Le plus difficile est de réserver une table, il faut s’y
prendre 6 mois à l’avance. Mais une fois le rendez-vous pris, tout n’est plus
que luxe, calma et volupté. Saint-Bonnet-le-Froid porte bien son nom en cette
journée hivernale. Le restaurant Marcon, labellisé Relais et Châteaux, un peu à
l’écart du village, totalement intégré au paysage, domine les montagnes du Velay
et du Vivarais. Du garage couvert, un passage vitré orné de sculptures mène au
restaurant et à la boutique. Partout, chaleur et lumière, ouverture sur la
nature et omniprésence du bois dans l’architecture et la décoration.
Personnel nombreux et attentionné, accueil avec une mini
infusion de verveine. La carte offre le choix entre deux menus, Vellave (250€) ou
Entre Velay et Vivarais (370€) et un parcours personnalisé. Dans le copieux
livre des vins on trouve tous les cépages, les régions et les prix, jusqu’au
Romanée-Conti à 9950€ ! Nous prenons l’apéritif conseillé, à base de
cointreau et verveine, avant un Crozes-Hermitage de Yann Chave. Et les
amuse-bouches défilent, tous plus originaux les uns que les autres. Car déjeuner
chez Marcon, ce n’est pas simplement dérouler les plats du menu, c’est
découvrir le festival de miniatures qui les entourent : amandes fumées au
sapin, cake aux cèpes, chips de lentilles, mousse de topinambour à la noisette,
et de merveilleuses bouchées de légumes qui sont autant d’œuvres d’art, avec
leur décoration de fleurs et graines délicatement posées à la pince !
Voyage en hiver, c’est le thème inscrit dans l’assiette de
présentation du moment. La Haute-Loire et l’Ardèche, frontières naturelles,
inspirent au quotidien les recettes du chef, les produits locaux et de saison
enrichissent le menu : champignons, châtaignes, cardons. Aujourd’hui, ils
accompagnent les rougets en escabèche, lieu jaune de ligne et poularde fermière.
Pour agrémenter le repas, qui ne dure pas moins de quatre heures, une visite
des cuisines est proposée, on peut y voir Paul Marcon en plein travail au
milieu de sa brigade. Quant à Jacques et Régis, ils passent vers chaque table
pour s’enquérir de notre bien-être. Un échange simple et convivial qui
s’accorde à l’esprit des lieux.
Après les fromages et avant le dessert, la farandole des
mignardises est un régal des yeux et des papilles, mandarine et courge,
chocolat et cèpes, caviar de lentilles, les mélanges audacieux dans des
présentations originales forcent l’admiration. Mais comment font-ils ?
Une cinquantaine de personnes travaillent ici, une centaine
en comptant le bistrot Coulemelle, l’hôtel, le spa, la boulangerie… La maison
Marcon fait vivre le village de Saint-Bonnet-le-Froid, elle l’a totalement
redynamisé dans un esprit de partage et de respect de la nature. La fréquenter
une fois, pour le plaisir des sens, est une cérémonie gastronomique qui se
prépare et qui se goûte.
Article publié dans le JTT du jeudi 21 mai 2026.













