lundi 23 février 2026

Musique et gastronomie à la Maison Chapoutier en l'honneur de Brillat-Savarin

Vendredi soir, un public mélomane et épicurien s’est régalé d’une soirée atypique autour du personnage de Brillat-Savarin. Michel Chapoutier, grand admirateur du célèbre gastronome, a assuré l’accueil avec sa faconde habituelle. Il revenait d’une réunion avec Emmanuel Marcon, où il avait glissé au président « Les canons de vin ont réglé plus de conflits que les canons militaires » !

La soirée a commencé par un moment théâtral. Annick Bourgoin, après avoir compilé de nombreux ouvrages sur Brillat-Savarin, a écrit, mis en scène, raconté et chanté la vie romanesque de cet homme inclassable, appuyée par le violoncelle de Marc Lauras.

Né dans une famille bourgeoise de l’Ain, initié à la musique par son père et à la cuisine par sa mère, Jean-Anthelme Brillat-Savarin (1755-1826) était doué pour tout.  Violoniste et compositeur, magistrat et député pendant la Révolution, destitué et poursuivi pendant la Terreur, il s’est exilé aux USA où il a exercé comme premier violon au théâtre de New York. Blanchi en 1796 il est revenu en France pour occuper des postes de haut niveau dans la magistrature. Et se consacrer à sa passion, la cuisine, fréquentant tous les restaurants, collectant les recettes, et rédigeant « La Physiologie du goût », le fondement de la gastronomie, publié en 1826.

Le concert de musique française du XVIIIe siècle donné par le quatuor Les Plaisirs du Parnasse, formé de David Plantier au violon, Annabelle Luis au violoncelle, Caroline Huyn Van Xuan au clavecin et Ludovic Coutineau à la contrebasse, a enchanté les amateurs avec des œuvres peu connues de compositeurs contemporains de Brillat-Savarin. L’élégance française alliée à la fougue italienne, dans un récital emblématique de l’esprit des Lumières.  

La soirée s’est achevée dans la gourmandise : Michel Chapoutier a offert au public, en hommage à Brillat-Savarin décédé lors de la Chandeleur 1826, des crêpes Suzette et une pétillante cuvée de Clairette maison. Et rappelé la devise de son mentor : « dans la vie rien n’est plus important que la table, la musique et l’amour ». Un beau moment de partage organisé en collaboration avec Vochora.

Article publié dans le JTT du jeudi 19 février 2026.

jeudi 19 février 2026

La Prophétie du crapaud

Christophe Mercier, le conteur itinérant à la Kamicyclette, est bien connu à Tain et Tournon, et plus loin encore, puisqu’il parcourt inlassablement les bords du Rhône, de Seyssel à la Camargue, pour présenter ses spectacles. Sa thèmatique, c’est la connaissance de la faune et la flore, et la préservation de l’environnement. Sous forme de saynètes et de kamishibaï, il raconte la vie des animaux, l'écosystème du fleuve, la migration des oiseaux… dans les écoles, les fêtes de la nature et autres manifestations populaires.

En plus de ses spectacles, Christophe publie régulièrement des albums pour enfants, délicatement illustrés par des artistes qui partagent son univers, comme Maroussia Ode-Peyraud. Ainsi « Un crocodile dans le Rhône » ou « Panique dans la roselière » … C’est précisément des roselières et plus généralement des zones humides qu’il est question dans son nouveau récit « La prophétie du Crapaud ». Des zones humides nombreuses par ici : les Goules, les lônes en général, les étangs des Pierrelles, du Bouchet…  Leur rôle dans la régulation du climat est important et mal connu. Or pour les préserver, il faut connaître leur intérêt pour l’écosystème : dépollution par les plantes, puits de carbone, stockage d’eau, absorption des crues… 

Crapaud, tortue, couleuvre et dragon vont allier leurs astuces pour sauver la roselière. Une histoire magique que vous pourrez savourer lorsque le livre paraîtra en avril. Mais d’ici là, une campagne de financement solidaire est mise en place pour soutenir sa fabrication. Empêcher l’assèchement des zones humides, les entretenir régulièrement, les respecter, c’est s’impliquer pour l’environnement, et c’est le message de Christophe aux enfants, les futurs décideurs de la planète.

Chacun peut contribuer modestement à cette campagne (à partir de 1€) sur le site : https://fr.ulule.com/la-prophetie-du-crapaud---le-livre/

Article publié dans le JTT du jeudi 19 février 2026.

jeudi 12 février 2026

Amazônia, une explosion de vie et de couleurs

Dalva Duarte est une artiste peintre renommée internationalement, (le château de Tournon a eu le plaisir de présenter ses oeuvres en 2013). A Montélimar, au Musée d'art contemporain, l’exposition de ses toiles sur la forêt amazonienne a obtenu un tel succès qu’elle est prolongée jusqu’au 22 février 2026. Courez-y !

