jeudi 11 juillet 2024

La cuisinière des Kennedy était drômoise

Vendredi soir, la librairie « Au Détour des mots » à Tournon a fait salle comble lors de l’accueil de Valérie Paturaud, une autrice dont le livre séduit les journaux et radios locales. Ce roman raconte le destin exceptionnel d’Andrée, une petite fille abandonnée à la naissance, placée dans différentes fermes autour de Nyons, et qui deviendra une cuisinière si prisée qu’elle travaillera pendant vingt ans aux USA pour la famille Kennedy. Une vie passionnante, ancrée dans l’histoire contemporaine, autour d’une femme à la forte personnalité.

C’est la gerbe de fleurs portant la mention « de la part de la famille Kennedy, with love » déposée à l’enterrement d’Andrée en 1999 à Colonzelle, près de Valréas, qui a déclenché l’enquête de Valérie Paturaud. Elle a peu à peu reconstitué le parcours d’Andrée, déposée à sa naissance dans un foyer de Charité à Marseille en 1907.  Grandement aidée par les dossiers de l’Assistance publique, qui, à l’époque, tenait un véritable journal de toutes les pupilles de l’état  jusqu’à leur majorité. Rien n’était laissé au hasard, les enfants devaient être éduqués correctement, on inspectait régulièrement leur santé, leur scolarité, les vêtements alloués chaque année, et la bonne conduite des familles d’accueil envers eux.

C’est ainsi qu’Andrée a grandi dans différentes fermes de la Drôme, entourée d’autres enfants, bien traitée, aidant à la cuisine dès son plus jeune âge, puis plus tard assurant les repas de noces, les fêtes alentour. Une fois mariée, en 1927, elle a transformé en restaurant le « Café de la poste » de son mari à Venterol. Elle le quittera plus tard, ainsi que son mari, pour partir Lyon, avec sa fille sous le bras. La cuisine des Mères lyonnaises ayant achevé sa formation, elle est entrée au service de plusieurs grandes familles, jusqu’aux Rogers, des Américains richissimes qui vivaient une partie de l’année à Cannes. C’est eux qui l’ont convaincue de les accompagner à New-York, dans les années 1950. Et les Kennedy étaient leurs amis proches. 7

Une autre vie a commencé pour Andrée, de Yannis Port à Palm Beach, employée par Rose Kennedy, figure tutélaire de la tribu, puis par son fils Ted. Confrontée au modernisme triomphant et à la jet-set, alors qu’elle venait de la France profonde, Andrée s’est adaptée. Aux années flamboyantes ont succédé les drames, assassinats de John, puis de Bob, accident de Ted… Andrée assurait la nourriture, le service, s’occupait des enfants, avec discrétion et dévouement. A la retraite, revenue en Drôme provençale, en 1974, elle a retrouvé et gâté sa fille, ses petits-enfants. Et même reçu la visite des enfants Kennedy !

Valérie Paturaud a mis en mots avec succès cette vie extraordinaire. Elle a enrichi la soirée d’anecdotes sur ses recherches, les rencontres avec les petits-enfants d’Andrée, leurs témoignages, les courriers, les recettes... Après Nézida, publié en 2020, qui racontait le destin d’une jeune Drômoise protestante née en 1856 près de Dieulefit, Valérie travaille maintenant sur une histoire d’amitié entre deux Drômois que tout oppose, durant la première guerre mondiale. La Drôme provençale, où elle vit, et ses histoires méconnues, représentent pour elle une source d’inspiration et un lieu idéal pour s’adonner à l’écriture.

« La cuisinière des Kennedy » est publié aux Editions Les Escales, « Nézida » est disponible en poche aux éditions Liana Levi.

Article publié dans le JTT du jeudi 11 juillet. 

jeudi 4 juillet 2024

La Pangée, une spectaculaire curiosité géologique

La Pangée (mot qui signifie « toutes les terres » en grec et latin) désigne un continent unique qui était autrefois formé des six continents actuels de la Terre. Il a aujourd'hui disparu. Il existait à l'époque du Mésozoïque, il y a environ 240 millions d'années. Les Dinosaures pouvaient alors marcher à pied sec sur toute la surface de la Pangée, qui était entourée par la mer. Ensuite, ce supercontinent s'est fracturé en quatre parties, d’abord Amérique et Eurasie, puis Europe et Afrique, laissant les océans s’engouffrer dans les fissures et les continents actuels s’éloigner les uns des autres.

