dimanche 31 mai 2026

Trois concerts décontractés à Tain et Tournon

Un week-end de Pentecôte dédié à la détente et au travail musical dans la vallée du Doux, c’est ce qu’ont vécu 16 adolescents, encadrés par 3 professeurs, de l’école de musique des Côtes d’Arey (commune proche de Reventin-Vaugris). L’orchestre a présenté chaque jour un concert en plein air l’après-midi, le samedi dans les jardins de la mairie de Tain, le dimanche au camping des Foulons et le lundi sur les quais de Tournon.

Sous les bienfaisants ombrages des platanes, les instruments à vent, flûtes, saxo, trompette, cor, clarinette, hautbois … ont mis en valeur un programme consacré entièrement aux Blues Brothers.  Chapeau noir, gestuelle swinguée, la prestation de l’école de musique a été appréciée par un public trop peu nombreux hélas, faute de publicité.

Tous les deux ans, l’école des Côtes d’Arey propose ainsi à ses élèves un temps de convivialité, destiné à renforcer la cohésion du groupe, tout en assurant un travail musical. Son chef Alexis Falempin souligne l’engagement des élèves qui s’autofinancent pour ce séjour, en organisant diverses manifestations tout au long de l’année. Les bienfaits de l’opération sont évidents, à voir le plaisir et l’aisance avec lesquelles les élèves ont donné leurs concerts, entre deux séances de piscine.

mercredi 27 mai 2026

Aurélien résout vos petites galères

 Aurel multiservices. C’est le nouveau commerce qui s’est ouvert il y a 3 semaines à Tain l’Hermitage. Un commerce de proximité comme on les aime, qui résout tous vos problèmes de cordonnerie, serrurerie et plus encore. Car Aurélien, en plus de ses compétences en tous ces domaines, sait d’abord accueillir et écouter les clients. Pour pouvoir les satisfaire, avec l’amour du travail bien fait.

Aurélien a 38 ans, il exerçait son métier depuis 7 ans à Saint-Vallier quand, lassé de son implantation dans un centre- ville déserté, il a décidé de venir s’installer dans un lieu plus vivant, au cœur de la ville de Tain, sur la N7, face à la place du Taurobole. Et il s’en félicite ! La mairie l’a aidé à trouver un local, l’a soutenu dans les démarches, Aurélien s’est senti accueilli. Et tout de suite la clientèle a afflué. Tennis, sneakers, escarpins, chaussures de rando, bottes … il sait s’occuper de toutes les chaussures, rénover, ajouter un patin, recoller une semelle, un talon, pour qu’on s’y sente bien. Cirages, lacets, semelles, ainsi que ceintures complètent son activité de cordonnerie.

Mais Aurélien a quelque chose en plus : une double formation. Il est aussi un pro des clés, d’appartement, de voiture, de boîte aux lettres, de badges, capable de les refaire à la demande. Sa connaissance pratique se double d’une maîtrise totale des techniques numériques. D’ailleurs, quand le travail est fini, c’est avec une photo et un SMS qu’il avertit son client.

La gravure est une autre corde à son arc, il réalise plaques et tampons, teste même son matériel sur divers supports. Ainsi, il a gravé « je t’aime » sur un fromage de sa voisine Karine, pour l’offrir à sa femme ! Aurélien est un artisan de talent, passionné par son travail, qui n’hésite pas à innover pour la beauté du geste.



jeudi 21 mai 2026

Un repas chez Marcon


Le plus difficile est de réserver une table, il faut s’y prendre 6 mois à l’avance. Mais une fois le rendez-vous pris, tout n’est plus que luxe, calma et volupté. Saint-Bonnet-le-Froid porte bien son nom en cette journée hivernale. Le restaurant Marcon, labellisé Relais et Châteaux, un peu à l’écart du village, totalement intégré au paysage, domine les montagnes du Velay et du Vivarais. Du garage couvert, un passage vitré orné de sculptures mène au restaurant et à la boutique. Partout, chaleur et lumière, ouverture sur la nature et omniprésence du bois dans l’architecture et la décoration.

