mercredi 30 septembre 2026

Festival de l'écrit à l'écran à Montélimar

De nombreux livres sont mis en scène et interprétés au cinéma, et l’originalité de ce festival est de célébrer cette rencontre entre le mot et l’image. Après quinze années d’existence, le concept est bien rôdé : pendant une semaine en septembre, Montélimar s’enflamme au rythme des avant-premières, séances familiales, compétitions, dédicaces et débats.

Les invités d’honneur de cette 15e édition étaient Daniel Auteuil pour La troisième nuit », l’histoire vraie du sauvetage de 108 enfants juifs grâce à un abbé (sortie nationale en janvier 2027) ; Éric Toledano et Olivier Nakache pour « Juste une illusion », une comédie sur les affres de l’adolescence (déjà en salles) ; Judith Godrèche pour « Mémoire de fille », adapté du roman d’Annie Ernaux (sortie nationale le 30/09). Bien d’autres grands noms du cinéma et de la littérature ont aussi participé à cette édition, ainsi Emmanuel Villin auteur de la BD « Le corset » (sortie nationale le 14/10), Jean-Pierre Jeunet qui a adapté le roman de Valérie Perrin « Changer l’eau des fleurs » (sortie nationale le 09/12), Ariane Ascaride actrice pour « Une femme aujourd’hui » (sortie nationale le 21/10), Emmanuel Finkiel scénariste du roman « Impossible » de Erri de Luca (sur Arte cet automne) …

Ce rendez-vous phare de la vie culturelle de Montélimar attire environ 30 000 personnes, et toute la ville se mobilise pour les accueillir : les salles de cinéma, Templiers, Nef, Palace, les librairies, Baume et Chant libre, la Médiathèque, le théâtre et surtout le Palais des congrès qui accueille en plus le village du festival avec toutes ses animations gratuites et festives.

Rendez-vous l’année prochaine en septembre à Montélimar ! Mais d’ici là, une autre occasion de découvrir des toiles inédites se profile : « Tutti al cinema », le festival du film italien, du 18 au 25 novembre, à Montélimar, Le Teil et Cruas.

jeudi 24 septembre 2026

Nadia Ferrouki aux Rencontres de la photo à Chabeuil

Nadia Ferrouki a illuminé Chabeuil avec ses éclatantes Matriarches. L’invitée d’honneur des Rencontres de la photo exposait des clichés mettant en valeur des petites communautés indigènes où les femmes ont un réel pouvoir. Car si depuis le 19e siècle, les femmes ont obtenu des droits dans plusieurs pays, ce n’est pas le cas partout dans un monde en majorité patriarcal. Des petites tribus au Kenya, en Inde, au Pérou, en Chine vivent pourtant en paix dans une société matrilinéaire où les femmes n’ont pas un rôle subalterne.

Nadia Ferrouki préfère ce terme « matrilinéaire » au terme « matriarcat », qui rappelle trop le patriarcat. Or le fonctionnement matriarcal n’est pas copié sur le système patriarcal : dans ces sociétés, il n’y a pas de domination d’un sexe sur l’autre. Les femmes transmettent le nom et l’héritage, assument l’éducation et les rituels, parfois gèrent les biens, mais en totale complémentarité avec les hommes.

Nadia Ferrouki, fille d’un père algérien et d’une mère tchèque, élevée aux USA où elle a fait des études de relations internationales, a promené son appareil photo sur toute la planète, travaillant pour de grands magazines tels que Géo, le Monde, le Figaro, Courrier international… Polyglotte, audacieuse, elle se sert de son tempérament d’exploratrice pour mettre en lumière des minorités singulières où les femmes s’affirment comme actrices essentielles.

Par ailleurs, les Rencontres de Chabeuil exposent chaque année vingt photographes aux thématiques aussi variées qu’originales. C’est un plaisir de découvrir avec eux la diversité du monde en déambulant dans les rues du centre ancien et jusque dans les allées des serres Gaillard.  Une manifestation de haut niveau, parfaitement maîtrisée, qui attire chaque année des milliers d’amateurs et de professionnels.

jeudi 17 septembre 2026

Chronique littéraire : Les jardins de Torcello, de Claudie Gallay

Jess, une Française arrivée par opportunisme (on lui prête un appartement dans la cité des Doges), découvre puis s’immerge peu à peu dans la beauté de Venise. Pour gagner sa vie, elle propose ses services comme guide pour des touristes curieux de lieux insolites.

