mardi 23 février 2021

La montagne, ça vous gagne !

Après des décennies à essayer de faire de nos stations de moyenne montagne ce qu’elles ne sont pas, pour attirer la manne financière des skieurs alpins, le réchauffement climatique et le Covid remettent les pendules à l’heure. Inutile de mécaniser à outrance, d’installer de coûteuses installations de pompage des eaux pour alimenter des canons à neige, la superbe nature hivernale est capable d’attirer des milliers d’amateurs de nature en recherche de loisirs simples et peu coûteux. La preuve chaque dimanche. Une journée de soleil, à la montagne, c’est se fondre dans la nature, faire de l’exercice, se détendre, rire. Observer les oiseaux, les arbres, les empreintes d’animaux… Quoi de meilleur pour recharger ses batteries à tout âge ?

Marcher dans la neige à pied ou en raquettes, glisser à ski de fond ou en luge, faire un bonhomme ou une bataille de boules de neige, voilà les plaisirs dont profitent les habitants de notre région. Les amateurs de confort peuvent même essayer le traîneau tiré par des chiens. De Méaudre, Autrans, à Font d’Hurle, le Grand Echaillon, les villages se sont adaptés à la demande en fournissant parkings, locations de matériel, navettes entre les différents sites de loisirs et stands de restauration rapide. Il faut même gérer la circulation automobile, tant les visiteurs sont nombreux à faire la queue pour acheter un badge d’accès aux pistes de fond.

Le seul problème, c’est qu’il n’existe pas de liaisons en bus entre la vallée du Rhône et les montagnes proches. Pour aller de Tain à Villars-de -Lans par les transports en commun, il faut compter 3 heures et demie, un comble, quand on sait que c’est à 80 km ! Reste le covoiturage… Si vous avez des places, faites-en profiter vos amis. Si vous n’avez pas de voiture, demandez ... La montagne, ça se gagne !

Article publié dans le JTT du jeudi 18 février.


jeudi 18 février 2021

Le Romans des cartes

Pas de faute d’orthographe ni de littérature, mais une belle histoire ... Bien avant d’être célèbre pour ses chaussures, Romans l’a été grâce aux cartes à jouer. C’était en effet, avec Lyon, une des rares villes de France à développer leur fabrication.

Dès le Moyen-âge, la passion des cartes était répandue dans toutes les classes de la société. Leur fabrication apparut à Romans à la fin du 15ème siècle, en relation avec la fabrication du papier. Les archives mentionnent que, vers 1477, un certain Claude du Chastel faisait tourner un martinet à papier sur un petit ruisseau, qui prit le nom de Martinette, encore en usage aujourd’hui. La fabrication des cartes était artisanale : dans l’atelier, un maître-cartier travaillait avec un ou deux apprentis.  Trois sortes de papier étaient nécessaires : un papier fort, la main brune, qui était recouvert de chaque côté par du papier fin, papier cartier au verso et papier pot au recto. Plusieurs étapes se succédaient ensuite pour coller, presser, sécher. Puis il fallait imprimer et colorer la figure choisie, avant de découper les cartes au bon format. La gravure sur bois, mise en place à Lyon, où on l’utilisait pour l’impression sur étoffes, a permis de rentabiliser la fabrication.


En 1720, on comptait encore 6 ateliers de cartiers à Romans. En 1740, les Coissieux père et fils, derniers à s’installer, restaient les seuls. Ils possédaient une papeterie et une imprimerie, ce qui permettait de maîtriser tout le circuit. En 1794, Coissieux, fervent républicain, décida de changer les symboles royaux qui décoraient les cartes en figures révolutionnaires. Un grand succès ! Pourtant, en 1815, l’entreprise, étranglée par les taxes, s’est arrêtée. Il faut dire que jusqu’au 16ème siècle, les jeux étaient libres de droits, ce qui constituait un commerce juteux. Mais Henri III commença à les imposer, au tarif de 1 denier par jeu. Henri IV, Louis XIII augmenteront sans cesse cet impôt, jusqu’à atteindre 18 deniers sous Louis XIV, dont le trésor royal était perpétuellement à sec. L’imposition sur les cartes, supprimée à la Révolution, sera rétablie et durera … jusqu‘en 1946.

On peut encore voir quelques cartes anciennes aux Archives de Romans, témoins d’une épopée économique qui fit la renommée de la ville. Mais surtout, quand vous jouez aux cartes, sachez que vous faites vivre le patrimoine !

