mardi 16 juin 2026

Nicolas Bouvier à Montélimar

Figure majeure du récit de voyage, Nicolas Bouvier (1929-1998) est un écrivain et photographe suisse, auteur de plusieurs ouvrages dont le fameux L’Usage du Monde, la bible de tous les écrivains voyageurs. Le Musée d’art contemporain du Centre Saint-Martin à Montélimar accueille une exposition de ses œuvres sous le titre « Voyage au Levant ».

Les écrits de Nicolas Bouvier accompagnent les photos prises lors de ses trois séjours au Japon (1955-1956, 1964-1966 et 1970). Ses images dialoguent avec celles d’autres photographes qui illustrent l’archipel à la même période, comme Werner Bischof, William Klein, Henri Cartier-Bresson. Mais aussi avec la collection d’estampes de l’époque Edo (1603-1868) du peintre Pierre Boncompain, qui a fait l’objet d’une donation au musée.

Nicolas Bouvier, dès l’enfance, se passionnait pour les atlas et les cartes et rêvait de voyager. Il a réalisé son rêve. À 19 ans, il est envoyé en reportage en Finlande puis, deux ans plus tard, traverse le Sahara algérien à la demande de quotidiens genevois.  En 1951, il effectue un premier voyage au long cours de Venise jusqu’à Istanbul. Puis, en juin 1953, avec son camarade de collège le peintre Thierry Vernet, il part en Fiat Topolino de Belgrade à Kaboul, en traversant la Yougoslavie, la Turquie, l’Iran et le Pakistan. La débrouillardise est nécessaire : avant le départ, ils apprennent à démonter et remonter entièrement la Fiat ! Cette première expérience fondamentale de l’itinérance est racontée par Bouvier dans L’Usage du monde, illustrée par les dessins à l’encre de Thierry Vernet.

Après un an et demi de voyage à deux, Nicolas Bouvier continue seul à travers l’Inde, afin de gagner la Chine, puis Ceylan. En octobre 1955, il quitte Ceylan pour le Japon où il reste une année, rédigeant pour vivre des articles pour les magazines japonais ou suisses. Il découvre la photo. Il rentre en Suisse fin 1956. Avec son épouse Éliane, il retourne ensuite vivre au Japon de 1964 à 1965. Puis en 1970, à l’occasion de l’exposition universelle d’Osaka. Trois ouvrages, fruits de ces voyages, Japon (1967), Chronique japonaise (1975) et les poèmes en prose édités en 1982, sont présentés à Montélimar, ainsi que des enregistrements audio et vidéo.

Nicolas Bouvier a continué de parcourir et d’écrire le monde jusqu’à son décès à Genève en 1998. Son œuvre est aujourd’hui considérée comme un chef-d’œuvre de la littérature de voyage. On connaît particulièrement sa citation « On croit qu'on va faire un voyage mais bientôt c'est le voyage qui vous fait ou vous défait.

Nicolas Bouvier, Voyage au Levant, du 12 mai au 31 octobre 2026 au MAC de Montélimar.

jeudi 11 juin 2026

En avion au-dessus du Vercors

La Drôme est riche en petits aérodromes, avec notamment Saint-Rambert d’Albon, Romans et Valence-Chabeuil. De là, des pilotes proposent une virée dans les airs sur demande. C’est au Creux de la Thine que nous avons rendez-vous, à 14h, un jour de grand soleil. Un petit avion rouge et blanc est posé sur la pelouse, un Robin qui peut charger 3 personnes maximum. Le pilote nous accueille et nous mettons au point le parcours : survoler le Vercors.

Monter dans l’avion, c’est un peu sportif, car un tout petit passage est ménagé sur l’aile, puis il faut se contorsionner pour entrer dans l’habitacle. Ceinture, casque et micro, nous voilà parés. Le pilote déroule sa check liste de vérifications, fait le plein et nous engage sur la longue piste enherbée, face au vent.

