mercredi 13 mai 2026

Boffres, patrie de Vincent d'Indy

Le village ardéchois de Boffres domine un beau paysage ouvert, de la campagne vivaroise jusqu’aux Alpes. Bâti sur un promontoire au milieu de châtaigniers, Boffres doit son nom au vent froid qui souffle dans cette région le balfredo. Le village a gardé son caractère moyenâgeux, des artisans s’y sont installés, et en grimpant à travers ses calades, on arrive à une haute tour du 13e siècle, vestige du château médiéval. A côté, l’ancienne chapelle du château, devenue l’église paroissiale, a été âprement disputée pendant les guerres de religion et maintes fois restaurée. Tout autour du village, de nombreuses randonnées permettent de profiter de la nature agricole et d’admirer de belles bâtisses de pierre.



Boffres est le fief de la famille d’Indy, connue surtout par le musicien et compositeur Vincent d’Indy.  Né à Paris en 1851, celui-ci découvre Boffres à l’âge de 13 ans, en vacances chez sa grand-mère dans la demeure de Chabret. C’est là qu’il tombe amoureux du Vivarais et de sa cousine, Isabelle de Pampelonne, qu’il épouse en 1875 dans la chapelle de Chabret. Musicien brillant, élève de César Franck, sa carrière et sa célébrité commencent dès 1873. Il voyage beaucoup, fréquente Liszt, Wagner, Brahms. En 1896, il fonde à Paris avec ses amis Charles Bordes et Alexandre Guilmant la Schola Cantorum, prestigieuse école de musique, dont il assure la direction jusqu’à sa mort en 1931.

En 1880 il achète un terrain à Boffres et fait appel à un architecte valentinois, Ernest Tracol, élève de Viollet-le-Duc, pour faire construire un château sur une terrasse surplombant la campagne, avec vue sur le Mont-Blanc. La famille s’y installe en 1890. Vincent d’Indy vit à Paris, mais passe trois mois chaque été à Boffres, où la nature l’inspire beaucoup. Il y invite de nombreux artistes jusqu’en 1920. Son arrière-petit-fils, Christophe d’Indy a restauré le château pour en faire une résidence hôtelière de luxe.

Mais à Boffres, l’ambiance reste plutôt simple et écolo, on cultive le local et la convivialité, avec deux auberges, des gîtes, une bibliothèque et une animation festive régulière. Seul bémol, aucune manifestation ne rend hommage à l’enfant du pays, Vincent d’Indy, le compositeur de la symphonie Cévenole ! 

Article publié dans le JTT du jeudi 14 mai 2026.

mercredi 6 mai 2026

Coeur noir, de Silvia Avallone

Dans un minuscule village de montagne, Emilia, une jeune femme déjantée, vient s’installer provisoirement. De sa fenêtre, Bruno, l’unique habitant, l’observe, il n’apprécie pas cette intrusion dans son espace de solitude. Chacun des deux protagonistes porte en lui un lourd passé, chacun essaie de survivre à sa façon. La relation qui va se nouer entre eux, dans un silence total sur leurs problèmes, sera source de malaise jusqu’au jour où toute la vérité explosera.

Une histoire passionnante, bouleversante, une étude au scalpel de la culpabilité et de ses ravages. Pour Silvia Avallone, la vie parfaite n’existe pas, son roman ouvre vers une résilience, possible mais chaotique. Le somptueux cadre de montagne constitue un remède aux peines existentielles, car la beauté de la nature peut soigner les âmes meurtries. Mais cela ne suffit pas, il faut faire éclater les non-dits.

Silvia Avallone est un des grands noms de la littérature italienne contemporaine. Née à Biella dans les Alpes piémontaises, en 1984, elle a connu un succès immédiat dès son premier roman, en 211 : D’acier. Ses romans, situés autour de Bologne où elle vit, approfondissent les problèmes de société actuels sans misérabilisme mais avec beaucoup d’acuité.