Article publié dans le JTT du jeudi 11 février.

vendredi 12 février 2021

Avec Maya, la communication décoiffe !

L’agence de communication COLANS à Tain élargi son champ d’action, grâce à l’arrivée de deux nouveaux associés, Aurélie Sigaud Monier et Tom Lans. Ces spécialistes en graphisme, numérique et digital sont résolument orientés vers les nouvelles technologies : Vidéo, shooting photos, publicité par drone, entretien de sites internet, communication interne en entreprise…

Corine Lans reste l’âme de l’entreprise, qu’elle a développée à Tain depuis 2007. D’abord organe commercial de l’imprimerie IDC située à Andancette, elle s’est orientée vers la communication en général, un monde en perpétuelle mutation. Les classiques faire-part et cartes de visite ont cédé la place aux flyers, brochures, affiches, plaquettes publicitaires, éditions de livres et réalisations de signalétique pour les entreprises, mairies et associations locales (affiche du Salon des vins, plaquette du ski club, présentations virtuelles de vignerons ou pâtissiers…).

Corine Lans a toujours joué collectif. C’est elle qui a créé l’Espace Nadi, seul lieu de coworking* sur Tain l’Hermitage, où se réunit le club d’entreprises ARCADE*. Ses deux nouveaux associés, issus du service communication de Valrhona, sont enthousiastes : Ils souhaitaient créer leur propre agence de com, et grâce à Corine, c’est fait. Elle offre le réseau commercial et son expérience de chef d’entreprise, Tom et Aurélie apportent leurs compétences en stratégie de communication, événementiel, design… Trois personnalités aux connaissances complémentaires qui accompagnent tous les projets d’information, de diffusion, de publicité, avec le sourire !

Si les Mayas, une des plus anciennes civilisations d’Amérique centrale, ont communiqué leur histoire au-delà des siècles, grâce à leurs pyramides de pierre, Maya Communication se développe dans les médias virtuels, devenus incontournables à l’heure du télétravail et de la mondialisation. Quant à Maya l’abeille, elle pourrait se sentir chez elle dans cette ruche bourdonnante de vitalité !

·         * Coworking : travail partagé

·        * ARCADE : association regroupant 120 entreprises de l’agglomération Arche Agglo

·        *  Maya Communication, tél : 04 75 09 19 89, 34 rue Jules Nadi à Tain l’Hermitage.

 contact@maya-communication.fr

Article publié dans le JTT du jeudi 11 février.

jeudi 4 février 2021

Le fabuleux destin des Granvelle, princes de l’Europe

Chacun à Besançon connaît le Palais Granvelle, actuel musée du Temps, et la promenade Granvelle, lieu de détente, mais l'incroyable destinée des Granvelle, père et fils, est particulièrement méconnue. Pourquoi ? Parce qu’à l’époque, la Franche-Comté étant possession espagnole, les ambitieux Perrenot de Granvelle ont servi l’empereur Charles Quint. Ils n’apparaissent donc pas dans l’histoire de France, alors qu’ils occupèrent des postes prestigieux à travers toute l’Europe de la Renaissance. Ils amassèrent ainsi une fortune considérable, qui leur a permis d’édifier le Palais Granvelle pour Nicolas, l’hôtel de Montmartin (ancien hôpital Saint-Jacques) pour Antoine. Collectionneurs, mécènes, protecteurs des éditeurs, ils s’adonnèrent avec passion à leur goût pour l’art. Maîtrisant admirablement leur image par la multiplicité de portraits, médailles, estampes, ils ont assis leur pouvoir, affiché leur illustre statut, faisant oublier leur origine modeste. Leur famille a gravi en quelques générations tous les échelons sociaux. Paysans du village d’Ouhans près des sources de la Loue, puis embourgeoisés à Ornans, les Perrenot se sont imposés dans la diplomatie internationale en tissant un réseau habile de relations jusqu’au pouvoir suprême.

