dimanche 16 août 2026

Allevard, station thermale, station de ski et plus encore

A 40 km de Grenoble, dans le massif de Belledonne, Allevard est un petit bourg entouré d’eau et de verdure. Traversé par le Bréda, un torrent impétueux issu du glacier du Gleysin qui domine le pays, Allevard est situé dans une haute vallée glaciaire ensoleillée, entre deux petits lacs et d’immenses forêts.

Si la station thermale a connu son apogée en accueillant nombre de personnalités aux 19e et 20e siècles, elle fonctionne plus modestement aujourd’hui, à la grande joie des curistes qui y trouvent le calme et un accueil familial. Le Collet d’Allevard est la station de sports associée, à 12 km au-dessus de la commune. Elle offre de belles pistes de ski en hiver, entre 1450 m et 2085 m, et de nombreuses randonnées en été, face au Mont Blanc.

Mais ce qui rend Allevard encore plus intéressant, c’est son passé économique. Une histoire de dur labeur depuis le haut Moyen âge, d’abord dans une agriculture de montagne, pour survivre, puis dans la découverte de minerai de fer, la sidérite, qui, associée à l’eau des torrents et le bois des forêts, a permis le fonctionnement d’innombrables forges, hauts-fourneaux et usines sidérurgiques jusqu’en 1974. Une ressource qui a nécessité l’appel à la main d’œuvre étrangère, notamment les Bergamasques qui possédaient le savoir-faire en cette matière. Un musée installé dans les thermes raconte cette histoire de façon claire et ludique.

Le Bréda au fort débit alimentait aussi au siècle dernier une usine de soie, une ganterie et de nombreux moulins et scieries dans des maisons suspendues au-dessus de son lit. Et aujourd’hui, sur ses 32 km de cours, il alimente 14 barrages électriques. L’eau sous toutes ses formes est la richesse d’Allevard. Une belle destination de vacances au calme et au frais.


samedi 8 août 2026

Le sentier des lauzières en Ardèche

Le Mont Signon est un petit volcan éteint, voisin du Mont Mézenc, qui fut exploité pendant des siècles comme carrière de lauzes. Ces pierres plates lisses et brillantes couvraient jadis les toits des fermes traditionnelles des Cévennes. Depuis le village de Chaudeyrolles, à 1300 m d’altitude, un petit parcours géologique en boucle permet d’atteindre le sommet du Mont Signon, à 1500 m, en profitant de superbes paysages sur les monts d’Ardèche et de Haute-Loire. Et de comprendre les conditions d'extraction de ce précieux matériau local.

Le Mont Signon, apparu il y a environ 8 millions d’années, est une montagne volcanique, un ancien dôme de lave visqueuse, qui s'est étalée sur les côtés. Son sommet ressemble à un paysage lunaire, avec des petits cratères creusés par l’homme sur toute la surface. Car la carrière de lauzes, d’abord propriété des seigneurs locaux, devint propriété communautaire de Chaudeyrolles après la Révolution. Alors divisée en parcelles, chaque paysan exploitait son lot, sa lauzière, une façon de se procurer de l’argent quand l’agriculture faisait défaut.

Lauzeron était un métier pénible et dangereux. Il fallait d’abord tailler et amincir les lauzes, à partir de blocs de pierre d’environ 40 kilos, l'épaisseur d’une lauze étant de 2 à 3 cm, avec une longueur de 20 à 80 cm. Ensuite les porter jusqu’au chariot. Les familles s’organisaient par quartiers, pour équiper de petits chariots tirés par des juments, qui attendaient au pied de la lauzière. Le chargement ne devait pas dépasser 1 000 kg (8 m2 de lauzes), pour que le chariot ne dévale pas la pente. Les lauzes étaient ensuite transportées jusqu’aux fermes ou granges qui avaient besoin d’un toit. Elles étaient alors posées et clouées par un lauzeur sur une charpente solide.

Au sommet du Mont Sillon, le long du sentier des lauzières quelques cabanes en lauzes subsistent encore. Elles servaient d’abri aux lauzerons en cas d’orage ou pour prendre leur casse-croûte. Prodiges d’équilibre et de technique, elles rappellent que le savoir-faire de la couverture d'un toit en lauzes est maintenant répertorié au patrimoine immatériel de l’humanité. Car un toit en lauzes offre une grande résistance aux intempéries, aux incendies et une belle longévité. Un bel adage nous le rappelle : « Qui pose lauze … pour cent ans pose ».

dimanche 2 août 2026

Prune Nourry au Palais Idéal : Défense de rien toucher !

Prenant le contrepied de cette phrase inscrite par le Facteur Cheval sur le mur de son Palais, Prune Nourry propose une exposition de ses œuvres entièrement pensée pour être touchée. Les sculptures présentées dans l’espace muséal ont été réalisées en un plâtre spécial, et peuvent donc être nettoyées chaque soir. Elles sont ainsi accessibles à tous, adultes, enfants, public voyant ou déficient visuel.

