lundi 12 octobre 2026

Chemin des Artistes en Drôme des Collines

Le « Chemin des Artistes » en automne est une manifestation symétrique de l’opération « De ferme en ferme » au printemps. Les 10 et 11 octobre, cette invitation à partir à la découverte des villages de la Drôme et de leurs artistes, en créant son propre parcours, a été un succès.

Cette année, 39 communes ont participé et près de 455 artistes ont été sélectionnés par Valence-Romans-Agglo qui assure la répartition, la communication et le fléchage des itinéraires. Chaque municipalité a ensuite pris le relais pour accueillir les artistes dans la salle des fêtes locale. Cet événement a mis en lumière une grande diversité de disciplines : peinture, sculpture, dessin, photographie, céramique, vitrail et bien d’autres techniques.

Suivant son choix, on pouvait retrouver des artistes professionnels bien connus dans la région : Michèle Costa (à Clérieux), Michelle Latune (Alixan), Nicolas Rochegude (Chatuzange le Goubet), Zélie Rouby (Jaillans), Anny Blaise (Etoile sur Rhône) … Quant aux artistes amateurs, qui ont un public local assuré, ils renouvellent leur participation régulièrement.

Focus sur une artiste dont c’était la première collaboration à Chemin de Artistes : Nafy Pubill, venue d’Andorre. Pas vraiment étrangère, puisque son compagnon est Drômois. A Crépol, elle présentait une sélection de tableaux variés, paysages, personnages, sujets religieux, à l’image de son propre parcours. En effet, après une enfance bousculée entre Andorre et Asturies, puis des études de stylisme et de mode, elle a travaillé dans une entreprise textile espagnole en Egypte, avant de regagner les montagnes d’Andorre, où elle a exercé comme conservatrice du musée de la Miniature et de l’art religieux d’Ordino. Un mélange de cultures, une confrontation aux grands maîtres de l’art qui ont donc influencé son travail de peintre. Et pour remercier les organisateurs de l’avoir accueillie, elle a réalisé sur place une toile représentant la chapelle Saint-Roch de Crépol.

Et pour compléter, signalons « Chemin des artistes en herbe » : un dispositif d'éducation artistique et culturelle mêlant sensibilisation à l'art et à l’environnement. C’est une déclinaison printanière de la manifestation Chemin des Artistes, où en 2025, 4 artistes plasticiens et 3 animateurs nature sont intervenus auprès des enfants dans 9 centres de loisirs drômois. 


mercredi 7 octobre 2026

Madame de Sévigné au Palais Idéal

Essayer de trouver un lien entre le Facteur Cheval et Madame de Sévigné est difficile … sauf que l’une écrivait des lettres et l’autre les distribuait, mais pas à la même époque. C’est ainsi que la nouvelle exposition du Palais idéal s’intitule : 140 ans et 1 jour, le temps qui sépare le décès de la marquise (18 avril 1696) et la naissance du facteur (19 avril 1836).

C’est la rencontre entre Frédéric Legros, directeur du Palais idéal et Juliana Dorso, artiste dont le travail intègre peinture, dessin et narration graphique, qui a permis d’imaginer un hommage à Madame de Sévigné, en cette année où l’on fête le quadricentenaire de sa naissance. Rencontre réelle, suivie d’une rencontre fantasmée entre les deux célébrités drômoises.

Juliana Dorso a étudié l’ensemble de la correspondance de la marquise, approfondi une documentation considérable, et parcouru, avec son van coloré, les lieux qui ont marqué son existence, afin de restituer la richesse d’une pensée, d’une écriture et d’un univers qui comptent parmi les plus remarquables du XVIIe siècle. Le résultat est un cycle chronologique d’une quinzaine de peintures, où elle fait dialoguer le Grand Siècle et l’univers singulier du Facteur Cheval : paysages de Grignan, figures historiques et chemins de la Drôme, objets du quotidien. Tout cela mêlés aux mots de la marquise, dans un éblouissement de couleurs.

Les recherches de Juliana révèlent d’autres correspondances entre ces deux créateurs de génie :  Ainsi le fait que tous deux, orphelins très jeunes, ont pu bénéficier d’une éducation supérieure à celle de leur milieu, grâce à leur famille, ce qui leur a permis de s’exprimer artistiquement par la suite, par l’art des mots ou celui des pierres.