Nicolas Perrenot de Granvelle, fils de notaire, est né en 1484 à Ornans. Après de solides études à l’Université de Dole, il devint conseiller au parlement de la ville, instance qui gouvernait alors la Franche-Comté espagnole. Rapidement remarqué pour ses qualités diplomatiques, ses appuis (il épousa en 1513 Nicole Bonvalot, héritière d’une grande famille bisontine) il entra au conseil privé de Charles Quint, comte de Bourgogne, et donc suzerain de la ville impériale de Besançon, en 1524, puis devint son Garde des Sceaux et homme de confiance. Devenu un des personnages les plus puissants de l’empire, il fit entrer ses enfants dans des familles illustres et poussa son fils aîné Antoine vers la carrière ecclésiastique. Il mourut à Augsbourg, principale ville du Saint-Empire romain germanique en 1550.

Antoine Perrenot de Granvelle, son fils, né le 20 août 1517 à Besançon, a largement bénéficié du chemin tracé par son père. Après de brillantes études de droit et de théologie dans plusieurs prestigieuses universités européennes, Dole, Paris, Louvain, Bologne, Padoue, outre le latin, la langue européenne d'alors, il maitrisait le français, l’allemand, l’espagnol, le flamand, l’italien. L’idéal pour servir à son tour Charles Quint, empereur du Saint-Empire mais aussi roi d’Espagne, des Pays-Bas, de Naples, duc de Bourgogne, de Milan et d’Autriche, le personnage le plus puissant du 16ème siècle. En 1534, à 17 ans, Antoine entra au secrétariat de l’empereur. En 1538, il fut nommé évêque d’Arras, puis chargé d’administrer les Pays-Bas, en tant que premier ministre. Une région secouée par les guerres de religion, où sa fermeté a laissé une empreinte sombre : répression contre les réformés, installation de l’inquisition. Son hostilité était marquée contre la France, puissance rivale dirigée par François Ier puis Henri II, contre qui les guerres furent récurrentes. Antoine contribua à la suprématie des Habsbourg en Europe en négociant le mariage de Philippe II, fils de Charles Quint, avec la reine d’Angleterre Marie Tudor. De fait la France se retrouvait totalement encerclée.

Promu cardinal en 1560, donc l’égal des princes, sous le règne de Philippe II, il fut cependant rappelé des Pays-Bas en 1564. Pendant une courte mise à l’écart, jusqu’en1565, il revint à Besançon où il finança les établissements francs-comtois, tels que le prieuré de Mouthier-Haute-Pierre, le collège des jésuites (actuel Victor Hugo) … Très attaché à Ornans, berceau de la famille, Antoine fit édifier une chapelle dans l’église Saint-Laurent, pour donner une sépulture digne à ses grands-parents, Pierre Perrenot et Etiennette Philibert. Cette chapelle fut décorée d’objets pieux de grande valeur, dont une copie du Bronzino offert à son père, œuvre emblématique du musée des Beaux-Arts. Il a aussi financé la reconstruction des deux ponts sur la Loue en 1564 et l’institution de la mairie en 1576.

Antoine participa à toutes les grandes décisions européennes : Concile de Trente en 1563, conclave de Rome en 1565. Il négocia l'alliance entre les États pontificaux, la république de Venise et la couronne d'Espagne contre l'empire ottoman, le 25 mai 1571, alliance victorieuse à la bataille de Lépante. Nommé vice-roi de Naples, puis président du conseil suprême d'Italie et de Castille, il mourut le 21 septembre 1586 à Madrid.

Antoine de Granvelle possédait une superbe collection d'art, en partie héritée de son père. Il l’a enrichie d’œuvres des artistes préférés des Habsbourg, tels que Titien, mais aussi Pieter Brueghel l'Ancien. Il se fit portraiturer de nombreuses fois, par divers artistes célèbres, afin de montrer sa puissance. La plupart de ses tableaux sont maintenant dans les musées d’Amsterdam, Vienne ou Madrid. Le tableau de Bronzino, Déploration sur le Christ mort, offert par Cosme de Médicis à Nicolas de Granvelle, exposé jusqu'à la Révolution dans la chapelle funéraire des Granvelle aux Carmes de Besançon, est la star du musée des Beaux-Arts de Besançon. Antoine de Granvelle possédait en outre une bibliothèque magnifique. Protecteur de l'imprimeur Christophe Plantin, il lui assura le monopole de la publication des ouvrages de piété pour l'Espagne. Il fit éditer des bibles en toutes les langues pour lutter contre l’influence de la Réforme, ainsi que des ouvrages d'érudition. Entre autres, les auteurs antiques et le premier livre en latin destiné aux lettrés européens : l’oeuvre de l’architecte Palladio, par Daniele Barbaro. Dans chacun de ces précieux ouvrages, la première page était consacrée à une dédicace en latin au Cardinal de Granvelle. Encore une façon de montrer son influence. La bibliothèque municipale de Besançon a hérité d’une partie de la collection d’ouvrages des Granvelle, ainsi que leurs papiers d'État, qui témoignent d’une intense activité diplomatique et politique à travers l’Europe.

