jeudi 10 septembre 2026

Mireille Vanson, sculptrice sur Bois

Cette femme sportive, grande voyageuse, est une sculptrice de talent, chaleureuse et modeste. La marque de ceux qui, comme elle, ont essayé mille choses, connu mille vies, emportés par leur énergie et la volonté d’être libre. Entre racines forestières et semelles de vent.

Mireille vient de boucler cet été la Kenya Bike Odyssey, un itinéraire qui traverse certains des plus beaux paysages du Kenya. Au programme : 1 000 km de pistes, 14 000 mètres de dénivelé positif, une odyssée exigeante physiquement, mais surtout incroyablement riche humainement. En toute autonomie, avec tente et bagages, sur son vélo, simplement accompagnée de son mari. 

Mireille est née en 1969 dans une famille d’agriculteurs des Vosges, seule fille après 3 garçons. Son enfance se déroule en pleine nature, à courir les bois avec ses frères, se montrant forte et dégourdie. Son goût du sport la conduit en section sports-études à Remiremont, où elle pratique ski de fond et athlétisme, gagnant des compétitions, avec plusieurs podiums aux championnats de France en javelot. L’occasion de se découvrir une autre passion pour le voyage.

A 14 ans, elle est choisie pour participer avec une douzaine d’ados à Carnets de l'Aventure, une émission de télévision diffusée les samedi après-midi sur Antenne 2 entre 1980 et 1989. Il s’agit d’une expérience de survie en Amazonie, qu’elle renouvelle l’année suivante en partant en autarcie pendant 4 mois chez les Indiens Wayana, chassant, pêchant, vivant en pleine nature. Le goût du voyage, oui, mais aussi de la rencontre avec les populations. A 17 ans, Mireille part avec une amie en Inde puis au Tibet, l’année suivante du Burkina-Faso jusqu’à Tombouctou. Dans des conditions rudimentaires, mais au cœur de la vie des peuples.

Hélas des problèmes de dos vont lui interdire d’être prof de sport. Elle s’engage alors dans un DUT communication-marketing à Besançon, et bénéficie d’un an d’échange en 1991 avec une université du Kansas. Elle profite de l’occasion pour sillonner les USA en bus, côte Est et côte Ouest, en gagnant sa vie … avec sa machine à coudre ! Car Mireille sait tout faire de ses mains. De retour ensuite dans les Vosges, elle travaille dans la pub, se marie, retape une vieille ferme et élève quatre enfants. Bricole sur tous supports, particulièrement les chutes de bois, avec lesquelles elle fabrique des jouets.

Ce n’est qu’en 2007 qu’elle rencontre vraiment la sculpture sur bois, au festival Camille Claudel de La Bresse. Un vrai coup de foudre. En 2008, elle commence à suivre des cours à la MJC de La Bresse, en 2010 elle se lance dans la création personnelle, et obtient le prix du public en 2011 pour sa première participation dans un festival international en Allemagne. Sa carrière est lancée, elle est invitée dans des concours internationaux, au Canada, en Italie, au Chili…  Récolte de nombreux prix et profite d’autant de voyages !

En 2014, changement de vie, elle divorce et quitte les Vosges pour s’installer dans le sud de la Drôme, à Colonzelle. Elle rencontre un nouveau compagnon, un Québécois sportif sachant aussi manier la tronçonneuse ! Ensemble ils partent sur leurs vélos en totale autonomie pour parcourir l’Europe, 12 000 km du cap Nord jusqu’en Roumanie, puis le Mexique, le Japon, la Bolivie, la Norvège, le Kenya… Pour Mireille, la vie s’organise ainsi, entre l’été où elle voyage à vélo, l’hiver où elle travaille ses commandes et prépare ses expositions.

Son inspiration, au départ figurative, proche de la nature, devient plus abstraite, elle s’autorise à jouer avec les matières, tilleul, chêne, noyer, des Vosges ou cyprès, cèdre, pin de la Drôme. Monumentales ou réduites, colorées ou brutes, ses sculptures explorent les formes du vivant, les mouvements de la nature et le dialogue entre la matière et la lumière. Du grand art qui fait aussi voyager !