Mais l’appartement va être vendu, et Jess doit trouver un autre hébergement, ce qui est quasiment impossible à Venise. Alors elle accepte la proposition d’un travail d’appoint chez Maxence, un riche avocat qui vit sur Torcello, petite île de la lagune, où il rêve de reconstituer le jardin des premiers moines.  

Maxence vit avec le fantasque Colin, et Jess va découvrir avec eux l’altérité. Son évolution, de fille paumée, qui peu à peu s’affirme et arrive à affronter son passé, constitue la trame du récit. Mais les thèmes principaux restent la description de Venise, loin des sites hyper touristiques, et la création de jardins médiévaux malgré la marée. Un environnement riche de charme et d’enseignement, qui constitue un véritable guide pour une visite en profondeur de Venise.

Claudie Gallay est une écrivaine française née en 1961 à Bourgoin-Jallieu. En parallèle de son activité d'écrivain, elle exerce à temps partiel le métier d'institutrice.

Les jardins de Torcello sont désormais en poche chez Babel (Actes sud).

jeudi 10 septembre 2026

Mireille Vanson, sculptrice sur Bois

Cette femme sportive, grande voyageuse, est une sculptrice de talent, chaleureuse et modeste. La marque de ceux qui, comme elle, ont essayé mille choses, connu mille vies, emportés par leur énergie et la volonté d’être libre. Entre racines forestières et semelles de vent.

Mireille vient de boucler cet été la Kenya Bike Odyssey, un itinéraire qui traverse certains des plus beaux paysages du Kenya. Au programme : 1 000 km de pistes, 14 000 mètres de dénivelé positif, une odyssée exigeante physiquement, mais surtout incroyablement riche humainement. En toute autonomie, avec tente et bagages, sur son vélo, simplement accompagnée de son mari. 

Mireille est née en 1969 dans une famille d’agriculteurs des Vosges, seule fille après 3 garçons. Son enfance se déroule en pleine nature, à courir les bois avec ses frères, se montrant forte et dégourdie. Son goût du sport la conduit en section sports-études à Remiremont, où elle pratique ski de fond et athlétisme, gagnant des compétitions, avec plusieurs podiums aux championnats de France en javelot. L’occasion de se découvrir une autre passion pour le voyage.

A 14 ans, elle est choisie pour participer avec une douzaine d’ados à Carnets de l'Aventure, une émission de télévision diffusée les samedi après-midi sur Antenne 2 entre 1980 et 1989. Il s’agit d’une expérience de survie en Amazonie, qu’elle renouvelle l’année suivante en partant en autarcie pendant 4 mois chez les Indiens Wayana, chassant, pêchant, vivant en pleine nature. Le goût du voyage, oui, mais aussi de la rencontre avec les populations. A 17 ans, Mireille part avec une amie en Inde puis au Tibet, l’année suivante du Burkina-Faso jusqu’à Tombouctou. Dans des conditions rudimentaires, mais au cœur de la vie des peuples.

Hélas des problèmes de dos vont lui interdire d’être prof de sport. Elle s’engage alors dans un DUT communication-marketing à Besançon, et bénéficie d’un an d’échange en 1991 avec une université du Kansas. Elle profite de l’occasion pour sillonner les USA en bus, côte Est et côte Ouest, en gagnant sa vie … avec sa machine à coudre ! Car Mireille sait tout faire de ses mains. De retour ensuite dans les Vosges, elle travaille dans la pub, se marie, retape une vieille ferme et élève quatre enfants. Bricole sur tous supports, particulièrement les chutes de bois, avec lesquelles elle fabrique des jouets.

Ce n’est qu’en 2007 qu’elle rencontre vraiment la sculpture sur bois, au festival Camille Claudel de La Bresse. Un vrai coup de foudre. En 2008, elle commence à suivre des cours à la MJC de La Bresse, en 2010 elle se lance dans la création personnelle, et obtient le prix du public en 2011 pour sa première participation dans un festival international en Allemagne. Sa carrière est lancée, elle est invitée dans des concours internationaux, au Canada, en Italie, au Chili…  Récolte de nombreux prix et profite d’autant de voyages !

En 2014, changement de vie, elle divorce et quitte les Vosges pour s’installer dans le sud de la Drôme, à Colonzelle. Elle rencontre un nouveau compagnon, un Québécois sportif sachant aussi manier la tronçonneuse ! Ensemble ils partent sur leurs vélos en totale autonomie pour parcourir l’Europe, 12 000 km du cap Nord jusqu’en Roumanie, puis le Mexique, le Japon, la Bolivie, la Norvège, le Kenya… Pour Mireille, la vie s’organise ainsi, entre l’été où elle voyage à vélo, l’hiver où elle travaille ses commandes et prépare ses expositions.