Dalva Duarte est née au Brésil, elle y revient régulièrement, et ne peut que constater combien la déforestation systématique de l’Amazonie impacte les hommes, les fleuves, et tous les êtres vivants. Lors d’un voyage effectué avec son père, quand elle avait 20 ans, à la recherche d’ancêtres Tupinambà, elle avait été frappée par la beauté et la puissance de cet océan vert qui nourrit la planète. Devenue un défenseur, un témoin, du fléau de l’exploitation sans limites, elle a décidé de se battre avec ses armes, les pinceaux.

L’exposition Amazônia présente ainsi une succession de grandes toiles mi abstraites mi figuratives réalisées dans des tonalités éclatantes, vertes (la canopée), rouges (le feu) ou bleues (l’eau). En suivant le grand serpent Boiùna, l’âme du fleuve, on découvre aussi les autochtones et leurs parures, qui vivent dans une extrême précarité, mais possèdent une infinie sagesse, celle de la terre, des forêts et des esprits.

Dalva Darte s’est installée en 2005 dans le village de Saint-Priest, à côté de Privas. Entouré des forêts ardéchoises, autre source d’inspiration, son moulinage rénové est devenu un centre culturel d’art. Pour elle peindre est une manière de participer au monde, et son engagement comme sa créativité se nourrissent de rencontres, d’émotions, de partage. Une grande dame de la peinture contemporaine et une belle âme.

Article publié dans le JTT du jeudi 12 février 2026.

jeudi 5 février 2026

Picturophonie, les peintures comme vous ne les avez jamais entendues

C’est à un spectacle totalement original que la Caval’Arte, lieu culturel privé (et prisé) à Tain, a invité les spectateurs dimanche. Comme le disait André Breton, « on peut faire avec de la peinture autre chose que de la peinture ! ». C’est ainsi que Lise Bouvier, talentueuse chanteuse de jazz, a laissé libre cours à son imagination devant des tableaux célèbres. Elle a écrit des chansons sur chaque sujet, mises ensuite en musique avec son complice Rémi Bioulès.

Le résultat est bluffant : tandis qu’une vingtaine de chefs d’œuvre de l’art défilent sur écran, Lise interprète ses chansons, appuyées par la musique de Rémi au piano ou au saxophone. De la Joconde à Guernica, de Botticelli à Matisse, de Courbet à Dali, les textes chantés racontent la vie ou l’imaginaire de leur auteur, en français, mais aussi en italien, en anglais, en arabe… ou en onomatopées. L’occasion de découvrir l’immense talent vocal de la chanteuse.

Le public a été intrigué et ravi par cette promenade sonore à travers les grands maîtres de la peinture. La Caval’Arte offre ainsi environ une fois par mois des concerts originaux, ainsi que des expositions et des dégustations, dans son caveau ou son jardin de la Marronnière à Tain. Pour connaître le programme, il suffit de s’inscrire sur le site : lacavalarte@gmail.com.

Article publié sur le JTT du jeudi 5 février 2026

On a fêté la Chandeleur à Tain

Dimanche 1er février, à la sortie de la messe dominicale, on pouvait se régaler sur le parvis de l’église de Tain. L’association Foi d’entrepreneurs avait organisé au profit de la paroisse une vente de crêpes sur place ou à emporter. Le succès a été tel qu’en quelques minutes tout était parti ! Une deuxième vente aura lieu dimanche prochain 8 février. L’association Foi d’entrepreneurs a proposé en outre un apéritif original : du champagne chocolaté.

Depuis son arrivée, le père Damien de Villepoix multiplie les innovations. Une page Facebook, un site, une application Oclocher et l’organisation de week-ends, pèlerinages, veillées, lectures, partagés … Un beau signe de vitalité pour la paroisse Saint-Vincent de l’Hermitage, qui regroupe les 12 communes du canton.

Article publié dans le JTT du jeudi 5 février 2026.

mardi 3 février 2026

Martic, un sculpteur atypique, empirique et sympathique

 Atypique, c’est ainsi qu’on pourrait qualifier le parcours de Eric Martin, né dans une famille de bricoleurs hors normes à Pont-de-l’Isère en 1970. Enfant, il passe ses loisirs dans l’atelier de son père, employé chez Rhône-Poulenc, à dessiner et créer ses propres jouets, pistolet ou guitare, avec des chutes de matériaux divers, à apprivoiser les machines, perceuse, scie, meuleuse… L’école ne le passionne pas, mais il obéit aux exigences paternelles en poursuivant ses études jusqu’au BTS d’action commerciale. Avant de partir à Londres en 1995, en stop, sans autre bagage que son énergie et son besoin de liberté.

Là-bas, il multiplie les petits jobs, puis s’engage dans un restaurant comme garçon de café. Eric a la bosse du commerce et gravit tous les échelons jusqu’à responsable de bar, enfin manager ! Tout cela dans l’ambiance déjantée de Carnaby street, où les normes sociales explosent sous la pression punk (Son logeur propose ouvertement « le shit et le couvert »). Il ira même jusqu’à Belgrade alors en guerre pour y retrouver une jeune fille serbe rencontrée à Londres. Une école de la vie, de la tolérance, une remise en cause des croyances, bien loin de la tranquillité drômoise, qui forgent son ouverture d’esprit, son empathie, sa curiosité.

