lundi 9 décembre 2013

Festival Entrevues : 'A iucata (le pari) , de Michele Pennetta

En Sicile,  des courses clandestines de chevaux sont organisées de nuit, loin de tout contrôle. Une économie souterraine, avec paris, défis, violence. Une autre mafia, qui reflète l’ambivalence du pays, entre beauté éclatante et sombres trafics. Cet implacable documentaire nous entraîne dans un monde où les chevaux n’ont que la valeur de leurs jarrets. Pas de discours superflu, mais des images fortes.

Un cheval au galop, attelé à un sulky, sur une route panoramique au-dessus de Catane. Nuit et pluie. Une voiture, phares allumés, suit l’équipage. Des hommes courent à côté. Etrange douceur du jour qui se lève, alors que la force sauvage d’un cheval se déploie, incongrue dans la circulation automobile.

Séquence paisible, à l’écurie, cachée dans une ruelle sombre de la ville. Réduit sordide, surveillé par visiophone. Un gamin, Vittorio, nettoie le crottin, change la paille, brosse l’animal. Quelques caresses échangées. Cheval nerveux, toujours entravé, hypersensible aux bruits. Le patron arrive, aboie ses ordres, il faut harnacher, atteler, vite. Des entraînements successifs, toujours en fin de nuit, dans les rues de Catane, entre les voitures. Ou sur la plage, dans un petit matin rose et bleu. Mais pas d’angélisme, le cheval comme le garçon sont tous deux exploités, sacrifiés au dieu Argent.
Le martèlement des sabots, au pas, au trot, au galop, scande le film, staccato du destin résonnant sur le bitume des boulevards. Ordres hurlés du cavalier, halètement du cheval, voix grasses des parieurs, la bande-son dépouillée laisse la part belle au cheval. Au pas, il rentre, épuisé. A l’écurie, la piqûre de dopage l’attend. Les paris sont ouverts.

Déferlante de la course finale, sur une route déserte, dans la montagne. Un duel de chefs, par animaux interposés. Galop surréaliste des chevaux, brun contre blanc, au milieu d’une horde de scooters et motos lancés à plein régime, dans un vacarme de klaxons. Ni la Madone, furtivement invoquée, ni l’Etna majestueux et impassible, au loin, ne peuvent les sauver. Une interprétation moderne des Cavaliers de l’Apocalypse, annonciateurs de catastrophes.


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