Personnel nombreux et attentionné, accueil avec une mini infusion de verveine. La carte offre le choix entre deux menus, Vellave (250€) ou Entre Velay et Vivarais (370€) et un parcours personnalisé. Dans le copieux livre des vins on trouve tous les cépages, les régions et les prix, jusqu’au Romanée-Conti à 9950€ ! Nous prenons l’apéritif conseillé, à base de cointreau et verveine, avant un Crozes-Hermitage de Yann Chave. Et les amuse-bouches défilent, tous plus originaux les uns que les autres. Car déjeuner chez Marcon, ce n’est pas simplement dérouler les plats du menu, c’est découvrir le festival de miniatures qui les entourent : amandes fumées au sapin, cake aux cèpes, chips de lentilles, mousse de topinambour à la noisette, et de merveilleuses bouchées de légumes qui sont autant d’œuvres d’art, avec leur décoration de fleurs et graines délicatement posées à la pince !

Voyage en hiver, c’est le thème inscrit dans l’assiette de présentation du moment. La Haute-Loire et l’Ardèche, frontières naturelles, inspirent au quotidien les recettes du chef, les produits locaux et de saison enrichissent le menu : champignons, châtaignes, cardons. Aujourd’hui, ils accompagnent les rougets en escabèche, lieu jaune de ligne et poularde fermière. Pour agrémenter le repas, qui ne dure pas moins de quatre heures, une visite des cuisines est proposée, on peut y voir Paul Marcon, Bocuse d'Or 2025, en plein travail au milieu de sa brigade. Quant à Jacques et Régis, ils passent vers chaque table pour s’enquérir de notre bien-être. Un échange simple et convivial qui s’accorde à l’esprit des lieux.

Après les fromages et avant le dessert, la farandole des mignardises est un régal des yeux et des papilles, mandarine et courge, chocolat et cèpes, caviar de lentilles, les mélanges audacieux dans des présentations originales forcent l’admiration. Mais comment font-ils ?

Une cinquantaine de personnes travaillent ici, une centaine en comptant le bistrot Coulemelle, l’hôtel, le spa, la boulangerie… La maison Marcon fait vivre le village de Saint-Bonnet-le-Froid, elle l’a totalement redynamisé dans un esprit de partage et de respect de la nature. La fréquenter une fois, pour le plaisir des sens, est une cérémonie gastronomique qui se prépare et qui se goûte.

Article publié dans le JTT du jeudi 21 mai 2026.

mercredi 13 mai 2026

Boffres, patrie de Vincent d'Indy

Le village ardéchois de Boffres domine un beau paysage ouvert, de la campagne vivaroise jusqu’aux Alpes. Bâti sur un promontoire au milieu de châtaigniers, Boffres doit son nom au vent froid qui souffle dans cette région le balfredo. Le village a gardé son caractère moyenâgeux, des artisans s’y sont installés, et en grimpant à travers ses calades, on arrive à une haute tour du 13e siècle, vestige du château médiéval. A côté, l’ancienne chapelle du château, devenue l’église paroissiale, a été âprement disputée pendant les guerres de religion et maintes fois restaurée. Tout autour du village, de nombreuses randonnées permettent de profiter de la nature agricole et d’admirer de belles bâtisses de pierre.



Boffres est le fief de la famille d’Indy, connue surtout par le musicien et compositeur Vincent d’Indy.  Né à Paris en 1851, celui-ci découvre Boffres à l’âge de 13 ans, en vacances chez sa grand-mère dans la demeure de Chabret. C’est là qu’il tombe amoureux du Vivarais et de sa cousine, Isabelle de Pampelonne, qu’il épouse en 1875 dans la chapelle de Chabret. Musicien brillant, élève de César Franck, sa carrière et sa célébrité commencent dès 1873. Il voyage beaucoup, fréquente Liszt, Wagner, Brahms. En 1896, il fonde à Paris avec ses amis Charles Bordes et Alexandre Guilmant la Schola Cantorum, prestigieuse école de musique, dont il assure la direction jusqu’à sa mort en 1931.