Son inspiration, au départ figurative, proche de la nature, devient plus abstraite, elle s’autorise à jouer avec les matières, tilleul, chêne, noyer, des Vosges ou cyprès, cèdre, pin de la Drôme. Monumentales ou réduites, colorées ou brutes, ses sculptures explorent les formes du vivant, les mouvements de la nature et le dialogue entre la matière et la lumière. Du grand art qui fait aussi voyager !

Mireille expose à la Bastide de Grignan, du 6 juin au 15 septembre 2026. Elle retrouvera ensuite de décembre à mars la Commanderie templière de Richerenches, un lieu chargé d’histoire qui abrite le musée de la Truffe.

Sur son site on peut découvrir sculptures, mobilier et œuvres monumentales https://www.mireillecorfuvanson.com

Article publié dans Regard Magazine de septembre 2026.

jeudi 3 septembre 2026

Le festival des Humoristes de Tournon

Après 9 jours de spectacles, de découvertes, de rencontres d'une grande diversité, voici quelques extraits, quelques éclats de rire : Pierre-Alexandre et les Mirabelles Kitchen qui ont amusé les spectateurs par leurs sketchs et chansons à l’ouverture du Festival, place du marché. Pierre Emonot à la librairie «Au détour des mots » qui a donné un spectacle brillant, à la fois érudit et rempli d’humour, sur le thème : qu’est-ce que la littérature ? Réponse : la littérature, c’est le reflet de la société. Quant aux Deux dames au volant, Manue et Marion, elles ont épaté le public dans leur numéro de voltige, jouant de l’accordéon entre deux gags, perchées à 7 m de hauteur dans la cour du lycée. Et Sandrine Sarroche a conclu le Festival par un spectacle très pro, entre chansons, souvenirs perso et saillies politiques. Du grand art !

Le dernier temps fort du festival fut la remise des Bouffons. Deux soirées avaient permis aux spectateurs de découvrir 8 nouveaux talents, tous prometteurs : Adèle, Thomas, Victor, Jeanne, Paul, Alex et Sophie, Stéphanie, Hugo. Après moultes discussions, les différents jurys ont tranché et le verdict est tombé.

Le Coup de cœur Jeunesse récompense Victor Guesquière, le Prix du public revient à Hugo Pêcheur, le prix du jury encore à Hugo Pêcheur. Et le grand prix, le Bouffon d’or, a été attribué à Thomas de Fouchécour pour ses élucubrations hilarantes sur ses origines.

Le présentateur Laurent Chandemerle et les lauréats ont tour à tour remercié l’équipe organisatrice du Festival, les bénévoles, les techniciens, les sponsors et tous les artistes présents. 

Le Festival des Humoristes 2026 fut un très bon cru (de Saint Joseph), place maintenant au Festival 2027 !

Article publié dans le JTT du jeudi 3 septembre 2026.

dimanche 30 août 2026

Quand le papier raconte l’histoire de la soie

Cet été le château-musée de Tournon propose une exposition superbe, accessible à tous les publics. Quatre artistes ont revisité la Route de la soie en créant un ensemble d’œuvres toutes en papier. Papier recyclé, papier cadeau, papier japonais ou papier kraft, papier de soie ou papier journal, et même papier perforé, papier crépon, papier peint… La variété des supports n’est égalée que par la variété des techniques utilisées pour représenter les hommes et les pays traversés par la mythique Route de la soie.

Anny Blaise, Suhail, Shasha Shaikh et Pascale Bernard Lacour sont tous des artistes plasticiens locaux. Chacun utilise sa propre technique pour représenter un pays, une époque : pliage, découpage, collage, papiers roulés, découpés, cousus... Leur créativité, leur talent, se doublent d’une minutie et d’une patience infinie. Le fil de soie se déroule ainsi au fil des salles du château, depuis les filatures de Kyoto, entre samouraïs redoutables, Mongols chamarrés, caravansérails fortifiés, miniatures persanes, jusqu’aux ports vénitiens, et jusqu’à Lyon, notre capitale de la soie.

Une aventure humaine, où le fil de soie devient lien entre peuples, passerelle entre les cultures, trace vivante d’une histoire partagée. Et pour le public un voyage enchanté, du Levant au Couchant, dans une symphonie de couleurs et d’imagination.

Exposition au château-musée de Tournon, du 12 juin au 1er novembre 2026.

