samedi 17 février 2018

Un roman franco-russe : la mort d'Alexandre Pouchkine


Les Russes vénèrent Alexandre Pouchkine (1799-1837) le père de leur littérature, dont ils étudient les œuvres dès l’école primaire. Et tous connaissent le nom du Français d’Anthès, qualifié d’assassin de Pouchkine. Le duel qui a opposé les deux jeunes hommes en 1837 s’est terminé tragiquement. Un duel d’amour, après des frasques répétées, qui est devenu une légende romanesque où le Français joue le mauvais rôle.  

Alexandre Pouchkine, fils de famille noble, lecteur passionné, a suivi une scolarité brillante, il parlait couramment le français, alors en usage à la Cour, se passionnait pour la littérature de notre pays. Dès 1817 il commença à écrire avec succès des poèmes romantiques en russe. Menant une existence de fêtard et débauché à Saint-Pétersbourg, fréquentant la bonne société mais aussi les opposants au tsar, il fut exilé en 1820-1824 à Mikhaïlovskoïe puis dans le sud de l’empire. Son exil fut fécond sur le plan littéraire, car il apprit à connaître la Russie profonde. Quand le tsar lui pardonna, Pouchkine revint à Saint-Pétersbourg, publia des récits, des contes, des romans, des pièces de théâtre, anima la vie littéraire du pays, créant sa propre revue. Ouvrant la voie à Gogol, Tolstoï, Dostoïevski ...

En 1831 il épousa la très belle Natalia Gontcharova, pensant s’assagir et trouver auprès d'elle un bonheur paisible. Hélas ! Toujours coureur de jupons, il ne supportait pas qu'on regarde sa femme, elle-même très coquette. Parmi les nombreux soupirants de Natalia, le tsar lui-même, et le Français Georges d'Anthès. Pouchkine était célèbre, les jaloux en profitèrent. Dans la cruelle société mondaine, les moqueries, lettres anonymes se multiplièrent, ne cessant pas même lorsque Georges d'Anthès épousa la sœur de Natalia, Catherine. Par amour ? Par duperie ? Pouchkine voulut s’opposer au mariage, en vain. Ses insultes entrainèrent inévitablement un duel entre les deux beaux-frères. Le 27 janvier 1837, Pouchkine fut mortellement touché par les balles du pistolet de d’Anthès, il mourut chez lui deux jours plus tard. Les circonstances de sa mort contribuèrent à édifier sa légende en Russie, où il est considéré comme un génie national.

Qui était Georges d'Anthès ? Un Alsacien de famille noble, né à Colmar en 1812, qui fit une partie de sa scolarité à Lachapelle-sous-Rougemont près de Belfort, où un collège accueillait les Alsaciens venus étudier le français.  Après avoir intégré Saint-Cyr en 1829, il refusa de servir la monarchie de Juillet en 1830, et émigra en Russie pour se mettre au service du tsar. Charmeur, volage et fêtard comme Pouchkine, il était assidu près des deux sœurs Gontcharova. Il épousa Catherine, contre la volonté de Pouchkine. Le duel était inévitable. Après la mort de Pouchkine, d’Anthès fut emprisonné, jugé, puis gracié par le tsar, pas mécontent de voir ses rivaux évincés. 

Il quitta la Russie avec sa femme pour s'installer dans la demeure familiale de Soultz, où il s'adonna à la politique, conseiller général, député puis sénateur d'Alsace sous le Second Empire. Sa femme Catherine mourut en 1843 après la naissance de son quatrième enfant. Quant à lui, il vécut jusqu’en 1895, entouré de sa famille. 

En France, les œuvres de Pouchkine sont peu lues, et seuls les habitants de Soultz ont entendu parler de d’Anthès, qui repose au cimetière local avec sa femme Catherine. Mais si vous allez en Russie, il est indispensable de réviser l’histoire de Pouchkine et d’Anthès, c’est un sujet de débat, où les sensibilités nationales peuvent encore s’affronter !


Un roman de Pouchkine : Le nègre de Pierre le Grand

Un roman ? Pas vraiment, c'est l'histoire de son arrière-grand-père africain, Abraham Petrovitch Hannibal. Un autre personnage mythique de l’histoire russe. Et française !

Abraham, né en 1696, était un prince africain. Il fut raflé au Cameroun à l'âge de sept ans et emmené comme esclave à Constantinople, sous le nom de Hannibal. Puis vendu au tsar Pierre le Grand en 1707. Une chance extraordinaire, qui changea sa destinée. Promu filleul du tsar, qui voulait montrer que les Noirs avaient les mêmes capacités intellectuelles que les Blancs, rebaptisé Petrovitch, il reçut une éducation d'excellence. Abraham passa même trois ans en France, à l'école d'artillerie de La Fère, et en sortit capitaine et ingénieur du roi. Surnommé "le Vauban russe", à la fois polyglotte, mathématicien, auteur de savants traités et importateur de la pomme de terre en Russie, il fut un personnage de premier plan sous le règne de Pierre le Grand. Puis sous celui de sa fille l'impératrice Élisabeth I, qui l'anoblit et lui donna en 1742 le domaine de Mikhaïlovskoïe. Continuant à diriger les travaux des ports et fortifications, nommé général en chef d'armée en 1759, il mourut dans son domaine à 85 ans.

Sa petite-fille Nadejda Hannibal, épousa Sergueï Pouchkine, et donna naissance à Alexandre, le grand écrivain russe, souvent moqué à cause de son teint basané et de ses cheveux frisés. Alexandre Pouchkine se traitait lui-même de "vilain descendant de nègre" ! cela influa-t-il sur son caractère ombrageux ?
On peut croiser la destinée d’Alexandre Pouchkine avec celle d’un illustre écrivain contemporain français : Alexandre Dumas, lui aussi en proie aux sarcasmes, car « petit-fils de nègre », et qui avait nommé son héros du Comte de Monte-Cristo : Dantès. Un hasard?

Article publié dans le JTT.





Aucun commentaire:

Publier un commentaire