mercredi 28 octobre 2026

La Saint-Crépin à Romans

Chaque année le 25 octobre, la ville de Romans fête Saint Crépin, le Saint patron des cordonniers et des tanneurs. La légende rapporte que, au IIIe siècle, Crépin et son frère Crépinien étaient deux frères cordonniers de Soissons, qui furent martyrisés par l’empereur romain Maximien pour leur foi chrétienne. A Romans, la Confrérie de saint Crépin et saint Crépinien, toujours très active, célèbre encore chaque année cette fête chrétienne devenue tradition.

A cette occasion, dimanche, le Musée international de la chaussure a ouvert ses portes gratuitement : visite libre des collections, démonstrations de fabrication de chaussures… Mais le clou de la visite était l’exposition dédiée aux créations de Sylvain Vessière, designer lyonnais passionné par la chaussure à talon haut, qui crée des chaussures-œuvres d’art en revisitant les architectures emblématiques de notre époque. 

Comme un architecte, Sylvain Vessière étudie les contraintes des matériaux, résistance, hauteur, pérennité, pour ses talons aiguille.  Les matériaux qu’il utilise vont des plus classiques aux plus inattendus : cuir, dentelle, tissu, bijoux, ou objets insolites. Ainsi le modèle Massalia, un hommage au Mucem et ses « résilles architecturales ». La Beijing, inspirée du « Nid », le stade de Pékin, la Velay en hommage à la lentille, la dentelle et la verveine du Puy… La chaussure Epsilon, parée de rouages, née d’une collaboration entre l’artiste et l’horlogère lyonnaise Sophie Jankowski, la JPG en tricot marin, clin d’œil à Jean-Paul Gautier.

Le public a été bluffé par ces modèles extravagants si réussis. Entre architecture et chaussure, il n’y a qu’un pas, et Sylvain Vessière l’a franchi, en espérant inspirer une nouvelle génération de chausseurs qui prendront le relais des grands créateurs, tels Charles Jourdan ou Stéphane Kélian. Une idée à suivre.

Article publié dans le JTT du jeudi 29 octobre 2026.

samedi 24 octobre 2026

Une exception et une excellence françaises : La Teppe

Cette année La Teppe fête ses 170 ans, un long parcours de soin, né avec l’accueil des premiers malades atteints d’épilepsie en 1856. De l’administration du « Grand remède » par les sœurs de la Charité, en passant par la création d’un établissement médical laïc en 1974, puis de l’Institut La Teppe en 2021, c’est avec l’obtention en 2026 du statut de « Fondation d’utilité publique » que la Teppe voit ses mérites reconnus.

La Fondation La Teppe est une exception dans le domaine de l’épilepsie, à l’opposé des établissements médicaux qui se contentent de soigner et guérir, puis laissent partir leurs patients. Ici, on les accueille, on les soigne et on les garde, une différence qui attire des malades venus de toute la France.  Car la structure n’est pas simplement médicale : Au fil des années, les annexes médico-sociales créées ont permis aux malades épileptiques de mener une vie normale, en travaillant et vivant sur place. Avec les différents services d‘hébergement et les ateliers de travail protégé, aujourd’hui ce sont 10 établissements distincts qui occupent le domaine de la Teppe.

Les habitants de la région bénéficient eux aussi des nouvelles structures : en 1955 création d’une unité psychiatrique, la Cerisaie, réservée aux femmes, puis en 1989 un premier EHPAD, suivi d’un deuxième en 2009, qui accueillent tout public. Autre innovation en 2018 : l’ouverture d’une unité de recherche clinique dédiée à l’épilepsie, qui permet à La Teppe d’être une référence mondiale en la matière.

La Teppe, qui garde « l’humain en tête » permet donc à chacun de vivre bien avec son handicap. 550 professionnels y travaillent, pour 530 lits et places d’accueil. Un vrai village où les résidents sont heureux, et les professionnels sont à l’aise. Le recrutement est attractif, permettant aux équipes de bien fonctionner dans une ambiance familiale et sereine.

