mardi 18 janvier 2022

La fondation LUMA à Arles

Une magnifique tour à facettes métalliques reflétant la lumière a enrichi le paysage d’Arles, métropole romaine, lui conférant un ancrage dans le XXIe siècle : la tour Luma. Inaugurée en juin 2021, œuvre du célèbre architecte Franck Gehry, commanditée par la mécène suisse Maja Hoffmann-Roche. Mais la tour n’est que la partie visible d’un grandiose projet urbain et culturel, qui a transformé le Parc des Ateliers en un pôle artistique et touristique majeur.

Des terrasses du 9e étage, à 56 m de haut, on domine toute la ville, les arènes, l’église Saint-Trophime, les remparts, et le Rhône, jusqu’à l’abbaye de Montmajour. Le regard s’échappe plus loin encore vers la Camargue, la Crau, le Vaccarès et les Alpilles. Ce sont d’ailleurs les rochers des Alpilles qui ont inspiré Franck Gehry pour créer les faces tourmentées de sa tour. Les briques d’inox qui la recouvrent ont été voulues pour capter la lumière changeante du jour, hommage aux toiles lumineuses peintes par Van Gogh à Arles. Tout ici est symbole.

A l’intérieur de la tour, des galeries, salles d’exposition, archives, sont dédiées à l’art contemporain et au multimédia. Un auditorium, des bureaux, un café, une librairie les complètent. Deux structures spectaculaires attirent le regard : l’escalier à double volée qui mène aux étages, et les deux toboggans métalliques qui y répondent, clin d’œil ludique aux visiteurs désireux de profiter d’une descente vertigineuse. Si on utilise les ascenseurs, une autre surprise interpelle : les murs semblent couverts de dalles de sel, un rappel de la richesse locale. La tour est ancrée au sol dans une vaste rotonde de verre, hommage aux arènes, qui ouvre sur le parc paysager en accès libre.

Le Parc des Ateliers est un témoin de l’histoire industrielle d’Arles. Edifié au milieu du XIXe siècle pour la construction et la réparation des locomotives à vapeur de la compagnie PLM, ce site fut au début du XXe siècle le poumon économique de la ville. Après la seconde guerre, il tomba progressivement en désuétude jusqu’à sa fermeture définitive en 1984. Une renaissance progressive lors de festivals comme les Rencontres de la Photographie a permis d’envisager la réfection totale du site par le projet Luma en 2013. C’est l’architecte paysager Bas Smets qui a obtenu carte blanche pour reconfigurer le paysage, en y plantant des espèces issues de la région méditerranéenne, tilleuls argentés, chênes lièges, érables de Montpellier et cèdres de l’Atlas. Un large étang sert à la fois de réservoir d’eau pour l’irrigation et de dispositif de refroidissement pendant les chaudes journées d’été. Quant aux bâtiments industriels, forge, mécanique, électricité, ils ont été réhabilités en espaces d’exposition et de création, café, hôtel ou restaurants.

En 2021, Arles fêtait les 40 ans d’inscription de son patrimoine romain à l’Unesco. Avec la superbe rénovation du Musée Arlaten et de son fonds ethnographique, avec la fondation Van Gogh, le musée d’art moderne Réattu et maintenant la Fondation Luma, son attrait touristique couvre désormais toutes les époques et attire tous les publics.

La Tour Luma et les espaces d'exposition sont ouverts du mercredi au lundi de 10h00 à 18h00. Visite libre après réservation sur le site Billetterie | LUMA. 

Le parc paysager, en accès libre, est ouvert tous les jours de 07h00 à 18h30.


Article publié dans le JTT du jeudi 13 janvier 2022.

 

mardi 11 janvier 2022

Youpi, on va à Upie !


Le jardin aux oiseaux d’Upie n’est pas un zoo comme les autres. Sa petite taille (6 hectares), sa spécificité d’avifaune exotique, permettent de s’y repérer facilement et de s’y sentir tout de suite à l’aise. C’est l’endroit idéal pour emmener ses enfants ou petits-enfants passer une journée. Les différents volatiles et petits animaux d’Afrique, d’Australie, d’Amérique du Sud sont très accessibles, et bénéficient de bonnes conditions de vie dans ce cadre champêtre.


