jeudi 12 février 2026

Amazônia, une explosion de vie et de couleurs

Dalva Duarte est une artiste peintre renommée internationalement, (le château de Tournon a eu le plaisir de présenter ses oeuvres en 2013). A Montélimar, au Musée d'art contemporain, l’exposition de ses toiles sur la forêt amazonienne a obtenu un tel succès qu’elle est prolongée jusqu’au 22 février 2026. Courez-y !

Dalva Duarte est née au Brésil, elle y revient régulièrement, et ne peut que constater combien la déforestation systématique de l’Amazonie impacte les hommes, les fleuves, et tous les êtres vivants. Lors d’un voyage effectué avec son père, quand elle avait 20 ans, à la recherche d’ancêtres Tupinambà, elle avait été frappée par la beauté et la puissance de cet océan vert qui nourrit la planète. Devenue un défenseur, un témoin, du fléau de l’exploitation sans limites, elle a décidé de se battre avec ses armes, les pinceaux.

L’exposition Amazônia présente ainsi une succession de grandes toiles mi abstraites mi figuratives réalisées dans des tonalités éclatantes, vertes (la canopée), rouges (le feu) ou bleues (l’eau). En suivant le grand serpent Boiùna, l’âme du fleuve, on découvre aussi les autochtones et leurs parures, qui vivent dans une extrême précarité, mais possèdent une infinie sagesse, celle de la terre, des forêts et des esprits.

Dalva Darte s’est installée en 2005 dans le village de Saint-Priest, à côté de Privas. Entouré des forêts ardéchoises, autre source d’inspiration, son moulinage rénové est devenu un centre culturel d’art. Pour elle peindre est une manière de participer au monde, et son engagement comme sa créativité se nourrissent de rencontres, d’émotions, de partage. Une grande dame de la peinture contemporaine et une belle âme.

Article publié dans le JTT du jeudi 12 février 2026.

jeudi 5 février 2026

Picturophonie, les peintures comme vous ne les avez jamais entendues

C’est à un spectacle totalement original que la Caval’Arte, lieu culturel privé (et prisé) à Tain, a invité les spectateurs dimanche. Comme le disait André Breton, « on peut faire avec de la peinture autre chose que de la peinture ! ». C’est ainsi que Lise Bouvier, talentueuse chanteuse de jazz, a laissé libre cours à son imagination devant des tableaux célèbres. Elle a écrit des chansons sur chaque sujet, mises ensuite en musique avec son complice Rémi Bioulès.

Le résultat est bluffant : tandis qu’une vingtaine de chefs d’œuvre de l’art défilent sur écran, Lise interprète ses chansons, appuyées par la musique de Rémi au piano ou au saxophone. De la Joconde à Guernica, de Botticelli à Matisse, de Courbet à Dali, les textes chantés racontent la vie ou l’imaginaire de leur auteur, en français, mais aussi en italien, en anglais, en arabe… ou en onomatopées. L’occasion de découvrir l’immense talent vocal de la chanteuse.

Le public a été intrigué et ravi par cette promenade sonore à travers les grands maîtres de la peinture. La Caval’Arte offre ainsi environ une fois par mois des concerts originaux, ainsi que des expositions et des dégustations, dans son caveau ou son jardin de la Marronnière à Tain. Pour connaître le programme, il suffit de s’inscrire sur le site : lacavalarte@gmail.com.

Article publié sur le JTT du jeudi 5 février 2026

On a fêté la Chandeleur à Tain

Dimanche 1er février, à la sortie de la messe dominicale, on pouvait se régaler sur le parvis de l’église de Tain. L’association Foi d’entrepreneurs avait organisé au profit de la paroisse une vente de crêpes sur place ou à emporter. Le succès a été tel qu’en quelques minutes tout était parti ! Une deuxième vente aura lieu dimanche prochain 8 février. L’association Foi d’entrepreneurs a proposé en outre un apéritif original : du champagne chocolaté.

Depuis son arrivée, le père Damien de Villepoix multiplie les innovations. Une page Facebook, un site, une application Oclocher et l’organisation de week-ends, pèlerinages, veillées, lectures, partagés … Un beau signe de vitalité pour la paroisse Saint-Vincent de l’Hermitage, qui regroupe les 12 communes du canton.