Son roman est disponible en Piccolo chez Liana Levi.


jeudi 30 avril 2026

Surya Bonaly vue par Chloé Célérien : "Le feu sur la glace ", un roman graphique


Chloé est née à Valence en 1982 dans une famille passionnée de sport. Son père était l’entraîneur du Valence Sportif, l’équipe de rugby locale, au stade des Baumes. Après un cursus scolaire au lycée Saint-Victor, elle a poursuivi ses études à Sciences Po Grenoble, option journalisme. Et comme très tôt elle avait voulu jouer au rugby, et qu’on lui avait répondu « ce n’est pas un sport de fille », elle y a créé la première équipe de rugby féminin. Pas étonnant non plus que son mémoire final s’intitule « La place des femmes dans le journalisme sportif ». Rebelle, elle aussi.

Montée ensuite à Paris, elle a travaillé à la TV pendant 15 ans comme journaliste, notamment aux côtés de Thierry Ardisson. Avant de se tourner vers une nouvelle voie, l’écriture de BD. Le Covid a été déterminant dans sa décision de changer de vie. Résultat : déjà 4 BD à son actif, toujours en lien avec le sport. En 2021, « Générations poing levé » raconte l’histoire de 10 sportifs qui ont pris des risques, Mohamed Ali, Socrates, Megan Rapinoe… Ont suivi en 2025 des ouvrages sur la footballeuse Grace Geyoro, puis sur les célèbres joueurs de ping-pong, les frères Lebrun (sous forme de manga). Aujourd’hui, c’est Surya Bonaly, la célèbre patineuse qui est à l’honneur. Chloé s’entoure de graphistes et coloristes pour illustrer ses ouvrages.

Une amitié est née entre Surya et Chloé, depuis l’écriture de « Générations Poing levé » où Surya figurait en bonne place. Car sa carrière illustre parfaitement le thème, une lutte constante contre les préjugés. Être noire, athlétique, coachée par sa mère, qui créait aussi ses tenues éclatantes, n’entraient pas dans les critères du monde du patinage il y a 30 ans. Surya après avoir brillé pendant des années aux championnats de France, d’Europe et du monde, a terminé sa carrière en amateur en osant le backflip, un saut interdit en compétition, aux J.O. de Nagano en 1998. Et en étant éliminée. Alors qu’aujourd’hui ce saut est repris et plébiscité par le champion Ilia Malinin.

Chloé, parallèlement à son activité d’écriture, est maintenant reconnue comme experte en éducation à travers le sport. Elle multiplie les interventions dans les écoles, collèges, lycées et structures sociales pour faire réfléchir sur le sexisme, le racisme et promouvoir l’éducation à travers le sport. Elle revient régulièrement en terre familiale, intervient dans des lycées à Romans et Valence. Le 20 mars, son exposé à la fac de sport de Valence a été très éclairant sur les combats qu’il faut encore mener quand on est une sportive. Car si de nombreux sports ne sont plus interdits aux femmes, ce sont encore les hommes qui dictent les règlements, comme par exemple pour le choix des tenues imposées (sexy mais pas pratiques), pour la visibilité dans les médias (limitée), et surtout pour l’attribution des salaires !

Article publié dans Regard Magazine de mars 2026.

jeudi 23 avril 2026

Tain et la marquise de Sévigné

Cette année on célèbre à Grignan le 400e anniversaire de la naissance de Madame de Sévigné, en 1626, avec une multitude d’animations et d’expositions. Pourtant, elle n’est pas née à Grignan ! Elle venait y visiter sa fille, à qui, entre deux séjours, elle écrivait depuis Paris environ une lettre par jour, d’où la fameuse Correspondance.

La ville de Tain a elle aussi une importance essentielle, mais peu connue, dans la vie de la Marquise : c’est là qu’elle fut sauvée de la noyade en juillet 1672 par les mariniers locaux. La barque sur laquelle elle voyageait depuis Lyon s’est retournée dans le Rhône furieux. La Marquise en a gardé une hantise du fleuve et une profonde reconnaissance pour le notable qui l’a recueillie, séchée, hébergée, Monsieur Bergier. Comme l’époque interdisait aux femmes d’écrire à des hommes qui n’étaient pas de leurs connaissances, la célèbre épistolière n’a pas pu remercier par lettre son hôte. C’est donc son gendre, François de Grignan, qui adressa ensuite ses remerciements à Monsieur Bergier.

