jeudi 26 mars 2026

Chronique littéraire : Et vous passerez comme des vents fous, de Clara Arnaud

Un grand souffle poétique passe dans ce livre, celui de la montagne sauvage et inhospitalière. Une montagne qui ne connaît que sa loi, malgré les tentatives d’apprivoisement par les humains et les animaux.

L’incompréhension grandit entre deux visions, celle de Gaspard le berger, responsable de 800 brebis dans les Pyrénées. Et celle d’Alma, éthologue, qui étudie le comportement des ours. Tous deux communient avec la montagne, mêlant leur existence à celle des bêtes. Mais comment réguler la cohabitation entre les deux espèces ? Entre les théories idéalistes des scientifiques et la pression des éleveurs qui protestent devant la disparition de leurs bêtes, le conflit est inévitable.

Pour Clara Arnaud, le sujet mythique, c’est l’ours. Elle agrémente son récit en intercalant l’histoire de Jules, un montreur d’ours du début du XXe siècle, qui illustre aussi la difficile cohabitation entre l’homme et la bête. Pas de mièvrerie dans son roman, loin des clichés faciles. Pas de promeneurs du dimanche ni de professionnels de l’exploit. La vérité de la montagne est dans l’extrême solitude, là où force de caractère et abnégation vont de pair avec liberté totale.

Clara Arnaud est une écrivaine née à Paris en 1986. Voyageuse au long cours, à cheval, à vélo, en train, elle a sillonné l’Europe, le Canada, la Chine…  et publié de nombreux récits de voyage.

« Et vous passerez comme des vents fous » est disponible en poche chez Actes sud.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 19 mars 2026.

lundi 23 mars 2026

Rebecca et son piano voyageur

Rebecca Chaillot est une pianiste internationale. Elle se produira en concert à la Chapelle des Saints-Coeurs de Tournon dans le cadre des "Voies de Bach"  le samedi 28 mars 2026. Pour Vochora elle interprétera les Variations Goldberg, de J.S. Bach.

Rebecca Chaillot a débuté au piano à l'âge de quatre ans et joué en public des œuvres de Haydn trois ans plus tard. Après de longues années d'études, diplômée des conservatoires de Montpellier et Genève, ainsi que de l'université de Bloomington, dans l'Indiana, elle se produit comme soliste et chambriste partout en Europe et dans le monde.

Car Rebecca a le voyage dans le sang, et elle s’est donné les moyens de satisfaire à ses deux passions, le piano et le voyage, en se dotant d’un robot et d’un camion. Le robot, c’est un pianolift, outil révolutionnaire qui permet à cette frêle jeune femme de transporter seule son instrument. Le camion, c’est un Jumper dans lequel on peut caser les 2 m de hauteur du piano. Et Rebecca peut faire des tournées partout en France, sans avoir besoin de louer un instrument à chaque fois. Elle s’est ainsi produite en octobre dans diverses petites salles de Drôme et Ardèche, Privas, Montbrun-les-Bains, Livron et … Colonzelle, minuscule village de la Drôme provençale.

Colonzelle, c’est désormais le port d’attache de cette Drômoise née à Dieulefit, qui partage l’affiche avec des stars comme Renaud et Gautier Capuçon. En 2018, elle a acheté à Colonzelle une vieille ferme en ruines, l’a restaurée et aménagée pendant 6 ans, pour en faire à la fois un vaste lieu de vie ainsi qu’une salle de spectacle et d’enregistrement. Plus encore, elle y accueille des artistes en résidence, donne des concerts et des masters class avec des musiciens de renom : Edna Stern (piano), Henri Demarquette (violoncelle) ...

Le Petit Palais de Chaillot, c’est le nom malicieux qu’elle a donné à ce lieu magique dédié à la musique. Elle y a créé en 2018 l’association « musiques transportées » pour promouvoir et développer la musique et l'art, les rendre accessibles à tous. Une cagnotte est actuellement en cours pour restaurer une pièce rare, un piano Bösendorfer, fatigué après 500 concerts en 6 ans.

Si Rebecca a pris récemment l’avion pour donner des concerts en Inde (à Pune (Poona)), en attendant de repartir pour Bangkok, elle rêve d’organiser bientôt un Colonzelle-Pékin avec son piano et son camion. Rien n’effraie cette jeune femme éprise de liberté et d’aventure, pour qui la musique est un langage universel, qui se joue des frontières.

https://www.rebeccachaillot.fr/

https://www.helloasso.com/associations/musiques-transportees

https://vochora.fr/

Article publié dans Regard Magazine de février et dans le JTT du jeudi 19 mars 2026.

jeudi 19 mars 2026

Champis, le circuit des mégalithes

Le village de Champis mérite le détour pour plusieurs raisons. Pour y arriver, il faut traverser un paysage de toute beauté, le plateau ardéchois (qui n’a rien de plat), une terre volcanique traversée par le Duzon, où se succèdent collines, vallons, hameaux, forêts et prairies. De nombreux sentiers balisés y ménagent des points de vue sur le Vercors et les Monts d’Ardèche. Mais ce qui fait toute l’originalité des hameaux de  Champis, ce sont les crêtes jonchées d’énormes blocs de granite arrondis, résultat d’une érosion très ancienne du socle rocheux. Une géologie particulière qui a modelé l’habitat rural et forme encore les fondations de certaines fermes.