Selon certains spécialistes, le centre de la Pangée se trouvait à La Baume-Cornillane, un petit village de la Drôme. Cette position, à l’intersection des deux grandes failles, est symbolisée par la Côte de la Pangée, une arête rocheuse verticale de plus de 10 mètres de haut, soulevée lors de la formation des Alpes, il y a 60 millions d’années. Cette curiosité géologique, pas scientifiquement prouvée, mérite la visite.

Depuis 2008, un “sentier de la découverte ” créé par la commune de la Baume-Cornillane, avec la participation des écoliers, renseigne sur les mouvements tectoniques qui ont fait émerger la Côte. Cette crête rocheuse offre un point de vue remarquable sur la plaine de Valence, les montagnes du Vivarais et de la Raye. La jolie balade sur ces contreforts du Vercors permet aussi de découvrir les ruines du village médiéval et du château des Cornillan, grande famille de seigneurs locaux, dont les armes étaient trois corneilles. Il n’en reste aujourd’hui que quelques murailles, notamment le donjon bâti vers le XII e siècle.

La promenade se poursuit à travers une nature sauvage jusqu’à la grotte (baume) de la Dame, qui a donné son nom au village. La dame, c’est Catherine de Cornillan, qui adopta au XVIe siècle la religion réformée. Le village fut alors la proie de combats acharnés et la grotte servit de refuge aux villageois pendant les guerres de religion. Derniers témoins de cette époque, les petits cimetières protestants qui ponctuent la campagne environnante.

La Baume-Cornillane bénéficie d’un riche passé. Au présent, c’est une belle nature préservée, départ de plusieurs randonnées. « Cerise » sur le gâteau, vous pouvez même manger la Pangée ! C’est un biscuit savoureux, censé représenter le continent initial il y a quelques 250 millions d’années, mis au point par les pâtissiers de Valence et Romans. Son originalité ? Ce gâteau est toujours vendu avec une part manquante, représentant la faille initiale de la Pangée. Fourré d’abricots de la plaine valentinoise, d’amandes de la Drôme provençale, de miel de montagne, il est représentatif de notre département. La Drôme, au cœur de la Pangée, au cœur du monde !


Article publié dans le supplément Eté 2024 de La Tribune.

jeudi 27 juin 2024

Le passage de la Flamme olympique à Romans

Malgré les averses, une foule de tous âges s’est amassée jeudi après-midi le long du parcours prévu à Romans, du quartier des Orres aux quais de l’Isère. Le Pont vieux était fermé au public, réservé pour les porteurs de la flamme, qui l’ont ensuite emprunté pour passer à Bourg-de-Péage. Sur tout le parcours, un important service de sécurité était présent, policiers à pied le long des barrières, motards, véhicules, et même deux bateaux de sauveteurs sur l’Isère, particulièrement tumultueuse.

Tout s’est déroulé un peu comme au Tour de France : d’abord est arrivée la boutique officielle proposant ses gadgets, puis les véhicules de sécurité, les voitures officielles, la caravane publicitaire, Coca -Cola distribuant des canettes. Enfin le bus Paris 2024, transportant les différents relayeurs s’est arrêté. Pas moins de 18 relayeurs se succédaient tous les 200 m sur cette étape Romans-Bourg-de-Péage, dont quelques célébrités locales, Nathan Petit, Dany Lary, Patrice Péricard… C’est Philippe Saint-André, le célèbre rugbyman romanais, qui est descendu devant le pont, ovationné par la foule.

Le cortège de la flamme arrivait à pied, la douzaine de policier en T-shirt gris, short et casquettes blanches, trempés par la dernière averse, entourant la porteuse tout de blanc vêtue.  Une accalmie ensoleillée a permis au public et aux coureurs de savourer l’arrêt devant le Pont vieux, où s’est effectué le passage de relais à Philippe. Un instant prisé par les photographes. Puis le cortège a poursuivi sa route vers Bourg-de-Péage, jusqu’au complexe sportif Vercors. De là, le bus emmenait les relayeurs vers Hauterives, où les attendait un accueil flamboyant, puis Valence pour l’allumage du chaudron par Anne-Sophie-Pic.

Article publié dans le Jtt du jeudi 27 juin 2024.

mercredi 19 juin 2024

L'Ardéchoise à Saint-Jean-de-Muzols : les champions de l'accueil

L’Ardéchoise, ce n’est pas simplement une course cycliste, c’est un département entier qui accueille, encourage et nourrit les 13 500 inscrits. L’organisation millimétrée fait la fierté de l’Ardèche. Du 12 au 15 juin, 60 parcours différents sont proposés aux sportifs à travers montagnes et vallées, avec quelques incursions du côté de la Drôme et de la Haute-Loire. Une manifestation où tout le monde, enfants, cyclotouristes, cyclistes, compétiteurs, vélos électriques ou gravel, peut trouver l’épreuve de son choix, sur 1, 2, 3 ou 4 jours.