En 1880 il achète un terrain à Boffres et fait appel à un architecte valentinois, Ernest Tracol, élève de Viollet-le-Duc, pour faire construire un château sur une terrasse surplombant la campagne, avec vue sur le Mont-Blanc. La famille s’y installe en 1890. Vincent d’Indy vit à Paris, mais passe trois mois chaque été à Boffres, où la nature l’inspire beaucoup. Il y invite de nombreux artistes jusqu’en 1920. Son arrière-petit-fils, Christophe d’Indy a restauré le château pour en faire une résidence hôtelière de luxe.

Mais à Boffres, l’ambiance reste plutôt simple et écolo, on cultive le local et la convivialité, avec deux auberges, des gîtes, une bibliothèque et une animation festive régulière. Seul bémol, aucune manifestation ne rend hommage à l’enfant du pays, Vincent d’Indy, le compositeur de la symphonie Cévenole ! 

Article publié dans le JTT et La Tribune du jeudi 14 mai 2026.

mercredi 6 mai 2026

Coeur noir, de Silvia Avallone

Dans un minuscule village de montagne, Emilia, une jeune femme déjantée, vient s’installer provisoirement. De sa fenêtre, Bruno, l’unique habitant, l’observe, il n’apprécie pas cette intrusion dans son espace de solitude. Chacun des deux protagonistes porte en lui un lourd passé, chacun essaie de survivre à sa façon. La relation qui va se nouer entre eux, dans un silence total sur leurs problèmes, sera source de malaise jusqu’au jour où toute la vérité explosera.

Une histoire passionnante, bouleversante, une étude au scalpel de la culpabilité et de ses ravages. Pour Silvia Avallone, la vie parfaite n’existe pas, son roman ouvre vers une résilience, possible mais chaotique. Le somptueux cadre de montagne constitue un remède aux peines existentielles, car la beauté de la nature peut soigner les âmes meurtries. Mais cela ne suffit pas, il faut faire éclater les non-dits.

Silvia Avallone est un des grands noms de la littérature italienne contemporaine. Née à Biella dans les Alpes piémontaises, en 1984, elle a connu un succès immédiat dès son premier roman, en 211 : D’acier. Ses romans, situés autour de Bologne où elle vit, approfondissent les problèmes de société actuels sans misérabilisme mais avec beaucoup d’acuité.

Son roman est disponible en Piccolo chez Liana Levi.

Chronique publiée dans le JTT. 


jeudi 30 avril 2026

Surya Bonaly vue par Chloé Célérien : "Le feu sur la glace ", un roman graphique


Chloé est née à Valence en 1982 dans une famille passionnée de sport. Son père était l’entraîneur du Valence Sportif, l’équipe de rugby locale, au stade des Baumes. Après un cursus scolaire au lycée Saint-Victor, elle a poursuivi ses études à Sciences Po Grenoble, option journalisme. Et comme très tôt elle avait voulu jouer au rugby, et qu’on lui avait répondu « ce n’est pas un sport de fille », elle y a créé la première équipe de rugby féminin. Pas étonnant non plus que son mémoire final s’intitule « La place des femmes dans le journalisme sportif ». Rebelle, elle aussi.

Montée ensuite à Paris, elle a travaillé à la TV pendant 15 ans comme journaliste, notamment aux côtés de Thierry Ardisson. Avant de se tourner vers une nouvelle voie, l’écriture de BD. Le Covid a été déterminant dans sa décision de changer de vie. Résultat : déjà 4 BD à son actif, toujours en lien avec le sport. En 2021, « Générations poing levé » raconte l’histoire de 10 sportifs qui ont pris des risques, Mohamed Ali, Socrates, Megan Rapinoe… Ont suivi en 2025 des ouvrages sur la footballeuse Grace Geyoro, puis sur les célèbres joueurs de ping-pong, les frères Lebrun (sous forme de manga). Aujourd’hui, c’est Surya Bonaly, la célèbre patineuse qui est à l’honneur. Chloé s’entoure de graphistes et coloristes pour illustrer ses ouvrages.