On peut se promener librement dans le parc, profiter des jeux mis à disposition, pique-niquer… Mais il ne faut surtout pas rater les animations proposées. En particulier le spectacle des perroquets à 11h30. Devant le public, le soigneur sort des volières de superbes aras aux couleurs bleues, rouges, jaunes, éclatantes. Il incite les oiseaux à montrer quelques-unes de leurs performances, s’ils le veulent bien… Parler, marcher, voler, revenir à l’appel, tout cela enchante le public. Le soigneur explique aussi leur éducation, leurs besoins, et les erreurs à ne pas commettre avec eux. Même chose lors du spectacle des rapaces à 17h. Entre temps on peut assister au goûter des lémuriens à 14h, à celui des suricates à 15h, des pélicans à 16H. Chaque fois c’est l’occasion d’apprendre à connaître ces animaux étranges. Les lémuriens en particulier ont la cote, ces petits sous primates sont si mignons, si craquants dans leurs cabrioles !

Le Parc aux Oiseaux d’Upie participe à des programmes d’élevage et de réinsertion d’espèces en danger. Aux passionnés d’animaux, il propose des stages de soigneurs (demi-journée pour les enfants, journée pour les adultes). On peut même y organiser son anniversaire ! Il est ouvert tous les jours d’avril à octobre, les mercredis et dimanches en période scolaire, et tous les jours pendant les vacances. Le reste de l’année ? Les animaux délicats restent bien au chaud dans leurs logis … comme les superbes tortues rayonnées, qui ne sortent jamais à moins de 15°.

Jardin aux oiseaux, route de Montoison, 26120 Upie. Tél : 04 75 84 18 71

https://www.jardin-aux-oiseaux.com/fr

Article publié dans le JTT et La Tribune le jeudi 6 janvier 2022.


jeudi 6 janvier 2022

Les crèches de Naples


C’est à Naples que s’est développé l’art des crèches de Noël. On en trouve partout dans la ville, une rue même y est consacrée : la rue San Gregorio Armeno. Dans cette rue, les artisans continuent de fabriquer santons, accessoires, décors, et les magasins regorgent de tout ce qu’il faut pour monter sa propre crèche.

La fabrication de crèches est une activité traditionnelle de la ville, qui se perpétue depuis plusieurs siècles. C’est dans une église de Naples qu’on a trouvé la première représentation de la Nativité en 1205. Cette idée s’est répandue dans toutes les églises. Des personnages alors strictement religieux furent sculptés dans le marbre ou le bois, en terre cuite, en liège, habillés de tissu ou de papier et exposés aux fidèles pendant la période de Noël.

Mais vers la fin du XVIIe siècle, la mise en scène de la crèche commença à intégrer des sujets profanes, avec les personnages de la vie quotidienne. Au XVIIIe siècle, réaliser une crèche devint le passe-temps favori des aristocrates et des bourgeois de Naples, qui rivalisaient de créativité. Des artistes fameux furent invités à collaborer. Les crèches pouvaient alors occuper des salles entières, on en trouvait en porcelaine, en ivoire, en argent… Ces représentations de la Nativité devinrent populaires, les familles créèrent leur propre crèche chez eux ou dans leur quartier. Ainsi dans la région de Naples, on trouve des crèches permanentes décorant les rues, les cours d’immeubles, les fontaines.

Le musée de la Chartreuse San Martino de Naples conserve la plus importante collection publique de crèches, avec des centaines de personnages. Les rois mages sont accompagnés de ribambelles de musiciens, de gardes, d’animaux exotiques… les anges descendent du ciel en nuées… En plus des figures religieuses, les métiers, la nourriture, les animaux y sont représentés avec une grande précision dans une mise en scène théâtrale.

Les Napolitains sont pieux, mais ils ont aussi l’esprit rebelle et fantaisiste. Les stars actuelles ne sont pas oubliées dans les crèches. Le personnage actuellement le plus vendu dans la rue San Gregorio est Maradona, l’idole des foules, celui qui a porté l’équipe napolitaine au firmament. Il fait figure de saint à Naples !

Article publié dans le JTT du jeudi 6 janvier 2022.

jeudi 30 décembre 2021

Il y a 500 ans, le premier tour du monde, un exploit de Magellan

Tous les explorateurs avaient essayé avant lui. Christophe Colomb, en 1492, pensant arriver en Inde, a découvert l’Amérique. Mais pourquoi l’Inde était-elle une destination si importante aux yeux des Espagnols ? Parce que c’est de là que provenaient les épices, dont le commerce rapportait plus que l’or. Les épices récoltées dans les îles de Malaisie, transportées en Inde, étaient ensuite acheminées en caravane chamelière jusqu‘en Egypte, où elles étaient chargées sur des navires vénitiens pour être enfin vendues en Europe. Toutes ces étapes intermédiaires payantes, l’interminable et dangereux voyage, faisaient flamber leur prix, aussi le but de tous les gouvernants européens était de s’approvisionner directement dans les îles de l’océan Indien.