Très vite, on prend de l’altitude, et il est difficile pour un néophyte de se repérer car tout défile rapidement. Vitesse 200 km/h, altitude 900 m. La Tour d’Albon disparaît, nous partons vers le sud, le Rhône comme repère. Déjà Tain et Tournon se profilent, les coteaux semblent minuscules. Virage à gauche, direction Romans, puis Barbières et le Vercors. Passage au-dessus de Léoncel, puis le col de la Machine et voilà Vassieux. Le mémorial ressemble à un trait dans la montagne, la piste d’atterrissage des planeurs nazis est évidente. Puis la forêt de Lente se déploie, jusqu’au Royans et aux Quatre montagnes, enfin c’est la spectaculaire descente le long des falaises de la Bourne. La Drôme des collines apparaît comme une mosaïque de petites parcelles agricoles, à peine le temps de distinguer le Palais idéal dans son ilot de verdure, que c’est déjà l’atterrissage.

Conduire un avion en vol semble assez aisé, car le ciel est sans obstacle. C’est trompeur, les dangers surgissent à toute vitesse, et ce sont les contrôleurs aériens auxquels nous sommes branchés dès le départ qui nous avertissent : Un hélicoptère décolle à Valence, un planeur arrive à Vassieux, un avion arrive d’Annonay… Ils suivent notre progression et leurs appels radio crépitent sans cesse pour assurer notre sécurité.

Nous sortons tout étourdis du cockpit. Un vol en petit avion n’a rien à voir avec un vol long-courrier ! Être balloté au moindre courant d’air, se concentrer sur le paysage qui défile, les oreilles saturées par les appels des contrôleurs, c’est tout un ensemble qui perturbe les sens et parfois aussi l’estomac ! Après une heure de vol, nous retrouvons la terre ferme, soulagés et ravis, pour débriefer avec le pilote au bar voisin.

Survoler notre région permet de prendre conscience de sa diversité, sa beauté, sa richesse. Ça mérite bien une centaine d’euros !












mercredi 3 juin 2026

Le silence d'Emilia

Vinsobres est un charmant village perché de la Drôme provençale. Blotti au milieu des vignes, sillonné de calades pavées et fleuries, c’est un endroit où on se sent bien. Pas étonnant qu’Emilia Opportune y ait posé ses valises il y a 9 ans. C’est à la terrasse ensoleillée du bistrot local qu’elle évoque son livre, Le Silence en Cendres, une autofiction qui lui a permis de se reconstruire après un passé étouffant.

Car l’enfance d’Emilia fut une suite de drames, dont elle n’a jamais pu parler à l’époque, protégée par une amnésie traumatique de 3 ans à 13 ans.  C’est un flash, un malaise inexplicable, ressenti un jour en passant par hasard devant un hôtel minable de Toulon qui lui a ouvert la porte des souvenirs. Et condamnée à un mal-être d’où elle a tout fait pour se sortir, encouragée par son amie médecin.  Aujourd’hui apaisée, l’écriture de son livre lui a permis de plonger une dernière fois au cœur du mal pour en revenir plus forte et assumer son passé.

Emilia est une jeune femme au caractère bien trempé. Rassurée par la présence bienveillante de son mari et ses enfants, elle s’est épanouie dans son métier d’assistante de vie. Tout le monde la connaît à Vinsobres, où elle consacre beaucoup de temps à aider les personnes fragiles. Elle sait tout faire, informatique, ménage, cuisine, soins, et n’a peur de rien. Quand elle a ressenti le besoin d’écrire son histoire, elle l’a fait seule et à sa manière. Confrontée à la jungle des éditeurs, elle a choisi de s’autoéditer et d’organiser sa propre commercialisation.  Bref Emilia assume et assure.

Son récit est fictionnel, mais s’appuie sur son ressenti, dans un style simple et sans pathos. Cette aventure littéraire la passionne, et elle songe déjà à publier une suite en deux versions simultanées : le lecteur choisira s’il veut découvrir l’avenir sombre ou la sérénité retrouvée. Preuve que les drames passés peuvent s’éloigner jusqu’à devenir un jeu de rôles…

« Le silence en cendres » est disponible dans les librairies locales et sur Amazon.

Article publié dans le JTT et dans Regard Magazine de juin 2026.

dimanche 31 mai 2026

Trois concerts décontractés à Tain et Tournon

Un week-end de Pentecôte dédié à la détente et au travail musical dans la vallée du Doux, c’est ce qu’ont vécu 16 adolescents, encadrés par 3 professeurs, de l’école de musique des Côtes d’Arey (commune proche de Reventin-Vaugris). L’orchestre a présenté chaque jour un concert en plein air l’après-midi, le samedi dans les jardins de la mairie de Tain, le dimanche au camping des Foulons et le lundi sur les quais de Tournon.