Mercredi 12 juin, pas moins d’une cinquantaine de bénévoles de l’Accueil muzolais ont répondu à l’appel de Gilbert pour installer tables et chapiteaux, organiser un ravitaillement trois étoiles, et décorer le stade de Varogne aux couleurs de la couse, jaune et violet, genêt et myrtille. Sucré, salé, fruité, le buffet était somptueux. Mais le dynamisme et l’enthousiasme des bénévoles ne s’arrêtaient pas là : une haie d’honneur avec fanions fleuris applaudissait et encourageait les arrivants, puis une prestation musicale avec danses folkloriques leur était présentée.

615 coureurs sont passés par Saint-Jean entre 8h et 12h, certains pour le parcours Rhône de 66 km, d'autres pour la course Hermitage-pays d'Ay, de 129 km. Le beau temps était au rendez-vous. Les sportifs ont profité pleinement de l’accueil dans chaque village traversé, sans souci d’horaire, leurs temps n’étant pas chronométré. A leur tour, ils ont applaudi les bénévoles qui les attendaient avec animations, décorations et ravitaillement. 

L’Ardéchoise est une belle fête populaire qui promeut l’Ardèche et sa convivialité. Mention spéciale pour Saint-Jean-de-Muzols qui, l’an dernier déjà, avait obtenu le prix d’honneur pour son accueil !



Article publié dans le Jtt du jeudi 20 juin.

jeudi 13 juin 2024

Le gâteau « Tain l’Hermitage » de la pâtisserie Chalencon, nouvel emblème de la ville

C’est le 14 mai que Laetitia et Gaétan Chalencon ont dévoilé officiellement au public leur toute nouvelle création. Un gâteau savoureux en forme de grappe de raisin, chocolat fourré framboise, en hommage à Tain l’Hermitage. Un projet longuement mûri pour fêter leurs 3 ans d’implantation dans la commune.

Tout a commencé au salon professionnel de la gastronomie à Lyon, le SIRHA, en janvier 2023. Gaétan et Laetitia avaient décidé de créer un gâteau symbolisant les identités fortes de Tain l’Hermitage, vin et chocolat. Ils proposèrent à l’entreprise PCB Création, partenaire des chefs pour la décoration, les moules et accessoires, de fabriquer pour eux un moule en forme de grappe de raisin. La mise au point du moule final en silicone a nécessité pas moins d’un an de recherche et d’une cinquantaine de prototypes. Gaétan en a testé une quinzaine, avant de trouver celui qui satisfaisait aux 3 critères : visuellement réussi, facilement démoulable et pas déformable.

En janvier 2024, Laetitia a pris rendez-vous avec le Maire de Tain pour savoir si elle pouvait utiliser le label « Tain l’Hermitage ». L’appellation « Hermitage » étant protégée par la Maison Chapoutier, il a fallu demander leur autorisation. Deux mois plus tard, avec le bon moule et l’accord officiel, Gaétan a commencé ses essais, jusqu’à arriver à l’excellence présentée au public : Un entremets composé de biscuit chocolat, mousse de chocolat noir et framboises, crémeux au chocolat, marmelade de framboises, sur un support croustillant au grué. De quoi réjouir les papilles d’une clientèle exigeante.

Félicitations au jeune couple novateur, qui, appréciant de vivre à Tain l’Hermitage, avait envie de mettre en avant la ville et tous les produits du terroir.

Article publié dans le JTT du jeudi 6 juin 2024.

samedi 8 juin 2024

Chronique littéraire : Les femmes du bout du monde, de Mélissa Da Costa

Le bout du monde, c’est la pointe sud de la Nouvelle-Zélande, dernier lopin de terre avant l’Antarctique. Automn et Milly, mère et fille, y tiennent un camping pour les amateurs de surf et autres sensations fortes, avec observation des manchots, baleines et dauphins… Leur entente est bien rodée, la routine des travaux scande leurs journées malgré la force destructrice de l’hiver austral. Jusqu’au jour où débarque Flore, une Parisienne en quête de dépaysement total et de renaissance. L’équilibre est bouleversé.