Prune Nourry est une artiste de renommée internationale, qui puise son imagination dans toutes les cultures, toutes les époques. Des Vénus paléolithiques aux jeunes filles chinoises en terre cuite, alignées comme l’armée de Xi’an, en passant par les Amazones bandant leur arc et les créatures chimériques hindoues, elle promène son regard sur la condition féminine. Les femmes qui ont posé pour elle à la Maison des Femmes, un lieu refuge de Saint-Denis où elle a installé son atelier, sont toutes des victimes de violence et résilientes.

Le corps, le toucher, constituent un fil rouge dans les recherches de Prune Nourry. Le toucher, en particulier, indispensable à son travail, qu’elle a failli perdre lors d’une chimiothérapie. Elle a alors entrepris une collaboration avec l’Institut des jeunes aveugles, la réalisation d’un timbre en relief et en braille pour la Poste. C’est ce timbre représentant une main qui ouvre l’exposition actuelle.

La main qui pétrit, c’est aussi celle du Facteur, qui a bâti son Palais en y laissant partout ses empreintes. Cette main qui construit, qui modèle, qui sculpte, relie l’œuvre de Ferdinand Cheval à celle de Prune Nourry. Elle invite à venir toucher et regarder ses œuvres au Palais idéal.


 
« Défense de rien toucher » de Prune Nourry, au Palais idéal du 31 mai au 6 septembre 2026.

Article oublié dans le JTT du jeudi 30 juillet 2026.

mercredi 29 juillet 2026

La prestigieuse école de mosaïque de Spilimbergo

Spilimbergo est une petite ville italienne, nichée au cœur du Frioul-Vénétie Julienne. Son nom d’origine autrichienne rappelle que le Frioul a été sous la dépendance des Habsbourg jusqu’en 1866. Malgré un terrible tremblement de terre en 1976, le patrimoine historique et artistique de cette province mérite le détour. Mais ce qui en fait un centre mondialement connu, c’est la Scuola Mosaicisti del Friuli , qui cultive l'art de la mosaïque. La ville elle-même, avec ses bâtiments ornés de mosaïques, témoigne de cette longue tradition. 

Fondée en 1922, cette institution unique en son genre perpétue une tradition millénaire. Son installation à Spilimbergo est stratégique : au bord du fleuve Tagliamento et au pied des Dolomites. Les activités artisanales s’y sont développé dès l'Antiquité ; les influences romaine, byzantine, et vénitienne, ont imprégné la région d'une culture artistique. L'abondance de matériaux, notamment les pierres et les tesselles, a également contribué à l'essor de cet art.

La scolarité s’adresse aux plus de 18 ans de tous les pays et dure 4 ans. L’école forme des mosaïstes professionnels qui ensuite décoreront les bâtiments administratifs ou religieux du monde entier, églises, musées, aéroports, stades ... Toutes les mosaïques sont réalisées avec de simples outils, marteau et billot avec pointe acérée, pour découper les tesselles de toutes les couleurs.


On peut visiter cette école exceptionnelle. Dès l’entrée, c’est l’émerveillement devant la qualité des réalisations exposées en plein air : copies de Guernica de Picasso, de tapisserie de Lurçat, totems modernes multicolores… puis l’escalier et sa rampe extraordinaire conduit vers les différents ateliers : étude des mosaïques romaines en première année, byzantines en deuxième année, portraits en troisième année, enfin créations contemporaines. Les couloirs de chaque étage de l’école sont décorés d’œuvres toutes plus belles, plus stupéfiantes, les unes que les autres. Plus de 800 ! La patience, la créativité, l’utilisation de matériaux divers donnent des résultats spectaculaires.

L'école joue un rôle important dans la promotion et la sauvegarde de cet art ancestral. Mais la Scuola Mosaicisti del Friuli n'est pas simplement une école ; c'est un centre de recherche, de création et de transmission d'un savoir-faire unique. Elle s'inspire des techniques de mosaïque grecque, romaine, et byzantine, mais ne s'y limite pas. L'école encourage l'innovation et l'expérimentation, permettant aux élèves de développer leur propre style et leur propre interprétation de cet art millénaire. C'est un foyer d'innovation et de créativité, et un symbole de la vitalité de l'art de la mosaïque dans le monde contemporain. 

lundi 27 juillet 2026

Les Rosalies de Tain l'Hermitage

Sur le quai Arthur Rostaing, entre le pont et le kiosque à glaces, une nouvelle proposition estivale a vu le jour depuis le 15 juin : un petit tour en Rosalie.