Article publié dans le JTT du jeudi 3 septembre 2026.

jeudi 20 août 2026

Chronique littéraire : Un appartement à Paris, de Guillaume Musso

Cet appartement est une petite pépite, un atelier d’artiste situé au cœur de Paris, dans une impasse calme. C’est ce qu’a réservé Madeline depuis l’Angleterre, pour s’y reposer et retrouver de l’énergie. Mais par suite d’un bug informatique, c’est le même appartement que Gaspard a retenu, aux mêmes dates, en vue d’écrire tranquillement sa pièce de théâtre. Les deux protagonistes s’y retrouvent face à face, furieux et obligés de cohabiter.

Cet appartement était celui de Sean Lorenz, un peintre renommé, dont la vie et la mort sont empreintes de zones d’ombre. L’envie de mener leur enquête sur cet artiste mystérieux réunit tant bien que mal Gaspard et Madeline. Engagés involontairement dans une course contre la mort, ils unissent leurs efforts, multiplient les découvertes, les vraies et fausses pistes, et nous tiennent en haleine jusqu’au bout du roman.

Guillaume Musso, le maître du suspense, n’est plus à présenter. Il maîtrise à merveille le sens de l’intrigue, la psychologie des personnages, les retournements de situation. S’y ajoute ici un contexte original, celui des artistes de rue, tagueurs de wagons, graffeurs, puis peintres adulés et jalousés. Une lecture haletante, idéale pour les vacances.

Ce roman est disponible en Livre de poche.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 27 août 2026.

dimanche 16 août 2026

Allevard, station thermale, station de ski et plus encore

A 40 km de Grenoble, dans le massif de Belledonne, Allevard est un petit bourg entouré d’eau et de verdure. Traversé par le Bréda, un torrent impétueux issu du glacier du Gleysin qui domine le pays, Allevard est situé dans une haute vallée glaciaire ensoleillée, entre deux petits lacs et d’immenses forêts.

Si la station thermale a connu son apogée en accueillant nombre de personnalités aux 19e et 20e siècles, elle fonctionne plus modestement aujourd’hui, à la grande joie des curistes qui y trouvent le calme et un accueil familial. Le Collet d’Allevard est la station de sports associée, à 12 km au-dessus de la commune. Elle offre de belles pistes de ski en hiver, entre 1450 m et 2085 m, et de nombreuses randonnées en été, face au Mont Blanc.

Mais ce qui rend Allevard encore plus intéressant, c’est son passé économique. Une histoire de dur labeur depuis le haut Moyen âge, d’abord dans une agriculture de montagne, pour survivre, puis dans la découverte de minerai de fer, la sidérite, qui, associée à l’eau des torrents et le bois des forêts, a permis le fonctionnement d’innombrables forges, hauts-fourneaux et usines sidérurgiques jusqu’en 1974. Une ressource qui a nécessité l’appel à la main d’œuvre étrangère, notamment les Bergamasques qui possédaient le savoir-faire en cette matière. Un musée installé dans les thermes raconte cette histoire de façon claire et ludique.

Le Bréda au fort débit alimentait aussi au siècle dernier une usine de soie, une ganterie et de nombreux moulins et scieries dans des maisons suspendues au-dessus de son lit. Et aujourd’hui, sur ses 32 km de cours, il alimente 14 barrages électriques. L’eau sous toutes ses formes est la richesse d’Allevard. Une belle destination de vacances au calme et au frais.


samedi 8 août 2026

Le sentier des lauzières en Ardèche

Le Mont Signon est un petit volcan éteint, voisin du Mont Mézenc, qui fut exploité pendant des siècles comme carrière de lauzes. Ces pierres plates lisses et brillantes couvraient jadis les toits des fermes traditionnelles des Cévennes. Depuis le village de Chaudeyrolles, à 1300 m d’altitude, un petit parcours géologique en boucle permet d’atteindre le sommet du Mont Signon, à 1500 m, en profitant de superbes paysages sur les monts d’Ardèche et de Haute-Loire. Et de comprendre les conditions d'extraction de ce précieux matériau local.

Le Mont Signon, apparu il y a environ 8 millions d’années, est une montagne volcanique, un ancien dôme de lave visqueuse, qui s'est étalée sur les côtés. Son sommet ressemble à un paysage lunaire, avec des petits cratères creusés par l’homme sur toute la surface. Car la carrière de lauzes, d’abord propriété des seigneurs locaux, devint propriété communautaire de Chaudeyrolles après la Révolution. Alors divisée en parcelles, chaque paysan exploitait son lot, sa lauzière, une façon de se procurer de l’argent quand l’agriculture faisait défaut.