Le parcours pictural éclatant et étonnant est parfaitement mis en valeur sur le papier gris représentant le Palais idéal. Cette débauche de couleurs, d’humour et d’érudition est à découvrir à Hauterives jusqu’au 18 avril 2027.

Article publié dans le JTT du jeudi 8 octobre 2026.

mercredi 30 septembre 2026

Festival de l'écrit à l'écran à Montélimar

De nombreux livres sont mis en scène et interprétés au cinéma, et l’originalité de ce festival est de célébrer cette rencontre entre le mot et l’image. Après quinze années d’existence, le concept est bien rôdé : pendant une semaine en septembre, Montélimar s’enflamme au rythme des avant-premières, séances familiales, compétitions, dédicaces et débats.

Les invités d’honneur de cette 15e édition étaient Daniel Auteuil pour La troisième nuit », l’histoire vraie du sauvetage de 108 enfants juifs grâce à un abbé (sortie nationale en janvier 2027) ; Éric Toledano et Olivier Nakache pour « Juste une illusion », une comédie sur les affres de l’adolescence (déjà en salles) ; Judith Godrèche pour « Mémoire de fille », adapté du roman d’Annie Ernaux (sortie nationale le 30/09). Bien d’autres grands noms du cinéma et de la littérature ont aussi participé à cette édition, ainsi Emmanuel Villin auteur de la BD « Le corset » (sortie nationale le 14/10), Jean-Pierre Jeunet qui a adapté le roman de Valérie Perrin « Changer l’eau des fleurs » (sortie nationale le 09/12), Ariane Ascaride actrice pour « Une femme aujourd’hui » (sortie nationale le 21/10), Emmanuel Finkiel scénariste du roman « Impossible » de Erri de Luca (sur Arte cet automne) …

Ce rendez-vous phare de la vie culturelle de Montélimar attire environ 30 000 personnes, et toute la ville se mobilise pour les accueillir : les salles de cinéma, Templiers, Nef, Palace, les librairies, Baume et Chant libre, la Médiathèque, le théâtre et surtout le Palais des congrès qui accueille en plus le village du festival avec toutes ses animations gratuites et festives.

Rendez-vous l’année prochaine en septembre à Montélimar ! Mais d’ici là, une autre occasion de découvrir des toiles inédites se profile : « Tutti al cinema », le festival du film italien, du 18 au 25 novembre, à Montélimar, Le Teil et Cruas.

jeudi 24 septembre 2026

Nadia Ferrouki aux Rencontres de la photo à Chabeuil

Nadia Ferrouki a illuminé Chabeuil avec ses éclatantes Matriarches. L’invitée d’honneur des Rencontres de la photo exposait des clichés mettant en valeur des petites communautés indigènes où les femmes ont un réel pouvoir. Car si depuis le 19e siècle, les femmes ont obtenu des droits dans plusieurs pays, ce n’est pas le cas partout dans un monde en majorité patriarcal. Des petites tribus au Kenya, en Inde, au Pérou, en Chine vivent pourtant en paix dans une société matrilinéaire où les femmes n’ont pas un rôle subalterne.

Nadia Ferrouki préfère ce terme « matrilinéaire » au terme « matriarcat », qui rappelle trop le patriarcat. Or le fonctionnement matriarcal n’est pas copié sur le système patriarcal : dans ces sociétés, il n’y a pas de domination d’un sexe sur l’autre. Les femmes transmettent le nom et l’héritage, assument l’éducation et les rituels, parfois gèrent les biens, mais en totale complémentarité avec les hommes.

Nadia Ferrouki, fille d’un père algérien et d’une mère tchèque, élevée aux USA où elle a fait des études de relations internationales, a promené son appareil photo sur toute la planète, travaillant pour de grands magazines tels que Géo, le Monde, le Figaro, Courrier international… Polyglotte, audacieuse, elle se sert de son tempérament d’exploratrice pour mettre en lumière des minorités singulières où les femmes s’affirment comme actrices essentielles.

