jeudi 30 octobre 2025

Chronique littéraire: Traverser les montagnes et venir naître ici, de Marie Pavlenko

Marie Pavlenko évoque ici deux destins de femmes lumineux et tragiques dans une histoire bouleversante.

Astrid s’est volontairement retirée du monde après la mort de son mari et de ses deux fils. Elle a acheté une vieille maison isolée dans le Mercantour. Soraya est une jeune Syrienne qui a traversé la montagne à pied, elle est sur le point de mettre au monde un bébé, fruit d’un viol. Tout les oppose, chacune vit dans ses douloureux souvenirs, pourtant elles vont se rencontrer, s’épauler puis se supporter. Jusqu’où ?

Cette rencontre de deux femmes au passé étouffant dans une nature implacable, donne lieu à une intrigue réussie, avec une analyse pertinente des personnalités et des problèmes des migrants. Le résultat est un roman passionnant, dans un style fluide, à la fois poétique et réaliste.

 Marie Pavlenko est née à Lille en 1974. C’est une journaliste et romancière qui a beaucoup écrit pour la jeunesse. Son roman est disponible en poche chez Pocket.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 30 octobre 2025.

vendredi 24 octobre 2025

Chemin des Artistes en Drôme des Collines

Peinture, sculpture, photographie, arts numériques, plus de 400 artistes professionnels ou amateurs ont exposé leurs œuvres dans 36 communes les 11 et 12 octobre. De Crépol à Upie, de Châteauneuf-sur-Isère à Barbières, cette 17e édition du Chemin des artistes proposait en outre des circuits thématiques, des jeux et des démonstrations.

Dans la salle des fêtes d’Alixan, parmi la trentaine d’exposants, trois artistes se distinguaient par leur originalité. Le sculpteur Nicolas Rochegude, membre de l'association ZINZOLIN (zinzolin.assoc.free.fr), travaille la terre, la résine et le bronze, peaufine les patines sur ses oeuvres abstraites. Formes géométriques anguleuses ou courbes enchevêtrées composent des sculptures où le volume joue avec la lumière, laissant libre cours à l’interprétation.

Murielle Durand est une artiste peintre éclectique, qui cette année propose une technique de stylo bille mélangée à de l'acrylique, un travail de précision exigeant beaucoup et de temps. Ses portraits sont bluffants de vérité !

Brigitte et Jean-Jacques Alcalay, photographes animaliers et éthologues, ont trouvé en Afrique australe un terrain idéal pour saisir entre animaux des moments insolites et saugrenus qui suscitent sourire, enthousiasme et émerveillement. Des instantanés qui ont demandé des heures d’attente et inspirent de nombreuses réflexions sur la proximité des natures humaine et animale.  

Impossible de présenter toutes les propositions. « Chemin des artistes » avec ses expositions aux univers pluriels permet à chacun de découvrir, partager et s’émouvoir. De vivre l’art au plus près de chez soi, chaque année, en sillonnant les petits villages de la Drôme.

Article publié dans le JTT du jeudi 23 octobre 2025.

mardi 21 octobre 2025

La Donation Patt, centre d'art d'Audincourt

Dans l’Espace Japy, vaste parc culturel au cœur de la ville, le Château Peugeot parfaitement rénové accueille désormais une collection d’art moderne et contemporain exceptionnelle. Exceptionnelle par la valeur de cette collection, 236 œuvres, tableaux, lithographies, sculptures, évaluée à plus de deux millions d’euros. Exceptionnelle par sa constitution et la personnalité des collectionneurs, Gérard et Andrée Patt. Exceptionnelle par l’opportunité que la ville d’Audincourt a su saisir en acceptant leur donation.

Ce couple de collectionneurs, après une vie modeste, elle institutrice, lui ouvrier chez Alsthom, s’est découvert une passion pour l’art à l’approche de la soixantaine. Premier achat en 2000, d’une toile de Di Concetto chez un galériste de Megève où ils séjournaient chez des amis. Un vrai coup de cœur. Mais cette toile ne pouvait rester orpheline, une passion était née. Ils se sont formés à l’art moderne et contemporain au fil des rencontres avec les artistes et les galéristes, ont écumé les galeries, en particulier chez Marchand et Cheloudiakoff à Belfort. Leurs moyens modestes les ont obligés à acheter parfois des œuvres à tempérament, et même à vendre leur voiture, leur appartement. Les Belfortains se souviennent de les avoir souvent vus se déplacer en ville sur leurs vieux vélos !