Lauzeron était un métier pénible et dangereux. Il fallait d’abord tailler et amincir les lauzes, à partir de blocs de pierre d’environ 40 kilos, l'épaisseur d’une lauze étant de 2 à 3 cm, avec une longueur de 20 à 80 cm. Ensuite les porter jusqu’au chariot. Les familles s’organisaient par quartiers, pour équiper de petits chariots tirés par des juments, qui attendaient au pied de la lauzière. Le chargement ne devait pas dépasser 1 000 kg (8 m2 de lauzes), pour que le chariot ne dévale pas la pente. Les lauzes étaient ensuite transportées jusqu’aux fermes ou granges qui avaient besoin d’un toit. Elles étaient alors posées et clouées par un lauzeur sur une charpente solide.

Au sommet du Mont Sillon, le long du sentier des lauzières quelques cabanes en lauzes subsistent encore. Elles servaient d’abri aux lauzerons en cas d’orage ou pour prendre leur casse-croûte. Prodiges d’équilibre et de technique, elles rappellent que le savoir-faire de la couverture d'un toit en lauzes est maintenant répertorié au patrimoine immatériel de l’humanité. Car un toit en lauzes offre une grande résistance aux intempéries, aux incendies et une belle longévité. Un bel adage nous le rappelle : « Qui pose lauze … pour cent ans pose ».

Article publié dans le JTT du jeudi 20 août  2026.

dimanche 2 août 2026

Prune Nourry au Palais Idéal : Défense de rien toucher !

Prenant le contrepied de cette phrase inscrite par le Facteur Cheval sur le mur de son Palais, Prune Nourry propose une exposition de ses œuvres entièrement pensée pour être touchée. Les sculptures présentées dans l’espace muséal ont été réalisées en un plâtre spécial, et peuvent donc être nettoyées chaque soir. Elles sont ainsi accessibles à tous, adultes, enfants, public voyant ou déficient visuel.

Prune Nourry est une artiste de renommée internationale, qui puise son imagination dans toutes les cultures, toutes les époques. Des Vénus paléolithiques aux jeunes filles chinoises en terre cuite, alignées comme l’armée de Xi’an, en passant par les Amazones bandant leur arc et les créatures chimériques hindoues, elle promène son regard sur la condition féminine. Les femmes qui ont posé pour elle à la Maison des Femmes, un lieu refuge de Saint-Denis où elle a installé son atelier, sont toutes des victimes de violence et résilientes.

Le corps, le toucher, constituent un fil rouge dans les recherches de Prune Nourry. Le toucher, en particulier, indispensable à son travail, qu’elle a failli perdre lors d’une chimiothérapie. Elle a alors entrepris une collaboration avec l’Institut des jeunes aveugles, la réalisation d’un timbre en relief et en braille pour la Poste. C’est ce timbre représentant une main qui ouvre l’exposition actuelle.

La main qui pétrit, c’est aussi celle du Facteur, qui a bâti son Palais en y laissant partout ses empreintes. Cette main qui construit, qui modèle, qui sculpte, relie l’œuvre de Ferdinand Cheval à celle de Prune Nourry. Elle invite à venir toucher et regarder ses œuvres au Palais idéal.


 
« Défense de rien toucher » de Prune Nourry, au Palais idéal du 31 mai au 6 septembre 2026.

Article publié dans le JTT du jeudi 30 juillet 2026.

mercredi 29 juillet 2026

La prestigieuse école de mosaïque de Spilimbergo

Spilimbergo est une petite ville italienne, nichée au cœur du Frioul-Vénétie Julienne. Son nom d’origine autrichienne rappelle que le Frioul a été sous la dépendance des Habsbourg jusqu’en 1866. Malgré un terrible tremblement de terre en 1976, le patrimoine historique et artistique de cette province mérite le détour. Mais ce qui en fait un centre mondialement connu, c’est la Scuola Mosaicisti del Friuli , qui cultive l'art de la mosaïque. La ville elle-même, avec ses bâtiments ornés de mosaïques, témoigne de cette longue tradition. 

Fondée en 1922, cette institution unique en son genre perpétue une tradition millénaire. Son installation à Spilimbergo est stratégique : au bord du fleuve Tagliamento et au pied des Dolomites. Les activités artisanales s’y sont développé dès l'Antiquité ; les influences romaine, byzantine, et vénitienne, ont imprégné la région d'une culture artistique. L'abondance de matériaux, notamment les pierres et les tesselles, a également contribué à l'essor de cet art.

La scolarité s’adresse aux plus de 18 ans de tous les pays et dure 4 ans. L’école forme des mosaïstes professionnels qui ensuite décoreront les bâtiments administratifs ou religieux du monde entier, églises, musées, aéroports, stades ... Toutes les mosaïques sont réalisées avec de simples outils, marteau et billot avec pointe acérée, pour découper les tesselles de toutes les couleurs.


