jeudi 26 décembre 2024

Il était une soie en Ardèche

Le département de l’Ardèche, connu pour ses paysages naturels, s’est démarqué dans l’histoire industrielle par ses soies, dont il a assuré la moitié de la production française au XIXe siècle. En 1909, 590 moulinages employaient 13 000 ouvriers, soit 45% de l’effectif national relatif à cette industrie.

La culture des vers à soie se faisait dans les magnaneries ou dans des greniers aménagés chez les habitants, une façon d’augmenter leurs ressources. Vers 1850, apogée de la sériciculture, l’Ardèche produisait jusqu’à 5 500 tonnes de cocons chaque année.

Dans les filatures, on dévidait les cocons, formant des écheveaux de soie grège ou flottes, qui arrivaient ensuite dans les moulinages pour y subir une succession de mouvements de torsions destinés à consolider le fil.  Cela permettait la fabrication ultérieure de différents types de tissus dans les tissages locaux et à Lyon, où la soie se négociait sur les marchés.

Le moulinage s’est développé en Ardèche à partir du XVIIe et surtout du XVIIIe siècle. Les moulinages étaient nombreux en Vivarais (en moyenne un par commune, mais parfois plusieurs), et l’Ardèche comptait alors parmi les régions françaises les plus industrialisées. Avec 2 700 km de rivières abondantes, elle était un territoire idéal pour l’installation de ces usines proches des régions productrices de soie (Ardèche, Drôme, Vaucluse, Languedoc) et la soierie lyonnaise. La main d’oeuvre employée dans cette industrie était essentiellement féminine, celle-ci étant abondante et surtout peu exigeante.

Le travail de la soie a quitté le domaine artisanal pour passer au stade industriel au cours du XIXe siècle avec un pic de prospérité de 1820 à 1855. Mais la pébrine, maladie du ver à soie, anéantit cette prospérité en 1853, décimant les élevages. Afin de ne pas disparaître les moulinages ardéchois commencèrent à travailler des soies importées de Chine et du Bengale. Les années 1920 virent apparaître la concurrence artificielle : la rayonne puis le nylon, qui porta le coup fatal à l’industrie de la soie dans les années 1950.

Au XXIe siècle, il reste quelques moulinages, parfois transformés en musée comme l'écomusée du moulinage à Chirols (07). La visite en est passionnante. Le bâtiment allongé, construit en fond de vallée, au bord de la Fontaulière qui fournissait la force motrice, est éclairé d’étroites fenêtres régulières. Le travail s’effectuait dans une vaste salle voûtée où il fallait maintenir une température de 25°C et une humidité de 85% nécessaires au travail du fil de soie. Au premier étage habitait le moulinier, sa famille ainsi que les bureaux. Les ouvrières, qui venaient de plusieurs kilomètres, ne pouvaient regagner leur village tant les horaires étaient longs, elles avaient leurs dortoirs au grenier.

Quelques moulinages se sont adaptés aux fils artificiels. Le savoir-faire dans le domaine de la soie naturelle permet encore à quelques entreprises ardéchoises de travailler le fil, pour le secteur du luxe ou celui des textiles synthétiques haut de gamme.

Autres sites à visiter dans la Drôme : le Musée de la soie de Taulignan et la Magnanerie de Saillans.

Article publié dans le JTT et la Tribune de Montélimar le jeudi 26 décembre 2024.

jeudi 19 décembre 2024

Exposition d'hiver à Saint-Uze : Noël d’argile, les santons habillés de Provence

Saint-Uze n’est pas seulement synonyme de Revol ! La Maison de la Céramique de Saint-Uze mérite elle aussi la visite. Toute l’histoire de cette industrie en Drôme des Collines, les procédés de fabrication, les décors, les objets du quotidien y sont présentés et valorisés, dont les fameux « Bleus de Saint-Uze ». La céramique est le premier art du feu connu, des débris de cet argile cuit datent de 30 000 ans avant notre ère !