C’est un particulier, le bibliothécaire Charles Weiss (1779-1866), homme de lettres et bibliographe, conservateur de la bibliothèque de Besançon, qui a le premier réalisé l’importance des Granvelle, oubliés à l’époque. Passionné par leur destinée, il financé par testament l’érection d’une statue en marbre du cardinal Antoine Perrenot de Granvelle à Besançon. La statue, réalisée par le sculpteur bisontin Jean Petit en 1897, représente le prélat lors de l’abdication de Charles Quint en faveur de son fils Philippe. Un moment fondamental, puisque c’est le cardinal qui a parlé au nom du futur roi, celui-ci ne connaissant pas le flamant. La statue est ornée de quatre putti en bronze placés aux angles du socle, symbolisant les arts soutenus par les Granvelle. Mise en place en mai 1898 dans la cour du palais Granvelle, elle y resta jusqu' en 1952, puis fut déplacée à Ornans. Une relégation qui explique peut-être la méconnaissance locale du rôle des Perrenot de Granvelle au cœur de l’Europe de la Renaissance.

L’année 2017 leur a redonné une place d’honneur :  le 500ème anniversaire de la naissance d’Antoine a été célébré par une superbe exposition au palais Granvelle : « L’Eminence Pourpre », tandis qu’à Ornans et Besançon se déroulaient expositions, conférences et spectacles. A l’heure de l’Europe, la Franche-Comté peut s’enorgueillir d’avoir été le berceau d’une prestigieuse famille d’hommes d’état, dont l’influence ignorait les frontières.

Article publié dans L'Esprit Comtois Automne-Hiver 2020.

 

vendredi 29 janvier 2021

Les Roches qui dansent

A une dizaine de kilomètres de Tain, en Drôme des Collines, un lieu étonnant, atypique, attire les promeneurs.  Dans un petit bois de châtaigniers et de chênes, à environ un kilomètre de Saint-Barthélémy-de-Vals, une cinquantaine d’énormes blocs de grès gardent encore tout leur mystère. Ces curiosités géologiques naturelles, organisées en une étrange géométrie, évoquent, par leurs formes bizarres, les symboles gravés, un lieu de culte druidique. Classées au patrimoine national sous le nom de Cromlech-de-la-roche-qui-danse, on les appelle ici simplement Les roches qui dansent.

Les légendes s’y rapportant sont nombreuses : La plus répandue : des fées y invoquaient les esprits, faisant vibrer les roches qui se mettaient à bouger et à danser, une fois par an, la nuit de Noël. Une autre légende raconte que les druides y officiaient aux solstices de Noël et de la Saint-Jean. Toujours est-il que ce lieu magique continue d’intriguer les scientifiques mais reste une énigme. Ce qui lui confère une auréole de mystère.

L’endroit fut réellement occupé dès l’âge du bronze, en témoignent des sépultures retrouvées alentour, dont certaines de la période celte. Au fil des siècles, plusieurs blocs ont disparu sous le marteau des carriers, qui en extrayaient des meules, et la plupart des pierres plantées verticalement ont été déplacées, renversées, fracturées, pour être employées à diverses constructions. Dommage, car les intervalles vides aujourd'hui empêchent de visualiser la triple enceinte elliptique d’avant. Ce qui est sûr, c’est que l’endroit est très fort en énergie tellurique et cosmique, les arbres tordus en témoignent.

Si parfois, on y rencontre des gens en méditation, voire en prière, les Roches qui dansent sont surtout un lieu de promenade agréable, intrigant. Aménagé pour les pique-niques, il est aussi idéal pour les amateurs d’escalade !


*Cromlech = monument mégalithique préhistorique constitué par un alignement de monolithes verticaux (menhirs)




Article publié dans le JTT du jeudi 28 janvier 2021;

jeudi 21 janvier 2021

Chronique littéraire : Le consentement, de Vanessa Springora

A l’heure où Camille Kouchner dénonce l'inceste dans sa célèbre famille de l’élite politico-universitaire parisienne, la lecture du livre de Vanessa Springora, sorti l’an dernier, et maintenant disponible en Livre de poche, est éclairante. L’abus d’enfants concerne tous les milieux. Le point de départ commun à ces actes pédophiles ? La présence d’un enfant fragile face à un prédateur qui a de l’ascendant sur lui.