Par ailleurs, les Rencontres de Chabeuil exposent chaque année vingt photographes aux thématiques aussi variées qu’originales. C’est un plaisir de découvrir avec eux la diversité du monde en déambulant dans les rues du centre ancien et jusque dans les allées des serres Gaillard.  Une manifestation de haut niveau, parfaitement maîtrisée, qui attire chaque année des milliers d’amateurs et de professionnels.

jeudi 17 septembre 2026

Chronique littéraire : Les jardins de Torcello, de Claudie Gallay

Jess, une Française arrivée par opportunisme (on lui prête un appartement dans la cité des Doges), découvre puis s’immerge peu à peu dans la beauté de Venise. Pour gagner sa vie, elle propose ses services comme guide pour des touristes curieux de lieux insolites.

Mais l’appartement va être vendu, et Jess doit trouver un autre hébergement, ce qui est quasiment impossible à Venise. Alors elle accepte la proposition d’un travail d’appoint chez Maxence, un riche avocat qui vit sur Torcello, petite île de la lagune, où il rêve de reconstituer le jardin des premiers moines.  

Maxence vit avec le fantasque Colin, et Jess va découvrir avec eux l’altérité. Son évolution, de fille paumée, qui peu à peu s’affirme et arrive à affronter son passé, constitue la trame du récit. Mais les thèmes principaux restent la description de Venise, loin des sites hyper touristiques, et la création de jardins médiévaux malgré la marée. Un environnement riche de charme et d’enseignement, qui constitue un véritable guide pour une visite en profondeur de Venise.

Claudie Gallay est une écrivaine française née en 1961 à Bourgoin-Jallieu. En parallèle de son activité d'écrivain, elle exerce à temps partiel le métier d'institutrice.

Les jardins de Torcello sont désormais en poche chez Babel (Actes sud).

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 8 octobre 2026.

jeudi 10 septembre 2026

Mireille Vanson, sculptrice sur Bois

Cette femme sportive, grande voyageuse, est une sculptrice de talent, chaleureuse et modeste. La marque de ceux qui, comme elle, ont essayé mille choses, connu mille vies, emportés par leur énergie et la volonté d’être libre. Entre racines forestières et semelles de vent.

Mireille vient de boucler cet été la Kenya Bike Odyssey, un itinéraire qui traverse certains des plus beaux paysages du Kenya. Au programme : 1 000 km de pistes, 14 000 mètres de dénivelé positif, une odyssée exigeante physiquement, mais surtout incroyablement riche humainement. En toute autonomie, avec tente et bagages, sur son vélo, simplement accompagnée de son mari. 

Mireille est née en 1969 dans une famille d’agriculteurs des Vosges, seule fille après 3 garçons. Son enfance se déroule en pleine nature, à courir les bois avec ses frères, se montrant forte et dégourdie. Son goût du sport la conduit en section sports-études à Remiremont, où elle pratique ski de fond et athlétisme, gagnant des compétitions, avec plusieurs podiums aux championnats de France en javelot. L’occasion de se découvrir une autre passion pour le voyage.

A 14 ans, elle est choisie pour participer avec une douzaine d’ados à Carnets de l'Aventure, une émission de télévision diffusée les samedi après-midi sur Antenne 2 entre 1980 et 1989. Il s’agit d’une expérience de survie en Amazonie, qu’elle renouvelle l’année suivante en partant en autarcie pendant 4 mois chez les Indiens Wayana, chassant, pêchant, vivant en pleine nature. Le goût du voyage, oui, mais aussi de la rencontre avec les populations. A 17 ans, Mireille part avec une amie en Inde puis au Tibet, l’année suivante du Burkina-Faso jusqu’à Tombouctou. Dans des conditions rudimentaires, mais au cœur de la vie des peuples.

Hélas des problèmes de dos vont lui interdire d’être prof de sport. Elle s’engage alors dans un DUT communication-marketing à Besançon, et bénéficie d’un an d’échange en 1991 avec une université du Kansas. Elle profite de l’occasion pour sillonner les USA en bus, côte Est et côte Ouest, en gagnant sa vie … avec sa machine à coudre ! Car Mireille sait tout faire de ses mains. De retour ensuite dans les Vosges, elle travaille dans la pub, se marie, retape une vieille ferme et élève quatre enfants. Bricole sur tous supports, particulièrement les chutes de bois, avec lesquelles elle fabrique des jouets.

