mercredi 27 octobre 2021

En trottinette électrique dans les vignes

Une animation originale attendait les amateurs de sensations fortes samedi à la Cave de Tain : parcourir les vignes en trottinette électrique tout terrain. Les engins mis à disposition sur le parking de la Cave étaient impressionnants : pas de trottinettes de ville, non, mais la version XXL avec des grosses roues de VTT. Une fois les candidats harnachés, casqués, gantés, avec dans le sac à dos la batterie qui ne pèse pas moins que 7kg, les animateurs de Trot Trot Trot ont donné les consignes pour la randonnée. Attention au départ ! C’est rapide, il faut avoir de bons réflexes et garder l'équilibre.


Par les chemins goudronnés, le groupe est monté aisément sur la colline de l’Hermitage, histoire de se familiariser avec les trottinettes, avant d’aborder plus difficile : les sentiers caillouteux jusqu’au belvédère de Pierre-Aiguille. Une pause pour admirer le panorama, le temps splendide contribuant à l’euphorie générale. Après la redescente plutôt scabreuse à travers les vignes, le taux d’adrénaline au maximum, les participants ont pu se détendre lors d’une dégustation bien méritée.

La nouvelle salle de dégustation de la Cave est une bulle de verre qui embrasse le vignoble de l’Hermitage, délicatement doré par l’automne. Bénédicte, de Terres de Syrah, a développé les caractéristiques des différents cépages, marsanne, roussanne, syrah, en insistant sur leurs arômes respectifs, des plus légers, fleurs d’acacia, agrumes, pêches, miel, aux plus intenses, prune, mûre, girofle, poivre, truffe… Avant de passer aux travaux pratiques en proposant Saint-Péray Fleur de Roc 2018, Crozes-Hermitage blanc Les Hauts d’Eole 2019, Crozes-Hermitage rouge les Hauts du Fief 2017, Saint-Joseph rouge Esprit de Granit 2018… pour terminer en beauté sur un élégant Hermitage rouge 2017.

Terres de Syrah, l’antenne oenotouristique de la Cave de Tain, propose ainsi des animations variées tout au long du Fascinant week-end : promenades et dégustations en trottinette, en buggy, en bateau sur le Rhône ou dans le Train des Gorges, visite des chais, ateliers de dégustations… Ces manifestations sont reconduites tout au long de l’année. En particulier le partenariat avec l’agence Trot Trot Trot, une petite entreprise sportive et innovante basée à Génissieux, qui organise des randonnées découvertes dans la Drôme des Collines. 


Article publié dans le JTT.

jeudi 21 octobre 2021

Essayez l'aviron !

Le club d’aviron de Tain-Tournon, c’est d’abord un lieu idyllique, en pente douce vers le Rhône, sous les ombrages, au nord de Tain. Le Rhône scintille au soleil, le vent est léger, le moment est idéal pour oser ce corps à corps avec le fleuve.

Une équipe sympathique accueille et gère le public venu aux séances d’initiation. D’abord un animateur montre les mouvements indispensables à la navigation, et les novices s’exercent sur des rameurs disposés sur l’herbe (ergomètres). Ensuite, des équipes sont constituées, avec trois débutants, un barreur et un rameur confirmés. Elles navigueront sur une embarcation école, solide et stable. Car les embarcations légères et fines des pros ne sont pas faciles à maîtriser.

On sort les bateaux du hangar, on les porte à l’embarcadère, c’est un exercice collectif. Idem pour les paires de rames, qu’il faut verrouiller à leur place. La manœuvre suivante est délicate : grimper dans le bateau… d’abord poser un pied, glisser le deuxième pied dans un espace minuscule, et s’asseoir, cette fois c’est un exercice d’équilibre.  Puis on saisit les rames, et quand toute l’équipe est prête, le chef de bord, assis face aux quatre rameurs, donne le départ.

Et ça y est, on quitte le ponton, on s’éloigne rapidement sur l’eau… Mais pas question de rêver, il faut suivre les consignes, apprendre à manœuvrer, trouver un rythme commun, s’y tenir. L’esprit d’équipe est indispensable. Le bateau remonte le Rhône en direction de la Table du Roy. Sensation merveilleuse de glisser au ras de l’eau, de faire corps avec le fleuve. Rappel à la réalité quand les rames s’entrechoquent, quelqu’un a perdu la cadence ! Il faut se recaler, se concentrer sur la manœuvre suivante, le demi-tour. Attendre sagement au bord qu’une péniche passe, avec l’impression d’être un fétu de paille face à ses vagues.

