dimanche 30 mars 2025

Danse avec les tortues

La tortue est le symbole du Cap Vert. Pas loin des plages, plusieurs réserves naturelles permettent de les approcher. C’est le cas à São Pedro, dans l’île de São Vicente.

Il faut prendre une petite camionnette locale pour y venir depuis la capitale, Mindelo. Arrivés sur l’immense plage de sable blanc, les pêcheurs locaux proposent de vous amener au large, pour vous baigner avec les tortues. Affaire conclue, l’aventure commence par pousser la lourde barque de bois dans l’eau. Ensuite le pêcheur met le moteur en marche, et vous emmène à une centaine de mètres de la rive.

Il s’arrête alors, distribue des masques de plongée aux volontaires, puis commence à appâter les tortues avec des morceaux de poisson. Et elles arrivent ! De grosses tortues marines, dont la carapace mesure près de 1 m de large, très impressionnantes. Deux, puis, trois, quatre, cinq tortues tournent autour de la barque. C’est le moment de plonger dans l’eau transparente pour nager parmi elles.

Un instant magique mais légèrement angoissant, elles sont sauvages et si grosses. Ne pas les toucher, admirer leur aisance à flotter dans l’Atlantique. Mesurer la chance de pouvoir admirer de si près ces animaux mythiques. Puis remonter dans la barque pour immortaliser le moment. Et retourner sur l’immense plage où le sable blanc épouse les eaux turquoise. Se reposer au soleil et revivre l’émotion procurée par l’aventure.


dimanche 23 mars 2025

Possagno, le village-musée de Antonio Canova

Possagno, petit village entouré de montagnes dans la région de Trévise mérite le détour, pour son exceptionnel musée- gypsothèque dédié à Antonio Canova, ainsi que pour l’ultime œuvre de celui-ci, le magnifique Tempio Canoviano tout de marbre blanc qui le domine. 

Antonio Canova (1757-1822) est connu en France pour ses superbes sculptures de marbre blanc, dont celle de Pauline Bonaparte, princesse Borghese, en Vénus. Une œuvre éblouissante, qui fut à la fois une révolution dans le domaine de l’art, nécessitant six mois de préparatifs puis deux ans d’exécution. Et une provocation pour l’époque, car représenter Pauline dévêtue fit scandale et provoqua son succès. Les domestiques du prince introduisaient même, moyennant finances, les curieux devant la statue durant la nuit !

Né dans une famille de tailleurs de pierre, Canova apprend dès son plus jeune âge l'art de la taille du marbre. A Venise il remporte plusieurs prix, salué pour la délicatesse de ses sculptures. Son goût le porte vers la nature et les mythologies grecque et romaine : Thésée, Orphée, Psyché, les Trois Grâces, la Danse… La gypsothèque de Possagno contient tous les modèles originaux en plâtre de ses œuvres, rassemblés après sa mort par son demi-frère. On y découvre l’inventivité, le perfectionnisme de Canova. Ainsi que les différentes étapes de la création : modèles en terre, en fer, passage au plâtre, moulage, points de repère, précédant le travail sur le marbre.

Canova pratique également la peinture avec succès (minutieuses peintures Tempere exécutées à l’œuf et aux pigments). Il est apprécié dans l’Europe entière, exécute cénotaphes, bustes et statues en pied de nombreuses personnalités de l'époque, toute la famille de Napoléon, Juliette Récamier, Washington… Après Waterloo en 1815, il revient à Paris, chargé par le pape de négocier avec Vivant-Denon la restitution des œuvres d'art volées par l'armée napoléonienne.

Canova anobli est richissime, il consacre une partie de sa fortune à des oeuvres de bienfaisance. Pour son village natal de Possagno, il décide de remplacer l’église paroissiale dégradée par une construction majestueuse. Il fait tracer des routes, utilise les pierres locales et engage la population sur le chantier. Le résultat est un superbe « temple » dont le portique d’entrée rappelle le Parthénon avec sa double rangée de colonnes doriques de 10 m de hauteur, l’intérieur imitant le Panthéon de Rome. Deux monuments antiques à qui Canova voulait rendre hommage. L’abside est purement religieuse.

Le temple fut achevé après la mort de Canova par son demi-frère et tous deux y sont enterrés dans des caveaux somptueux. Depuis la Coupole, à 135 m, par jour clair, on peut voir jusqu’à Venise. Une passionnante et superbe visite à faire, dans un cadre idyllique, au pied du Monte Grappa.

dimanche 16 mars 2025

De Saint-Sauveur-de-Montagut à Guilherand-Granges, en passant par la Chine et l’Amérique, la Maison Montagut tricote la planète

Montagut est une marque de tricotage internationalement connue, qui, à partir de matières naturelles, coton, mérinos, mohair, cachemire, réalise une gamme exceptionnelle de polos, pulls et accessoires. 1200 magasins à travers le monde et un magasin d’usine à Guilherand-Granges, plébiscité en période de soldes !