Qu’est-ce qu’une Rosalie ? C’est un véhicule à pédales collectif, avec un auvent, des sièges côte à côte, et une direction simple. Plusieurs options sont possibles : à 2, 4 ou 6 places, avec assistance électrique ou classique. Idéal pour faire des balades ludiques en famille ou entre amis. Elles sont très appréciées dans les destinations touristiques, et Tain en est une !

Mais contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, ce sont les locaux plus que les touristes qui viennent louer les Rosalies pour passer un moment sur la Viarhona, ou faire l’aller-retour de Tain à Tournon. Tournon qui ne sera pas oublié, puisque l’an prochain, les Rosalies de Marzoe s’installeront aussi sur le quai Farconnet.

Les Rosalies agrémenteront le quai Rostaing et le square Schuman de Tain jusqu’au 30 septembre, de 14h à 22h chaque jour. Tarif : une demi-heure à partir de 16€, suivant les modèles.

Article publié dans le JTT du jeudi 30 juillet 2026.

jeudi 16 juillet 2026

Chronique littéraire : Col rouge, de Catherine Charrier

Une saga familiale, qui se déroule entre 1860 et 2020, à travers l’histoire des « Cols rouges », ces manutentionnaires de l’Hôtel Drouot, le célèbre hôtel des ventes parisien, qui occupaient une charge harassante mais lucrative, réservée aux Savoyards. Cette charge s’achetait et se cooptait sur un modèle égalitaire assez inédit.

François est le premier à oser descendre en 1860 de ses montagnes pour l’occuper. Une fois installé, il demande à sa jeune femme Berthe de le rejoindre. Mais le trajet en diligence entre la Tarentaise et Paris n’est pas sans danger, et les conséquences vont obérer la vie familiale sur plusieurs générations.

Son fils Léon est le second à pénétrer à l’hôtel Drouot et y faire carrière. Puis ce sera le tour des générations suivantes, Joseph, Gaston, Henri, Jules… jusqu’à la fin du monopole des cols rouges en 2010, à la suite de nombreux trafics. Les objets qui passent de main en main disent tout de la société. C’est l’occasion pour l’auteure de brosser le contexte social traversé par la famille : l’histoire de la France, les guerres, la révolution industrielle, l’exode rural, l’évolution du pays, le matérialisme des Trente glorieuses, les grèves, le combat des femmes.

Catherine Charrier écrit avec fluidité et érudition, soutenue par une documentation riche. Son histoire des Cols rouges, à travers une galerie de manutentionnaires aux caractères forts et de collectionneurs qui hantent les salles des ventes, constitue un sujet original et passionnant. Son roman est addictif.

Catherine Charrier, née à Alençon dans les années 1960, après de brillantes études à l’école du Louvre et HEC, travaille à Paris dans une agence de pub.

Col Rouge est son troisième roman. Il est disponible en Livre de Poche.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 16 juillet 2026.


samedi 11 juillet 2026

La base aquatique Eyrium en Ardèche

Au cœur de la Vallée de l’Eyrieux, longé par la Dolce Via, ce lieu de détente fait bien des heureux en période de canicule. Entre eau, ombre et soleil, des équipements et services parfaitement adaptés permettent d’y passer une journée agréable à tout âge.

Le complexe aquatique Eyrium est idéalement situé dans un domaine ombragé et fleuri de 1650 m2. C’est un lieu de fraîcheur et détente prisé de tous, avec une immense piscine, une petite pataugeoire, deux toboggans en spirale, des jeux d’eau… où l’on peut nager ou patauger à volonté. Tout autour, le grand parc invite à s’installer sous les arbres pour pique-niquer. Si on préfère le soleil, transat et parasol sont proposés à la location. Pour agrémenter la détente, des jeux de tennis de table, baby-foot, boules sont aussi à disposition. Un snack-bar sur place et un restaurant juste à côté complètent l’offre touristique. Bref, à Eyrium, on trouve tout ce qu’il faut pour passer une belle journée d’été en famille ou entre amis.

La base aquatique Eyrium a été réalisée en 1993 au Cheylard, en rive gauche du plan d’eau des Collanges, à 800 m en amont du barrage. Sa conception s’inscrivait dans la stratégie de développement touristique de l’arrière-pays ardéchois. Objectif : Mise en valeur du patrimoine naturel, respect de l’environnement, à travers des activités douces comme la pêche, la randonnée et le cyclisme. Labellisé « pôle d’excellence rurale » en 2010, Eyrium accueille chaque été environ 25 000 visiteurs.

Que vous veniez à pied, en voiture ou à vélo, vous tomberez sous le charme de cette piscine qui a « quelque chose en plus ».

Le centre aquatique fonctionne du 15 juin au 31 août, tous les jours de 11h à 20h.