On peut visiter cette école exceptionnelle. Dès l’entrée, c’est l’émerveillement devant la qualité des réalisations exposées en plein air : copies de Guernica de Picasso, de tapisserie de Lurçat, totems modernes multicolores… puis l’escalier et sa rampe extraordinaire conduit vers les différents ateliers : étude des mosaïques romaines en première année, byzantines en deuxième année, portraits en troisième année, enfin créations contemporaines. Les couloirs de chaque étage de l’école sont décorés d’œuvres toutes plus belles, plus stupéfiantes, les unes que les autres. Plus de 800 ! La patience, la créativité, l’utilisation de matériaux divers donnent des résultats spectaculaires.

L'école joue un rôle important dans la promotion et la sauvegarde de cet art ancestral. Mais la Scuola Mosaicisti del Friuli n'est pas simplement une école ; c'est un centre de recherche, de création et de transmission d'un savoir-faire unique. Elle s'inspire des techniques de mosaïque grecque, romaine, et byzantine, mais ne s'y limite pas. L'école encourage l'innovation et l'expérimentation, permettant aux élèves de développer leur propre style et leur propre interprétation de cet art millénaire. C'est un foyer d'innovation et de créativité, et un symbole de la vitalité de l'art de la mosaïque dans le monde contemporain. 

lundi 27 juillet 2026

Les Rosalies de Tain l'Hermitage

Sur le quai Arthur Rostaing, entre le pont et le kiosque à glaces, une nouvelle proposition estivale a vu le jour depuis le 15 juin : un petit tour en Rosalie.

Qu’est-ce qu’une Rosalie ? C’est un véhicule à pédales collectif, avec un auvent, des sièges côte à côte, et une direction simple. Plusieurs options sont possibles : à 2, 4 ou 6 places, avec assistance électrique ou classique. Idéal pour faire des balades ludiques en famille ou entre amis. Elles sont très appréciées dans les destinations touristiques, et Tain en est une !

Mais contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, ce sont les locaux plus que les touristes qui viennent louer les Rosalies pour passer un moment sur la Viarhona, ou faire l’aller-retour de Tain à Tournon. Tournon qui ne sera pas oublié, puisque l’an prochain, les Rosalies de Marzoe s’installeront aussi sur le quai Farconnet.

Les Rosalies agrémenteront le quai Rostaing et le square Schuman de Tain jusqu’au 30 septembre, de 14h à 22h chaque jour. Tarif : une demi-heure à partir de 16€, suivant les modèles.

Article publié dans le JTT du jeudi 30 juillet 2026.

jeudi 16 juillet 2026

Chronique littéraire : Col rouge, de Catherine Charrier

Une saga familiale, qui se déroule entre 1860 et 2020, à travers l’histoire des « Cols rouges », ces manutentionnaires de l’Hôtel Drouot, le célèbre hôtel des ventes parisien, qui occupaient une charge harassante mais lucrative, réservée aux Savoyards. Cette charge s’achetait et se cooptait sur un modèle égalitaire assez inédit.

François est le premier à oser descendre en 1860 de ses montagnes pour l’occuper. Une fois installé, il demande à sa jeune femme Berthe de le rejoindre. Mais le trajet en diligence entre la Tarentaise et Paris n’est pas sans danger, et les conséquences vont obérer la vie familiale sur plusieurs générations.

Son fils Léon est le second à pénétrer à l’hôtel Drouot et y faire carrière. Puis ce sera le tour des générations suivantes, Joseph, Gaston, Henri, Jules… jusqu’à la fin du monopole des cols rouges en 2010, à la suite de nombreux trafics. Les objets qui passent de main en main disent tout de la société. C’est l’occasion pour l’auteure de brosser le contexte social traversé par la famille : l’histoire de la France, les guerres, la révolution industrielle, l’exode rural, l’évolution du pays, le matérialisme des Trente glorieuses, les grèves, le combat des femmes.

Catherine Charrier écrit avec fluidité et érudition, soutenue par une documentation riche. Son histoire des Cols rouges, à travers une galerie de manutentionnaires aux caractères forts et de collectionneurs qui hantent les salles des ventes, constitue un sujet original et passionnant. Son roman est addictif.

Catherine Charrier, née à Alençon dans les années 1960, après de brillantes études à l’école du Louvre et HEC, travaille à Paris dans une agence de pub.

