mardi 25 novembre 2025

Jean-Michel Othoniel sublime Avignon


La célèbre ville d’art ne manque déjà pas de charmes, mais pour fêter ses 30 ans d’inscription à l’Unesco, elle a donné carte blanche à Jean-Michel Othoniel pour en magnifier la beauté.

Jean-Michel Othoniel né en 1964 à Saint-Étienne, est un artiste contemporain membre de l’Académie des beaux-arts, internationalement connu pour ses créations en perles et briques de verre.  Il avait illuminé le Palais Idéal d’Hauterives en 2022. Du 28 juin 2025 au 4 janvier 2026, l’exposition « OTHONIEL COSMOS ou les Fantômes de l’Amour » déploie dans la cité des papes une gigantesque constellation artistique à travers dix lieux emblématiques de la ville. Cette exposition exceptionnelle a pour fil conducteur l’Amour, celui né en Avignon en 1327 entre le poète Pétrarque et sa dulcinée Laure.

L’artiste a élaboré 260 œuvres qui croisent la sculpture et la peinture, les briques et les perles, des astrolabes et des fontaines, de l’or et du verre, des totems et des nœuds infinis.  C’est le plus grand projet jamais conçu par le sculpteur, un gigantesque parcours qui investit le Palais des Papes, le Pont d’Avignon, le Musée du Petit Palais–Louvre en Avignon, le Musée Calvet, le Muséum Requien, le Musée Lapidaire, la chapelle Sainte-Claire, les Bains Pommer, la Collection Lambert et la Place du Palais. Sept établissements proposent une entrée gratuite, seuls le Palais des Papes, le Pont Bénézet et la Collection Lambert sont payants.

On peut déguster cette exposition hors du commun à petites doses, y revenir, ou suivre intégralement la chasse aux trésors à travers les sites historiques d’Avignon. Dans tous les cas, le régal pour les yeux sera au rendez-vous. Dépêchez-vous, l’exposition se termine le 4 janvier 2026.

Article publié dans le JTT du jeudi 27 novembre 2025.

dimanche 16 novembre 2025

Les 20 ans du Centre du patrimoine arménien

Créé en 2005 dans le centre historique de Valence, agrandi et rénové en 2018, avec un superbe habillage de façade sur le modèle des khatchkars, ces stèles en pierre sculptées emblématiques de l’Arménie, le CPA est devenu un lieu d’ouverture sur le monde, de rencontre entre les peuples et expressions artistiques. Pas moins de 16 000 visiteurs l’ont fréquenté en 2024 !

 A l’occasion de son vingtième anniversaire, le CPA propose une nouvelle exposition au public : L’Arménie du sacré à l’épreuve du temps. Photographies d’Arménie et oeuvres contemporaines entrent en dialogue avec les trésors de la collection du Musée arménien de France : miniatures et objets liturgiques, céramiques et manuscrits.

Cette exposition interroge le sacré et montre l’importance de transmettre la culture, l’histoire et le patrimoine arménien malgré les récents conflits et déplacements de population. Les superbes paysages photographiés par Lydia Kasparian, les katchkars sublimés par Pascal Convert, la violence des événements contemporains documentée par Antoine Agoudjian, sont autant de regards sur la mémoire d’un peuple et de cris d’espoir en l’avenir.

Visites, ateliers, concerts, tout un programme festif vous attend au CPA, 14 rue Louis Gallet à Valence. Programme disponible sur le-cpa.com

L’exposition L’Arménie du sacré, sera visible du 14 juin 2025 au 1er février 2026.

 Article publié dans le JTT du jeudi 20 novembre 2025.

jeudi 6 novembre 2025

Escapade automnale à Montbrun-les-Bains

Montbrun est un petit village de la Drôme provençale, à l’extrémité sud-est du département, au pied du Ventoux. Il faut environ 2 h de route depuis Valence pour y arriver, mais en cette saison, le trajet est un enchantement. Après les vignes rousses de la vallée de l’Eygues, on pénètre dans le Parc régional des Baronnies, un chaos de petites collines imbriquées les unes dans les autres. Pas de ville par ici, mais une nature sauvage où d’immenses forêts mêlent chênes, hêtres, pins, châtaigniers… Les couleurs d’automne, rouge, brun, jaune, vert, orangé, s’y organisent en une palette somptueuse.

