vendredi 24 octobre 2014

Chronique littéraire : N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures, de Paola Pigani

Ce proverbe tzigane symbolise parfaitement une page méconnue de la guerre de 39/45: l'internement obligatoire, dans des camps en Charente, de tous les saltimbanques, forains, Manouches et autres Romanichels français. Une circulaire de Pétain interdisait leur libre circulation. On les a enfermés, et donc privés de ce qui constituait l'essence même de leur culture : la liberté de mouvement. Ils ont essayé de survivre dans la misère et le désintérêt des autorités.

C'est Alba qui raconte. Entrée dans le camp à 14ans, elle croit que cet entassement dans des baraquements rudimentaires est provisoire. Mais les autorités confisquent les roulottes, les chevaux. Son internement et celui de sa famille, de sa tribu, durera six longues années. Elle connaîtra le froid, la faim, le désespoir, mais aussi la solidarité et l'amour. Naissances et décès, humiliations et amitiés, tenir malgré l'adversité, s'adapter pour vivre. Ce roman évoque la souffrance et la solidarité d'un peuple marginal et secret, qui d'habitude ne se confie pas aux gadgés.

Mais Paola Pigani, née en 1963 dans une pauvre famille italienne émigrée en Charente, a longtemps côtoyé les Manouches, partagé son enfance avec eux. Après avoir rencontré une survivante du camp des Alliers, elle a voulu faire connaître ce pan ignoré et peu reluisant de l'histoire de la France de Pétain. Et rendre hommage à ses amis, fiers et libres, encore à l'index aujourd'hui.
Dans un style poétique, elle réussit un roman d'initiation sensible et chaleureux, empreint d'humanité.

En poche chez Liana Levi Piccolo au prix de 9,50€.
Chronique publiée dans le JTT du jeudi 23 octobre 2014.

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