Article publié dans le JTT du jeudi 5 février 2026.

mardi 3 février 2026

Martic, un sculpteur atypique, empirique et sympathique

 Atypique, c’est ainsi qu’on pourrait qualifier le parcours de Eric Martin, né dans une famille de bricoleurs hors normes à Pont-de-l’Isère en 1970. Enfant, il passe ses loisirs dans l’atelier de son père, employé chez Rhône-Poulenc, à dessiner et créer ses propres jouets, pistolet ou guitare, avec des chutes de matériaux divers, à apprivoiser les machines, perceuse, scie, meuleuse… L’école ne le passionne pas, mais il obéit aux exigences paternelles en poursuivant ses études jusqu’au BTS d’action commerciale. Avant de partir à Londres en 1995, en stop, sans autre bagage que son énergie et son besoin de liberté.

Là-bas, il multiplie les petits jobs, puis s’engage dans un restaurant comme garçon de café. Eric a la bosse du commerce et gravit tous les échelons jusqu’à responsable de bar, enfin manager ! Tout cela dans l’ambiance déjantée de Carnaby street, où les normes sociales explosent sous la pression punk (Son logeur propose ouvertement « le shit et le couvert »). Il ira même jusqu’à Belgrade alors en guerre pour y retrouver une jeune fille serbe rencontrée à Londres. Une école de la vie, de la tolérance, une remise en cause des croyances, bien loin de la tranquillité drômoise, qui forgent son ouverture d’esprit, son empathie, sa curiosité.

Retour en France, il est employé par la fabrique de brioches Pasquier, ses compétences le font passer rapidement de chauffeur-livreur entre Aubagne et Marseille à chef des ventes puis responsable de l’établissement de la firme en Espagne. C’est alors que survient le drame, en 1999, un grave accident de voiture à Bollène, avec bras, jambe, vertèbres cassées, qui l’oblige à 6 mois d’hospitalisation. A sa sortie, pour s’occuper pendant sa rééducation, il pousse la porte de l’ancienne forge de son grand-père, essaye de la faire fonctionner. C’est une révélation, il y retourne chaque jour pendant les 6 mois suivants, apprend à forger, tordre, assembler toutes sortes de bouts de métal. Et prend la décision de suivre une formation AFPA de métallier-serrurier suivie d’une autre de ferronnier d’art.

En 2003, il crée sa propre entreprise de ferronnerie à la Roche de Glun, fabrique pergolas, portails, montées d’escalier, mobilier métallique. Sa passion et son imagination sont vite appréciées dans la région.  Chaque année, il présente un stand à la Foire du Dauphiné, et pour attirer le chaland, y expose une œuvre spéciale, personnelle, une sculpture en inox, un corps en mouvement, qui plaît beaucoup aux visiteurs. Jusqu’au jour en 2013 où l’aventure artistique l’emporte. Il décide d’être sculpteur sur métal à plein temps, sous le nom de Martic. Un grand saut dans le vide encouragé par son épouse.

Le succès est au rendez-vous, des galeries exposent les œuvres de Martic à Londres, Luxembourg, en Suisse, en Allemagne, ainsi qu’en France. Sa technique est empirique : d’abord un croquis, puis une structure modelée en argile, et pour la couverture, il part de petits rectangles d’inox qu’il galbe et assemble un à un. Un travail minutieux, de longue haleine, mais qui permet de corriger le geste à tout moment.  Quand l’ensemble est recouvert d’inox, Eric le scinde en deux parties, pour extraire et nettoyer la terre, avant refermer, de souder, puis de polir jusqu’à obtenir une sculpture rutilante et unique !

Le cheval cabré exposé dans la concession Ferrari de Genève va rejoindre la galerie Porsche de Montélimar. D’autres sculptures de Martic, sont exposées actuellement en Provence (domaine Patras) et dans le Tricastin, après avoir orné les entreprises Chapoutier et Pradelle, la galerie Axa de Valence ou le prieuré de Charrière. Une suite de rencontres riches de sens avec le public, conquis par la beauté mystérieuse des œuvres, qui permet à l’esprit de s’échapper dans le rêve.