Mireille expose à la Bastide de Grignan, du 6 juin au 15 septembre 2026. Elle retrouvera ensuite de décembre à mars la Commanderie templière de Richerenches, un lieu chargé d’histoire qui abrite le musée de la Truffe.

Sur son site on peut découvrir sculptures, mobilier et œuvres monumentales https://www.mireillecorfuvanson.com

Article publié dans Regard Magazine de septembre 2026.

jeudi 3 septembre 2026

Le festival des Humoristes de Tournon

Après 9 jours de spectacles, de découvertes, de rencontres d'une grande diversité, voici quelques extraits, quelques éclats de rire : Pierre-Alexandre et les Mirabelles Kitchen qui ont amusé les spectateurs par leurs sketchs et chansons à l’ouverture du Festival, place du marché. Pierre Emonot à la librairie «Au détour des mots » qui a donné un spectacle brillant, à la fois érudit et rempli d’humour, sur le thème : qu’est-ce que la littérature ? Réponse : la littérature, c’est le reflet de la société. Quant aux Deux dames au volant, Manue et Marion, elles ont épaté le public dans leur numéro de voltige, jouant de l’accordéon entre deux gags, perchées à 7 m de hauteur dans la cour du lycée. Et Sandrine Sarroche a conclu le Festival par un spectacle très pro, entre chansons, souvenirs perso et saillies politiques. Du grand art !

Le dernier temps fort du festival fut la remise des Bouffons. Deux soirées avaient permis aux spectateurs de découvrir 8 nouveaux talents, tous prometteurs : Adèle, Thomas, Victor, Jeanne, Paul, Alex et Sophie, Stéphanie, Hugo. Après moultes discussions, les différents jurys ont tranché et le verdict est tombé.

Le Coup de cœur Jeunesse récompense Victor Guesquière, le Prix du public revient à Hugo Pêcheur, le prix du jury encore à Hugo Pêcheur. Et le grand prix, le Bouffon d’or, a été attribué à Thomas de Fouchécour pour ses élucubrations hilarantes sur ses origines.

Le présentateur Laurent Chandemerle et les lauréats ont tour à tour remercié l’équipe organisatrice du Festival, les bénévoles, les techniciens, les sponsors et tous les artistes présents. 

Le Festival des Humoristes 2026 fut un très bon cru (de Saint Joseph), place maintenant au Festival 2027 !

Article publié dans le JTT du jeudi 3 septembre 2026.

dimanche 30 août 2026

Quand le papier raconte l’histoire de la soie

Cet été le château-musée de Tournon propose une exposition superbe, accessible à tous les publics. Quatre artistes ont revisité la Route de la soie en créant un ensemble d’œuvres toutes en papier. Papier recyclé, papier cadeau, papier japonais ou papier kraft, papier de soie ou papier journal, et même papier perforé, papier crépon, papier peint… La variété des supports n’est égalée que par la variété des techniques utilisées pour représenter les hommes et les pays traversés par la mythique Route de la soie.

Anny Blaise, Suhail, Shasha Shaikh et Pascale Bernard Lacour sont tous des artistes plasticiens locaux. Chacun utilise sa propre technique pour représenter un pays, une époque : pliage, découpage, collage, papiers roulés, découpés, cousus... Leur créativité, leur talent, se doublent d’une minutie et d’une patience infinie. Le fil de soie se déroule ainsi au fil des salles du château, depuis les filatures de Kyoto, entre samouraïs redoutables, Mongols chamarrés, caravansérails fortifiés, miniatures persanes, jusqu’aux ports vénitiens, et jusqu’à Lyon, notre capitale de la soie.

Une aventure humaine, où le fil de soie devient lien entre peuples, passerelle entre les cultures, trace vivante d’une histoire partagée. Et pour le public un voyage enchanté, du Levant au Couchant, dans une symphonie de couleurs et d’imagination.

Exposition au château-musée de Tournon, du 12 juin au 1er novembre 2026.