La municipalité de Champis- La Bâtie a balisé un superbe circuit des mégalithes, qui permet d’apprécier ces pierres grandioses, reliées entre elles par des chemins processionnels. Ces mégalithes attestent d'un habitat celte antique en Ardèche, de communautés vivant principalement de l'élevage. Pierre à bassin, pierre à offrande, représentations humaines et animales, pierres en équilibre… On ne peut que penser à des hommages rendus aux dieux et aux anciens, dans ce mystérieux environnement tellurique.

Les 4 km du sentier des mégalithes sont accessibles facilement depuis la mairie, et ménagent nombre de blocs extraordinaires. Un plaisir des yeux et un sentiment d’éternité, dans une nature bucolique, qui peut aussi compléter un plaisir gastronomique à l’excellent resto du village.

Article publié dans le JTT du jeudi 19 mars 2026.

samedi 14 mars 2026

La nouvelle école de piano et orgue de Tournon

Depuis la rentrée de septembre, une école de piano et orgue s’est installée à Tournon au couvent des Saints-Cœurs, sous la houlette de Audra Olejniczak. Audra, professeur de piano à la Roche de Glun, avait déjà de nombreux élèves tournonnais, dont les parents souhaitaient qu’elle ouvre une école à Tournon. Mais trouver un local ne fut pas une mince affaire ! Après avoir sollicité la mairie, les associations, les connaissances, finalement la solution a été proposée par M. le curé Sellier. Il a demandé aux sœurs du couvent des Saints-Cœurs si elles pouvaient l’accueillir. Affaire conclue, l’école de piano et orgue est maintenant installée dans une aile du couvent.

Vendredi soir une petite cérémonie a réuni les élèves tournonnais (dix-sept, de 7 à 77 ans), leurs parents, les sœurs, Audra leur professeur, et le curé de Tournon pour fêter cette implantation et bénir la classe de piano. Une bénédiction originale pour le père Sellier, lui-même musicien, qui a rappelé que l’homme cherche la spiritualité à travers le vrai, le bon, mais aussi le beau, donc l’art, et particulièrement la musique. Puis les élèves se sont succédé pour interpréter leurs morceaux favoris, non sans stress ! Un stress qui a vite disparu lorsque les adultes ont rejoint le superbe buffet préparé par Patrick, le mari d’Audra. Les enfants se sont alors déchaînés sur les pianos, improvisant, jouant à deux ou quatre mains, sans plus aucune gêne, montrant ainsi leur plaisir à jouer.

Rappelons qu’Audra, d’origine lituanienne, a étudié le piano et l’orgue en Lituanie puis à Saint-Pétersbourg. Depuis 2025, elle est titulaire des orgues de la collégiale Saint-Barnard à Romans mais anime aussi de nombreuses célébrations à Tournon, à Tain et dans toute la région, en plus de ses cours. Elle se dépense sans compter, et bientôt grâce à elle une nouvelle génération pourra prendre la relève.

Article publié dans le JTT du jeudi 12 mars 2026.



lundi 9 mars 2026

La navigation sur le Rhône, innovations d’hier et d’aujourd’hui

Tel était le titre de la conférence donnée par les Amis du Musée et du Patrimoine mercredi 25 février à Tournon. Un public captivé a suivi l’exposé brillant de Michel Raffin, Président de l’Alliance des Rhodaniens, amoureux du Rhône depuis toujours. Le Rhône se distingue des autres fleuves par une contrainte géographique : sa forte pente. « Pas navigable mais toujours navigué ! » s’amuse le conférencier. Depuis les pirogues taillées dans des troncs d’arbre au néolithique, jusqu’aux péniches et paquebots de croisière, les innovations ont marqué son histoire.

D’abord dans la fabrication des bateaux, leur calfatage, puis dans l’organisation de la remontée du fleuve : au 13e siècle, on réquisitionne des « broches » de haleurs par milliers, ensuite des équipages de chevaux. Enfin aux 18e et 19e siècles sont venues les innovations industrielles, machine à vapeur, chaudière tubulaire (Merci M. Seguin). La thermodynamique a entrainé l’âge d’or de la navigation, interrompu en 1856 par l’arrivée d’un concurrent imprévu : le chemin de fer. Le nombre de bateaux fut divisé par 10 en 10 ans !