C’est ainsi qu’après avoir découvert l’Amérique, d’autres navigateurs ont forcé le destin et les peurs de l’époque en contournant l’Afrique par le sud, ce qui n’avait jamais été tenté, puis en navigant vers l’est à travers l’océan Indien jusqu’aux îles Moluques. Magellan, alors âgé d’une vingtaine d’années, a participé au voyage, il en a acquis une solide expérience de navigateur (les voyages duraient plusieurs mois, sur des bateaux peu fiables, qui essuyaient des tempêtes, ignoraient les récifs) et de meneur d’hommes (indispensable pour aborder des populations pas toujours accueillantes et gérer les mutineries, la faim sur le bateau). Il en ramena aussi un esclave malais, Enrique, qui le suivit ensuite dans toutes ses expéditions. 

En 1517, à l’âge de 37 ans, Magellan était convaincu de pouvoir atteindre les mêmes îles en navigant plein ouest, et en contournant l’Amérique par le sud. Il pressentait, sans aucune preuve, qu’il devait exister un passage entre l’océan Atlantique et l’océan Pacifique. Citoyen portugais, mais lassé des refus de son roi Manuel d’organiser une expédition, il rejoignit l’Espagne, comme Christophe Colomb avant lui. Le roi Charles-Quint dégagea les fonds nécessaires à cette expédition dont on pensait qu’elle durerait plus d’un an.

Magellan prépara soigneusement pendant un an son expédition, il partit de Séville en septembre 1519 avec une flotte de cinq navires. Il longea les côtes africaines, puis traversa en direction du Brésil, faisant une pause sur ses côtes accueillantes. Enfin, il commença à longer la côte sud de l’Amérique, en sondant chaque baie pour trouver le fameux passage. L’hiver austral l’arrêta quelques mois, de mars à octobre 1520, puis la descente le long de la Patagonie continua, dans une nature de plus en plus hostile. Les vents violents causèrent le naufrage d’un bateau, un autre se mutina et repartit vers l’Europe. Mais en novembre 2020, Magellan découvrit enfin le passage qui porte son nom : le détroit de Magellan, en Terre de Feu, à l’extrême sud de l’Amérique.

Il lui fallut encore un an d’errance à travers l’océan Pacifique avant d’arriver aux îles Moluques. Hélas Magellan ne termina pas son tour du monde. Il fut tué aux Philippines en avril 1521 par une tribu sauvage. Il avait eu le bonheur de voir sa théorie prouvée lorsqu’il a entendu Enrique parler sa langue natale avec les autochtones, c’est donc qu’il avait retrouvé sa terre d’origine. Finalement c’est lui, l’esclave Enrique, qui le premier a bouclé son tour du monde !


Le retour vers l’Espagne s’effectua sans Magellan, dont la dépouille ne fut même pas retrouvée, avec deux navires à bout de souffle mais chargés d’épices, le troisième navire ayant sombré. L’arrivée à Séville en septembre 1522 fut grandiose pour son lieutenant et principal dissident, qui reçut fortune et hommages de l’empereur Charles-Quint. Mais Magellan, l’organisateur de ce tour du monde, fut oublié, sans gloire ni reconnaissance, jusqu’au vingtième siècle. 

En 2004, l'Espagne a construit pour l'honorer une réplique historique de son navire Victoria qui a depuis fait le tour du monde.

Pour en savoir plus : lire la biographie de Magellan, par Stefan Zweig

Article publié dans le JTT du jeudi 30 décembre 2021.


mercredi 22 décembre 2021

La crèche vigneronne de Saint-Jean-de-Muzols

Ce n’est pas une crèche académique, mais elle est joyeuse et originale. Elle ne décore pas un coin du séjour, non, elle occupe toute la cave des propriétaires, Claude et Véronique. Sur un lit de mousse cueilli à Arlebosc, elle s’étale sur une dizaine de mètres. Les santons, de tailles et matières différentes, ont été glanés au fil de leurs voyages, et regroupés par thème : le travail des vignes, la Bretagne, le désert, et même les curés du coin… Pendant un mois, cette imposante crèche privée fait la joie des visiteurs, surtout des enfants.

Monter la crèche est une tradition familiale héritée des parents et grands-parents, dont les photos apparaissent dans le décor. Toute la cave rassemble d’ailleurs une multitude de souvenirs conviviaux, rappelant la vie de famille ainsi que les investissements professionnels et locaux, dont les affiches des salons du Livre et du Vin de Tournon, que présidait Claude. L’amitié a aussi sa place, en témoigne une petite crèche toute en Gromolls, de fabrication tournonnaise. Et bien sûr la collection de bouteilles et cuves est toujours en activité. Saint Joseph n’est pas que dans la crèche !