Tarif : 7.80€ pour les adultes, 5.70€ pour les enfants de plus de 6 ans. Tarif réduit à partir de 17h.

Article publié dans le JTT du jeudi 30 juillet 2026.

dimanche 5 juillet 2026

Laurence Allart fait revivre les destins de femmes oubliées

Laurence est céramiste et sculptrice. Dans son atelier de Beaumont-les-Valence, elle peaufine actuellement des statuettes de femmes au destin dramatique pour sa prochaine exposition. Femmes réelles ou fictionnelles, héroïnes historiques ou mythologiques, c’est d’abord leur histoire qui passionne Laurence. Elle réunit alors une importante documentation avant de se lancer dans le modelage, en laissant libre cours à son empathie pour elles.

Hélène de Tournon, Madame Butterfly, Padmé, Judith … reprennent ainsi vie sous ses mains, juste avant que leur destin bascule. Hélène meurt d’amour pour son Philibert, Madame Butterfly de désillusion après avoir été abandonnée par son séducteur, Padmé Amidala, amoureuse de Luke Skywalker ne survit pas au passage du côté des forces obscures. Quant à Judith, elle se sacrifie pour sauver sa ville en entrant dans la tente du général assyrien Holopherne, qu’elle finit par décapiter !

Laurence, passionnée de culture japonaise, pratique ainsi avec le destin de ses femmes une forme de kintsugi, cette technique japonaise qui répare les céramiques brisées en couvrant leurs fissures avec de la poudre d'or. Et ainsi les magnifie. Le Japon occupe une place centrale dans son imaginaire, en témoigne sa participation actuelle à la superbe exposition « Inspirations Japon » à l’’Artsolite. 

Infirmière de formation, après avoir travaillé dans diverses structures, épuisée, Laurence a éprouvé elle-même le besoin de changer totalement de vie. Depuis son enfance, elle dessinait, modelait, et tout naturellement c’est à travers la poterie, puis la sculpture qu’elle a trouvé un nouveau souffle. Des cours de poterie et modelage à la MJC de Beaumont-les -Valence en 2010, jusqu’à sa participation au Carré des créateurs de Tournon, puis à Sculptur’Art à Tain, et Chemin des artistes en Drôme, elle a affirmé son talent. Et c’est elle qui maintenant donne des cours de modelage à Beaumont-les-Valence.


Membre du collectif Zinzolin de Valence, elle est sollicitée partout pour exposer : en juin au musée de l’Estampe de Bourgoin-Jallieu, puis au Palais delphinal de Saint-Donat, en décembre à la salle des Clercs, et toute l’année à l’’Artsolite, où ses petits formats en céramique et bronze (réalisés par la fonderie Adobati) rencontrent un beau succès.

Article publié dans Regard Magazine de juillet-août 2026.

lundi 29 juin 2026

Graff en Vallée, un festival qui colore les murs

Chacun connaît Saint-Nazaire-en-Royans, son aqueduc et son bateau à roue sur l’Isère. On y passe souvent sans s’arrêter, sur la route du Vercors, alors que le centre ancien du village mérite le détour. Plus encore depuis qu’une association de graffeurs, Graff en Vallée, y organise chaque année au début de l’été une semaine de création de fresques murales. Cette année, les artistes réaliseront leurs œuvres sur place du 10 au 20 juillet.

Qu’ils travaillent au pinceau, à la bombe, à la brosse, au rouleau ou même au pulvérisateur, qu’ils utilisent la peinture à l’huile, le pastel, le collage, la vingtaine de graffeurs invités interrogent tous notre monde, à travers des sujets naturalistes, mythologiques ou carrément psychédéliques. Ce sont des professionnels qui viennent de Valence, Grenoble, Lyon ou Paris, du Mexique ou du Brésil.  Invités par Raffu, artiste local, pour le festival Graff en Vallée, ils apprécient cette semaine de rencontres et de création, où ils sont accueillis et logés au pays.

Leurs graffs, qui nécessitent des heures ou des jours de travail, suivant la dimension, vont recouvrir les murs oubliés de Saint-Nazaire et le parc du Château Laurent, leur donnant un nouvel éclat ludique. Ne manquez pas de vous arrêter pour les découvrir, et mieux encore de faire cet été la visite guidée Street art, organisée depuis l’office de tourisme (au départ du bateau). Une belle promotion des arts graphiques en milieu rural.