La descente du fleuve en direction de la Teppe est plus rapide, à peine le temps de découvrir Tain et Tournon sous un angle nouveau, il faut garder le rythme, rester concentré. Puis un autre demi-tour, à l’endroit où le Rhône s’élargit, et c’est la remontée jusqu’au club, le passage sous les ponts, et déjà l’embarcadère. Manœuvre d’approche hésitante, on s’y reprend, on y arrive. Sortie du bateau délicate, les muscles contractés. Contrairement à ce qu’on imagine, ce sont les jambes qui travaillent plus que les bras. La terre ferme est là ! Soulagement et ravissement. Quelle belle expérience !

Et déjà un autre équipage se présente, on laisse la place, étourdis par tant de sensations nouvelles en si peu de temps. On voudrait recommencer tout de suite… 

La solution : s’inscrire au club qui propose en ce début de saison des séances d’initiation gratuite tous les samedis de septembre, le matin pour les adultes et l’après-midi pour les jeunes à partir de 10 ans. L’aviron peut se pratiquer à tout âge, et à tout niveau, du loisir à la compétition. Il existe même une section handisport qui accueille les personnes avec handicap. Une préparation physique complémentaire, l’Avifit, permet à tous ceux qui le désirent de se muscler en salle, pendant toute l’année. On peut aussi profiter des animations ponctuelles, défis, opérations caritatives qui se succèdent tout au long de l’année.

contact@avirontaintournon.fr       tél: 0475087019

Article publié dans le JTT du jeudi 21 octobre 2021.

mardi 12 octobre 2021

Randonnée en Provence

La randonnée de deux jours organisée par l’Accueil Muzolais a obtenu un franc succès. Jeudi 7 octobre, à 6 h du matin, deux cars Palisse ont emmené les 102 participants dans la région des Baux de Provence pour une première journée de marche. Dispersés en cinq groupes de niveaux différents, ils ont arpenté les chemins des Alpilles, entre rochers sculptés par le vent (particulièrement violent ce jour-là) et végétation méditerranéenne odorante. L’après-midi s’est terminé aux Carrières de Lumières, pour un spectacle visuel consacré aux peintres Cézanne et Kandinsky. 

L’hébergement du soir à Carry-le Rouet a enchanté tout le monde. Et le lendemain, une grande balade sur les sentiers escarpés du bord de mer, du fort de Niolon à Ensuès la Redonne en passant par la calanque de Méjean a permis à tous de profiter d’un grand bain de soleil et de nature. Le retour à Saint-Jean-de-Muzols a été l’occasion de beaux échanges entre les participants, une convivialité qui caractérise l’Accueil.

Article publié dans le JTT.

samedi 2 octobre 2021

Le carreau mosaïque de Viviers

Une exposition organisée à la maison des Chevaliers de Viviers par le CICP (centre international construction et patrimoine) rappelle l’histoire de cette fabrication vivaroise qui a essaimé dans le monde entier : les carreaux de mosaïque en ciment, un décor de sol mis au point dans les années 1850‑1860.

La présence des cimenteries à Viviers explique cette mise au point de carreaux polychromes en ciment comprimé, sans cuisson, par trois Vivarois : Etienne Larmande puis Louis-François Damon, inventeurs du procédé, et Auguste Lachave. Les seuls pavages existants étaient alors en pierre, en marbre ou en granito, des matériaux très onéreux que les applicateurs travaillaient sur place. Le carreau de ciment, solution alternative originale, solide et bien moins chère, connaît donc rapidement un immense succès.

Le procédé révolutionnaire est découvert par l’ingénieur ardéchois Étienne Larmande et relaté par Yves Esquieu, professeur d’art : « La chaux hydraulique, seule ou mélangée dans de certaines proportions à de l’argile calcinée, du sable et de l’eau, produit une matière aussi dure que de la pierre ordinaire sans qu’il soit besoin d’aucune cuisson. »
Les carreaux sont coulés dans un moule en fonte d’acier qui définit leur format. À l’intérieur du moule vient se positionner le diviseur, un séparateur de couleurs destiné à la création des motifs. Yves Esquieu précise : « Pour pouvoir incruster des dessins polychromes, Larmande demanda à un serrurier de Viviers, Auguste Lachave, de concevoir le matériel de fabrication, notamment les “diviseurs” de bronze destinés à répartir les couleurs. »

À l’intérieur de chaque cloisonnement du diviseur, le fabricant injecte de la couleur puis ôte le diviseur, afin que les couleurs arrivent en jonction. L’artisan pose ensuite la chape composée de ciment Portland et de silice (sable) sur la couche d’usure. Elle définit l’épaisseur des carreaux ciment (12 mm pour les murs et 16 à 19 mm pour les sols) et fait leur solidité. Cet   ensemble encore positionné dans le moule part sous presse pour être compacté, puis sorti de son moule. Ensuite, les carreaux sont plongés dans des bacs d’eau pour qu’ils durcissent avant d’être séchés.