Le récit mêle un documentaire passionnant sur la Nouvelle-Zélande où la nature joue un rôle primordial, et la recherche de développement personnel, une thématique chère à l’auteure. Comme Flore, Mélissa Da Costa est allée faire du woofing là-bas, c’est-à-dire prêter ses bras en échange de l’hébergement et la nourriture. Et comme elle, nous tombons sous le charme de ce pays hors du commun, sa faune, sa flore, ses us et coutumes, son climat, ses paysages, ses tempêtes et ses couchers de soleil.

Chacune des trois femmes, confrontée à cet environnement qui passe d’une extrême violence à un aspect paradisiaque, porte en elle une histoire difficile, va évoluer puis trouver la force de tracer son chemin. D’aménager un nouvel équilibre, sans se renier.

Née en 1990 vers Mâcon, Mélissa da Costa est une des auteures à succès les plus lues en France, depuis son premier roman édité en 2019.

« Les femmes du bout du monde » est désormais disponible en Livre de poche.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 13 juin 2024.

mardi 4 juin 2024

Césaire et Marie Phisalix, découvreurs de sérums antivenimeux

Entre 1889 et 1890, 161 613 vipères ont été tuées en Franche-Comté. Plus précisément 22 865 vipères dans le Jura, 32 097dans le Doubs, et 106 651 dans la Haute-Saône (d’après Louis Balthazar dans le "Grand almanach français" de 1892). Ce nombre impressionnant témoigne de ce qui était alors un véritable problème de santé publique en France. La Franche-Comté était la région la plus touchée par le phénomène, en particulier la vallée de la Loue. Les parois rocheuses chauffées au soleil, la vigne et ses grappes sucrées, la présence de l’eau, favorisaient la prolifération des serpents. L’état était obligé de subventionner des chasseurs de vipères pour protéger la population.

Césaire, un passionné de nature

C’est dans ce contexte que Césaire Phisalix naît à Mouthier-Haute-Pierre en 1852, dans une vieille famille de vignerons. Contrairement à la tradition familiale, et malgré son goût pour les sciences naturelles, après une scolarité à Lods, Ornans puis Besançon, il poursuit ses études de médecine à Paris, au sein de l’armée par nécessité financière. Il soutient sa thèse de doctorat en 1877 et devient médecin militaire. Mais sa véritable vocation, c’est naturaliste, et chaque fois qu’il le peut, il étudie la faune et la flore qui l’entourent. Après diverses affectations, dont la Tunisie où il tombe gravement malade, il revient se soigner en Franche-Comté. Il soutient sa thèse de docteur ès sciences en 1885 à Besançon, où il est par suite embauché comme professeur en zoologie médicale à la faculté.

En 1888, Césaire, ayant quitté l’armée pour cause de santé, obtient un poste au Muséum d’histoire naturelle à Paris. C’est là qu’il peut enfin entreprendre ses recherches de sérum contre le venin des serpents. Avec son confrère Gabriel Bertrand, dans le sillage des travaux de Pasteur, il préconise de dénaturer le venin par la chaleur, puis de l’injecter à un cheval qui synthétise les anticorps, ce qui permet d’obtenir un sérum efficace. En 1894 il présente ses résultats : la sérologie antivenimeuse est née. Sauvant ainsi des milliers de vies dans les campagnes, il est couvert de prix et d’honneurs par l’Académie des sciences, l’Instruction publique, nommé Chevalier de la Légion d’honneur (1900).                                                                                                         

Marie, une femme brillante et généreuse

En 1895, Césaire épouse Marie Picot. Née à Besançon en 1861, dans une famille aisée, Marie a suivi une éducation exemplaire. Elle a intégré l’école normale supérieure de Sèvres en 1882, devenant une des premières femmes agrégées de sciences en France. Professeur au lycée de jeunes filles de Besançon, elle rencontre Césaire à l’occasion d’un stage d’études au laboratoire maritime de Roscoff. Elle suit Césaire au Muséum, collaborant pleinement (et bénévolement) à ses travaux. Mordue quelquefois par ses « protégés », elle n’hésite pas à analyser et tester sur elle les théories qu’elle développe. Elle soutient sa thèse de médecine en 1900, devenant une des premières femmes médecins de France.

Marie assiste Césaire pendant sa longue maladie. Après le décès de celui-ci à 53 ans, en 1906, elle poursuit ses recherches et devient une herpétologue réputée, spécialiste des études sur les batraciens et reptiles. Comme les femmes ne peuvent pas être embauchées au Museum, alors strictement masculin, elle n’a que le statut de bénévole. Cependant, par ses compétences et son statut social, elle réussit à s’imposer dans le monde universitaire machiste de l’époque. Sa carrière est exceptionnelle, elle publie plus de 270 articles ou ouvrages scientifiques, et est, elle aussi, couverte de prix, Officier d’Académie, Chevalier de la Légion d’Honneur (1923).