Une amitié est née entre Surya et Chloé, depuis l’écriture de « Générations Poing levé » où Surya figurait en bonne place. Car sa carrière illustre parfaitement le thème, une lutte constante contre les préjugés. Être noire, athlétique, coachée par sa mère, qui créait aussi ses tenues éclatantes, n’entraient pas dans les critères du monde du patinage il y a 30 ans. Surya après avoir brillé pendant des années aux championnats de France, d’Europe et du monde, a terminé sa carrière en amateur en osant le backflip, un saut interdit en compétition, aux J.O. de Nagano en 1998. Et en étant éliminée. Alors qu’aujourd’hui ce saut est repris et plébiscité par le champion Ilia Malinin.

Chloé, parallèlement à son activité d’écriture, est maintenant reconnue comme experte en éducation à travers le sport. Elle multiplie les interventions dans les écoles, collèges, lycées et structures sociales pour faire réfléchir sur le sexisme, le racisme et promouvoir l’éducation à travers le sport. Elle revient régulièrement en terre familiale, intervient dans des lycées à Romans et Valence. Le 20 mars, son exposé à la fac de sport de Valence a été très éclairant sur les combats qu’il faut encore mener quand on est une sportive. Car si de nombreux sports ne sont plus interdits aux femmes, ce sont encore les hommes qui dictent les règlements, comme par exemple pour le choix des tenues imposées (sexy mais pas pratiques), pour la visibilité dans les médias (limitée), et surtout pour l’attribution des salaires !

Article publié dans Regard Magazine de mars 2026.

jeudi 23 avril 2026

Tain et la marquise de Sévigné

Cette année on célèbre à Grignan le 400e anniversaire de la naissance de Madame de Sévigné, en 1626, avec une multitude d’animations et d’expositions. Pourtant, elle n’est pas née à Grignan ! Elle venait y visiter sa fille, à qui, entre deux séjours, elle écrivait depuis Paris environ une lettre par jour, d’où la fameuse Correspondance.

La ville de Tain a elle aussi une importance essentielle, mais peu connue, dans la vie de la Marquise : c’est là qu’elle fut sauvée de la noyade en juillet 1672 par les mariniers locaux. La barque sur laquelle elle voyageait depuis Lyon s’est retournée dans le Rhône furieux. La Marquise en a gardé une hantise du fleuve et une profonde reconnaissance pour le notable qui l’a recueillie, séchée, hébergée, Monsieur Bergier. Comme l’époque interdisait aux femmes d’écrire à des hommes qui n’étaient pas de leurs connaissances, la célèbre épistolière n’a pas pu remercier par lettre son hôte. C’est donc son gendre, François de Grignan, qui adressa ensuite ses remerciements à Monsieur Bergier.

Quand les élèves du CE2 de l’école Jean Moulin de Tain ont pris connaissance de cette histoire, ils ont été passionnés. Véronique Pic, leur institutrice, a alors demandé aux enfants d’écrire à la place de Madame de Sévigné une lettre de remerciement à Monsieur Bergier. Leurs lettres sont actuellement exposées au château de Grignan, jusqu’au 3 mai, accompagnées de la maquette de la passerelle qui symbolise le Rhône et rappelle leur projet scolaire « Patatrac ».

Cela donne des idées d’animation festive à Tain. Si on imaginait une reconstitution du naufrage qui mobiliserait toutes les énergies de la ville ? Le bateau se renverserait (club d’aviron), une femme de lettres tomberait à l’eau, récupérée par les sauveteurs (pompiers). Emmenée à l’ancienne maison de Monsieur Bergier (actuel office de tourisme), elle serait séchée, soignée. Et le soir on organiserait en son honneur un banquet « royal » (lycée hôtelier), avec musique (OHTT), lectures d’élèves (école), suivi d’un bal « grand siècle (MJC) ...


On peut toujours rêver… que la notoriété de Madame de Sévigné valorise l’image de Tain !

Article publié dans le Jtt du jeudi 23 avril 2026.