Vanessa Springora raconte sa descente aux enfers, connue et tolérée alors par le milieu artistique. Un constat accablant pour notre société : dans les années 1990, on pratiquait une bienveillance décomplexée par rapport aux prédateurs sexuels, consommateurs de jeunes adolescents. Le photographe David Hamilton, le peintre Balthus, le cinéaste R. Polanski … et dans ce livre l’auteur Gabriel Matzneff, mettaient en scène leur goût pour les nymphettes sous les applaudissements des critiques.

Vanessa fut une de ces proies. Dans sa famille désunie, père absent, violent et volage, mère dépassée multipliant les amants, elle ne comptait pas. Petite adolescente introvertie, elle se sentait rejetée, différente et surtout laide, jusqu’au jour où G. posa ses yeux sur elle. Un regard d’homme, des déclarations d’amour passionnées, signées d’une célébrité, elle se sentit exister, se sentit désirée, et céda à ses avances. Elle consentit. Chaque jour G. l’attendait devant le collège et l’emmenait à l’hôtel. Mais elle avait 14 ans et lui 50. La mère laissait faire, le père avait disparu.

Au début, cette relation a comblé V., introduite dans les salons parisiens, accompagnant même G. lors de ses prestations télévisées. Elle se sentait importante, belle, côtoyait des gens intéressants. Et puis elle découvrit peu à peu que G. menait plusieurs relations à la fois, que d’autres fillettes couchaient avec lui. De plus il voyageait régulièrement en Indonésie pour se payer les services sexuels de jeunes garçons. Tout cela, il le décrivait dans ses livres, sans que personne n’y trouve rien à redire, au contraire, on lui décernait des prix. V. déstabilisée, malheureuse, s’interrogeait, mais à qui confier l’indicible ? Elle n’avait plus d’amis à elle. Elle voulait rompre, mais G. refusait de lâcher sa proie.

Honteuse de ses actes, complètement sous influence, il lui faudra des années de galère, d’errance, de psychothérapie, avant de comprendre qu’elle n’était pas coupable, mais victime. C’est par l’écriture qu’elle pourra enfin se reconstruire. Libérer ce secret qui l’étouffait et l’empêchait de vivre depuis des années.

Un témoignage nécessaire, écrit sans pathos, mais avec l’espoir de démonter le processus, d’empêcher qu’il se reproduise. Et que les paroles se libèrent enfin.


Chronique publiée dans le JTT.

dimanche 10 janvier 2021

Deux pionnières en pédagogie

Maria Montessori et sa pédagogie

On célèbre cette année les 150 ans de la naissance de Maria Montessori (1870-1952 ), Italienne mondialement connue pour la méthode pédagogique qui porte son nom. En France, on compte plus de 200 établissements et dans le monde 35 000 écoles Montessori. Dans la région Drôme-Ardèche, il en existe à Valence, Romans, Die, Pierrelatte, et même Lablachère (sous l’impulsion de Pierre Rabhi). Ces écoles ne sont pas sous contrat, donc ne reçoivent aucune subvention de l'État, ce qui les différencie du reste de l'enseignement privé, les parents doivent donc rémunérer l’école. Elles s’adressent aux jeunes enfants, en maternelle ou primaire. 

Mais comment une pédagogie créée en 1907 dans un quartier pauvre de Rome par Maria Montessori est-elle devenue la marotte éducative des bobos de l’Occident ?


La méthode

Le programme des écoles Montessori favorise la confiance en soi, l'autonomie, la motivation, la curiosité, la créativité, la sensorialité. Elle promeut la maîtrise de soi, le respect des autres et les capacités d'adaptation. Comment ? A travers un enseignement individualisé, respectant le rythme d'apprentissage de chaque enfant, et en partant toujours du concret (grâce à un matériel spécifique) pour aller vers l'abstrait. Pas de classe de niveau, de programme obligatoire, mais un éveil passant par les activités de nature, parfois l’entretien d’un jardin, d’un poulailler, des sorties en forêt, réutilisés ensuite à l’école. Maria Montessori affirmait : « L'intellect de l'enfant ne travaille pas seul, mais, partout et toujours, en liaison intime avec son corps, et plus particulièrement avec son système nerveux et musculaire. » 