  • Les festivités commencent à Saint-Nazaire-en-Royans (26190) le 28 juin avec un atelier, repas et tombola Street art.
  • La semaine Graff en Vallée se déroule du 10 au 20 juillet.
  • Une création à l’’Artsolite à St Jean en Royans est prévue du 20 au 26 juillet.
  • Et toute l’année, on peut profiter des œuvres réalisées en se baladant dans le village.
  • Réservation :  06 14 42 99 15 
Article publié dans le JTT le jeudi 25 juin 2026.

jeudi 25 juin 2026

Les écoliers tainois reçus à Grignan

Lundi matin, une joyeuse troupe de CE2 de l'école Jean Moulin , accompagnés par leur institutrice Véronique Pic et l’historien Michel Cotte, a pris le bus pour Grignan. La sortie était offerte par l’association VMF (Vieilles Maisons de France), une association privée de sauvegarde du patrimoine, qui organise chaque année depuis 2016 pour les scolaires un concours intitulé « Le Patrimoine, toute une histoire ».

Cette année, le thème choisi étant « patrimoine industriel » l’institutrice V. Pic a immédiatement rebondi : à Tain, on fêtait le bicentenaire de la passerelle Seguin ! Pendant toute l’année scolaire, elle a multiplié les recherches historiques avec ses élèves, sollicitant M. Cotte, la bibliothèque, l’office du tourisme… Les enfants ont ainsi parcouru l’histoire de Tain, en explorant la géographie, la technologie, les arts plastiques (une exposition de leurs maquettes de la passerelle a même été réalisée). Avant de créer une affiche et un flyer pour répondre au concours.


Quand il a été question de mettre un emblème sur leur passerelle, les élèves ont proposé Madame de Sévigné, qui fait aussi partie de l’histoire de Tain, par son naufrage. Sans le sauvetage par les mariniers locaux, on ne la connaîtrait guère ! Mais ce qui a plus frappé les enfants dans cette épopée, c’est que la marquise n’a pas pu remercier elle-même le notable qui l’avait hébergée, car à l’époque une femme ne pouvait pas écrire à un homme qui n’était pas de sa famille. Ils ont décidé, sous la direction de Véronique, d’écrire des lettres à sa place… Et ce qui n’était qu’un exercice de français est devenu une expo présentée au château de Grignan ce printemps.

Double reconnaissance donc pour la classe de CE2, qui a aussi obtenu le 1er prix départemental de VMF ainsi que le 2e prix régional avec son projet. C’est donc à Grignan, invités par VMF, que les élèves ont reçu leur diplôme, ainsi qu’un abonnement à une revue artistique et du matériel pédagogique, après avoir profité d’une exceptionnelle visite du château. Une belle aventure, avec des rebondissements riches en apprentissages, pour laquelle il faut rendre hommage à Véronique Pic, la cheville ouvrière du projet, elle-même passionnée de patrimoine.

Article publié dans le JTT  du jeudi 25 juin  2026.

vendredi 19 juin 2026

Balade en Côte Rôtie

Située entre Condrieu et Ampuis, la petite commune de Tupin-et-Semons a admirablement mis en valeur son patrimoine de Côte Rôtie en installant un belvédère original, à 293 m de hauteur. Ce balcon sur le vignoble, inauguré en 2024, permet aux visiteurs de contempler un panorama à couper le souffle sur les coteaux viticoles et jusqu’au Rhône. Pour le faire découvrir, la municipalité a aussi mis en place des sentiers, dont celui des grands crus, qui permettent aux amateurs de viticulture de comprendre l’histoire du célèbre vignoble.

A côté du belvédère, l’église Notre-Dame-de-Semons mérite une visite, pour sa bannière de procession et sa statue en bois de Vierge à l’Enfant. Autrefois, une autre Vierge de pierre décorait son porche. Elle surveillant la navigation et le patron marinier qui oubliait de la saluer par un « Je vous salue Marie » était mis à l’amende par son équipage.

Un sentier en bas des coteaux conduit à l’autre site remarquable du village : l’île du Beurre, sur le Rhône. Un nom dérivé du mot bièvre, ou ber, ancien nom du castor. Séparée de la Viarhôna par une lône, la nature y est restée intacte et l’île est devenue une terre d’asile pour les espèces sauvages. Depuis les cabanes d’affût et les observatoires installés au fil de l’eau, on peut surprendre martin-pêcheur, héron cendré, grand cormoran, aigrette, ragondin et castor…

Par un jour de canicule, il faut privilégier le matin pour aller au belvédère, pour ne pas rôtir dans la côte, avant de pique-niquer ensuite dans la fraîcheur de l’île. La dégustation de Côte Rôtie est en option !





mardi 16 juin 2026

Nicolas Bouvier à Montélimar

Figure majeure du récit de voyage, Nicolas Bouvier (1929-1998) est un écrivain et photographe suisse, auteur de plusieurs ouvrages dont le fameux L’Usage du Monde, la bible de tous les écrivains voyageurs. Le Musée d’art contemporain du Centre Saint-Martin à Montélimar accueille une exposition de ses œuvres sous le titre « Voyage au Levant ».

