. De nouvelles communautés virtuelles d’individus se forment. Les informations multiples auxquelles chacun est confronté redistribuent les cartes. Il serait temps pour nos institutions de s’adapter.

Michel Serres, dans cet essai percutant, révèle l’absurdité du statu quo. Les jeunes construisent l’avenir, leurs pratiques doivent être reconnues comme fondamentales dans la société. Faut-il avoir plus de 80 ans, comme Michel Serres ou Stéphane Hessel, il y a peu, pour en prendre conscience ?

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 23 janvier 2014.

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