jeudi 25 décembre 2025

Les écoliers de Tain expérimentent l’histoire

Sous la houlette de leur institutrice, Véronique Pic, passionnée de patrimoine, les élèves de CE2 de l’école Jean Moulin de Tain ont fourni un vrai travail de mémoire et exposent leurs recherches actuellement dans la salle Bacchus de la Maison des quais.

Sur de grands panneaux toute l’histoire de Tain se déploie, de l’Antiquité avec le Taurobole et la borne milliaire aux temps modernes avec les inventions de Marc Seguin, en passant par le Moyen-âge illustré par le grenier à sel et la tour de la Bâtie ou la description du naufrage de Madame de Sévigné. Mais le plus spectaculaire, c’est l’exposition de maquettes de la passerelle de 1825. Anniversaire oblige, les élèves, leurs parents et grands-parents ont rivalisé d’imagination pour les réaliser. Il faut dire que les enfants ont été conseillés par les instances patrimoniales de l’agglo, l’historien Michel Cotte en tête. Bibliothèque, office du tourisme, amis du musée et du patrimoine ont ainsi soutenu le projet PATATRAC (PAsserelleTAinTRACes du passé).

Ce projet a pour objectif de participer à un concours sur le patrimoine industriel, initié par l'association Vieilles Maisons Françaises (VMF) qui oeuvre à la sauvegarde et la connaissance du patrimoine national. Il a permis aussi d’initier les enfants à la poterie antique (à la MJC de Tain), à la création d’affiches et invitations. Le point d’orgue sera la chasse au trésor de mardi, qui fera passer les élèves par tous les sites emblématiques de l’histoire de Tain.

Une belle façon de sensibiliser les enfants à la richesse du passé, et de réfléchir à l’avenir qu’ils souhaitent.

Expo visible salle Bacchus jusqu’au 18 décembre, puis dans l’école Jean Moulin, où elle s’enrichira encore de nouveaux éléments au fil de l’année scolaire.

Article publié dans le JTT du jeudi 25 décembre 2025.

dimanche 21 décembre 2025

Incontournable pendant les fêtes : la truffe

Tuber melanosporum, ce champignon particulièrement apprécié des gourmets, a une histoire vieille comme le monde. Déjà connue et appréciée par les Egyptiens (le pharaon Khéops notamment), les Grecs, les Romains, la truffe a été calomniée et rejetée au Moyen-Âge. Sa couleur noire et sa croissance souterraine en faisaient une émanation du Diable. Les vertus aphrodisiaques qu’on lui attribuait (ressemblance avec les testicules) lui ont redonné sa place à la Renaissance, à la table de François Ier en particulier. Les truffes alors provenaient de Bourgogne ou de Touraine. Maintenant le Tricastin, le pays de Grignan et l’Enclave des Papes, ainsi que la Drôme des collines, forment la première région trufficole de France. Et il est question de créer l’appellation « truffe de Provence » pour lutter contre le nom générique de « truffe du Périgord ».

Joseph Talon (1794-1872) est le père de la trufficulture moderne. Il eut l'idée de planter des glands, provenant des chênes truffiers, dans une de ses terres du Vaucluse au début du XIXe siècle. Une décennie plus tard, les jeunes chênes lui donnaient une importante récolte de truffes noires. La culture des truffes dans des truffières aménagées s'est donc développée, au point de fournir aujourd'hui 70 % des truffes françaises du marché. On utilise des plants de chênes mycorhizés (dont les racines ont été mises au contact de spores de truffes) pour plus de rentabilité.

Les truffes se récoltent entre 500 et 1000 mètres d'altitude. Préférant les terrains calcaires, bien drainés et ensoleillés, elles se développent toujours en symbiose avec le chêne blanc ou vert, mais aussi le noisetier, le tilleul, et même sous les pieds de lavandes et romarin. Les trufficulteurs utilisent traditionnellement pour le cavage (ramassage des truffes) des chiens dont l’odorat peut sentir à 10 m la présence d’une truffe cachée à 10 cm dans le sol. Une prouesse olfactive ! La durée de vie des truffes est comprise entre 200 et 290 jours, ce qui assure trois mois environ de récolte, de la mi-décembre à la mi-mars.

Le marché aux truffes de Saint-Paul-Trois-Châteaux attire le public chaque dimanche de mi-décembre à mi-mars. Ouvert aux particuliers, on y trouve des truffes fraîches et certifiées au détail. Il est animé par des trufficulteurs et des chefs cuisiniers qui proposent des dégustations truffées. Le marché de Richerenches, le samedi, est un marché de professionnels, où les trufficulteurs vendent en catimini leur cueillette aux courtiers. Un monde mystérieux qui a ses règles, on ne peut qu’y jeter un rapide coup d’œil de loin. Mais la visite devient passionnante avec le musée de Richerenches, caché dans les remparts de la Commanderie, qui présente un intéressant parcours entre truffe et vin.