Retour en France, il est employé par la fabrique de brioches Pasquier, ses compétences le font passer rapidement de chauffeur-livreur entre Aubagne et Marseille à chef des ventes puis responsable de l’établissement de la firme en Espagne. C’est alors que survient le drame, en 1999, un grave accident de voiture à Bollène, avec bras, jambe, vertèbres cassées, qui l’oblige à 6 mois d’hospitalisation. A sa sortie, pour s’occuper pendant sa rééducation, il pousse la porte de l’ancienne forge de son grand-père, essaye de la faire fonctionner. C’est une révélation, il y retourne chaque jour pendant les 6 mois suivants, apprend à forger, tordre, assembler toutes sortes de bouts de métal. Et prend la décision de suivre une formation AFPA de métallier-serrurier suivie d’une autre de ferronnier d’art.

En 2003, il crée sa propre entreprise de ferronnerie à la Roche de Glun, fabrique pergolas, portails, montées d’escalier, mobilier métallique. Sa passion et son imagination sont vite appréciées dans la région.  Chaque année, il présente un stand à la Foire du Dauphiné, et pour attirer le chaland, y expose une œuvre spéciale, personnelle, une sculpture en inox, un corps en mouvement, qui plaît beaucoup aux visiteurs. Jusqu’au jour en 2013 où l’aventure artistique l’emporte. Il décide d’être sculpteur sur métal à plein temps, sous le nom de Martic. Un grand saut dans le vide encouragé par son épouse.

Le succès est au rendez-vous, des galeries exposent les œuvres de Martic à Londres, Luxembourg, en Suisse, en Allemagne, ainsi qu’en France. Sa technique est empirique : d’abord un croquis, puis une structure modelée en argile, et pour la couverture, il part de petits rectangles d’inox qu’il galbe et assemble un à un. Un travail minutieux, de longue haleine, mais qui permet de corriger le geste à tout moment.  Quand l’ensemble est recouvert d’inox, Eric le scinde en deux parties, pour extraire et nettoyer la terre, avant refermer, de souder, puis de polir jusqu’à obtenir une sculpture rutilante et unique !

Le cheval cabré exposé dans la concession Ferrari de Genève va rejoindre la galerie Porsche de Montélimar. D’autres sculptures de Martic, sont exposées actuellement en Provence (domaine Patras) et dans le Tricastin, après avoir orné les entreprises Chapoutier et Pradelle, la galerie Axa de Valence ou le prieuré de Charrière. Une suite de rencontres riches de sens avec le public, conquis par la beauté mystérieuse des œuvres, qui permet à l’esprit de s’échapper dans le rêve.

Pour suivre l’actualité de Martic, consultez le site : www.martic-art.com 

Article publié dans Regard Magazine de janvier 2026.   

jeudi 29 janvier 2026

Oser penser par soi-même, une formidable leçon de philo

A l’invitation de l’Université Populaire, mardi soir à la salle Trenet, une cinquantaine de personnes a assisté à la conférence de Gérard Bouchet intitulée « Oser penser par soi-même ». Un régal de l’esprit, tant le conférencier a su partager ses réflexions avec maestria et simplicité. Il faut dire que Gérard Bouchet, docteur en philosophie, auteur et professeur émérite, domine son sujet. Il est aussi le fondateur de l’observatoire de la laïcité en Drôme-Ardèche. La leçon a débuté par ces mots : « Le but de l’enseignement est que l’élève construise sa pensée pour un jour se passer de maîtres ».

Oser penser par soi-même est un art difficile, qui se construit par la connaissance et la raison. Des conditions sont nécessaires : D’abord se détacher des assignations obligatoires, des idées reçues, dues à l’éducation, la mode, le groupe…  S’interroger aussi sur la nature des informations reçues avant de se forger une conviction. Enfin distinguer ce que l’on croit de ce que l’on voit. Un sacré programme !

Plusieurs obstacles se dressent sur le chemin : Le premier et le plus important, c’est notre paresse, notre faiblesse originelle, qui trouve facile et confortable de se laisser guider. L’éducation reçue à l’école comme en famille transmet un modèle de comportement auquel il faut savoir désobéir. Or le besoin d’appartenance à un groupe affaiblit la pensée autonome. Et la soumission à une autorité est bien pratique pour s’exonérer de la responsabilité de ses actes. « Il n’y a pas une idée qui vaille qu’on tue un homme ». 

Comment sortir de la dépendance ? Pour répondre à cette question, Gérard Bouchet a convoqué les grands philosophes, en multipliant citations et anecdotes. Un festival d’intelligence qui donne envie de lire Socrate, Kant, Montaigne, Descartes, Spinoza, Bachelard… qui tous prônent le doute, le questionnement et l’imagination.

A l’heure où news et fake news s’entremêlent dangereusement, il est nécessaire de faire preuve d’esprit critique. Cette conférence très appréciée a stimulé la prise de conscience du public. Et justifie une leçon de philo au JTT !

Article publié dans le JTT  du jeudi 29 janvier 2026.