Les écrits de Nicolas Bouvier accompagnent les photos prises lors de ses trois séjours au Japon (1955-1956, 1964-1966 et 1970). Ses images dialoguent avec celles d’autres photographes qui illustrent l’archipel à la même période, comme Werner Bischof, William Klein, Henri Cartier-Bresson. Mais aussi avec la collection d’estampes de l’époque Edo (1603-1868) du peintre Pierre Boncompain, qui a fait l’objet d’une donation au musée.

Nicolas Bouvier, dès l’enfance, se passionnait pour les atlas et les cartes et rêvait de voyager. Il a réalisé son rêve. À 19 ans, il est envoyé en reportage en Finlande puis, deux ans plus tard, traverse le Sahara algérien à la demande de quotidiens genevois.  En 1951, il effectue un premier voyage au long cours de Venise jusqu’à Istanbul. Puis, en juin 1953, avec son camarade de collège le peintre Thierry Vernet, il part en Fiat Topolino de Belgrade à Kaboul, en traversant la Yougoslavie, la Turquie, l’Iran et le Pakistan. La débrouillardise est nécessaire : avant le départ, ils apprennent à démonter et remonter entièrement la Fiat ! Cette première expérience fondamentale de l’itinérance est racontée par Bouvier dans L’Usage du monde, illustrée par les dessins à l’encre de Thierry Vernet.

Après un an et demi de voyage à deux, Nicolas Bouvier continue seul à travers l’Inde, afin de gagner la Chine, puis Ceylan. En octobre 1955, il quitte Ceylan pour le Japon où il reste une année, rédigeant pour vivre des articles pour les magazines japonais ou suisses. Il découvre la photo. Il rentre en Suisse fin 1956. Avec son épouse Éliane, il retourne ensuite vivre au Japon de 1964 à 1965. Puis en 1970, à l’occasion de l’exposition universelle d’Osaka. Trois ouvrages, fruits de ces voyages, Japon (1967), Chronique japonaise (1975) et les poèmes en prose édités en 1982, sont présentés à Montélimar, ainsi que des enregistrements audio et vidéo.

Nicolas Bouvier a continué de parcourir et d’écrire le monde jusqu’à son décès à Genève en 1998. Son œuvre est aujourd’hui considérée comme un chef-d’œuvre de la littérature de voyage. On connaît particulièrement sa citation « On croit qu'on va faire un voyage mais bientôt c'est le voyage qui vous fait ou vous défait.

Nicolas Bouvier, Voyage au Levant, du 12 mai au 31 octobre 2026 au MAC de Montélimar.

jeudi 11 juin 2026

En avion au-dessus du Vercors

La Drôme est riche en petits aérodromes, avec notamment Saint-Rambert d’Albon, Romans et Valence-Chabeuil. De là, des pilotes proposent une virée dans les airs sur demande. C’est au Creux de la Thine que nous avons rendez-vous, à 14h, un jour de grand soleil. Un petit avion rouge et blanc est posé sur la pelouse, un Robin qui peut charger 3 personnes maximum. Le pilote nous accueille et nous mettons au point le parcours : survoler le Vercors.

Monter dans l’avion, c’est un peu sportif, car un tout petit passage est ménagé sur l’aile, puis il faut se contorsionner pour entrer dans l’habitacle. Ceinture, casque et micro, nous voilà parés. Le pilote déroule sa check liste de vérifications, fait le plein et nous engage sur la longue piste enherbée, face au vent.

Très vite, on prend de l’altitude, et il est difficile pour un néophyte de se repérer car tout défile rapidement. Vitesse 200 km/h, altitude 900 m. La Tour d’Albon disparaît, nous partons vers le sud, le Rhône comme repère. Déjà Tain et Tournon se profilent, les coteaux semblent minuscules. Virage à gauche, direction Romans, puis Barbières et le Vercors. Passage au-dessus de Léoncel, puis le col de la Machine et voilà Vassieux. Le mémorial ressemble à un trait dans la montagne, la piste d’atterrissage des planeurs nazis est évidente. Puis la forêt de Lente se déploie, jusqu’au Royans et aux Quatre montagnes, enfin c’est la spectaculaire descente le long des falaises de la Bourne. La Drôme des collines apparaît comme une mosaïque de petites parcelles agricoles, à peine le temps de distinguer le Palais idéal dans son ilot de verdure, que c’est déjà l’atterrissage.

Conduire un avion en vol semble assez aisé, car le ciel est sans obstacle. C’est trompeur, les dangers surgissent à toute vitesse, et ce sont les contrôleurs aériens auxquels nous sommes branchés dès le départ qui nous avertissent : Un hélicoptère décolle à Valence, un planeur arrive à Vassieux, un avion arrive d’Annonay… Ils suivent notre progression et leurs appels radio crépitent sans cesse pour assurer notre sécurité.