Car c’est à Guilherand-Granges que se trouve maintenant l’entreprise, fondée en 1880 à Saint-Sauveur-de-Montagut par Adolphe Tinland (1831-1902). Celui-ci a profité de l’essor industriel en créant un premier moulinage de fil de soie actionné par la force motrice de la rivière Auzène. Depuis, 6 générations se sont succédé à la tête de l'entreprise, qui s'est adaptée et a évolué au cours des époques.

En 1925, Georges Tinland crée près de Valence un atelier de tricotage de soie, la Bonneterie cévenole, il est le premier à vendre des bas de soie sous la marque Montagut et s’oriente vers la lingerie de luxe. A cause de la guerre, la pénurie de soie pousse l'usine à devenir une entreprise de tricotage de maille, réalisant sweaters, combinaisons, pulls. Quand en 1950 le nylon et la rayonne remplacent la soie, l’entreprise s’adapte. En 1963 Léo Gros, gendre de Georges invente le fil Lumière, qui imite parfaitement la soie dans toutes ses qualités. Un produit d’exception qui va s’exporter jusqu’en Asie. En 2000 le polo ardéchois triomphe en Chine !

La renommée de la Maison Montagut s’accélère sous l’impulsion de Nicolas Gros et Marine Lozet-Gros, les dirigeants d'aujourd'hui. L’atelier de 1880 est devenu une entreprise mondiale qui crée des produits d’exception en conservant l’esprit et le savoir-faire français. Et qui va fêter dignement ses 145 ans d’existence en 2025.

Retour aux sources : elle participe à un projet d’envergure à Saint-Sauveur de Montagut, dans un contexte de développement touristique. La friche industrielle qui défigure le centre du village sera rénovée, pour abriter un parking, des commerces, une agence postale, un bureau de tourisme et un musée de l’Activité industrielle. La maison Montagut y ouvrira une boutique. Les touristes pourront tricoter des jambes sur la Dolce Via avant de goûter à la douceur du tricot local !

 Magasin d’usine : 1001 avenue de la République 07500 Guilherand-Granges.

Article publié dans le JTT du jeudi 20 mars 2025.

dimanche 9 mars 2025

« Le dernier costume n’a pas de poche » une BD de Laurent Galandon et une expo au CPA

Dans le dernier costume, on n’emporte rien, puisque c’est le linceul. Celui dans lequel Chamseddine Marzoug, pêcheur à Zarzis au sud de la Tunisie, près de la Lybie, inhume les migrants anonymes morts en Méditerranée, dont il recueille les corps abandonnés sur la plage. Un homme dévoué et modeste, mais obstiné, qui poursuit son travail malgré les difficultés. Autour de qui Laurent a brossé le quotidien de Zarzis, où se mêlent pêcheurs, passeurs, touristes, migrants rescapés ou en attente de départ.

Laurent Galandon est Valentinois, auteur reconnu de plus d’une quarantaine de BD depuis vingt ans. Un auteur humaniste, dont les thèmes sont toujours des sujets de société. En 2018, il découvre le travail de Chamseddine à travers un film de Hugo Clément, qui le révèle au grand public.  Chamseddine, ancien pêcheur, membre du Croissant Rouge, a déjà enterré des centaines de personnes depuis douze ans dans son Cimetière des inconnus.  Invité au Parlement européen en 2018, il plaide pour la prise en considération de la tragédie migratoire et réclame un nouveau terrain afin de continuer à donner une sépulture digne aux migrants décédés.

Laurent a donc pris contact avec Chamseddine et est allé passer 15 jours chez lui, pour s’immerger dans Zarzis, plaque tournante de l’immigration clandestine. Le récit choral qu’il en a tiré « Le dernier costume n’a pas de poche » montre la lutte au quotidien de Chamseddine pour apporter humanité et dignité aux vivants comme aux morts qui l’entourent.

Le Centre du Patrimoine Arménien ne pouvait passer à côté d’une telle histoire. L’exposition construite à partir des planches et photos de Laurent Galandon a ouvert dimanche 16 février, devant un public nombreux et motivé. Elle est enrichie par les apports théoriques de deux ethnologues, qui rappellent que 31 283 personnes ont disparu en mer durant les 10 dernières années, sans compter ceux dont les corps n’ont pas été retrouvés.

L’actualité de Laurent Galandon est trépidante en ce début d’année, puisqu’il vient d’être récompensé par le Fauve jeunesse au festival de BD d’Angoulême pour son dernier récit « Retour à Tomioka » sur l’après Fukushima. Une BD qui va bientôt devenir un film d’animation dans les locaux du studio Foliascope de Saint-Péray. De la Tunisie au Japon en passant par Valence, Laurent Galandon essaie de contribuer à une prise de conscience de la société devant les injustices. Qu’il pratique lui-même, pas seulement en écrivant, mais en accueillant régulièrement de jeunes réfugiés à son domicile. Un message de foi en l’humanité.