L’ouverture vers l’extérieur reste une priorité. Depuis 2019 la Teppe est reliée à Tain par un système de navettes, mettant fin à des décennies d’ostracisme. La Teppe est devenue un quartier de Tain, son magnifique parc est traversé régulièrement par les joggers et cyclistes. De nombreux bricoleurs fréquentent sa « matériauthèque », où l’on peut déposer et retirer des restes de chantier. Dans le parc et au théâtre, les manifestations en partenariat avec la ville, la région et Arche Agglo se multiplient : courses solidaires, spectacles, cirque, ateliers d’initiation avec les scolaires… L’appartenance à la communauté tainoise s’est même concrétisée samedi par une messe, célébrée par le père Damien, curé de Tain.

Après 170 ans de services aux malades, la Fondation La Teppe est maintenant tournée vers l’avenir et de nombreux projets sont à l’étude pour valoriser encore son innovation dans le domaine médical et son ouverture sur le monde. Longue vie à La Teppe !

Article publié dans le JTT du jeudi 29 octobre 2026.

samedi 17 octobre 2026

La vallée de la Wachau, jumelle danubienne de la vallée du Rhône

Au cœur de l’Autriche, traversée par le Danube, il existe un endroit qui ressemble à s’y méprendre à la vallée du Rhône entre Vienne et Valence : la vallée de la Wachau.

Située à environ 80 km à l'ouest de Vienne, entre les villes de Krems et Melk, la vallée, longue d'environ 30 km, déroule ses méandres dans un paysage de collines, de vignobles en terrasses et de vergers d’abricotiers, dominés par des restes de châteaux forts. Une route sur les deux rives du fleuve permet de découvrir la région. Mais cette partie touristique du Danube est aussi connue pour sa piste cyclable très populaire qui longe le fleuve. Ainsi que par des sentiers de randonnées aménagés qui permettent de découvrir les vignobles.

La Wachau est un pays riche de son terroir : Les vignes produisent les grands crus de riesling et de grüner veltliner. Quant aux déclinaisons autour de l'abricot, elles sont infinies : liqueurs, confitures, compotes, gâteaux, strudels et même knödels et quenelles. Toutes ces gourmandises peuvent se déguster dans les tavernes locales, les Heuriger à la convivialité légendaire.

Parmi les châteaux qui surveillent le Danube, celui de Dürnstein est célèbre car le roi d'Angleterre Richard Cœur de Lion, de retour de croisade, y fut maintenu prisonnier par Léopold V, duc d'Autriche. Ce qui donne l’occasion de rappeler que le Danube, qui prend sa source en Allemagne et se jette dans la mer Noire après plus de 3000 km, était et reste encore une voie de communication majeure entre l’Europe de l’Est et celle de l’Ouest. Dürnstein est par ailleurs une petite ville médiévale très prisée par les navires de croisière qui sillonnent le fleuve.

Après avoir évoqué tous ces points communs entre la vallée du Rhône et celle du Danube, il en reste encore un et non des moindres : Le Danube marque la frontière entre deux régions historiques rivales de la Basse-Autriche !

Vins d’exception, environnement historique, la Wachau, haut lieu touristique d'Autriche, a été classée à l'UNESCO en 2000 pour son patrimoine architectural et agricole. Un objectif à viser à notre tour !

Article publié dans le JTT du jeudi 29 octobre 2026.

lundi 12 octobre 2026

Chemin des Artistes en Drôme des Collines

Le « Chemin des Artistes » en automne est une manifestation symétrique de l’opération « De ferme en ferme » au printemps. Les 10 et 11 octobre, cette invitation à partir à la découverte des villages de la Drôme et de leurs artistes, en créant son propre parcours, a été un succès.

Cette année, 39 communes ont participé et près de 455 artistes ont été sélectionnés par Valence-Romans-Agglo qui assure la répartition, la communication et le fléchage des itinéraires. Chaque municipalité a ensuite pris le relais pour accueillir les artistes dans la salle des fêtes locale. Cet événement a mis en lumière une grande diversité de disciplines : peinture, sculpture, dessin, photographie, céramique, vitrail et bien d’autres techniques.