Nous sortons tout étourdis du cockpit. Un vol en petit avion n’a rien à voir avec un vol long-courrier ! Être balloté au moindre courant d’air, se concentrer sur le paysage qui défile, les oreilles saturées par les appels des contrôleurs, c’est tout un ensemble qui perturbe les sens et parfois aussi l’estomac ! Après une heure de vol, nous retrouvons la terre ferme, soulagés et ravis, pour débriefer avec le pilote au bar voisin.

Survoler notre région permet de prendre conscience de sa diversité, sa beauté, sa richesse. Ça mérite bien une centaine d’euros !


Article publié dans le JTT du jeudi 25 juin 2026.

mercredi 3 juin 2026

Le silence d'Emilia

Vinsobres est un charmant village perché de la Drôme provençale. Blotti au milieu des vignes, sillonné de calades pavées et fleuries, c’est un endroit où on se sent bien. Pas étonnant qu’Emilia Opportune y ait posé ses valises il y a 9 ans. C’est à la terrasse ensoleillée du bistrot local qu’elle évoque son livre, Le Silence en Cendres, une autofiction qui lui a permis de se reconstruire après un passé étouffant.

Car l’enfance d’Emilia fut une suite de drames, dont elle n’a jamais pu parler à l’époque, protégée par une amnésie traumatique de 3 ans à 13 ans.  C’est un flash, un malaise inexplicable, ressenti un jour en passant par hasard devant un hôtel minable de Toulon qui lui a ouvert la porte des souvenirs. Et condamnée à un mal-être d’où elle a tout fait pour se sortir, encouragée par son amie médecin.  Aujourd’hui apaisée, l’écriture de son livre lui a permis de plonger une dernière fois au cœur du mal pour en revenir plus forte et assumer son passé.

Emilia est une jeune femme au caractère bien trempé. Rassurée par la présence bienveillante de son mari et ses enfants, elle s’est épanouie dans son métier d’assistante de vie. Tout le monde la connaît à Vinsobres, où elle consacre beaucoup de temps à aider les personnes fragiles. Elle sait tout faire, informatique, ménage, cuisine, soins, et n’a peur de rien. Quand elle a ressenti le besoin d’écrire son histoire, elle l’a fait seule et à sa manière. Confrontée à la jungle des éditeurs, elle a choisi de s’autoéditer et d’organiser sa propre commercialisation.  Bref Emilia assume et assure.

Son récit est fictionnel, mais s’appuie sur son ressenti, dans un style simple et sans pathos. Cette aventure littéraire la passionne, et elle songe déjà à publier une suite en deux versions simultanées : le lecteur choisira s’il veut découvrir l’avenir sombre ou la sérénité retrouvée. Preuve que les drames passés peuvent s’éloigner jusqu’à devenir un jeu de rôles…

« Le silence en cendres » est disponible dans les librairies locales et sur Amazon.

Article publié dans le JTT et dans Regard Magazine de juin 2026.

dimanche 31 mai 2026

Trois concerts décontractés à Tain et Tournon

Un week-end de Pentecôte dédié à la détente et au travail musical dans la vallée du Doux, c’est ce qu’ont vécu 16 adolescents, encadrés par 3 professeurs, de l’école de musique des Côtes d’Arey (commune proche de Reventin-Vaugris). L’orchestre a présenté chaque jour un concert en plein air l’après-midi, le samedi dans les jardins de la mairie de Tain, le dimanche au camping des Foulons et le lundi sur les quais de Tournon.

Sous les bienfaisants ombrages des platanes, les instruments à vent, flûtes, saxo, trompette, cor, clarinette, hautbois … ont mis en valeur un programme consacré entièrement aux Blues Brothers.  Chapeau noir, gestuelle swinguée, la prestation de l’école de musique a été appréciée par un public trop peu nombreux hélas, faute de publicité.

Tous les deux ans, l’école des Côtes d’Arey propose ainsi à ses élèves un temps de convivialité, destiné à renforcer la cohésion du groupe, tout en assurant un travail musical. Son chef Alexis Falempin souligne l’engagement des élèves qui s’autofinancent pour ce séjour, en organisant diverses manifestations tout au long de l’année. Les bienfaits de l’opération sont évidents, à voir le plaisir et l’aisance avec lesquelles les élèves ont donné leurs concerts, entre deux séances de piscine.

Article publié dans le JTT du jeudi 11 juin 2026.

mercredi 27 mai 2026

Aurélien résout vos petites galères

 Aurel multiservices. C’est le nouveau commerce qui s’est ouvert il y a 3 semaines à Tain l’Hermitage. Un commerce de proximité comme on les aime, qui résout tous vos problèmes de cordonnerie, serrurerie et plus encore. Car Aurélien, en plus de ses compétences en tous ces domaines, sait d’abord accueillir et écouter les clients. Pour pouvoir les satisfaire, avec l’amour du travail bien fait.