Montbrun lui-même est un des plus beaux villages de France, mais il n’est pas seul à susciter l’admiration. Partout des hameaux perchés, des vestiges de châteaux, des chapelles, des fermes fortifiées, des bories, des moulins, des terrasses, témoignent d’un habitat traditionnel qui a nécessité le développement de l’art de la pierre. Des pierres qui ne manquent pas dans cette géologie de strates calcaires. Les paysages varient pourtant entre le mythique Ventoux, le plateau d’Albion et les collines percées de défilés rocheux où s’engouffrent des torrents, comme le Toulourenc, dont le nom signifie tout ou rien, car il est capable de monter son niveau de 2 m en cas de fortes pluies.

Le tourisme vert est largement plébiscité, balades à pied, à vélo ou naturalistes, observation des étoiles (le ciel des Baronnies est un des plus purs de France), remise en forme au spa thermal, vol libre, escalade … Les petits marchés locaux proposent les produits du pays : olives et huile, châtaignes, amandes, tilleul, lavande, plantes aromatiques, miel et petit épeautre ainsi que fromages de brebis ou de chèvre.

Les Baronnies, cette région de petits fiefs que se disputaient les barons au Moyen-âge, ont gardé leur diversité, sous un climat qui va de méditerranéen à montagnard. C’est un endroit ensoleillé, perdu au bout du monde où on oublie tous les stress devant la beauté de la nature. L’idéal pour se ressourcer ou simplement s’émerveiller.

Article publié dans le JTT du jeudi 6 novembre 2025.

jeudi 30 octobre 2025

Chronique littéraire: Traverser les montagnes et venir naître ici, de Marie Pavlenko

Marie Pavlenko évoque ici deux destins de femmes lumineux et tragiques dans une histoire bouleversante.

Astrid s’est volontairement retirée du monde après la mort de son mari et de ses deux fils. Elle a acheté une vieille maison isolée dans le Mercantour. Soraya est une jeune Syrienne qui a traversé la montagne à pied, elle est sur le point de mettre au monde un bébé, fruit d’un viol. Tout les oppose, chacune vit dans ses douloureux souvenirs, pourtant elles vont se rencontrer, s’épauler puis se supporter. Jusqu’où ?

Cette rencontre de deux femmes au passé étouffant dans une nature implacable, donne lieu à une intrigue réussie, avec une analyse pertinente des personnalités et des problèmes des migrants. Le résultat est un roman passionnant, dans un style fluide, à la fois poétique et réaliste.

 Marie Pavlenko est née à Lille en 1974. C’est une journaliste et romancière qui a beaucoup écrit pour la jeunesse. Son roman est disponible en poche chez Pocket.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 30 octobre 2025.

vendredi 24 octobre 2025

Chemin des Artistes en Drôme des Collines

Peinture, sculpture, photographie, arts numériques, plus de 400 artistes professionnels ou amateurs ont exposé leurs œuvres dans 36 communes les 11 et 12 octobre. De Crépol à Upie, de Châteauneuf-sur-Isère à Barbières, cette 17e édition du Chemin des artistes proposait en outre des circuits thématiques, des jeux et des démonstrations.

Dans la salle des fêtes d’Alixan, parmi la trentaine d’exposants, trois artistes se distinguaient par leur originalité. Le sculpteur Nicolas Rochegude, membre de l'association ZINZOLIN (zinzolin.assoc.free.fr), travaille la terre, la résine et le bronze, peaufine les patines sur ses oeuvres abstraites. Formes géométriques anguleuses ou courbes enchevêtrées composent des sculptures où le volume joue avec la lumière, laissant libre cours à l’interprétation.

Murielle Durand est une artiste peintre éclectique, qui cette année propose une technique de stylo bille mélangée à de l'acrylique, un travail de précision exigeant beaucoup et de temps. Ses portraits sont bluffants de vérité !

