lundi 10 avril 2017

Au salon des Auteurs, on croise des personnages de roman !


Le salon des Auteurs de Tain, organisé ce week-end par l'Association Tain Terre et Culture, conjointement avec la Mairie et la Bibliothèque a joué la diversité. Celle des genres littéraires : romans, essais, policiers, carnets de voyage, albums jeunesse, BD, fantasy ... celle des auteurs, une quarantaine, réunis dans la salle Charles Trenet. Et celle des animations proposées en plus des échanges et dédicaces : Contes et lectures par Christophe Mercier et la MJC pour les enfants. Et pour les adultes, conférences passionnantes sur des personnalités régionales aux destins … romanesques.

Françoise Coulomb, historienne, a ainsi exposé la vie de deux nobles familles de Tain, les de Florans et de Cordoüe, riches propriétaires unis par le mariage, dont les demeures se faisaient face dans la Grand'rue : la maison occupée par Sculptur'art et celle sur laquelle a été construit l'immeuble l'Argens. Ces aristocrates, riches propriétaires terriens, après avoir vécu dans l'opulence jusqu’au XVIIIème siècle, ont subi des revers successifs, révolutions, guerres, destructions ou dilapidation des biens... Si bien que seule une malle contenant de plus de 900 lettres est parvenue par une suite de hasards entre les mains de la famille Coulomb. Grâce à ces archives, Françoise a reconstitué l'histoire des familles, leur implication dans la vie locale. Son livre recèle une somme d'anecdotes édifiantes sur le fonctionnement de la noblesse provençale au XIXème siècle, des mariages arrangés (ou contournés) aux choix politiques, en passant par les menus de fête, l'entretien des propriétés agricoles et dons aux oeuvres de bienfaisance.

Destin totalement opposé à celui de la Mère Brazier, célèbre cuisinière lyonnaise, raconté par Jacotte, sa petite-fille. Eugénie Brazier est née en 1895 dans une pauvre famille de paysans de l'Ain. Pas d'initiation à la cuisine, au contraire, la faim au quotidien. Et pire encore, quand son père la chasse en 1914, alors qu'elle est enceinte. Ne sachant ni lire, ni écrire, sans formation, elle trouve une place de nourrice dans une famille bourgeoise de Lyon : les fabricants de pâtes Milliat.  Et son destin bascule quelques années plus tard, lorsqu'elle est envoyée en apprentissage chez la Mère Fillioux, célèbre restauratrice locale. Elle y apprend les rudiments de la cuisine et découvre ses capacités culinaires. En 1921 elle ouvre son propre bistrot rue Royale à Lyon : Chez la Mère Brazier. Le succès ne tarde pas. Edouard Herriot en fait sa cantine : les poulardes en demi-deuil, quenelles au gratin et artichauts au foie gras sont bientôt aussi célèbres à Paris qu'à Lyon. Eugénie achète ensuite un autre restaurant au col de la Luère, dans les Monts du Lyonnais en 1928, et obtient en 1933 un classement trois étoiles pour ses deux établissements, du jamais vu ! Paul Bocuse devient son apprenti en 1946. Tous les grands de la politique et du monde artistique viennent déjeûner chez elle ... La Mère Brazier continue de régner en cuisine, vitupérant, hurlant, rudoyant son équipe, sept jours sur sept, 365 jours par an, jusqu'en 1977.

Jacotte n’écrit pas, ne fait pas la popotte, mais Jacotte papote ... On l'écouterait des heures évoquer sa grand-mère, tout en savourant d'avance les quenelles concoctées par les restaurants de Tain, qui se sont associés au Salon, en mettant à leur carte la plus célèbre recette de la Mère Brazier.

Article publié dans le JTT.


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