Actuellement, le petit musée de Saint-Uze propose pour la fin d’année une exposition temporaire sur le thème : Noël d’argile, les santons « habillés » de Provence. Un étage est envahi par des dizaines de personnages créés dans deux ateliers d’Aubagne : di Landro, entre 2003 et 2024 et Peirano, entre 1981 et 2000. En dehors des sujets de la Nativité, tous les petits métiers de la tradition provençale sont présentés en saynètes dans un décor de rocaille et d’oliviers, entourés de leurs animaux, poules, moutons, chevaux... Bergers, ramasseuses de lavande, poissonnières, paysans, gitanes, joueurs de boule ou de tambour, marchands de légumes et de fruits, dans des attitudes familières, sont saisissants de réalisme.

Les santons « habillés » ne sont pas entièrement en argile. Seul le buste, les bras et les jambes sont en terre, le reste est en mousse et le tout articulé par du fil de fer. Les étapes de leur fabrication sont détaillées dans une vidéo, des moules, pinceaux et différentes pièces de tissu permettent de comprendre leur élaboration. Car ce sont les vêtements et accessoires qui font le santon.

La qualité de la finition, le souci du détail sont impressionnants. Les couturières utilisent des tissus provençaux et recopient des modèles traditionnels du 19e siècle. Pour habiller un seul personnage féminin, elles superposent culotte, jupon, cotillon, caraco, châle et coiffe, avan décembre t d’ajouter le chapeau et les accessoires, panier, faucille, bouquet, etc... Le savoir-faire des santonniers de Provence est une pratique inscrite à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel en France en 2021.

La première crèche connue, représentant la Nativité, fut créée dans une église à Marseille, en 1775. Mais après la Révolution française qui a entraîné la fermeture des églises et la suppression de la messe de minuit, de petits personnages, les « santoun » ou « petits saints », ont été créés en Provence pour qu’une crèche de Noël puisse être installée dans l’intimité du foyer. Une tradition que de nombreuses familles observent encore dans le sud de la France.

La boutique du musée propose d’ailleurs à la vente des santons classiques, tout en argile, de la maison Fouque.

Exposition visible du 21 octobre au 3 janvier, du lundi au vendredi de 14 à 18h à la Maison de la Céramique à Saint-Uze. Tél 04 75 03 98 01

Article publié dans la Tribune de Montélimar et le JTT du jeudi 19 décembre 2024.

lundi 16 décembre 2024

Chronique littéraire : L'île haute, de Valentine Goby

Une ode à la montagne, côté Chamonix, à travers les yeux d’un jeune garçon exfiltré en 1943.

Vadim est Parisien, asthmatique et juif. Ses parents, pour le sauver des rafles en 1943, l’envoient sous prétexte médical dans une ferme isolée de la vallée de Vallorcine. Pour le jeune citadin, la montagne est un univers totalement inconnu, qu’il découvre peu à peu au fil des saisons. Du grand cocon blanc de l’hiver aux couleurs éclatantes du printemps, des moissons de l’été aux douceurs automnale, Vadim s’adapte difficilement, mais il est sensible à la beauté de la montagne, à la simplicité des montagnards. Peu à peu il s’y sent bien, se découvre, se sent fort. Son initiation à la vie rejoint celle de son intégration à la montagne.

Valentine Goby a passionné son auditoire lorsqu’elle a présenté son roman à la bibliothèque de Tournon en septembre. Son amour pour la montagne, principal personnage du roman, date de l’enfance. Elle aussi s’est passionnée pour la vallée de Chamonix. Dans son récit, elle a mêlé fiction et réel, comme elle a alterné pendant son écriture les confinements dus au Covid et les séjours à Vallorcine. Un livre lumineux au style poétique, émaillé de références à la faune, la flore, le patois et les traditions locales, qui donne envie de randonner en vallée ou sur les sommets.

