Atypique, c’est ainsi qu’on pourrait qualifier le parcours
de Eric Martin, né dans une famille de bricoleurs hors normes à Pont-de-l’Isère
en 1970. Enfant, il passe ses loisirs dans l’atelier de son père, employé chez
Rhône-Poulenc, à dessiner et créer ses propres jouets, pistolet ou guitare,
avec des chutes de matériaux divers, à apprivoiser les machines, perceuse, scie,
meuleuse… L’école ne le passionne pas, mais il obéit aux exigences paternelles en
poursuivant ses études jusqu’au BTS d’action commerciale. Avant de partir à
Londres en 1995, en stop, sans autre bagage que son énergie et son besoin de
liberté.
Là-bas, il multiplie les petits jobs, puis s’engage dans un
restaurant comme garçon de café. Eric a la bosse du commerce et gravit tous les
échelons jusqu’à responsable de bar, enfin manager ! Tout cela dans l’ambiance
déjantée de Carnaby street, où les normes sociales explosent sous la pression
punk (Son logeur propose ouvertement « le shit et le couvert »). Il
ira même jusqu’à Belgrade alors en guerre pour y retrouver une jeune
fille serbe rencontrée à Londres. Une école de la vie, de la tolérance, une
remise en cause des croyances, bien loin de la tranquillité drômoise, qui forgent
son ouverture d’esprit, son empathie, sa curiosité.
Retour en France, il est employé par la fabrique de brioches
Pasquier, ses compétences le font passer rapidement de chauffeur-livreur entre
Aubagne et Marseille à chef des ventes puis responsable de l’établissement de
la firme en Espagne. C’est alors que survient le drame, en 1999, un grave
accident de voiture à Bollène, avec bras, jambe, vertèbres cassées, qui
l’oblige à 6 mois d’hospitalisation. A sa sortie, pour s’occuper pendant sa
rééducation, il pousse la porte de l’ancienne forge de son grand-père, essaye
de la faire fonctionner. C’est une révélation, il y retourne chaque jour
pendant les 6 mois suivants, apprend à forger, tordre, assembler toutes sortes
de bouts de métal. Et prend la décision de suivre une formation AFPA de
métallier-serrurier suivie d’une autre de ferronnier d’art.
En 2003, il crée sa propre entreprise de ferronnerie à la
Roche de Glun, fabrique pergolas, portails, montées d’escalier, mobilier
métallique. Sa passion et son imagination sont vite appréciées dans la région. Chaque année, il présente un stand à la Foire
du Dauphiné, et pour attirer le chaland, y expose une œuvre spéciale, personnelle,
une sculpture en inox, un corps en mouvement, qui plaît beaucoup aux visiteurs.
Jusqu’au jour en 2013 où l’aventure artistique l’emporte. Il décide d’être
sculpteur sur métal à plein temps, sous le nom de Martic. Un grand saut dans le
vide encouragé par son épouse.
Le succès est au rendez-vous, des galeries exposent les
œuvres de Martic à Londres, Luxembourg, en Suisse, en Allemagne, ainsi qu’en
France. Sa technique est empirique : d’abord un croquis, puis une
structure modelée en argile, et pour la couverture, il part de petits
rectangles d’inox qu’il galbe et assemble un à un. Un travail minutieux, de
longue haleine, mais qui permet de corriger le geste à tout moment. Quand l’ensemble est recouvert d’inox, Eric le
scinde en deux parties, pour extraire et nettoyer la terre, avant refermer, de
souder, puis de polir jusqu’à obtenir une sculpture rutilante et unique !
Le cheval cabré exposé dans la concession Ferrari de Genève
va rejoindre la galerie Porsche de Montélimar. D’autres sculptures de Martic, sont
exposées actuellement en Provence (domaine Patras) et dans le Tricastin, après
avoir orné les entreprises Chapoutier et Pradelle, la galerie Axa de Valence ou
le prieuré de Charrière. Une suite de rencontres riches de sens avec le public,
conquis par la beauté mystérieuse des œuvres, qui permet à l’esprit de s’échapper
dans le rêve.
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