Claude et Véronique cultivent l’accueil et la bonne humeur, n’hésitant pas à régaler les visiteurs d’un verre de leur production. Il règne dans leur cave de vignerons une ambiance de simplicité, de joie et de partage, n'est-ce pas là le vrai sens de la crèche ?

Article publié dans le JTT du jeudi 23 décembre.

jeudi 16 décembre 2021

Chronique littéraire : Nézida, de Valérie Paturaud

C’est l’histoire d’une jeune fille drômoise au siècle dernier, née en 1856 à Comps. Elle habite un village perdu dans la montagne au-dessus de Dieulefit, et semble condamnée à la vie dure des paysannes de l’époque. Mais par son caractère volontaire et aventureux. Nézida défie la tradition protestante austère, étudie, et refuse de se marier avec les gars du pays. Finalement elle épouse un garçon de la ville, un Lyonnais, qui va lui faire découvrir un autre monde. A Lyon, tout est différent, Nézida s’adapte, s’épanouit et se dévoue aux autres. Mais le drame guette.

Valérie Paturaud a été émue par un portrait et un prénom étrange, Nézida, en feuilletant un vieil album de photos. Sans indications sur la vie de cette personne, elle a reconstruit son histoire d’après différents membres de sa famille. Nézida est donc un roman choral, construit par petites touches, qui croise les regards des proches, père, mère, frère, instituteur, amie… Pas tous bienveillants, car Nézida a suscité la désapprobation. Ensemble, ils brossent un portrait sensible de cette jeune fille rebelle au destin lumineux et tragique. Une forte personnalité, à la fois féminine et féministe, à l’avant-garde dans les années 1880.

Le nom de son mari, Soubeyran, est très connu dans la région, porté en particulier par Marguerite, fondatrice de l 'École de Beauvallon, qui accueillit dès 1929 des enfants « blessés de la vie ». Marguerite Soubeyran fut aussi reconnue comme « Juste parmi les nations » pour avoir abrité des enfants juifs pendant la deuxième guerre mondiale.

Valérie Paturaud, après avoir été institutrice dans les quartiers difficiles de la banlieue parisienne, vit depuis une dizaine d’années à Dieulefit.  Elle s’intéresse à l’histoire culturelle de la vallée, haut lieu du protestantisme et de la Résistance.

Son récit est disponible en format Piccolo chez Liana Levi.

samedi 11 décembre 2021

La plus humble des crèches

Elle se trouve à Saint-Montan dans le Vivarais, dans la grotte de l’ermite Montanus, qui a donné son nom au village. Un homme pieux et austère, désireux de prier et méditer en silence. Mais sa notoriété de saint homme était grande ! Il avait notamment prédit la naissance de Saint Rémi en 435, avant de quitter sa région natale de Laon. Après des années d’errance, il trouva dans les gorges de la Sainte-Baume, au sud de Viviers, une nature sauvage, un climat doux, de l’eau, et s’y installa. Plus tard, une rencontre fut organisée entre Saint Rémi et Saint Montan par l’évêque de Viviers. Mais ces personnalités ne pouvant grimper jusqu’à la grotte, la rencontre eut lieu au débouché des gorges. C’est là que fut par la suite édifiée la chapelle San Samonta.

C’est de cette chapelle romane, située à la sortie de Saint-Montan, en direction de Larnas, qu’il faut partir à la découverte de la grotte. Une belle grimpette au pied des falaises, dans les pierriers, sur un sentier balisé, permet en une trentaine de minutes d’accéder à la grotte, dissimulée dans une végétation de pins et chênes. De là, la vue est spectaculaire sur les gorges de la Sainte-Baume et la vallée du Rhône, au loin. La grotte est aménagée comme une maison troglodyte, sur deux niveaux, elle témoigne par sa conservation du passage d’autres ermites à d’autre époques. Un petit oratoire replonge le visiteur dans sa fonction première, la prière. Et sur un repli de la roche, quelqu’un a installé une toute petite crèche dont la modestie s'accorde parfaitement au lieu et au symbole.

La préservation du site est assurée par les Amis de Saint-Montan. C’est grâce à cette association de bénévoles que le village de Saint-Montan a connu une deuxième naissance. Depuis 44 ans, le château, ses remparts, le village, les églises et la grotte ont été restaurés. Saint-Montan est ainsi devenu un des plus beaux villages d’Ardèche. La solidarité, l’opiniâtreté, le dévouement, de belles leçons à méditer devant l’humble crèche cachée dans les falaises.

Article publié dans le supplément Noël de La Tribune.