Article publié dans le JTT du jeudi 3 septembre 2026.

jeudi 20 août 2026

Chronique littéraire : Un appartement à Paris, de Guillaume Musso

Cet appartement est une petite pépite, un atelier d’artiste situé au cœur de Paris, dans une impasse calme. C’est ce qu’a réservé Madeline depuis l’Angleterre, pour s’y reposer et retrouver de l’énergie. Mais par suite d’un bug informatique, c’est le même appartement que Gaspard a retenu, aux mêmes dates, en vue d’écrire tranquillement sa pièce de théâtre. Les deux protagonistes s’y retrouvent face à face, furieux et obligés de cohabiter.

Cet appartement était celui de Sean Lorenz, un peintre renommé, dont la vie et la mort sont empreintes de zones d’ombre. L’envie de mener leur enquête sur cet artiste mystérieux réunit tant bien que mal Gaspard et Madeline. Engagés involontairement dans une course contre la mort, ils unissent leurs efforts, multiplient les découvertes, les vraies et fausses pistes, et nous tiennent en haleine jusqu’au bout du roman.

Guillaume Musso, le maître du suspense, n’est plus à présenter. Il maîtrise à merveille le sens de l’intrigue, la psychologie des personnages, les retournements de situation. S’y ajoute ici un contexte original, celui des artistes de rue, tagueurs de wagons, graffeurs, puis peintres adulés et jalousés. Une lecture haletante, idéale pour les vacances.

Ce roman est disponible en Livre de poche.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 27 août 2026.

dimanche 16 août 2026

Allevard, station thermale, station de ski et plus encore

A 40 km de Grenoble, dans le massif de Belledonne, Allevard est un petit bourg entouré d’eau et de verdure. Traversé par le Bréda, un torrent impétueux issu du glacier du Gleysin qui domine le pays, Allevard est situé dans une haute vallée glaciaire ensoleillée, entre deux petits lacs et d’immenses forêts.

Si la station thermale a connu son apogée en accueillant nombre de personnalités aux 19e et 20e siècles, elle fonctionne plus modestement aujourd’hui, à la grande joie des curistes qui y trouvent le calme et un accueil familial. Le Collet d’Allevard est la station de sports associée, à 12 km au-dessus de la commune. Elle offre de belles pistes de ski en hiver, entre 1450 m et 2085 m, et de nombreuses randonnées en été, face au Mont Blanc.

Mais ce qui rend Allevard encore plus intéressant, c’est son passé économique. Une histoire de dur labeur depuis le haut Moyen âge, d’abord dans une agriculture de montagne, pour survivre, puis dans la découverte de minerai de fer, la sidérite, qui, associée à l’eau des torrents et le bois des forêts, a permis le fonctionnement d’innombrables forges, hauts-fourneaux et usines sidérurgiques jusqu’en 1974. Une ressource qui a nécessité l’appel à la main d’œuvre étrangère, notamment les Bergamasques qui possédaient le savoir-faire en cette matière. Un musée installé dans les thermes raconte cette histoire de façon claire et ludique.

Le Bréda au fort débit alimentait aussi au siècle dernier une usine de soie, une ganterie et de nombreux moulins et scieries dans des maisons suspendues au-dessus de son lit. Et aujourd’hui, sur ses 32 km de cours, il alimente 14 barrages électriques. L’eau sous toutes ses formes est la richesse d’Allevard. Une belle destination de vacances au calme et au frais.


samedi 8 août 2026

Le sentier des lauzières en Ardèche

Le Mont Signon est un petit volcan éteint, voisin du Mont Mézenc, qui fut exploité pendant des siècles comme carrière de lauzes. Ces pierres plates lisses et brillantes couvraient jadis les toits des fermes traditionnelles des Cévennes. Depuis le village de Chaudeyrolles, à 1300 m d’altitude, un petit parcours géologique en boucle permet d’atteindre le sommet du Mont Signon, à 1500 m, en profitant de superbes paysages sur les monts d’Ardèche et de Haute-Loire. Et de comprendre les conditions d'extraction de ce précieux matériau local.