Col Rouge est son troisième roman. Il est disponible en Livre de Poche.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 16 juillet 2026.


samedi 11 juillet 2026

La base aquatique Eyrium en Ardèche

Au cœur de la Vallée de l’Eyrieux, longé par la Dolce Via, ce lieu de détente fait bien des heureux en période de canicule. Entre eau, ombre et soleil, des équipements et services parfaitement adaptés permettent d’y passer une journée agréable à tout âge.

Le complexe aquatique Eyrium est idéalement situé dans un domaine ombragé et fleuri de 1650 m2. C’est un lieu de fraîcheur et détente prisé de tous, avec une immense piscine, une petite pataugeoire, deux toboggans en spirale, des jeux d’eau… où l’on peut nager ou patauger à volonté. Tout autour, le grand parc invite à s’installer sous les arbres pour pique-niquer. Si on préfère le soleil, transat et parasol sont proposés à la location. Pour agrémenter la détente, des jeux de tennis de table, baby-foot, boules sont aussi à disposition. Un snack-bar sur place et un restaurant juste à côté complètent l’offre touristique. Bref, à Eyrium, on trouve tout ce qu’il faut pour passer une belle journée d’été en famille ou entre amis.

La base aquatique Eyrium a été réalisée en 1993 au Cheylard, en rive gauche du plan d’eau des Collanges, à 800 m en amont du barrage. Sa conception s’inscrivait dans la stratégie de développement touristique de l’arrière-pays ardéchois. Objectif : Mise en valeur du patrimoine naturel, respect de l’environnement, à travers des activités douces comme la pêche, la randonnée et le cyclisme. Labellisé « pôle d’excellence rurale » en 2010, Eyrium accueille chaque été environ 25 000 visiteurs.

Que vous veniez à pied, en voiture ou à vélo, vous tomberez sous le charme de cette piscine qui a « quelque chose en plus ».

Le centre aquatique fonctionne du 15 juin au 31 août, tous les jours de 11h à 20h.

Tarif : 7.80€ pour les adultes, 5.70€ pour les enfants de plus de 6 ans. Tarif réduit à partir de 17h.

Article publié dans le JTT du jeudi 30 juillet 2026.

dimanche 5 juillet 2026

Laurence Allart fait revivre les destins de femmes oubliées

Laurence est céramiste et sculptrice. Dans son atelier de Beaumont-les-Valence, elle peaufine actuellement des statuettes de femmes au destin dramatique pour sa prochaine exposition. Femmes réelles ou fictionnelles, héroïnes historiques ou mythologiques, c’est d’abord leur histoire qui passionne Laurence. Elle réunit alors une importante documentation avant de se lancer dans le modelage, en laissant libre cours à son empathie pour elles.

Hélène de Tournon, Madame Butterfly, Padmé, Judith … reprennent ainsi vie sous ses mains, juste avant que leur destin bascule. Hélène meurt d’amour pour son Philibert, Madame Butterfly de désillusion après avoir été abandonnée par son séducteur, Padmé Amidala, amoureuse de Luke Skywalker ne survit pas au passage du côté des forces obscures. Quant à Judith, elle se sacrifie pour sauver sa ville en entrant dans la tente du général assyrien Holopherne, qu’elle finit par décapiter !

Laurence, passionnée de culture japonaise, pratique ainsi avec le destin de ses femmes une forme de kintsugi, cette technique japonaise qui répare les céramiques brisées en couvrant leurs fissures avec de la poudre d'or. Et ainsi les magnifie. Le Japon occupe une place centrale dans son imaginaire, en témoigne sa participation actuelle à la superbe exposition « Inspirations Japon » à l’’Artsolite. 

Infirmière de formation, après avoir travaillé dans diverses structures, épuisée, Laurence a éprouvé elle-même le besoin de changer totalement de vie. Depuis son enfance, elle dessinait, modelait, et tout naturellement c’est à travers la poterie, puis la sculpture qu’elle a trouvé un nouveau souffle. Des cours de poterie et modelage à la MJC de Beaumont-les -Valence en 2010, jusqu’à sa participation au Carré des créateurs de Tournon, puis à Sculptur’Art à Tain, et Chemin des artistes en Drôme, elle a affirmé son talent. Et c’est elle qui maintenant donne des cours de modelage à Beaumont-les-Valence.


Membre du collectif Zinzolin de Valence, elle est sollicitée partout pour exposer : en juin au musée de l’Estampe de Bourgoin-Jallieu, puis au Palais delphinal de Saint-Donat, en décembre à la salle des Clercs, et toute l’année à l’’Artsolite, où ses petits formats en céramique et bronze (réalisés par la fonderie Adobati) rencontrent un beau succès.