Vivant chichement, mais misant sur la hausse des cotations d’artistes émergents, ils ont rassemblé en plus de vingt ans une collection hétérogène, d’abord fruit de coups de cœur, de flair, devant le travail d’artistes inconnus. Puis la connaissance du milieu de l’art leur a permis d’affiner leurs choix, d’acheter judicieusement des œuvres dont la cote montait. Enfin, par souci de cohérence, ils ont continué d’écumer le marché, n’hésitant pas à soutenir de nouveaux talents, comme Garonnaire, achetant puis revendant certaines toiles, pour se constituer un capital.

A plus de 80 ans, leur passion est toujours aussi vive, mais grâce à la donation, leur maison de Botans est un peu moins pleine ! Une maison qui, rapidement trop petite, avait dû être agrandie, pour accueillir leurs trésors et les nombreux visiteurs intéressés. Car le but des Patt a toujours été de transmettre leur amour de l’art. N’ayant pas d’enfants, partager leur passion donnait un sens à leur vie. Après de multiples démarches, désirant donner leur collection à un musée, 2023 a vu l’aboutissement de leur projet, lorsque la ville d’Audincourt a accepté le challenge. Condition nécessaire, il fallait que la collection reste indivisible. Pour lui offrir un cadre digne d’elle, et promouvoir la culture, la ville d’Audincourt a engagé les travaux de restauration du Château Peugeot, édifié en 1880 pour l’industriel Benjamin Peugeot.

Un an plus tard, le résultat est une belle réussite : le Centre d’art d’Audincourt est un lieu plein de charme, dans un parc arboré et fleuri, au bord du Doubs, égayé de sculptures étonnantes. Avec 500 000 € d’investissement, le Château a retrouvé de beaux volumes intérieurs, une douzaine de salles lumineuses sur deux étages permettent de se familiariser avec l’art moderne (avant 1960) et contemporain, 135 œuvres originales y sont exposées.  Andrée et Gérard Patt peuvent être fiers de leur « bébé » et continuer à collectionner !

Un peu de chauvinisme ne faisant pas de mal, il faut souligner dans la collection la présence de nombreuses œuvres d’artistes franc-comtois : bronzes de Messagier ou de Thomann, toiles champêtres de Mühl, lithographies de Gantner, résines de Sonja Brissoni ou Nicole Mériot, sculptures d’Agnès Descamps, céramiques de Livia de Poli, jusqu’aux premières tableaux de Saype, le spécialiste du Land art XXL. Au fil des salles, on rencontre aussi des artistes de renommée nationale ou internationale, Dali, Fontana, Errò, Di Rosa, Combas … Couleurs éclatantes, matières domptées, clins d’œil provocateurs, la diversité des œuvres ne laisse pas indifférent.

Cette belle donation, inaugurée en mai 2024 et saluée par la presse et les radios attire un public de connaisseurs venus de Suisse, d’Alsace, de Lyon ou Paris. Des bornes interactives viennent d’être mises au point pour compléter les commentaires lors de visites. Reste à motiver le public local, qui n’a pas encore mesuré sa chance de bénéficier d’un tel équipement culturel.

La transmission artistique est pourtant en marche, car toutes les écoles d’Audincourt, les garderies et même les crèches se pressent au Château Peugeot pour participer aux visites et ateliers adaptés. Les collégiens et lycéens vont suivre. Entre les enfants et l’art contemporain, le courant passe !

Donation Patt, centre d’art : 2 rue du puits, 25400 Audincourt

Horaires : vendredi, samedi et dimanche de 15h à 18h.
Tél : 03 81 36 37 38 

Articlez publié dans l'Esprit Comtois de l'été 2025.

lundi 13 octobre 2025

Le nouveau collège de Suze-la-Rousse : une performance architecturale

L’inauguration de ce collège tant attendu a rassemblé plusieurs centaines de visiteurs, et tous les responsables administratifs, locaux, départementaux, régionaux. Il faut dire que la curiosité était à son comble :  le collège conçu par Rudy Ricciotti, star de l’architecture, à qui on doit le MUCEM et la médiathèque Latour-Maubourg de Valence entre autres, avait un cahier des charges des plus contraignants : Situé à Suze-la Rousse, site classé avec son château médiéval, il fallait le camoufler dans la nature pour qu’il soit invisible.