La vie mouvementée de Maria Montessori

Née en 1870, Maria Montessori a d’abord dû se battre pour avoir le droit d’étudier comme les garçons. Elle a lutté toute sa vie pour faire évoluer le statut des femmes. Elle fut une des premières femmes médecins d’Italie, portée par une volonté et un charisme extraordinaires. Spécialisée en psychiatrie, elle étudie les enfants déficients mentalement. Observe qu’ils n’ont aucun jeu à leur disposition, alors qu’ils auraient besoin d'action pour progresser et développer leur intelligence. Elle se bat pour changer leur statut, leur procure du matériel, obtient des résultats probants. Et commence à enseigner sa pédagogie spéciale dans les écoles de formation des maîtres. Tout en complétant ses connaissances par des voyages d’étude, à Paris, à Londres, des cours de psychologie et philosophie. Conférences, publications, elle devient professeur à l’université de Rome en 1904.

En 1906, elle se tourne vers les enfants « normaux » d'âge préscolaire. Et ouvre la première Maison des enfants (Casa dei bambini) en 1907 dans le quartier populaire San Lorenzo à Rome. Les enfants bénéficient d’une « petite maison » pour y vivre la journée. Les parents y ont libre accès, en contrepartie, ils doivent veiller à la propreté et à la bonne tenue vestimentaire. La Casa dei bambini devient une base de recherche, un laboratoire d'expérimentation où Maria Montessori construit et éprouve sa méthode qui s’appuie sur la liberté de choix des élèves, l’autodiscipline, le respect du rythme de chacun et l’apprentissage par l’expérience, avec un mobilier et un matériel pédagogique adaptés. Encore une fois, c’est un succès. De 1909 à 1918, elle forme ses premiers enseignants, organise des cours internationaux, crée des maisons d'enfants pour de nombreuses organisations caritatives, multiplie les voyages à l’étranger et les conférences. En 1929 elle fonde l'Association Montessori Internationale. En conflit avec Mussolini, Maria Montessori quitte l'Italie et s'installe en Espagne, puis aux Pays-Bas, enfin en Inde, de 1939 à 1946, poursuivant inlassablement ses conférences. De retour en Europe en 1946, elle poursuit son travail, et meurt à Noordwijk aux Pays-Bas en 1952 à l'âge de 81 ans, alors qu’elle préparait un cycle de conférences en Afrique.

Pour en savoir plus : Une biographie très complète : « Maria Montessori, une vie au service de l’enfant », vient de sortir chez Desclée De Brouwer.


 Pauline Kergomard

Sans atteindre la renommée de Maria Montessori, mais quelques années avant elle, la Française Pauline Kergomard (1838-1925) fut une pédagogue exceptionnelle. Pauline Kergomard est à l'origine de la transformation des salles «d' asile», établissements qui accueillaient les enfants pauvres, dans des locaux exigus, sans hygiène, où on pratiquait une sorte de dressage, en écoles maternelles. Elle introduisit le jeu, qu'elle considérait comme pédagogique, les activités artistiques et sportives. Elle prôna une initiation à la lecture, à l'écriture et au calcul, avant cinq ans. Elle s'opposa toutefois à la tendance de faire de ces écoles des lieux d'instruction à part entière, s'attachant plutôt favoriser le développement naturel de l'enfant. En 1881, Jules Ferry fit d'elle l'inspectrice générale des écoles maternelles, poste qu'elle occupa jusqu'en 1917, alors âgée de 79 ans ! Des écoles, dont une à Tournon, portent le nom de Pauline Kergomard, une façon de rendre hommage à cette pédagogue novatrice et méconnue. 


Héritage

Le ministre de l'éducation nationale Jean-Michel Blanquer s'est dit en 2017 favorable à l'esprit Montessori : « Je suis pour la créativité, la diversité des expériences. Au-delà du génie pédagogique qu'était Montessori, c'est sa démarche qui est importante. »

Et le 16 octobre 2020, Brigitte Macron, visitant les locaux de sa future « école de la deuxième chance » pour adultes, LIVE, qui ouvrira sur le boulevard à Valence en février 2021, en a précisé l’esprit : « "C'est une méthode un peu à la Montessori, un suivi personnalisé".


Article publié dans le JTT du jeudi 7 janvier 2021.