lundi 7 septembre 2015

Chronique littéraire : En finir avec Eddy Bellegueule, de Edouard Louis

Découvrir sa différence sexuelle, essayer de la gommer parce qu’on est dans un milieu qui ne la tolère pas, c’est un sujet qui reste d'actualité. L'originalité de ce récit bouleversant vient de la description du milieu, un milieu rude, peu évoqué en littérature : la France du bas, le quart monde, version picarde. Chômage, alcoolisme, racisme, homophobie, les réactions y sont primaires, le vocabulaire grossier, on ne mâche pas ses mots face à la différence. A l'opposé de la bien-pensance convenue ou de l'hypocrisie.

Eddy est un garçon de dix ans, efféminé, qui se sent étrangement décalé dans son monde de brutes, où cogner est la règle. Ses parents veulent l’endurcir, pour qu’il ressemble aux autres garçons, qui boivent, baisent, triment et se battent. C’est leur forme d’amour. Eddy fait tout pour y arriver, sort avec des filles, joue au foot, mais ses efforts ne contribuent qu’à augmenter ses souffrances, sa culpabilité, il ne réussit pas à devenir celui qu’on souhaite qu’il soit. Il ne lui reste qu’une échappatoire, étudier, pour fuir son milieu.

Edouard Louis raconte ici en mots simples son propre itinéraire. Né en 1992, en Picardie profonde, isolé, incompris, rejeté, grâce à des études brillantes il a pu changer de vie, et même changer de nom. Normalien diplômé en sociologie, il a obtenu en 2014 le prix Guénin contre l’homophobie pour son roman. Sans toutefois échapper à la polémique ! 

En finir avec Eddy Bellegueule est maintenant disponible en poche chez Points.

Chronique publiée dans le JTT.

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