mardi 3 février 2026

Martic, un sculpteur atypique, empirique et sympathique

 Atypique, c’est ainsi qu’on pourrait qualifier le parcours de Eric Martin, né dans une famille de bricoleurs hors normes à Pont-de-l’Isère en 1970. Enfant, il passe ses loisirs dans l’atelier de son père, employé chez Rhône-Poulenc, à dessiner et créer ses propres jouets, pistolet ou guitare, avec des chutes de matériaux divers, à apprivoiser les machines, perceuse, scie, meuleuse… L’école ne le passionne pas, mais il obéit aux exigences paternelles en poursuivant ses études jusqu’au BTS d’action commerciale. Avant de partir à Londres en 1995, en stop, sans autre bagage que son énergie et son besoin de liberté.

Là-bas, il multiplie les petits jobs, puis s’engage dans un restaurant comme garçon de café. Eric a la bosse du commerce et gravit tous les échelons jusqu’à responsable de bar, enfin manager ! Tout cela dans l’ambiance déjantée de Carnaby street, où les normes sociales explosent sous la pression punk (Son logeur propose ouvertement « le shit et le couvert »). Il ira même jusqu’à Belgrade alors en guerre pour y retrouver une jeune fille serbe rencontrée à Londres. Une école de la vie, de la tolérance, une remise en cause des croyances, bien loin de la tranquillité drômoise, qui forgent son ouverture d’esprit, son empathie, sa curiosité.

Retour en France, il est employé par la fabrique de brioches Pasquier, ses compétences le font passer rapidement de chauffeur-livreur entre Aubagne et Marseille à chef des ventes puis responsable de l’établissement de la firme en Espagne. C’est alors que survient le drame, en 1999, un grave accident de voiture à Bollène, avec bras, jambe, vertèbres cassées, qui l’oblige à 6 mois d’hospitalisation. A sa sortie, pour s’occuper pendant sa rééducation, il pousse la porte de l’ancienne forge de son grand-père, essaye de la faire fonctionner. C’est une révélation, il y retourne chaque jour pendant les 6 mois suivants, apprend à forger, tordre, assembler toutes sortes de bouts de métal. Et prend la décision de suivre une formation AFPA de métallier-serrurier suivie d’une autre de ferronnier d’art.

En 2003, il crée sa propre entreprise de ferronnerie à la Roche de Glun, fabrique pergolas, portails, montées d’escalier, mobilier métallique. Sa passion et son imagination sont vite appréciées dans la région.  Chaque année, il présente un stand à la Foire du Dauphiné, et pour attirer le chaland, y expose une œuvre spéciale, personnelle, une sculpture en inox, un corps en mouvement, qui plaît beaucoup aux visiteurs. Jusqu’au jour en 2013 où l’aventure artistique l’emporte. Il décide d’être sculpteur sur métal à plein temps, sous le nom de Martic. Un grand saut dans le vide encouragé par son épouse.

Le succès est au rendez-vous, des galeries exposent les œuvres de Martic à Londres, Luxembourg, en Suisse, en Allemagne, ainsi qu’en France. Sa technique est empirique : d’abord un croquis, puis une structure modelée en argile, et pour la couverture, il part de petits rectangles d’inox qu’il galbe et assemble un à un. Un travail minutieux, de longue haleine, mais qui permet de corriger le geste à tout moment.  Quand l’ensemble est recouvert d’inox, Eric le scinde en deux parties, pour extraire et nettoyer la terre, avant refermer, de souder, puis de polir jusqu’à obtenir une sculpture rutilante et unique !

Le cheval cabré exposé dans la concession Ferrari de Genève va rejoindre la galerie Porsche de Montélimar. D’autres sculptures de Martic, sont exposées actuellement en Provence (domaine Patras) et dans le Tricastin, après avoir orné les entreprises Chapoutier et Pradelle, la galerie Axa de Valence ou le prieuré de Charrière. Une suite de rencontres riches de sens avec le public, conquis par la beauté mystérieuse des œuvres, qui permet à l’esprit de s’échapper dans le rêve.

Pour suivre l’actualité de Martic, consultez le site : www.martic-art.com 

Article publié dans Regard Magazine de janvier 2026.   

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