Sous les bienfaisants ombrages des platanes, les instruments à vent, flûtes, saxo, trompette, cor, clarinette, hautbois … ont mis en valeur un programme consacré entièrement aux Blues Brothers.  Chapeau noir, gestuelle swinguée, la prestation de l’école de musique a été appréciée par un public trop peu nombreux hélas, faute de publicité.

Tous les deux ans, l’école des Côtes d’Arey propose ainsi à ses élèves un temps de convivialité, destiné à renforcer la cohésion du groupe, tout en assurant un travail musical. Son chef Alexis Falempin souligne l’engagement des élèves qui s’autofinancent pour ce séjour, en organisant diverses manifestations tout au long de l’année. Les bienfaits de l’opération sont évidents, à voir le plaisir et l’aisance avec lesquelles les élèves ont donné leurs concerts, entre deux séances de piscine.

Article publié dans le JTT du jeudi 11 juin 2026.

mercredi 27 mai 2026

Aurélien résout vos petites galères

 Aurel multiservices. C’est le nouveau commerce qui s’est ouvert il y a 3 semaines à Tain l’Hermitage. Un commerce de proximité comme on les aime, qui résout tous vos problèmes de cordonnerie, serrurerie et plus encore. Car Aurélien, en plus de ses compétences en tous ces domaines, sait d’abord accueillir et écouter les clients. Pour pouvoir les satisfaire, avec l’amour du travail bien fait.

Aurélien a 38 ans, il exerçait son métier depuis 7 ans à Saint-Vallier quand, lassé de son implantation dans un centre- ville déserté, il a décidé de venir s’installer dans un lieu plus vivant, au cœur de la ville de Tain, sur la N7, face à la place du Taurobole. Et il s’en félicite ! La mairie l’a aidé à trouver un local, l’a soutenu dans les démarches, Aurélien s’est senti accueilli. Et tout de suite la clientèle a afflué. Tennis, sneakers, escarpins, chaussures de rando, bottes … il sait s’occuper de toutes les chaussures, rénover, ajouter un patin, recoller une semelle, un talon, pour qu’on s’y sente bien. Cirages, lacets, semelles, ainsi que ceintures complètent son activité de cordonnerie.

Mais Aurélien a quelque chose en plus : une double formation. Il est aussi un pro des clés, d’appartement, de voiture, de boîte aux lettres, de badges, capable de les refaire à la demande. Sa connaissance pratique se double d’une maîtrise totale des techniques numériques. D’ailleurs, quand le travail est fini, c’est avec une photo et un SMS qu’il avertit son client.

La gravure est une autre corde à son arc, il réalise plaques et tampons, teste même son matériel sur divers supports. Ainsi, il a gravé « je t’aime » sur un fromage de sa voisine Karine, pour l’offrir à sa femme ! Aurélien est un artisan de talent, passionné par son travail, qui n’hésite pas à innover pour la beauté du geste.


Article Jtt  du jeudi 28 mai 2026.

jeudi 21 mai 2026

Un repas chez Marcon


Le plus difficile est de réserver une table, il faut s’y prendre 6 mois à l’avance. Mais une fois le rendez-vous pris, tout n’est plus que luxe, calma et volupté. Saint-Bonnet-le-Froid porte bien son nom en cette journée hivernale. Le restaurant Marcon, labellisé Relais et Châteaux, un peu à l’écart du village, totalement intégré au paysage, domine les montagnes du Velay et du Vivarais. Du garage couvert, un passage vitré orné de sculptures mène au restaurant et à la boutique. Partout, chaleur et lumière, ouverture sur la nature et omniprésence du bois dans l’architecture et la décoration.

Personnel nombreux et attentionné, accueil avec une mini infusion de verveine. La carte offre le choix entre deux menus, Vellave (250€) ou Entre Velay et Vivarais (370€) et un parcours personnalisé. Dans le copieux livre des vins on trouve tous les cépages, les régions et les prix, jusqu’au Romanée-Conti à 9950€ ! Nous prenons l’apéritif conseillé, à base de cointreau et verveine, avant un Crozes-Hermitage de Yann Chave. Et les amuse-bouches défilent, tous plus originaux les uns que les autres. Car déjeuner chez Marcon, ce n’est pas simplement dérouler les plats du menu, c’est découvrir le festival de miniatures qui les entourent : amandes fumées au sapin, cake aux cèpes, chips de lentilles, mousse de topinambour à la noisette, et de merveilleuses bouchées de légumes qui sont autant d’œuvres d’art, avec leur décoration de fleurs et graines délicatement posées à la pince !