Suivant son choix, on pouvait retrouver des artistes professionnels bien connus dans la région : Michèle Costa (à Clérieux), Michelle Latune (Alixan), Nicolas Rochegude (Chatuzange le Goubet), Zélie Rouby (Jaillans), Anny Blaise (Etoile sur Rhône) … Quant aux artistes amateurs, qui ont un public local assuré, ils renouvellent leur participation régulièrement.

Focus sur une artiste dont c’était la première collaboration à Chemin de Artistes : Nafy Pubill, venue d’Andorre. Pas vraiment étrangère, puisque son compagnon est Drômois. A Crépol, elle présentait une sélection de tableaux variés, paysages, personnages, sujets religieux, à l’image de son propre parcours. En effet, après une enfance bousculée entre Andorre et Asturies, puis des études de stylisme et de mode, elle a travaillé dans une entreprise textile espagnole en Egypte, avant de regagner les montagnes d’Andorre, où elle a exercé comme conservatrice du musée de la Miniature et de l’art religieux d’Ordino. Un mélange de cultures, une confrontation aux grands maîtres de l’art qui ont donc influencé son travail de peintre. Et pour remercier les organisateurs de l’avoir accueillie, elle a réalisé sur place une toile représentant la chapelle Saint-Roch de Crépol.

Pour compléter, signalons « Chemin des artistes en herbe » : un dispositif d'éducation artistique et culturelle mêlant sensibilisation à l'art et à l’environnement. C’est une déclinaison printanière de la manifestation Chemin des Artistes, où en 2025, 4 artistes plasticiens et 3 animateurs nature sont intervenus auprès des enfants dans 9 centres de loisirs drômois. 

Article publié dans le JTT du jeudi 15 octobre 2026.

mercredi 7 octobre 2026

Madame de Sévigné au Palais Idéal

Essayer de trouver un lien entre le Facteur Cheval et Madame de Sévigné est difficile … sauf que l’une écrivait des lettres et l’autre les distribuait, mais pas à la même époque. C’est ainsi que la nouvelle exposition du Palais idéal s’intitule : 140 ans et 1 jour, le temps qui sépare le décès de la marquise (18 avril 1696) et la naissance du facteur (19 avril 1836).

C’est la rencontre entre Frédéric Legros, directeur du Palais idéal et Juliana Dorso, artiste dont le travail intègre peinture, dessin et narration graphique, qui a permis d’imaginer un hommage à Madame de Sévigné, en cette année où l’on fête le quadricentenaire de sa naissance. Rencontre réelle, suivie d’une rencontre fantasmée entre les deux célébrités drômoises.

Juliana Dorso a étudié l’ensemble de la correspondance de la marquise, approfondi une documentation considérable, et parcouru, avec son van coloré, les lieux qui ont marqué son existence, afin de restituer la richesse d’une pensée, d’une écriture et d’un univers qui comptent parmi les plus remarquables du XVIIe siècle. Le résultat est un cycle chronologique d’une quinzaine de peintures, où elle fait dialoguer le Grand Siècle et l’univers singulier du Facteur Cheval : paysages de Grignan, figures historiques et chemins de la Drôme, objets du quotidien. Tout cela mêlés aux mots de la marquise, dans un éblouissement de couleurs.

Les recherches de Juliana révèlent d’autres correspondances entre ces deux créateurs de génie :  Ainsi le fait que tous deux, orphelins très jeunes, ont pu bénéficier d’une éducation supérieure à celle de leur milieu, grâce à leur famille, ce qui leur a permis de s’exprimer artistiquement par la suite, par l’art des mots ou celui des pierres.

Le parcours pictural éclatant et étonnant est parfaitement mis en valeur sur le papier gris représentant le Palais idéal. Cette débauche de couleurs, d’humour et d’érudition est à découvrir à Hauterives jusqu’au 18 avril 2027.

