
A travers trois personnages atypiques, Lucinde la couturière
arriviste, Antoine la petite trafiquante, et Petit-Frère, l'employé sérieux,
l'auteur raconte la vie de sa famille et l'histoire de la Guadeloupe depuis
1940. Une histoire de misère et de racisme, de rire et de débrouillardise, dans
un style fluide, aux saveurs épicées, aux expressions imagées.
La Guadeloupe, dans les années quarante, est une île pauvre,
tenue par les békés, propriétaires des bananeraies et des exploitations de
canne à sucre, soumise à des politiciens véreux. Les autochtones survivent à
coups de petites combines, cultivant l'insouciance contre la précarité, malgré
un racisme omniprésent dans une société métissée à tous les degrés.
Le bouleversement des valeurs traditionnelles commence avec
l'arrivée massive des bateaux. Touristes en goguette, produits de la société
de consommation, les classes populaires découvrent qu'ailleurs, on vit mieux,
autrement. Ainsi chacun commence à rêver de partir en France, où tout paraît si
facile.
Après les émeutes de 1967 et leur violente répression, le
père de l'auteur tente sa chance. C'est ainsi qu'Estelle-Sarah naît dans une banlieue
parisienne. Où on cultive la nostalgie du pays, tout en essayant de s'intégrer.
D'autres difficultés adviennent, l'exil et le racisme, mais la double culture est propice à l'expression poétique.
Estelle-Sarah Bulle est née à Créteil en 1974. Elle travaille
dans des institutions culturelles. Ce premier roman passionnant a obtenu le
prix Stanislas. Il est disponible en poche chez Liana Levi.
Chronique publiée dans le JTT du jeudi 9 janvier 2020.