Léonard n’a vécu que les trois dernières années de sa vie en
France, les meilleures peut-être, de 1516 à 1519. Car François Ier, qui l’avait
rencontré lors de ses campagnes en Italie, a immédiatement reconnu le génie universel
de Léonard. Il l’a invité à le rejoindre en Touraine, mettant un domaine, le
Clos-Lucé, à sa disposition. Ainsi que le titre de premier peintre, ingénieur
et architecte du roi, et la pension correspondante. Léonard a enfin pu se
sentir libre de créer à sa guise. Il a inventé des machines extravagantes pour
le divertissement du roi, mettant en scène des fêtes somptueuses. Elaboré les
plans du château de Chambord, peaufiné la Joconde et bien d’autres dessins. Si
bien que le Louvre est maintenant le grand héritier de l’œuvre de Léonard.
La vie de Léonard a été semée de difficultés. Né en 1452 à
Vinci, en Italie, Leonardo était le fils bâtard d’un notable. Choyé par ses
grands-parents, il n’a cependant pas pu accéder à l’école en raison de son
illégitimité, et n’a appris le latin et le grec nécessaires à sa profession
d’artiste qu’à l’âge de 40 ans, en autodidacte. Il a cependant vécu une enfance
heureuse, dans une maison isolée de la campagne toscane, proche de la nature, des
animaux. A 17 ans, son père l’a placé comme apprenti chez le grand maître
Verrocchio à Florence, où toutes les disciplines artistiques étaient enseignées :
peinture, sculpture, architecture, mais aussi menuiserie, métallurgie, chimie.
Les apprentis commençaient par préparer les produits, dorer, encadrer, puis se
confrontaient à l’ingénierie : il fallait inventer les machines pour
transporter, installer les œuvres. Reconnu très vite pour son immense talent de
peintre, Léonard créa ensuite son propre atelier en 1478.
Avant de solliciter les faveurs des mécènes, séduits par ses
qualités d’ingénieur : Ludovic Sforza à Milan (1482-1499), amateur de machines
de guerre et automates de théâtre, puis d’autres commanditaires, de 1499 à
1516, à Venise, Mantoue, Rome, Bologne, Florence… Leonardo met au point des machines
destinées à améliorer le travail des artisans, ainsi que des machines volantes,
flottantes, roulantes, des plans pour modifier l’hydrologie d’une région,
assécher, déplacer les fleuves ou les collines. Des dessins d’anatomie d’une
précision époustouflante. A Léonard, rien d’impossible. Seuls 6000 dessins issus
de ses carnets (codex) ont été retrouvés, mais il en reste bien d’autres éparpillés
à travers le monde. Son écriture spéculaire (en miroir) n’a pas facilité la
tâche de ses lecteurs !
François Ier, vainqueur à Marignan en 1515, l’a convaincu de
le suivre en France, et Léonard, malgré son âge, a entrepris le long voyage en
1516 : 32 jours à dos de mulet, de Rome à Amboise en passant par Florence,
Milan, Turin, le col du Mont-Cenis, Modane, Lyon, Bourges… C’est en Touraine qu’il a trouvé reconnaissance
et repos.
En France comme en Italie, cette année, on célèbre le cinq-centième anniversaire de la mort de Léonard, avec
une imagination qui fait honneur au maître. Ainsi, en plus des
expositions classiques dans les musées, le public peut se réjouir devant l’escalier
monumental de Blois recouvert d’une Joconde ou prendre le train Paris-Milan entièrement
décoré de dessins de Léonard.
Article publié dans le JTT du jeudi 8 août.


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