Brigitte et Jean-Jacques Alcalay, photographes animaliers et éthologues, ont trouvé en Afrique australe un terrain idéal pour saisir entre animaux des moments insolites et saugrenus qui suscitent sourire, enthousiasme et émerveillement. Des instantanés qui ont demandé des heures d’attente et inspirent de nombreuses réflexions sur la proximité des natures humaine et animale.  

Impossible de présenter toutes les propositions. « Chemin des artistes » avec ses expositions aux univers pluriels permet à chacun de découvrir, partager et s’émouvoir. De vivre l’art au plus près de chez soi, chaque année, en sillonnant les petits villages de la Drôme.

Article publié dans le JTT du jeudi 23 octobre 2025.

mardi 21 octobre 2025

La Donation Patt, centre d'art d'Audincourt

Dans l’Espace Japy, vaste parc culturel au cœur de la ville, le Château Peugeot parfaitement rénové accueille désormais une collection d’art moderne et contemporain exceptionnelle. Exceptionnelle par la valeur de cette collection, 236 œuvres, tableaux, lithographies, sculptures, évaluée à plus de deux millions d’euros. Exceptionnelle par sa constitution et la personnalité des collectionneurs, Gérard et Andrée Patt. Exceptionnelle par l’opportunité que la ville d’Audincourt a su saisir en acceptant leur donation.

Ce couple de collectionneurs, après une vie modeste, elle institutrice, lui ouvrier chez Alsthom, s’est découvert une passion pour l’art à l’approche de la soixantaine. Premier achat en 2000, d’une toile de Di Concetto chez un galériste de Megève où ils séjournaient chez des amis. Un vrai coup de cœur. Mais cette toile ne pouvait rester orpheline, une passion était née. Ils se sont formés à l’art moderne et contemporain au fil des rencontres avec les artistes et les galéristes, ont écumé les galeries, en particulier chez Marchand et Cheloudiakoff à Belfort. Leurs moyens modestes les ont obligés à acheter parfois des œuvres à tempérament, et même à vendre leur voiture, leur appartement. Les Belfortains se souviennent de les avoir souvent vus se déplacer en ville sur leurs vieux vélos !

Vivant chichement, mais misant sur la hausse des cotations d’artistes émergents, ils ont rassemblé en plus de vingt ans une collection hétérogène, d’abord fruit de coups de cœur, de flair, devant le travail d’artistes inconnus. Puis la connaissance du milieu de l’art leur a permis d’affiner leurs choix, d’acheter judicieusement des œuvres dont la cote montait. Enfin, par souci de cohérence, ils ont continué d’écumer le marché, n’hésitant pas à soutenir de nouveaux talents, comme Garonnaire, achetant puis revendant certaines toiles, pour se constituer un capital.

A plus de 80 ans, leur passion est toujours aussi vive, mais grâce à la donation, leur maison de Botans est un peu moins pleine ! Une maison qui, rapidement trop petite, avait dû être agrandie, pour accueillir leurs trésors et les nombreux visiteurs intéressés. Car le but des Patt a toujours été de transmettre leur amour de l’art. N’ayant pas d’enfants, partager leur passion donnait un sens à leur vie. Après de multiples démarches, désirant donner leur collection à un musée, 2023 a vu l’aboutissement de leur projet, lorsque la ville d’Audincourt a accepté le challenge. Condition nécessaire, il fallait que la collection reste indivisible. Pour lui offrir un cadre digne d’elle, et promouvoir la culture, la ville d’Audincourt a engagé les travaux de restauration du Château Peugeot, édifié en 1880 pour l’industriel Benjamin Peugeot.

Un an plus tard, le résultat est une belle réussite : le Centre d’art d’Audincourt est un lieu plein de charme, dans un parc arboré et fleuri, au bord du Doubs, égayé de sculptures étonnantes. Avec 500 000 € d’investissement, le Château a retrouvé de beaux volumes intérieurs, une douzaine de salles lumineuses sur deux étages permettent de se familiariser avec l’art moderne (avant 1960) et contemporain, 135 œuvres originales y sont exposées.  Andrée et Gérard Patt peuvent être fiers de leur « bébé » et continuer à collectionner !