Amateurs de saveurs raffinées, sachez qu’on peut acheter une petite truffe pour moins de 20€. La truffe noire, utilisée crue, râpée ou émincée, transforme le moindre plat, que ce soit des pâtes, des œufs ou des fromages, en expérience gastronomique. Au XVIIIe siècle, le célèbre cuisinier Brillat-Savarin l’appelait déjà « Le diamant de la cuisine ». Bonne dégustation !


Article publié dans le JTT du jeudi 18 décembre 2025.

jeudi 18 décembre 2025

Les santons d'Ardelaine illustrent le cycle de la laine

Chacun connaît de réputation l’entreprise ardéchoise Ardelaine, située en contrebas de Saint-Pierreville, qui promeut les valeurs locales, associatives et écologiques, en fabriquant des articles de laine de haute qualité. Toute l’année, le public est y accueilli pour découvrir, par des visites, des ateliers, des stages, le cycle de la laine, c’est-à-dire toutes les étapes qui mènent du mouton au produit fini, literie, vêtements, pelotes, accessoires et même paillage.

Emblématique de la maison mais aussi de la saison, une salle spéciale est réservée à la mise en scène de santons anciens, qui eux aussi racontent la fabrication de la laine. Les bergers et leurs moutons, la tonte, le tri, le lavage, le cardage, la confection de matelas, la filature, le tricotage, toutes les étapes de la filière sont successivement éclairées et animées en saynètes. Des gestes  d’autrefois, peu différent de ceux d’aujourd’hui, car ici beaucoup d’étapes sont encore effectuées à la main ou avec des machines traditionnelles, ce qui vaut à Ardelaine d’être labellisée « Entreprise du patrimoine vivant ».

Depuis la fin des années 1970, cette filature restaurée par une bande de copains idéalistes a donné naissance à une SCOP, avec pour projet d’insuffler localement une dynamique de développement. Pari tenu. 200 éleveurs travaillent pour elle, récoltant 50 tonnes de laine par an. 40 personnes sont employées à Ardelaine, chacune pouvant changer de poste, pour avoir la satisfaction de suivre la fabrication du produit du début à la fin. La filature au bord du torrent s’est agrandie en hameau où les salariés sont heureux. On le ressent dès l’accueil de la librairie-café, qui complète de façon conviviale la visite : on peut y manger à toute heure, trouver un choix de livres originaux, et des événements culturels y sont organisés toute l’année. Quant à la boutique, elle regorge de cadeaux bien chauds à s’offrir pour l’hiver. Pour reprendre la chanson : « De toutes les matières, c’est la laine que je préfère… »


Article publié dans le JTT du jeudi 18 décembre 2025.

lundi 15 décembre 2025

Un Noël Hygge à Copenhague

Hygge, c’est le mot qui résume le bien-être à la danoise : il suppose une atmosphère intime, chaleureuse, c’est un concept qui invite à profiter des petites choses comme boire un chocolat chaud au coin du feu, en bavardant avec des amis. Un art de vivre qui permet de rester positif pendant les longs hivers danois. Et qu’on peut facilement importer. Il suffit de disposer dans sa maison des éléments naturels, pommes de pin, branches de sapin ou de houx, bougies parfumées, plaids de laine… et de prendre le temps de vivre après une belle randonnée.

Copenhague est la capitale du Danemark, mais ce n’est pas une ville agitée. Le côté paisible s’impose par l’omniprésence de l’eau : mers, lacs, canaux, la divisent en différentes îles. Le principal chenal qui la traverse relie la mer du Nord et la mer Baltique, entre Danemark et Suède. Autre point fort : les espaces verts. Chaque île profite de parcs, de jardins, ou de friches boisées dès qu’on s’éloigne un peu du centre. Dans cet environnement à dominante vert et bleu, l’assèchement de la planète semble ici une notion théorique.

Dans ce port commercial important, le bateau est le principal moyen de transport public, après la bicyclette. La ville étant plate, l’usage du vélo y est devenu systématique. Et tout a été conçu en fonction de la circulation cycliste : pistes cyclables, passerelles réservées, ainsi que d’incroyables parkings à vélos sur deux niveaux. Pas d’engin électrique ni de trottinette, on pédale sur des vélos classiques, et surtout avec des vélos-cargos qui s’adaptent à toutes les circonstances : les courses, les livraisons, les enfants, même les adultes y prennent place. Attention aux heures de pointe, lorsque des pelotons de cyclistes dignes du Tour de France déboulent aux carrefours quand le feu passe au vert.

L’architecture de Copenhague est étonnante. Si le centre historique conserve son caractère traditionnel, maisons à clochetons, hautes tours, châteaux et églises en briques rouges, dans les nouveaux quartiers, les architectes ont fait assaut d’innovation ou d’extravagance. Façades strictes du « diamant noir », la bibliothèque royale, incroyable toit terrasse de l’opéra, colline de la déchetterie transformée en piste de ski, bâtiments sur pilotis ou flottants, formes triangulaires, arrondies… En longeant les quartiers neufs en bateau-bus, l’originalité des constructions émerveille.