« L’île haute » est disponible en poche dans la collection Babel chez Actes Sud.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 12/12/24.

jeudi 12 décembre 2024

Jacques et Chirac, une comédie caustique au théâtre de Tournon

C’est dans une salle comble que trois comédiens ont évoqué avec un humour décapant la vie et la personnalité de Jacques Chirac. Une personnalité complexe et donc un personnage de théâtre extraordinaire, dans une comédie virevoltante très iconoclaste.

A la manière des Guignols, en intercalant jeux de téléréalité et images TV, Marc Pistolesi, Charlotte Zotto et Régis Vlachos ont interprété plusieurs saynètes, brocardant les dossiers noirs de la république, le fric et l’Afrique, les élections et les femmes, les trahisons et les fausses promesses. De quoi rire, mais aussi de découvrir les dessous cachés de la politique des 50 dernières années !

Il faut saluer la performance des comédiens, interprétant dans un rythme effréné plus de vingt personnages, la mère de Chirac, Marcel Dassault, Bernadette et Claude, côté intimes. Et Giscard, Mitterrand, Sarkozy, Pasqua…  ces hommes qui l’ont utilisé, servi, avant de le trahir. Jacques Chirac s’adapte, il se moque de tout, jusqu’au bout, quand il vote Hollande pour embêter Bernadette.

Une comédie tonique, burlesque, le portrait d’un monde politique grinçant, mais sérieusement documenté, en partie d’après le livre « Noir Chirac ». Et une belle ovation du public pour la performance des comédiens.



 Article publié dans le JTT du jeudi 12/12/24.

dimanche 8 décembre 2024

Une cathédrale en chocolat géante pour célébrer Notre-Dame

La maison Valrhona a réalisé une reproduction en chocolat monumentale de Notre-Dame. Cette sculpture en chocolat a été installée au Terminal 1 de l’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle, où elle sera exposée au public du 8 décembre au 15 janvier.

Mesurant 2,20 m de long, 1,50 m de large et 1,40 m de haut, pesant 80 kg, cette réplique de Notre-Dame est un véritable exploit. Conçue en collaboration avec l’architecte Philippe Velu, elle reproduit avec une grande précision les détails complexes de la cathédrale, grâce à la numérisation des plans et aux découpes de chocolat par jet d’eau réalisées par la société Hydroprocess. Les sculptures, comme les gargouilles et la rosace, ont été façonnées à la main par les chefs pâtissiers de l’École Valrhona Thierry Bridron et Baptiste Moreau, témoignant d’un savoir-faire unique.

Ce chef-d'œuvre qui va faire sensation chez les touristes du monde entier a nécessité près de 1500 heures de travail, de la conception au montage. Il a même fallu abaisser la température du Terminal pour en permettre la conservation.

Un hommage à Notre-Dame qui témoigne de l’engagement de la Maison Valrhona à tisser des liens entre gastronomie, art et patrimoine culturel. Et une image de marque qui fera le tour du monde.

jeudi 5 décembre 2024

Un vent d'Italie souffle à Tournon

Les cours d’italien de l’UPVH font voyager dans la tête toute l’année. Mais en novembre, c’est au cinéma Lux de Valence que les participants se déplacent, pour assister au festival du film italien. Cette année était la 12e édition de Festività : Tutti al cinema !  Les films présentés en VO, mais sous-titrés, ne sont pas encore distribués en France. C’est l’occasion de baigner dans la langue italienne et de s’ouvrir à un cinéma innovant.