Un peu de chauvinisme ne faisant pas de mal, il faut souligner dans la collection la présence de nombreuses œuvres d’artistes franc-comtois : bronzes de Messagier ou de Thomann, toiles champêtres de Mühl, lithographies de Gantner, résines de Sonja Brissoni ou Nicole Mériot, sculptures d’Agnès Descamps, céramiques de Livia de Poli, jusqu’aux premières tableaux de Saype, le spécialiste du Land art XXL. Au fil des salles, on rencontre aussi des artistes de renommée nationale ou internationale, Dali, Fontana, Errò, Di Rosa, Combas … Couleurs éclatantes, matières domptées, clins d’œil provocateurs, la diversité des œuvres ne laisse pas indifférent.

Cette belle donation, inaugurée en mai 2024 et saluée par la presse et les radios attire un public de connaisseurs venus de Suisse, d’Alsace, de Lyon ou Paris. Des bornes interactives viennent d’être mises au point pour compléter les commentaires lors de visites. Reste à motiver le public local, qui n’a pas encore mesuré sa chance de bénéficier d’un tel équipement culturel.

La transmission artistique est pourtant en marche, car toutes les écoles d’Audincourt, les garderies et même les crèches se pressent au Château Peugeot pour participer aux visites et ateliers adaptés. Les collégiens et lycéens vont suivre. Entre les enfants et l’art contemporain, le courant passe !

Donation Patt, centre d’art : 2 rue du puits, 25400 Audincourt

Horaires : vendredi, samedi et dimanche de 15h à 18h.
Tél : 03 81 36 37 38 

Articlez publié dans l'Esprit Comtois de l'été 2025.

lundi 13 octobre 2025

Le nouveau collège de Suze-la-Rousse : une performance architecturale

L’inauguration de ce collège tant attendu a rassemblé plusieurs centaines de visiteurs, et tous les responsables administratifs, locaux, départementaux, régionaux. Il faut dire que la curiosité était à son comble :  le collège conçu par Rudy Ricciotti, star de l’architecture, à qui on doit le MUCEM et la médiathèque Latour-Maubourg de Valence entre autres, avait un cahier des charges des plus contraignants : Situé à Suze-la Rousse, site classé avec son château médiéval, il fallait le camoufler dans la nature pour qu’il soit invisible.

Le cabinet Rudy Ricciotti a brillamment relevé le défi en imaginant un bâtiment « furtif », intégré dans un tumulus (une colline).  Le résultat est un édifice horizontal disposé en rectangle autour d’une immense cour centrale de 1500 m2, à la manière d’un atrium romain. A demi enterré dans les vignes il est protégé du mistral. Lumière omniprésente grâce aux murs vitrés, structure et huisseries en bois blond, couverture en tuiles, chauffage au bois, sol de béton, la volonté des architectes comme de la Région a été de faire travailler sur le chantier des entreprises locales.

A l’intérieur, des salles de classe au mobilier épuré, des toilettes dignes d’un hôtel 4 étoiles, un CDI avec studio de webradio, une cantine ultramoderne, des salles équipées d’ordinateurs et tableaux digitaux dernier cri, il est difficile de faire la liste de toutes les innovations techniques qui font du collège Do Mistrau un établissement bien ancré dans le XXIe siècle.

Clin d’œil avec l’histoire : en réalisant les fouilles d’archéologie préventive sur le site du collège, on a trouvé de nombreux objets gallo-romains, funéraires et culinaires, témoignant de la présence d’une voie et d’une vie antiques.  L’occasion pour les collégiens de créer avec l’INRAP un club d’archéologie très actif.

Quelques chiffres : 24 millions d’euros, 4260 m2 de bâti, élaboration d’une voirie adaptée avec parkings et pôle bus, pour une capacité d’accueil de 500 à 600 élèves. La refonte de la carte scolaire va permettre aux élèves de Suze et des villages alentour de profiter de ce prestigieux outil d’éducation, qui leur promet un bel avenir.


Article publié dans le JTT du jeudi 23 octobre 2025.