Pour suivre l’actualité de Martic, consultez le site : www.martic-art.com 

Article publié dans Regard Magazine de janvier 2026.   

jeudi 29 janvier 2026

Oser penser par soi-même, une formidable leçon de philo

A l’invitation de l’Université Populaire, mardi soir à la salle Trenet, une cinquantaine de personnes a assisté à la conférence de Gérard Bouchet intitulée « Oser penser par soi-même ». Un régal de l’esprit, tant le conférencier a su partager ses réflexions avec maestria et simplicité. Il faut dire que Gérard Bouchet, docteur en philosophie, auteur et professeur émérite, domine son sujet. Il est aussi le fondateur de l’observatoire de la laïcité en Drôme-Ardèche. La leçon a débuté par ces mots : « Le but de l’enseignement est que l’élève construise sa pensée pour un jour se passer de maîtres ».

Oser penser par soi-même est un art difficile, qui se construit par la connaissance et la raison. Des conditions sont nécessaires : D’abord se détacher des assignations obligatoires, des idées reçues, dues à l’éducation, la mode, le groupe…  S’interroger aussi sur la nature des informations reçues avant de se forger une conviction. Enfin distinguer ce que l’on croit de ce que l’on voit. Un sacré programme !

Plusieurs obstacles se dressent sur le chemin : Le premier et le plus important, c’est notre paresse, notre faiblesse originelle, qui trouve facile et confortable de se laisser guider. L’éducation reçue à l’école comme en famille transmet un modèle de comportement auquel il faut savoir désobéir. Or le besoin d’appartenance à un groupe affaiblit la pensée autonome. Et la soumission à une autorité est bien pratique pour s’exonérer de la responsabilité de ses actes. « Il n’y a pas une idée qui vaille qu’on tue un homme ». 

Comment sortir de la dépendance ? Pour répondre à cette question, Gérard Bouchet a convoqué les grands philosophes, en multipliant citations et anecdotes. Un festival d’intelligence qui donne envie de lire Socrate, Kant, Montaigne, Descartes, Spinoza, Bachelard… qui tous prônent le doute, le questionnement et l’imagination.

A l’heure où news et fake news s’entremêlent dangereusement, il est nécessaire de faire preuve d’esprit critique. Cette conférence très appréciée a stimulé la prise de conscience du public. Et justifie une leçon de philo au JTT !

Article publié dans le JTT  du jeudi 29 janvier 2026.

samedi 24 janvier 2026

Oïjha, une fée venue du Groenland, au Palais delphinal

Le Palais delphinal de Saint-Donat accueille depuis décembre une exposition hors du commun, Auroras corpus, de la plasticienne et performeuse Oïjha, venue du Groenland où elle vit. Par quel hasard cette muse des glaces est-elle arrivée dans la Drôme ? Simplement par l’achat d’une maison avec atelier, à Saint-Donat, où Oïjha a l’intention de s’installer, entre deux séjours polaires.

Depuis 8 ans, Oïjha vit parmi les Inuits, dans le village de d’Akunnaak, Oïjha, c’est le nom qu’ils lui ont donné quand ils l’ont adoptée.  Mais elle n’est pas du tout originaire de ce pays, elle est née en France en 1981, a passé une partie de son enfance en Norvège, ce qui lui a donné le goût du Grand Nord. Après de solides études, docteure en Sciences humaines, elle a poursuivi une carrière de diplomate et d’experte polaire aux côtés de Michel Rocard, alors ambassadeur des pôles. Car les pôles, aux avant-postes du changement climatique, sont des régions de plus en plus stratégiques : les perspectives d’exploitation de ressources et d’ouverture de nouvelles routes maritimes confèrent à l’Arctique et l’Antarctique une nouvelle importance que se disputent les grandes puissances. Oïjha travaillait principalement sur la base française Dumont d’Urville en Terre Adélie, accessible depuis l’île de la Réunion. C’est là qu’elle a exposé ses premières créations.