Le Mont Signon, apparu il y a environ 8 millions d’années, est une montagne volcanique, un ancien dôme de lave visqueuse, qui s'est étalée sur les côtés. Son sommet ressemble à un paysage lunaire, avec des petits cratères creusés par l’homme sur toute la surface. Car la carrière de lauzes, d’abord propriété des seigneurs locaux, devint propriété communautaire de Chaudeyrolles après la Révolution. Alors divisée en parcelles, chaque paysan exploitait son lot, sa lauzière, une façon de se procurer de l’argent quand l’agriculture faisait défaut.

Lauzeron était un métier pénible et dangereux. Il fallait d’abord tailler et amincir les lauzes, à partir de blocs de pierre d’environ 40 kilos, l'épaisseur d’une lauze étant de 2 à 3 cm, avec une longueur de 20 à 80 cm. Ensuite les porter jusqu’au chariot. Les familles s’organisaient par quartiers, pour équiper de petits chariots tirés par des juments, qui attendaient au pied de la lauzière. Le chargement ne devait pas dépasser 1 000 kg (8 m2 de lauzes), pour que le chariot ne dévale pas la pente. Les lauzes étaient ensuite transportées jusqu’aux fermes ou granges qui avaient besoin d’un toit. Elles étaient alors posées et clouées par un lauzeur sur une charpente solide.

Au sommet du Mont Sillon, le long du sentier des lauzières quelques cabanes en lauzes subsistent encore. Elles servaient d’abri aux lauzerons en cas d’orage ou pour prendre leur casse-croûte. Prodiges d’équilibre et de technique, elles rappellent que le savoir-faire de la couverture d'un toit en lauzes est maintenant répertorié au patrimoine immatériel de l’humanité. Car un toit en lauzes offre une grande résistance aux intempéries, aux incendies et une belle longévité. Un bel adage nous le rappelle : « Qui pose lauze … pour cent ans pose ».

Article publié dans le JTT du jeudi 20 août  2026.

dimanche 2 août 2026

Prune Nourry au Palais Idéal : Défense de rien toucher !

Prenant le contrepied de cette phrase inscrite par le Facteur Cheval sur le mur de son Palais, Prune Nourry propose une exposition de ses œuvres entièrement pensée pour être touchée. Les sculptures présentées dans l’espace muséal ont été réalisées en un plâtre spécial, et peuvent donc être nettoyées chaque soir. Elles sont ainsi accessibles à tous, adultes, enfants, public voyant ou déficient visuel.

Prune Nourry est une artiste de renommée internationale, qui puise son imagination dans toutes les cultures, toutes les époques. Des Vénus paléolithiques aux jeunes filles chinoises en terre cuite, alignées comme l’armée de Xi’an, en passant par les Amazones bandant leur arc et les créatures chimériques hindoues, elle promène son regard sur la condition féminine. Les femmes qui ont posé pour elle à la Maison des Femmes, un lieu refuge de Saint-Denis où elle a installé son atelier, sont toutes des victimes de violence et résilientes.

Le corps, le toucher, constituent un fil rouge dans les recherches de Prune Nourry. Le toucher, en particulier, indispensable à son travail, qu’elle a failli perdre lors d’une chimiothérapie. Elle a alors entrepris une collaboration avec l’Institut des jeunes aveugles, la réalisation d’un timbre en relief et en braille pour la Poste. C’est ce timbre représentant une main qui ouvre l’exposition actuelle.

La main qui pétrit, c’est aussi celle du Facteur, qui a bâti son Palais en y laissant partout ses empreintes. Cette main qui construit, qui modèle, qui sculpte, relie l’œuvre de Ferdinand Cheval à celle de Prune Nourry. Elle invite à venir toucher et regarder ses œuvres au Palais idéal.


 
« Défense de rien toucher » de Prune Nourry, au Palais idéal du 31 mai au 6 septembre 2026.

Article publié dans le JTT du jeudi 30 juillet 2026.