Quand les élèves du CE2 de l’école Jean Moulin de Tain ont pris connaissance de cette histoire, ils ont été passionnés. Véronique Pic, leur institutrice, a alors demandé aux enfants d’écrire à la place de Madame de Sévigné une lettre de remerciement à Monsieur Bergier. Leurs lettres sont actuellement exposées au château de Grignan, jusqu’au 3 mai, accompagnées de la maquette de la passerelle qui symbolise le Rhône et rappelle leur projet scolaire « Patatrac ».

Cela donne des idées d’animation festive à Tain. Si on imaginait une reconstitution du naufrage qui mobiliserait toutes les énergies de la ville ? Le bateau se renverserait (club d’aviron), une femme de lettres tomberait à l’eau, récupérée par les sauveteurs (pompiers). Emmenée à l’ancienne maison de Monsieur Bergier (actuel office de tourisme), elle serait séchée, soignée. Et le soir on organiserait en son honneur un banquet « royal » (lycée hôtelier), avec musique (OHTT), lectures d’élèves (école), suivi d’un bal « grand siècle (MJC) ...


On peut toujours rêver… que la notoriété de Madame de Sévigné valorise l’image de Tain !

Article publié dans le Jtt du jeudi 23 avril 2026.

dimanche 19 avril 2026

Chronique littéraire: Le barman du Ritz, de Philippe Collin

 C’est par un angle de vue totalement original que l’auteur raconte la guerre et l’occupation à Paris, entre 1939 et 1945. Au Ritz, le plus chic établissement de la capitale, pas de privations ni de fermetures, au contraire, les puissants du jour s’y retrouvent régulièrement pour sabler le champagne et déguster poularde aux truffes ou homard du chef.

La classe politique pétainiste, les artistes compromis avec l’occupant, les dames de petite vertu, se mêlent aux dignitaires nazis qui s’empiffrent. Les collaborateurs, les rois du marché noir, s’invitent à leur tour dans cette société d’apparence et de mensonge. Enfin quand les Américains débarquent, c’est la débandade, mais les bouchons sautent toujours !

Le Barman, Frank Meier, connaît les exigences et les manies de tout ce (beau ?) monde et règne en maître sur la préparation des cocktails. Mais il cache un secret qui pourrait l’envoyer en enfer : il est juif. Et accessoirement il sert de boîte aux lettres pour sauver d’autres juifs… ainsi qu’entre comploteurs allemands voulant assassiner Hitler. Bref, sous des apparences paisibles et raffinées, la guerre et le danger gangrènent le Ritz.

Alternant faits historiques et journal du barman, Philippe Collin, historien et scénariste, nous fait découvrir un envers du décor passionnant et méconnu. Un autre visage de la guerre, vécu par des personnes assoiffées de pouvoir, de luxe, et pas seulement d’alcool.

Le barman du Ritz n'est pas réservé aux riches, puisque disponible au Livre de poche !

 

mercredi 15 avril 2026

LireandCo, une e-librairie qui cartonne

C’est une histoire hors du commun : Maëva et son père ont imaginé une librairie hors du commun au Teil, en Ardèche. Hors du commun par ses dimensions : dans l’entrepôt de 500 m2 sont rangés 13 000 livres ! Hors du commun par sa vocation multifonction : on peut aussi bien y commander des livres neufs qu’acheter des livres d’occasion ou trouver des perles rares. Et surtout hors du commun par sa volonté de participer à l’économie circulaire du livre en recyclant les invendus dans la filière locale de pâte à papier. Pas question de déchetterie !

Lorsque la librairie France Loisirs de Montélimar a fermé ses portes, Maëva, sa responsable depuis 13 ans, a peaufiné son projet de reconversion, secondée par son père Amédée Balayn, artisan fraîchement retraité. Unissant leurs compétences en matière de livre et d’entreprise, ils ont créé Lireandco en novembre 2021, une librairie qui offre une seconde vie à des milliers de livres d’occasion. Et même une troisième, en pâte à papier !