Car depuis 2003, elle a développé parallèlement sa pratique artistique. En immersion au sein des déserts polaires, où l’on ne peut compter que sur soi, elle a créé des œuvres mystiques, avec son corps comme medium. Médium dans tous les sens du terme, puisque Oïjha, s’inspirant de son expérience spirituelle, de ses méditations solitaires sur la banquise, entre aurores boréales et chasse aux phoques, enduit son propre corps de peinture (indigo ou encre de seiche) pour l’imprimer sur des anciens draps de lin, hommage à sa grand-mère. Dans des tonalités bleues en hommage à Klein ou noires pour saluer Soulages ou Fabienne Verdier.  Elle dessine et crée aussi des robes où le textile est magnifié par la brillance des peaux de phoque, les blessures des animaux étant recouvertes de perles.

Parcourir l’exposition avec Oïjha est un voyage magique. Sa présence enchante et envoûte le Palais delphinal. Déesse des neiges ou fée des glaces, extraterrestre en tous cas, sa voix cristalline, sa lumière intérieure, ses propos induisent chez le visiteur questionnement, rêve et admiration. Polaire et solaire, elle explique avec une simplicité poétique sa démarche, son respect de l’univers sous et sur la glace, sa communion avec les esprits, et propose des vidéos pour illustrer ses performances.

Bref, Aurora corpus est une exposition totalement étrange, une expérience qui décoiffe ! Mais l’art n’est pas tout. Depuis l’annonce de Trump concernant l’annexion du Groenland, Oïjha se mobilise, le consulat français va rouvrir et elle y aura sa place pour fédérer les habitants de ce pays dans leur opposition au projet.

Exposition visible du 6 au 18 janvier 2026 au Palais delphinal de Saint-Donat. Ensuite Oïjha repart au Groenland, mais elle sera de retour à Saint-Donat pour le festival Bach en juillet-août 2026.

Article publié dans le JTT du jeudi 22 janvier 2026.

dimanche 18 janvier 2026

Chronique littéraire : Le château des insensés, de Paola Pigani

Ce n’est pas un conte de fées, loin s’en faut, mais l’histoire de l’évolution d’une institution psychiatrique pendant la deuxième guerre mondiale. Saint-Alban en Lozère sera le laboratoire   d’une nouvelle façon de soigner les patients, ces fous que jusque-là on se contentait de maîtriser par médicaments ou par contrainte.

Dans le château de Saint-Alban, en plus des patients ordinaires arrivent des patients transférés depuis Paris, depuis l’Alsace, par le « train des fous ». Des médecins s’y joignent, recrutés par le Docteur Balvet, responsable des lieux, comme le Docteur Tosquelles, psychiatre catalan ayant fui Franco. Tosquelles participe à la transformation de l’asile de Saint-Alban dès son arrivée. Pour ne pas voir les patients mourir de faim, il ouvre les portes de l'asile et envoie ses malades aux champs pour y aider les paysans locaux qui, en retour, les rémunèrent en denrées alimentaires.  Par suite, l'asile accueille aussi clandestinement des réfugiés, des maquisards, des Juifs.

Tosquelles crée des clubs thérapeutiques où patients et soignants se réunissent sur un pied d'égalité. Le patient y développe ses capacités d'agir, de s'organiser et prendre des initiatives.  Il forme certains pensionnaires au métier de soignant. Il encourage la création artistique chez les malades, favorisant l’art brut, appuyé par Paul Eluard, accueilli parmi les réfugiés en 1942.

Paola Pigani retrace cette épopée avec précision, délicatesse et poésie, mêlant quelques personnages fictifs à l’histoire réelle de l’asile pour humaniser le récit. Ainsi Jeanne, une jeune femme qui a perdu pied après la mort de son bébé, et qui renaîtra à la vie. De nombreux  gardiens, bonnes sœurs, malades, soignants, seront aussi transformés par cette nouvelle approche thérapeutique. 

François Tosquelles (1912-1994) lui, a réellement existé, il est considéré comme le père de la psychothérapie institutionnelle. Paola Pigani lui rend ici un bel hommage, ainsi qu’à la communauté de Saint-Alban, qui a participé à l’histoire de la médecine et de la Résistance. Un roman nécessaire et éclairant.

« Le château des insensés » est disponible en poche aux éditions Liana Levi.

Chronique publiée dans le JTT.