Article publié dans le JTT du jeudi 8 octobre 2026.

mercredi 30 septembre 2026

Festival de l'écrit à l'écran à Montélimar

De nombreux livres sont mis en scène et interprétés au cinéma, et l’originalité de ce festival est de célébrer cette rencontre entre le mot et l’image. Après quinze années d’existence, le concept est bien rôdé : pendant une semaine en septembre, Montélimar s’enflamme au rythme des avant-premières, séances familiales, compétitions, dédicaces et débats.

Les invités d’honneur de cette 15e édition étaient Daniel Auteuil pour La troisième nuit », l’histoire vraie du sauvetage de 108 enfants juifs grâce à un abbé (sortie nationale en janvier 2027) ; Éric Toledano et Olivier Nakache pour « Juste une illusion », une comédie sur les affres de l’adolescence (déjà en salles) ; Judith Godrèche pour « Mémoire de fille », adapté du roman d’Annie Ernaux (sortie nationale le 30/09). Bien d’autres grands noms du cinéma et de la littérature ont aussi participé à cette édition, ainsi Emmanuel Villin auteur de la BD « Le corset » (sortie nationale le 14/10), Jean-Pierre Jeunet qui a adapté le roman de Valérie Perrin « Changer l’eau des fleurs » (sortie nationale le 09/12), Ariane Ascaride actrice pour « Une femme aujourd’hui » (sortie nationale le 21/10), Emmanuel Finkiel scénariste du roman « Impossible » de Erri de Luca (sur Arte cet automne) …

Ce rendez-vous phare de la vie culturelle de Montélimar attire environ 30 000 personnes, et toute la ville se mobilise pour les accueillir : les salles de cinéma, Templiers, Nef, Palace, les librairies, Baume et Chant libre, la Médiathèque, le théâtre et surtout le Palais des congrès qui accueille en plus le village du festival avec toutes ses animations gratuites et festives.

Rendez-vous l’année prochaine en septembre à Montélimar ! Mais d’ici là, une autre occasion de découvrir des toiles inédites se profile : « Tutti al cinema », le festival du film italien, du 18 au 25 novembre, à Montélimar, Le Teil et Cruas.

Article publié dans le JTT du jeudi 15 octobre 2026.

jeudi 24 septembre 2026

Nadia Ferrouki aux Rencontres de la photo à Chabeuil

Nadia Ferrouki a illuminé Chabeuil avec ses éclatantes Matriarches. L’invitée d’honneur des Rencontres de la photo exposait des clichés mettant en valeur des petites communautés indigènes où les femmes ont un réel pouvoir. Car si depuis le 19e siècle, les femmes ont obtenu des droits dans plusieurs pays, ce n’est pas le cas partout dans un monde en majorité patriarcal. Des petites tribus au Kenya, en Inde, au Pérou, en Chine vivent pourtant en paix dans une société matrilinéaire où les femmes n’ont pas un rôle subalterne.

Nadia Ferrouki préfère ce terme « matrilinéaire » au terme « matriarcat », qui rappelle trop le patriarcat. Or le fonctionnement matriarcal n’est pas copié sur le système patriarcal : dans ces sociétés, il n’y a pas de domination d’un sexe sur l’autre. Les femmes transmettent le nom et l’héritage, assument l’éducation et les rituels, parfois gèrent les biens, mais en totale complémentarité avec les hommes.

Nadia Ferrouki, fille d’un père algérien et d’une mère tchèque, élevée aux USA où elle a fait des études de relations internationales, a promené son appareil photo sur toute la planète, travaillant pour de grands magazines tels que Géo, le Monde, le Figaro, Courrier international… Polyglotte, audacieuse, elle se sert de son tempérament d’exploratrice pour mettre en lumière des minorités singulières où les femmes s’affirment comme actrices essentielles.

Par ailleurs, les Rencontres de Chabeuil exposent chaque année vingt photographes aux thématiques aussi variées qu’originales. C’est un plaisir de découvrir avec eux la diversité du monde en déambulant dans les rues du centre ancien et jusque dans les allées des serres Gaillard.  Une manifestation de haut niveau, parfaitement maîtrisée, qui attire chaque année des milliers d’amateurs et de professionnels.