Dès l’annonce de leur projet, ils ont été submergés par l’afflux de livres. Actuellement, ils en reçoivent entre 10 000 et 30 000 par semaine, issus de déménagements, greniers, successions, collections, ou invendus. La gestion de cette quantité est une gageure, tous les livres sont triés, ceux qui seront mis à la vente sont nettoyés et étiquetés, les autres regroupés dans une benne avant de partir par camion en direction de l’entreprise Suez recyclage (500 tonnes l’an dernier).

Maëva est très déterminée et voit plus grand, plus loin. Son objectif est de transformer la librairie traditionnelle ouverte au public en une e-librairie, dans le style de Momox ou Rakuten. Pour cela, la mise en place du site internet a été peaufinée. Tous les ouvrages sont munis d’un QR code qui permet de les retrouver en un clin d’œil dans les différents rayons, romans, documents, BD, enfants, scolaire… Certains ouvrages sont des pépites rarissimes prisées des collectionneurs.

Amédée et Maëva sont en totale symbiose depuis le début de l’aventure Lirandco. Leur détermination et leur engagement ne faiblissent pas. Après avoir surmonté d’interminables difficultés administratives, financières et locales, un passage délicat qui a nécessité le soutien d’une campagne de financement participatif, la librairie a embauché une salariée, Isabelle. Avec Geneviève, la bénévole, l’équipe est donc au complet. Quand Maëva développe et commercialise, Amédée s’occupe de toute la partie logistique : récupération des livres, tri, nettoyage et préparation des commandes. C’est même lui qui a construit les premières étagères de la librairie.

Dans cette caverne d’Ali Baba, toute l'équipe accueille chaleureusement et oriente professionnellement les clients. Lirandco multiplie de plus les opérations promotionnelles et accepte Pass culture et Pass région. La visite des lieux au Teil est une expérience extraordinaire, une totale immersion dans le monde des livres, et donc une ouverture sur celui des rêves.

https://www.lirandco.fr/

Allée Henri Lextrait, 07400 Le Teil

Article publié dans le JTT du jeudi 16 avril 2026.

samedi 11 avril 2026

Plumes et oiseaux au Palais Idéal

Le facteur Cheval a parsemé son Palais de plusieurs nids d’oiseaux, messagers entre ciel et terre. L’exposition temporaire PARADE, dans l’espace muséal, est une invitation à les célébrer dans une symphonie de couleurs et matières.

Les grandes tapisseries lumineuses de Dom Robert (1907-1997), figure majeure de la tapisserie d’Aubusson, initié par Jean Lurçat, déploient une nature foisonnante où oiseaux, fleurs et feuillages traduisent une célébration du monde. Face à elles, les sculptures en plumes de Kate MccGwire (Anglaise née en 1964) convoquent l’oiseau d’une tout autre manière. Ses enchevêtrements de plumes, aux textures soyeuses et miroitantes, donnent forme à des créations énigmatiques et poétiques, mais surtout extraordinaires.

L’oiseau n’est pas le seul point commun des deux artistes avec Ferdinand Cheval ! Tapisseries ou décors abstraits de plumes, les œuvres exposées sont le fruit d’une répétition infinie de gestes, Dom Robert comme Kate MccGwire ayant la même patience, la même ténacité, que le célèbre facteur. Récolte des laines ou des plumes, tri puis assemblage minutieux, donnent un résultat final jubilatoire, dans les couleurs flamboyantes de la tapisserie ou le mystère des plumes assemblées.

Une exposition superbe, qui séduit d’emblée tous les publics. Pas besoin d’explication : la beauté suffit pour engendrer l’émotion.

Exposition Parade, du 13 décembre au 20 avril 2026 au Palais Idéal du Facteur Cheval, à Hauterives, Drôme.

Article publié dans le JTT du jeudi 16 avril 2026.