Expo au CPA « Le dernier costume n’a pas de poche » du 15 février au 13 avril 2025.

Dernières BD de Laurent Galandon : « Le dernier costume n’a pas de poche » chez Futuropolis et « Retour à Tomioka » chez Dargaud.

Laurent sera présent au festival de BD « Bulles en Drôme » début mai à Eurre. 

Article publié dans Regard Magazine de Mars 2025.

dimanche 2 mars 2025

La foire de Saint-Ours à Aoste

Aoste n’est qu’à 4h de route de Tain-Tournon, on y parle français comme dans tout le Val éponyme. Alors pourquoi ne pas tenter l’excursion pour visiter l’événement marquant de la vie valdotaine ?  Chaque année les 30 et 31 janvier, la Foire de la Saint-Ours, une manifestation artisanale et artistique, transforme les ruelles de la charmante cité en une gigantesque exposition à ciel ouvert.

La Saint-Ours en est à sa 1025e édition, elle a accompagné la vie, l’évolution du Val d’Aoste à travers les siècles. Une foire traditionnelle où le bois est à l’honneur : sculptures, tableaux, objets de décoration, outils, escaliers, meubles, échelles et tonneaux ... Les meilleurs artistes et artisans venus de Suisse, de France et d’Italie rivalisent de créativité et mettent en valeur l’esprit industrieux des montagnards sous toutes ses formes :  travail de la pierre, du fer forgé et du cuir ainsi que tissage du drap de laine, dentelles, vannerie ...

Avec un millier d’exposants pour plusieurs milliers de visiteurs, le centre est entièrement piétonnisé. Des gendarmes à chaque carrefour canalisent la foule dans les rues mises en sens unique pour les piétons. Sur les places, concerts de musique, spectacles de danse et stands de nourriture typique : Vin et charcuterie, polenta, fromage et petits fruits, réchauffent les corps, car la température est proche de 0°.

Au Moyen-Age, la foire s’installait aux alentours de la collégiale Saint-Ours. Les légendes racontent que c’est précisément devant cette église que tout a commencé : Le Saint aurait pris l’habitude d’y distribuer aux pauvres vêtements et sabots, ces chaussures en bois typiques que l’on peut encore aujourd’hui trouver à la Foire.

En fin d’après-midi, c’est à regret qu’on quitte cet univers de montagnes enneigées, où le ciel est bleu, le soleil brille, les maisons de pierre ont des toits de lauzes … Un plaisir des yeux, qui s’interrompt au tunnel du Mont-Blanc, mais a enchanté l’excursion.

Article publié dans le JTT du jeudi 27 mars 2025.







samedi 22 février 2025

O mia Patria, le livre et le spectacle

Il y a juste un an, le 22 février 2024, je présentais à la bibliothèque Tiraboschi de Bergame en Lombardie la version italienne de mon récit "O mia Patria". 

Ce fut l'occasion de rencontrer divers responsables d'organisations liées aux migrations d'Italiens, notamment "Bergamaschi nel mondo et "Andata et ritorno, il turismo delle radici". Qui m'ont proposé de monter un spectacle d'après mon livre.

Ce spectacle, mis en scène par Alessandra Ingoglia, a été présenté le 8 août 2024 à Gandino sous le titre "Ritals. Quando i migranti brutti, sporchi e cattivi eravamo noi". Avec les comédiens et musiciens suivants: Voce narrante: Alessandra, voce e chitarra : Fabio Bertasa, fisarmonica : Francesco Moro.

Vous pouvez en profiter sur YouTube grâce au lien:

https://www.youtube.com/live/D63ZldX2mnY?feature=shared 

mercredi 19 février 2025

Chronique littéraire : Panorama, de Lilia Hassaine

Une dystopie* qui se passe en 2049, à l’ère de la Transparence. Dans une ville où tous les murs sont transparents, chacun surveille son voisin, la criminalité a chuté, plus aucun laxisme n’est toléré et la solitude n’existe pas. Tout secret, toute intimité est bannie, seules les relations sexuelles peuvent avoir lieu dans un sarcophage. Les caméras sont partout pour dicter ce qu’il faut faire, regarder, gérer travail et loisirs. Pourtant, dans cet univers transparent, une famille a réussi à disparaître, père, mère et enfant, sans que personne ne s’en aperçoive.

Le roman d’anticipation se mue alors en thriller à l’intrigue bien ficelée. La policière désabusée qui mène l’enquête doit compter avec toutes les mesquineries du genre humain, voyeurisme, jalousie, délation, mensonge. Une étrange et pertinente réflexion sur la volonté de transparence totale, sur l’utopique contrôle des humains.

Lilia Hassaine, née en 1995 dans la région parisienne, est journaliste, chroniqueuse TV et romancière. Elle a obtenu le prix Renaudot des lycéens 2023 pour ce roman. Qui est disponible en poche chez Folio.

*une dystopie est un récit évoquant un monde imaginaire et totalitaire, le contraire d’une utopie.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 27 février 2025.