vendredi 12 décembre 2014

Chronique littéraire : Le quatrième mur, de Sorj Chalandon

Sorj Chalandon, spécialiste des guerres de la planète, évoque ici celle du Liban, dans les années 1980, à travers une fiction dont le sujet est un projet fou : monter une pièce de théâtre, Antigone, dans Beyrouth à feu et à sang, avec des comédiens amateurs issus des différentes factions. Antigone sera Palestinienne, Créon phalangiste, Hémon Druze, et les gardes chiites.

Georges reprend le pari que Samuel, mourant, a initié, espérant créer un espoir de paix sous les bombes. Bien que marié et père de famille, Georges est un éternel dilettante, dont la seule motivation est de monter des pièces de théâtre. Il milite à l'extrême gauche, n'hésitant pas à faire le coup de poing, suivant des slogans simplistes. La rencontre avec Samuel, metteur en scène reconnu, réfugié de Grèce où il a été torturé par la dictature, fait vaciller ses certitudes. Il accepte de reprendre son projet utopique, dans le Liban en guerre. Georges sillonne Beyrouth au péril de sa vie, pour organiser des répétitions avec les différents acteurs. Il réalise alors que chacun d'eux a une lecture différente de la pièce, et n'accepte son rôle que dans le but de justifier son combat politique. Le quatrième mur, qui isole les comédiens du public, en protégeant leur intégrité est purement virtuel. La trêve est un rêve, la guerre écrase tout.
Un roman saisissant, presque un document, qui montre une guerre totale. Et pourtant, un jour, la paix est revenue au Liban. Un espoir pour la Palestine ?

Sorj Chalandon est né en 1952. Grand reporter à Libération, journaliste au Canard enchaîné, ses romans bouleversants décortiquent les conflits modernes. C'est par le biais de la fiction qu'il s'autorise à expurger les images atroces accumulées durant ses séjours en enfer.
Le quatrième mur a obtenu le Goncourt des Lycéens en 2013, il est maintenant disponible en Livre de poche.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 11 décembre 2014.

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