Présenté à l’Exposition universelle de 1867 à Paris, le carreau mosaïque de ciment obtient un franc succès et fait rapidement le tour de l’Europe. Puis, en pleine période de colonisation, ce procédé simple permettant de faire de plaisants motifs colorés à bas coût s’est diffusé aux quatre coins de la planète. On en retrouve en Indochine, au Maghreb, en Afrique, partout où la France avait des colonies.

Les artisans de tous les pays se sont rapidement emparés de la technique. « Du moment qu’il existait une cimenterie, il était facile de faire appel à un ferronnier ou un dinandier pour créer le diviseur propre à réaliser les motifs colorés. Ensuite, une seule presse hydraulique était requise, un procédé mécanique simple qui a permis à ces carreaux de se développer partout », explique Delphine Laporte, designer spécialisée en « zellige » marocain. En Espagne, notamment à Barcelone, les carreaux de ciment connaissent une période de faste à l’époque moderniste et leurs motifs Art nouveau continuent à faire aujourd’hui le tour du monde.

Cette passionnante exposition rend hommage aux anciennes fabriques de carreaux de ciment de la région, notamment à Viviers et Bourg-Saint-Andéol. Et glorifie une invention purement ardéchoise dont le monde entier s’est emparé. Elle est visible jusqu’au 26 septembre, du mardi au vendredi de 10h à 13h et de 14h à 17h à la maison des Chevaliers de Viviers.

Article publié dans le Jtt.

 

jeudi 16 septembre 2021

L'insolite musée de la douane suisse, à Lugano

De tout temps, les Suisses ont protégé leur territoire, et on ne plaisantait pas avec leurs douaniers. Même s’ils ne sont pas inclus dans l’Union européenne, les accords de Schengen y permettent maintenant la libre circulation des marchandises, et le travail des douaniers a bien évolué. Plutôt que stationner aux frontières, ils interviennent n’importe où sur le territoire helvétique pour contrôler des proies repérées préalablement.

Le musée de la douane suisse à Gandria, près de Lugano, a le charme désuet des pratiques abandonnées. Le temps où les contrebandiers essayaient d’échapper aux gabelous par tous les moyens. Comme la frontière avec l’Italie longe le lac, la contrebande s’effectuait par bateau ou à pied à travers la montagne. Double cale ou double fond, toutes sortes d’astuces étaient utilisées pour faire passer le tabac, les bijoux ou l’argent. Des cachettes aménagées dans les talons de chaussures, dans de fausses victuailles, dans les vêtements … en témoignent.

La partie pédagogique du musée évoque l’histoire des douanes, les principaux postes névralgiques en Suisse, la vie des douaniers au siècle dernier. Mais le plus édifiant, c’est l’étage réservé aux actuelles prises des douaniers. Des stocks de contrefaçons : montres, sacs, bijoux. Des kilos de faux médicaments. Des œuvres d’art provenant d’Afrique ou d’Asie. Les animaux sauvages ne sont pas épargnés : tortues naturalisées, coquillages précieux, peaux de tigres, défenses d’éléphants… Une caverne d’Alibaba où les stratagèmes les plus sophistiqués concernent le camouflage des drogues, cachées dans des canettes de boissons, des poches secrètes… L’activité actuelle des douanes a pourtant changé, l’essentiel est maintenant orienté sur la protection des propriétés intellectuelles, des droits d’auteur et le filtrage des migrants.

Dans le jardin du musée, on retrouve l’histoire concrète avec une belle collection de bornes anciennes en pierre, chacune ornée du double écussonnage, d’un côté le symbole suisse (ours de Berne, croix blanche, CH…) de l’autre les symboles du pays limitrophe (fleur de Lys ou RF pour la France, I pour Italie). Une réalité tangible, à l’opposé des actuelles frontières virtuelles.

https://www.myswitzerland.com/fr-fr/decouvrir/musee-suisse-des-douanes/

 Article publié dans le JTT.

jeudi 9 septembre 2021

En bus, à vélo et en bateau sur le Rhône

C’est la formule originale proposée par la Compagnie des Canotiers pour une superbe promenade dans la nature ardéchoise. Les voyageurs, avec leurs vélos, embarquent dans le bus de la ligne 11 vers 9h en gare de Tournon, direction Lalouvesc. Puis ils descendent à vélo le long de la vallée de l’Ay, à leur rythme. Rendez-vous à l’embarcadère de Saint-Vallier à 14h 30, pour un retour à Tournon par le fleuve, dans le catamaran des Canotiers.

Nous avons interprété la formule à notre guise, quittant le bus au col du Marchand, pour réduire le trajet et éviter la ville. Immédiatement, l’immersion dans la nature nous enchante. La descente vers Satillieu est un pur plaisir, vivifiés par l’air frais, dans de sombres forêts de sapins égayées de fougères phosphorescentes et d’épilobes roses. 