Article publié dans Regard Magazine de juillet-août 2026.

lundi 29 juin 2026

Graff en Vallée, un festival qui colore les murs

Chacun connaît Saint-Nazaire-en-Royans, son aqueduc et son bateau à roue sur l’Isère. On y passe souvent sans s’arrêter, sur la route du Vercors, alors que le centre ancien du village mérite le détour. Plus encore depuis qu’une association de graffeurs, Graff en Vallée, y organise chaque année au début de l’été une semaine de création de fresques murales. Cette année, les artistes réaliseront leurs œuvres sur place du 10 au 20 juillet.

Qu’ils travaillent au pinceau, à la bombe, à la brosse, au rouleau ou même au pulvérisateur, qu’ils utilisent la peinture à l’huile, le pastel, le collage, la vingtaine de graffeurs invités interrogent tous notre monde, à travers des sujets naturalistes, mythologiques ou carrément psychédéliques. Ce sont des professionnels qui viennent de Valence, Grenoble, Lyon ou Paris, du Mexique ou du Brésil.  Invités par Raffu, artiste local, pour le festival Graff en Vallée, ils apprécient cette semaine de rencontres et de création, où ils sont accueillis et logés au pays.

Leurs graffs, qui nécessitent des heures ou des jours de travail, suivant la dimension, vont recouvrir les murs oubliés de Saint-Nazaire et le parc du Château Laurent, leur donnant un nouvel éclat ludique. Ne manquez pas de vous arrêter pour les découvrir, et mieux encore de faire cet été la visite guidée Street art, organisée depuis l’office de tourisme (au départ du bateau). Une belle promotion des arts graphiques en milieu rural.

  • Les festivités commencent à Saint-Nazaire-en-Royans (26190) le 28 juin avec un atelier, repas et tombola Street art.
  • La semaine Graff en Vallée se déroule du 10 au 20 juillet.
  • Une création à l’’Artsolite à St Jean en Royans est prévue du 20 au 26 juillet.
  • Et toute l’année, on peut profiter des œuvres réalisées en se baladant dans le village.
  • Réservation :  06 14 42 99 15 
Article publié dans le JTT le jeudi 25 juin 2026.

jeudi 25 juin 2026

Les écoliers tainois reçus à Grignan

Lundi matin, une joyeuse troupe de CE2 de l'école Jean Moulin , accompagnés par leur institutrice Véronique Pic et l’historien Michel Cotte, a pris le bus pour Grignan. La sortie était offerte par l’association VMF (Vieilles Maisons de France), une association privée de sauvegarde du patrimoine, qui organise chaque année depuis 2016 pour les scolaires un concours intitulé « Le Patrimoine, toute une histoire ».

Cette année, le thème choisi étant « patrimoine industriel » l’institutrice V. Pic a immédiatement rebondi : à Tain, on fêtait le bicentenaire de la passerelle Seguin ! Pendant toute l’année scolaire, elle a multiplié les recherches historiques avec ses élèves, sollicitant M. Cotte, la bibliothèque, l’office du tourisme… Les enfants ont ainsi parcouru l’histoire de Tain, en explorant la géographie, la technologie, les arts plastiques (une exposition de leurs maquettes de la passerelle a même été réalisée). Avant de créer une affiche et un flyer pour répondre au concours.


Quand il a été question de mettre un emblème sur leur passerelle, les élèves ont proposé Madame de Sévigné, qui fait aussi partie de l’histoire de Tain, par son naufrage. Sans le sauvetage par les mariniers locaux, on ne la connaîtrait guère ! Mais ce qui a plus frappé les enfants dans cette épopée, c’est que la marquise n’a pas pu remercier elle-même le notable qui l’avait hébergée, car à l’époque une femme ne pouvait pas écrire à un homme qui n’était pas de sa famille. Ils ont décidé, sous la direction de Véronique, d’écrire des lettres à sa place… Et ce qui n’était qu’un exercice de français est devenu une expo présentée au château de Grignan ce printemps.

Double reconnaissance donc pour la classe de CE2, qui a aussi obtenu le 1er prix départemental de VMF ainsi que le 2e prix régional avec son projet. C’est donc à Grignan, invités par VMF, que les élèves ont reçu leur diplôme, ainsi qu’un abonnement à une revue artistique et du matériel pédagogique, après avoir profité d’une exceptionnelle visite du château. Une belle aventure, avec des rebondissements riches en apprentissages, pour laquelle il faut rendre hommage à Véronique Pic, la cheville ouvrière du projet, elle-même passionnée de patrimoine.

Article publié dans le JTT  du jeudi 25 juin  2026.