Mais surtout, à Copenhague, on cultive le Hygge. Une sensation de bien-être qu’on éprouve partout, le stress semble banni, et la gentillesse, l’accueil, la disponibilité des habitants impressionnent. Tous prennent le temps de vous indiquer (en anglais) la direction de la petite Sirène, la star de Copenhague … car le danois n’est pas une langue facile. C’est le seul bémol à la visite.

Article publié dans le JTT. 

mercredi 10 décembre 2025

La vache tachetée et autres contes cruels de Octave Mirbeau







Cruels ou absurdes, cyniques ou anarchistes, les contes de Mirbeau n’ont pas laissé le public indifférent vendredi soir. Cette première initiative de la MJC de Tain de présenter un spectacle pour adultes a mis en valeur un auteur méconnu, aux accents très modernes. Il faut dire que le comédien Lionel Jamon, de la compagnie Gaf’alu productions a su conquérir le public par son talent.

Lionel Jamon voyage entre Loire et Rhône avec dans ses bagages des textes oubliés. La sobriété du décor et son jeu d’acteur lui permettent de libérer les textes de tous les artifices inutiles. Durant son spectacle, il interprète avec brio toute une série de personnages cabossés, de scènes grinçantes, vie de couple, départ à la guerre, emprisonnement arbitraire…

Octave Mirbeau (1848-1917), encensé de son vivant, était un journaliste et pamphlétaire redouté. Défenseur des idées d’avant-garde et de tendance anarchiste, il a développé sa contestation à tous les genres littéraires, ce qui lui a valu d’être mis à l’index après son décès.  Mais se moquer des puissants, démasquer leurs turpitudes et dévoiler les scandales est un programme qui reprend toute sa pertinence aujourd’hui ! adultes a mis en valeur un auteur méconnu, aux accents très modernes. 

Article publié dans le JTT du jeudi 11 décembre 2025.

mercredi 3 décembre 2025

La crèche de Léoncel

A Léoncel, dans le Parc naturel du Vercors, une crèche pas comme les autres émerveille les visiteurs (4000 l’an dernier !), de décembre à février. Une crèche XXL d’environ 30 mètres-carrés, qui illustre le paysage et les traditions de ce coin du Vercors, avec un réalisme exceptionnel. Le 6 décembre prochain, elle sera inaugurée par une journée festive avec bénédiction, chants, contes et goûter.

Catherine est une artiste, et chaque année elle choisit un thème pour sa crèche. Pour cette 11e édition, il s’agit du chemin des moines de Léoncel jusqu’à Peyrus. L’occasion d’ajouter à son décor réaliste le Pas du Touet, en plus de la cascade de la Druise, du Moulin de la Pipe, de la croix du Vellan, et des gorges d’Omblèze. Falaises calcaires, sentiers escarpés, pâturages, gorges et forêts sont impressionnants de précision. Pas de support en papier mâché ou tissu étoilé, Catherine reproduit en dur le relief des montagnes et les recouvre de mousse et lichens, d’arbustes et fleurs séchés.

Dans ce décor à la fois végétal et minéral elle met en scène les habitants du Vercors dans leurs occupations traditionnelles. Presque 1000 santons recréent ainsi l’atmosphère montagnarde : paysans, musiciens, aubergistes, vaches, chevaux, ours et loups... Mention spéciale pour les charbonniers du Vercors et leur meule de bois, le marché de Plan-de-Baix avec ses fleurs et ses légumes, le vivier à truites des moines de l’abbaye de Léoncel, l’aqueduc de Saint-Nazaire et les moulins de Peyrus.

Catherine est aussi conteuse : quand elle installe sa crèche monumentale, elle invente pour chaque scène une petite histoire de son cru. Et c’est tout naturellement qu’elle raconte ensuite aux visiteurs les traditions, les anecdotes, les chamailleries des habitants du Vercors. Patience et passion signent cette belle réalisation artistique.

A Léoncel, lieu isolé empreint de mystère, avec sa superbe abbaye cistercienne nichée au pied des falaises, ses balades sportives jusqu’au Pas de l’Echaillon, après la visite de la crèche installée dans le magasin associatif du village, on peut se réchauffer et se restaurer au café-auberge voisin. Un dépaysement magique, quand la neige saupoudre les sommets, qui allie nature, culture et plaisir.

La crèche de Léoncel est visible les après-midis, pendant tous les week-ends et vacances à partir du 6 décembre jusqu'à fin février. Visites contées ou libres.

Tél : 06 79 56 01 56   Facebook : La Crèche de Léoncel.

Article publié dans le JTT du jeudi 4 décembre 2025.