La navigation a persisté en multipliant les innovations hydrodynamiques, c’est-à -dire les travaux sur le lit du Rhône. A l’origine formé d’une succession de lônes variant au gré des crues, le Rhône a été doté autour de 1880 de digues submersibles en épi, qui le contraignaient à creuser lui-même son lit, permettant une navigation plus aisée. Au 20e siècle, l’utilisation du Rhône jusque-là principalement dédiée à la navigation, se voit encadrée par la CNR, créée en 1933, pour favoriser aussi l’agriculture et la recherche d’énergie. Des barrages sont construits, mais la quantité de fret diminue, victime de la concurrence des camions et du train et du choix politique de ne pas réaliser la jonction Rhin-Rhône qui cloisonne le trafic.

Une embellie se dessine cependant avec l’installation de l’armateur de porte-conteneurs CMA CGM, entreprise mondiale, ainsi que la multiplication inespérée des bateaux de croisière : 26 en saison ! En conclusion, Michel Raffin évoque cette phrase de Jean Jaurès : « C’est en allant vers la mer que le fleuve reste fidèle à sa source ». A méditer.

Article publié sans le JTT du jeudi 4 mars 2026. 

mardi 3 mars 2026

Chronique littéraire : L'Italien, de Arturo Pérez-Reverte

Pourquoi un auteur espagnol s’intéresse-t-il à un Italien ? C’est la surprise de ce roman qui se passe pendant la deuxième guerre mondiale. Où ça ? A Gibraltar, enclave anglaise sur la côte sud de l’Espagne, un site stratégique.

Un rappel de la situation s’impose car l’auteur nous raconte des faits réels précis et pourtant ignorés. En 1942, les Italiens sont alliés aux Allemands, les Anglais alliés aux Français, et l’Espagne de Franco reste territoire presque neutre. A côté de Gibraltar, côté espagnol, une unité de plongeurs de combat italiens est dissimulée dans un vieux rafiot. Ces plongeurs sont utilisés comme torpilles humaines pour saborder les bateaux de guerre de la Royal Navy qui stationnent dans le port de Gibraltar. C’est-à-dire qu’ils partent de nuit à cheval sur les torpilles, nagent le plus discrètement possible jusqu’au port, placent les charges explosives sous les navires de guerre, avant d’essayer de fuir. Un exploit demandant un entraînement sportif intense, une maîtrise totale de soi et un dévouement exceptionnel. 

Teseo est l’un de ces plongeurs. Blessé par l’explosion d’une charge, il est recueilli sur la plage d’Algésiras (Espagne) par Elena, une libraire qui n’a pas froid aux yeux. Clandestinement, elle le soigne et découvre peu à peu les agissements du groupe de marins italiens, se mettant elle-même en grand danger. Un roman passionnant qui nous fait « plonger » avec ces marins dans une aventure méconnue, où les protagonistes, même s’ils sont du mauvais côté, ne peuvent que soulever notre admiration. Ils font leur devoir, et leur rendre hommage par ce livre est une belle façon de les honorer.

Arturo Pérez-Reverte est un auteur et scénariste espagnol né en 1951. Diplômé en sciences politiques et en journalisme, ancien correspondant de guerre, son œuvre littéraire est à mi-chemin entre policier et roman historique, à la fois enlevée et très érudite, récompensée par de nombreux prix.

L’Italien est disponible en poche chez Folio.

Chronique publiée le 26 février 2026.

dimanche 1 mars 2026

Le concert solidaire du Secours Populaire : Une soirée exceptionnelle autour de Gérard Morel

Samedi 21 février, le théâtre de Tournon affichait complet pour le concert du Secours Populaire. Comme chaque fois depuis 9 ans, le chanteur et compositeur tournonnais Gérard Morel a organisé le spectacle, en convoquant ses amis musiciens, Hervé Peyrard et Thomas Pitiot aux guitares, Nathalie Miravette au piano. Le répertoire de Anne Sylvestre, dont elle fut la pianiste, a été à l’honneur, ainsi que les chansons personnelles des invités, mêlant humour, tendresse, poésie et militantisme. Mais ce sont les interventions burlesques de Emma la clown qui ont enflammé le public. Interrompant, mimant, questionnant, commentant ou chantant, elle a été le liant fédérateur de cette soirée, où la qualité des professionnels, valorisée par l’ambiance décontractée et conviviale, a enthousiasmé les spectateurs.


Mention spéciale à tous les bénévoles du Secours Populaire qui ont assuré la logistique, la restauration, l’accueil, et le rangement, déployant beaucoup d’énergie pour assurer le succès de cette soirée. Après les avoir remerciés, Gérard les a fait monter sur scène pour chanter ensemble « La crique et la caillette ». Un savoureux moment de partage, pour célébrer une grande cause, la solidarité.

Aticle publié dans le JTT du jeudi 26 février 2026.