Ce n’est qu’en 2007 qu’elle rencontre vraiment la sculpture sur bois, au festival Camille Claudel de La Bresse. Un vrai coup de foudre. En 2008, elle commence à suivre des cours à la MJC de La Bresse, en 2010 elle se lance dans la création personnelle, et obtient le prix du public en 2011 pour sa première participation dans un festival international en Allemagne. Sa carrière est lancée, elle est invitée dans des concours internationaux, au Canada, en Italie, au Chili…  Récolte de nombreux prix et profite d’autant de voyages !

En 2014, changement de vie, elle divorce et quitte les Vosges pour s’installer dans le sud de la Drôme, à Colonzelle. Elle rencontre un nouveau compagnon, un Québécois sportif sachant aussi manier la tronçonneuse ! Ensemble ils partent sur leurs vélos en totale autonomie pour parcourir l’Europe, 12 000 km du cap Nord jusqu’en Roumanie, puis le Mexique, le Japon, la Bolivie, la Norvège, le Kenya… Pour Mireille, la vie s’organise ainsi, entre l’été où elle voyage à vélo, l’hiver où elle travaille ses commandes et prépare ses expositions.

Son inspiration, au départ figurative, proche de la nature, devient plus abstraite, elle s’autorise à jouer avec les matières, tilleul, chêne, noyer, des Vosges ou cyprès, cèdre, pin de la Drôme. Monumentales ou réduites, colorées ou brutes, ses sculptures explorent les formes du vivant, les mouvements de la nature et le dialogue entre la matière et la lumière. Du grand art qui fait aussi voyager !

Mireille expose à la Bastide de Grignan, du 6 juin au 15 septembre 2026. Elle retrouvera ensuite de décembre à mars la Commanderie templière de Richerenches, un lieu chargé d’histoire qui abrite le musée de la Truffe.

Sur son site on peut découvrir sculptures, mobilier et œuvres monumentales https://www.mireillecorfuvanson.com

Article publié dans Regard Magazine de septembre 2026.

jeudi 3 septembre 2026

Le festival des Humoristes de Tournon

Après 9 jours de spectacles, de découvertes, de rencontres d'une grande diversité, voici quelques extraits, quelques éclats de rire : Pierre-Alexandre et les Mirabelles Kitchen qui ont amusé les spectateurs par leurs sketchs et chansons à l’ouverture du Festival, place du marché. Pierre Emonot à la librairie «Au détour des mots » qui a donné un spectacle brillant, à la fois érudit et rempli d’humour, sur le thème : qu’est-ce que la littérature ? Réponse : la littérature, c’est le reflet de la société. Quant aux Deux dames au volant, Manue et Marion, elles ont épaté le public dans leur numéro de voltige, jouant de l’accordéon entre deux gags, perchées à 7 m de hauteur dans la cour du lycée. Et Sandrine Sarroche a conclu le Festival par un spectacle très pro, entre chansons, souvenirs perso et saillies politiques. Du grand art !

Le dernier temps fort du festival fut la remise des Bouffons. Deux soirées avaient permis aux spectateurs de découvrir 8 nouveaux talents, tous prometteurs : Adèle, Thomas, Victor, Jeanne, Paul, Alex et Sophie, Stéphanie, Hugo. Après moultes discussions, les différents jurys ont tranché et le verdict est tombé.

Le Coup de cœur Jeunesse récompense Victor Guesquière, le Prix du public revient à Hugo Pêcheur, le prix du jury encore à Hugo Pêcheur. Et le grand prix, le Bouffon d’or, a été attribué à Thomas de Fouchécour pour ses élucubrations hilarantes sur ses origines.

Le présentateur Laurent Chandemerle et les lauréats ont tour à tour remercié l’équipe organisatrice du Festival, les bénévoles, les techniciens, les sponsors et tous les artistes présents. 

Le Festival des Humoristes 2026 fut un très bon cru (de Saint Joseph), place maintenant au Festival 2027 !

Article publié dans le JTT du jeudi 3 septembre 2026.