Le village de Satillieu est un centre commercial accueillant, idéal pour faire une pause et acheter des provisions, avant de poursuivre la route vers Saint-Romain d’Ay. La petite départementale traverse alors un paysage de campagne, ponctué de hameaux aux solides maisons de pierre ocre et de vénérables châtaigniers et mûriers. Les cultures, les vergers, les jardins, alternent avec les prairies où paissent les vaches. L’odeur du foin coupé embaume l’air. On devine le lit de la rivière Ay entre les entre les arbres, quelques pêcheurs y sont installés. Ce n’est qu’au sanctuaire de Notre-Dame d’Ay qu’un sentier bucolique permet d’approcher ce petit affluent du Rhône. Un joli torrent qui a creusé son lit entre roches et buissons foisonnants. Fraîcheur, ombre et soleil, clapotis de l’eau sur les cailloux, l’endroit est parfait pour le pique-nique.

Puis le trajet se continue vers Ardoix, où commencent les gorges de l’Ay, une petite merveille de la nature. Hautes murailles granitiques, végétation sauvage, à pic impressionnant au fond duquel la rivière cascade. Dans cet univers minéral la route dévale une pente vertigineuse, il faut s’arrêter près des ponts, se pencher au-dessus des murets, pour apprécier le fabuleux travail de creusement des falaises par l’eau. Enfin Sarras apparaît, les collines s’adoucissent pour accueillir les vignes, on retrouve la civilisation, les feux rouges, la circulation sur le pont qui mène à Saint-Vallier. Et au bord du quai, le catamaran des Canotiers nous attend. Nous embarquons avec nos vélos pour une paisible descente du Rhône jusqu’à Tournon.

Un moment de détente totale, à admirer le bel alignement des maisons sur la rive, le défilement des berges puis les coteaux, les villages, sous un angle différent. Après le spectaculaire passage de l’écluse de Gervans, on dépasse la mythique Table du Roy, et déjà  le château de Tournon se profile à l’horizon. Fin de la balade au port, nous remercions les navigateurs pour cette belle proposition touristique. En quelques heures, nous avons vécu un dépaysement total, avons côtoyé des milieux naturels variés : montagne, campagne, végétal, minéral, aquatique… Tout cela sans grand effort et sans aucun souci d’organisation !

La Compagnie des Canotiers propose cette aventure (parmi d’autres) les dimanches et jeudis d’été, au prix de 18 € (+0.80 € pour le bus). Renseignements et réservation : 0644307976 et www.canotiersboatnbike.com.

Article publié dans le Jtt du jeudi 9 septembre 2021.

vendredi 3 septembre 2021

Chronique littéraire : Les grands cerfs, de Claudie Hunzinger

Une ode à la nature sauvage. Claudie Hunzinger vit avec son compagnon Nils dans une ferme perdue de la montagne vosgienne. Pas reliée aux réseaux d’eau, d’électricité, loin de la société de consommation, acceptant les difficultés d’accès, de ravitaillement, les intempéries, pluie, gel, neige, et ce depuis plus de 50 ans. Mais avant tout fidèle à son idéal de vivre une vie simple, au plus près de la nature, remplaçant le confort et le conformisme par la lecture et la débrouillardise.

Un jour, par hasard, elle croise un grand cerf dans la forêt. Bouleversée par la beauté de l’animal, elle veut immédiatement en savoir plus sur ces animaux dont elle pressent la présence autour de sa maison, mais qui savent se cacher des hommes. Ils redoutent les chasseurs, avec leur folie des trophées, et les gens de l’ONF, qui gèrent et exploitent les bois, remplaçant leurs arbres nourriciers par d’autres plus rentables.

Un photographe animalier, Léo, passionné de cerfs lui aussi, va lui apprendre à rester en affût, des nuits entières, pour découvrir leur vie, leurs différences, comment ils évoluent, naissance, nourriture, sommeil, mue, brame, lutte … Pour Claudie, une expérience de silence, de temps étiré, dans des conditions extrêmes, un peu semblable à celle vécue par Sylvain Tesson au Népal, sur les traces de la panthère des neiges.

De cette expérience, Claudie a tiré un magnifique hommage aux cerfs, écrit dans une langue poétique et tendre, mais qui est aussi pamphlet contre la marchandisation des milieux naturels et l’extinction programmée des grands animaux sauvages.

Claudie Hunzinger, née en 1940 à Colmar dans le Haut-Rhin, est une artiste plasticienne et romancière française. La nature et l’originalité sont omniprésentes dans son double parcours.

« Les grands cerfs » est disponible en poche chez J’ai lu.

Chronique publiée dans le Jtt du jeudi 2 septembre 2021.