Le cabinet Rudy Ricciotti a brillamment relevé le défi en imaginant un bâtiment « furtif », intégré dans un tumulus (une colline).  Le résultat est un édifice horizontal disposé en rectangle autour d’une immense cour centrale de 1500 m2, à la manière d’un atrium romain. A demi enterré dans les vignes il est protégé du mistral. Lumière omniprésente grâce aux murs vitrés, structure et huisseries en bois blond, couverture en tuiles, chauffage au bois, sol de béton, la volonté des architectes comme de la Région a été de faire travailler sur le chantier des entreprises locales.

A l’intérieur, des salles de classe au mobilier épuré, des toilettes dignes d’un hôtel 4 étoiles, un CDI avec studio de webradio, une cantine ultramoderne, des salles équipées d’ordinateurs et tableaux digitaux dernier cri, il est difficile de faire la liste de toutes les innovations techniques qui font du collège Do Mistrau un établissement bien ancré dans le XXIe siècle.

Clin d’œil avec l’histoire : en réalisant les fouilles d’archéologie préventive sur le site du collège, on a trouvé de nombreux objets gallo-romains, funéraires et culinaires, témoignant de la présence d’une voie et d’une vie antiques.  L’occasion pour les collégiens de créer avec l’INRAP un club d’archéologie très actif.

Quelques chiffres : 24 millions d’euros, 4260 m2 de bâti, élaboration d’une voirie adaptée avec parkings et pôle bus, pour une capacité d’accueil de 500 à 600 élèves. La refonte de la carte scolaire va permettre aux élèves de Suze et des villages alentour de profiter de ce prestigieux outil d’éducation, qui leur promet un bel avenir.


Article publié dans le JTT du jeudi 23 octobre 2025.

dimanche 5 octobre 2025

Les Rencontres de la photo à Chabeuil

Du 11 au 14 septembre, Chabeuil a pris une allure festivalière. C’était la 24e édition de cette manifestation qui anime toute la ville. Les photos étant exposées dans 6 lieux différents, avec un fléchage efficace, ce jeu de piste amusant permettait aussi de découvrir le centre médiéval joliment restauré.

Cette année, Hans Silvester était l’invité d’honneur. Un voyageur infatigable, célébré internationalement, qui montre la beauté de la nature et des hommes, tout en analysant les menaces qui pèsent sur les ressources naturelles de la planète. Né en Allemagne en 1938, installé en Provence depuis 1962, c’est un reportage sur la Camargue, des photos de chevaux en noir et blanc accompagnées par des textes de Jean Giono, qui a marqué pour lui le commencement du succès. Lauréat de nombreux prix, Hans Silvester collabore depuis toujours avec le magazine Géo.  Ses photos ethniques du Pérou, du Japon, du Mexique, d’Inde ou d’Afrique, sont exceptionnelles de beauté et véhiculent l’histoire des peuples.

D’autres photographes méritaient le détour, par l’originalité de leur technique ou de leurs sujets. Ainsi Elisabeth Schneider utilise la photosynthèse, Sophie Benoit saisit de façon décalée les poses d’un couple de danseuses, Sarah Desteuque documente l’engagement humain vis-à-vis de l’animal… De la recherche, un traitement technique différencié, la qualité des tirages et beaucoup de talent aussi, dans le regard des clubs photos dont celui des élèves du collège Seignobos.

Les Rencontres de la photo sont organisées par l’association Clic’Image, ses bénévoles et la municipalité de Chabeuil. En plus de permettre les échanges entre les 20 photographes lauréats et le public, des stages, des lectures d’images, une conférence de Hans Silvester étaient prévus. Ainsi qu’un festival Off et une exposition collective aux Serres Gaillard, route de Valence. Des milliers de visiteurs fidèles sont venus au rendez-vous de cet événement culturel majeur de la Drôme.

Article publié dans le JTT du jeudi 9 octobre 2025.