Voyage en hiver, c’est le thème inscrit dans l’assiette de présentation du moment. La Haute-Loire et l’Ardèche, frontières naturelles, inspirent au quotidien les recettes du chef, les produits locaux et de saison enrichissent le menu : champignons, châtaignes, cardons. Aujourd’hui, ils accompagnent les rougets en escabèche, lieu jaune de ligne et poularde fermière. Pour agrémenter le repas, qui ne dure pas moins de quatre heures, une visite des cuisines est proposée, on peut y voir Paul Marcon, Bocuse d'Or 2025, en plein travail au milieu de sa brigade. Quant à Jacques et Régis, ils passent vers chaque table pour s’enquérir de notre bien-être. Un échange simple et convivial qui s’accorde à l’esprit des lieux.

Après les fromages et avant le dessert, la farandole des mignardises est un régal des yeux et des papilles, mandarine et courge, chocolat et cèpes, caviar de lentilles, les mélanges audacieux dans des présentations originales forcent l’admiration. Mais comment font-ils ?

Une cinquantaine de personnes travaillent ici, une centaine en comptant le bistrot Coulemelle, l’hôtel, le spa, la boulangerie… La maison Marcon fait vivre le village de Saint-Bonnet-le-Froid, elle l’a totalement redynamisé dans un esprit de partage et de respect de la nature. La fréquenter une fois, pour le plaisir des sens, est une cérémonie gastronomique qui se prépare et qui se goûte.

Article publié dans le JTT du jeudi 21 mai 2026.

mercredi 13 mai 2026

Boffres, patrie de Vincent d'Indy

Le village ardéchois de Boffres domine un beau paysage ouvert, de la campagne vivaroise jusqu’aux Alpes. Bâti sur un promontoire au milieu de châtaigniers, Boffres doit son nom au vent froid qui souffle dans cette région le balfredo. Le village a gardé son caractère moyenâgeux, des artisans s’y sont installés, et en grimpant à travers ses calades, on arrive à une haute tour du 13e siècle, vestige du château médiéval. A côté, l’ancienne chapelle du château, devenue l’église paroissiale, a été âprement disputée pendant les guerres de religion et maintes fois restaurée. Tout autour du village, de nombreuses randonnées permettent de profiter de la nature agricole et d’admirer de belles bâtisses de pierre.



Boffres est le fief de la famille d’Indy, connue surtout par le musicien et compositeur Vincent d’Indy.  Né à Paris en 1851, celui-ci découvre Boffres à l’âge de 13 ans, en vacances chez sa grand-mère dans la demeure de Chabret. C’est là qu’il tombe amoureux du Vivarais et de sa cousine, Isabelle de Pampelonne, qu’il épouse en 1875 dans la chapelle de Chabret. Musicien brillant, élève de César Franck, sa carrière et sa célébrité commencent dès 1873. Il voyage beaucoup, fréquente Liszt, Wagner, Brahms. En 1896, il fonde à Paris avec ses amis Charles Bordes et Alexandre Guilmant la Schola Cantorum, prestigieuse école de musique, dont il assure la direction jusqu’à sa mort en 1931.

En 1880 il achète un terrain à Boffres et fait appel à un architecte valentinois, Ernest Tracol, élève de Viollet-le-Duc, pour faire construire un château sur une terrasse surplombant la campagne, avec vue sur le Mont-Blanc. La famille s’y installe en 1890. Vincent d’Indy vit à Paris, mais passe trois mois chaque été à Boffres, où la nature l’inspire beaucoup. Il y invite de nombreux artistes jusqu’en 1920. Son arrière-petit-fils, Christophe d’Indy a restauré le château pour en faire une résidence hôtelière de luxe.

Mais à Boffres, l’ambiance reste plutôt simple et écolo, on cultive le local et la convivialité, avec deux auberges, des gîtes, une bibliothèque et une animation festive régulière. Seul bémol, aucune manifestation ne rend hommage à l’enfant du pays, Vincent d’Indy, le compositeur de la symphonie Cévenole ! 

Article publié dans le JTT et La Tribune du jeudi 14 mai 2026.