Aurélien a 38 ans, il exerçait son métier depuis 7 ans à Saint-Vallier quand, lassé de son implantation dans un centre- ville déserté, il a décidé de venir s’installer dans un lieu plus vivant, au cœur de la ville de Tain, sur la N7, face à la place du Taurobole. Et il s’en félicite ! La mairie l’a aidé à trouver un local, l’a soutenu dans les démarches, Aurélien s’est senti accueilli. Et tout de suite la clientèle a afflué. Tennis, sneakers, escarpins, chaussures de rando, bottes … il sait s’occuper de toutes les chaussures, rénover, ajouter un patin, recoller une semelle, un talon, pour qu’on s’y sente bien. Cirages, lacets, semelles, ainsi que ceintures complètent son activité de cordonnerie.

Mais Aurélien a quelque chose en plus : une double formation. Il est aussi un pro des clés, d’appartement, de voiture, de boîte aux lettres, de badges, capable de les refaire à la demande. Sa connaissance pratique se double d’une maîtrise totale des techniques numériques. D’ailleurs, quand le travail est fini, c’est avec une photo et un SMS qu’il avertit son client.

La gravure est une autre corde à son arc, il réalise plaques et tampons, teste même son matériel sur divers supports. Ainsi, il a gravé « je t’aime » sur un fromage de sa voisine Karine, pour l’offrir à sa femme ! Aurélien est un artisan de talent, passionné par son travail, qui n’hésite pas à innover pour la beauté du geste.


Article Jtt  du jeudi 28 mai 2026.

jeudi 21 mai 2026

Un repas chez Marcon


Le plus difficile est de réserver une table, il faut s’y prendre 6 mois à l’avance. Mais une fois le rendez-vous pris, tout n’est plus que luxe, calma et volupté. Saint-Bonnet-le-Froid porte bien son nom en cette journée hivernale. Le restaurant Marcon, labellisé Relais et Châteaux, un peu à l’écart du village, totalement intégré au paysage, domine les montagnes du Velay et du Vivarais. Du garage couvert, un passage vitré orné de sculptures mène au restaurant et à la boutique. Partout, chaleur et lumière, ouverture sur la nature et omniprésence du bois dans l’architecture et la décoration.

Personnel nombreux et attentionné, accueil avec une mini infusion de verveine. La carte offre le choix entre deux menus, Vellave (250€) ou Entre Velay et Vivarais (370€) et un parcours personnalisé. Dans le copieux livre des vins on trouve tous les cépages, les régions et les prix, jusqu’au Romanée-Conti à 9950€ ! Nous prenons l’apéritif conseillé, à base de cointreau et verveine, avant un Crozes-Hermitage de Yann Chave. Et les amuse-bouches défilent, tous plus originaux les uns que les autres. Car déjeuner chez Marcon, ce n’est pas simplement dérouler les plats du menu, c’est découvrir le festival de miniatures qui les entourent : amandes fumées au sapin, cake aux cèpes, chips de lentilles, mousse de topinambour à la noisette, et de merveilleuses bouchées de légumes qui sont autant d’œuvres d’art, avec leur décoration de fleurs et graines délicatement posées à la pince !

Voyage en hiver, c’est le thème inscrit dans l’assiette de présentation du moment. La Haute-Loire et l’Ardèche, frontières naturelles, inspirent au quotidien les recettes du chef, les produits locaux et de saison enrichissent le menu : champignons, châtaignes, cardons. Aujourd’hui, ils accompagnent les rougets en escabèche, lieu jaune de ligne et poularde fermière. Pour agrémenter le repas, qui ne dure pas moins de quatre heures, une visite des cuisines est proposée, on peut y voir Paul Marcon, Bocuse d'Or 2025, en plein travail au milieu de sa brigade. Quant à Jacques et Régis, ils passent vers chaque table pour s’enquérir de notre bien-être. Un échange simple et convivial qui s’accorde à l’esprit des lieux.

Après les fromages et avant le dessert, la farandole des mignardises est un régal des yeux et des papilles, mandarine et courge, chocolat et cèpes, caviar de lentilles, les mélanges audacieux dans des présentations originales forcent l’admiration. Mais comment font-ils ?

Une cinquantaine de personnes travaillent ici, une centaine en comptant le bistrot Coulemelle, l’hôtel, le spa, la boulangerie… La maison Marcon fait vivre le village de Saint-Bonnet-le-Froid, elle l’a totalement redynamisé dans un esprit de partage et de respect de la nature. La fréquenter une fois, pour le plaisir des sens, est une cérémonie gastronomique qui se prépare et qui se goûte.

Article publié dans le JTT du jeudi 21 mai 2026.