Marie est une féministe convaincue et généreuse, œuvrant pour l’éducation des femmes, leurs droits civiques, et aidant financièrement les associations.  Elle préside notamment le 14 avril 1945 une réunion de la Ligue française pour le Droit des femmes, sur le rôle des électrices dans la reconstruction du pays. Elle revient chaque été dans la maison familiale de Mouthier, pour travailler sur les petits animaux que lui apportent les enfants du village ou le facteur. En 1907, elle crée à Mouthier un petit musée d’histoire naturelle, dont elle finance l’aménagement, et pour lequel elle obtient du Muséum de Paris une petite collection d’animaux naturalisés, fossiles et serpents au formol. En 1912, lors de l’inauguration de la nouvelle école du village dédiée à son époux Césaire Phisalix, elle offre le mobilier scolaire et le matériel scientifique. Elle contribue aussi à enrichir la collection du musée de Sciences naturelles de la Citadelle à Besançon. Elle décède en 1946, à 84 ans. Les deux époux sont inhumés dans le cimetière de Mouthier. 

L’héritage moral des Phisalix

Ce couple exceptionnel de bienfaiteurs de l’humanité fut fêté dignement à son époque. Mais depuis leur histoire était tombée dans l’oubli, sauf chez les spécialistes. En 2006, pour commémorer le centième anniversaire du décès de Césaire, le soixantième de celui de Marie, le Congrès national d’herpétologie s’est tenu à Mouthier-Haute-Pierre. Un événement d’importance pour le village, où une exposition rappelant leur vie et leur œuvre a été organisée. La brochure « Deux savants au pays de Courbet », publiée à cette occasion par Christophe Cupillard, les a fait connaître du grand public. Aujourd’hui, d’autres ouvrages scientifiques évoquent l’importance du rôle des Phisalix.

Renversement total de situation : Depuis l’arrêté du 11 février 2021, les vipères, étant en voie de disparition, et pourtant nécessaires à l’équilibre de l’écosystème, font partie des espèces protégées. Plus question de les chasser, ni de les tuer. Quand en août 2023, une vipère s’est introduite dans l’ancienne maison Phisalix, les actuels propriétaires ont dû attendre patiemment qu’elle veuille bien sortir. Peut-être que la Vouivre voulait ainsi rappeler au village le centenaire de la remise de la Légion d’honneur à Marie ?

Les morsures de vipère

En France, la vipère est le seul animal venimeux en liberté. Actuellement on compte environ 1000 morsures par an, dont 4 ou 5 sont mortelles. Il faut préciser que, dans la moitié des cas, la vipère n’injecte pas de venin, c’est une morsure blanche, sans gravité.

Quand la vipère injecte son venin, la morsure est douloureuse. Les symptômes apparaissent au bout d’une demi-heure : gonflement du membre, puis nausées, vomissements, diarrhée, accélération du rythme cardiaque. Il faut tranquilliser le blessé, faire un pansement lâche car le membre touché enfle, appeler le Samu ou aller à l’hôpital, où un sérum antivenimeux peut être administré. Surtout, ne pas aspirer, inciser. L’aspi venin est totalement inefficace en ce cas, car le venin est injecté trop profondément.


Marie Phisalix, le retour

Depuis peu, c’est sur les réseaux sociaux, à la radio, la TV, qu’on reparle des Phisalix, grâce à la curiosité et la créativité d’un jeune habitant de Mouthier, David Giacoma. Passionné par l’histoire de son village, un des plus beaux de la Vallée de la Loue, et par celle des Phisalix, il amis au point un escape game sur ce thème. La longue pause du Covid lui a permis de faire des recherches, d’inventer des énigmes, de mettre au point un parcours, et d’affiner sa stratégie commerciale. Et depuis l’été 2021, il propose aux touristes une aventure ludique d’environ 3h et 4 km à travers le village de Mouthier. De la fontaine au Lion jusqu’au pont de pierre sur la Loue, de la cascade de Syratu à l’ancienne maison des Phisalix, de l’église du XVe au musée, les joueurs doivent s’entraider pour résoudre des énigmes et découvrir le sérum antivenimeux caché par Marie Phisalix…

D’autres expériences immersives dans la nature et la culture de la vallée de la Loue sont aussi proposées. Contact : Sur Facebook : Peyi è Syratu (Pays de Syratu en patois comtois). https://serumphisalx1.wixsite.com/my-site/le-jeu

 Article publié dans l'Esprit Comtois n° 34 d'hiver 2024.