Une fois par semaine, Elena Felici, Bergamasque de naissance et professeur d’italien à Tournon et Valence, dispense des cours adaptés au niveau de chacun : débutant, confirmé ou conversation. Découvrir avec elle la culture, la société, l’actualité de l’Italie, à travers documents et vidéos, permet de se préparer à de beaux voyages culturels, d’apprécier la Dolce vita, et aussi de partager pizza ou panettone…

On peut encore s’inscrire aux cours qui ont lieu le jeudi à 9h et 10h30, et le mardi à18h30. Pour les modalités, contacter l’UP au 07 71 05 07 72 ou contact@upvh.fr


Article publié dans le JTT du jeudi 5 décembre 2024.


jeudi 28 novembre 2024

Le tourisme mémoriel dans le Vercors

Cette année, la région a célébré avec faste les 80 ans des combats du Vercors. Une bataille locale qui a fait 639 morts et détruit de nombreux villages. Sous le soleil d’automne, parmi les paysages sublimes, de nombreux sites mémoriels réactualisés permettent de se souvenir de ces événements tragiques.

Le Vercors, massif montagneux considéré comme une forteresse naturelle avait accueilli dès 1940 des réfugiés, puis dès 1942 une Résistance aux nazis s’y était organisée, rejointe plus tard par les réfractaires au STO. En 1944, environ 4000 maquisards étaient répartis en huit camps, ravitaillés par la population et armés grâce aux parachutages alliés. Ils menaient des raids ponctuels visant à désorganiser les voies de communication ennemies, souvent suivis de représailles.

Après le débarquement en Normandie, en juin 1944, les maquisards verrouillent les entrées du Vercors et s’organisent en vue de rejoindre les armées de libération. Une « République française libre » est même proclamée. Mais les Allemands décident d’écraser cette poche de résistance et attaquent par le ciel, avec 15 000 hommes. Leurs planeurs atterrissent à Vassieux et c’est le carnage. Du 22 juillet au 9 août, les nazis ratissent tout le Vercors, incendiant les villages, tuant indifféremment civils et maquisards.   

Le mémorial de Vassieux au col de la Chau rappelle cette histoire à travers films, vidéos, saynètes, témoignages oraux et écrits. Ce bâtiment à l’architecture audacieuse, des ondulations de béton gris coiffées d’un toit végétalisé, veille sur la plaine de Vassieux, camouflé comme un maquisard. Le musée de la Résistance à Vassieux est plus généraliste, avec une importante collection d’objets, armes, uniformes, documents, tracts, parachutes, radios… Tous deux bénéficient d’une scénographie moderne et d’une excellente librairie.

Mais ils ne sont pas les seuls témoignages de ce passé tragique : De Malleval à Die, de Villard-de-Lans à Saint-Nizier-du-Moucherotte, les nécropoles, le mur des fusillés à La Chapelle-en-Vercors, les ruines du village de Valchevrière, la grotte de la Luire … témoignent de la résistance à l’oppresseur. Les routes du Vercors sont ponctuées de stèles émouvantes. Une transmission de la mémoire nécessaire pour perpétuer les valeurs de courage, de liberté et de paix


Article publié sur le JTT

jeudi 21 novembre 2024

Maison et Domaines Les Alexandrins

Une jeune maison mais des vignes centenaires. La Maison, c’est une grande demeure ancienne, en plein centre de Tain, surmontée d’une terrasse où poussent des vignes. On y déguste le vin entre professionnels. Les Domaines, ce sont les parcelles de vignes cultivées au nord de la vallée du Rhône. Dont la maison Michelas- Saint-Jemms, rachetée par les Alexandrins en décembre 2023, et où s’effectuent maintenant les visites et dégustations pour les particuliers.

L’histoire des Alexandrins, c’est une suite de rencontres et de sympathies entre gens de la vigne.  Au départ, Nicolas Jaboulet, ayant quitté la maison mère Paul Jaboulet Aîné quelques années après sa vente, s’est associé en 2009 à la famille Perrin, un grand domaine viticole d’Orange, connue pour ses Châteauneuf-du-Pape (dont le prestigieux Château de Beaucastel). Ensemble, ils ont démarré un négoce haut de gamme sur les crus de Rhône nord sous l’enseigne Maison Nicolas Perrin dont le caveau de vente était situé sur la place du Taurobole.

En 2011, les deux associés achètent un hectare et demi de vignes en Crozes-Hermitage, dont ils confient une partie des travaux agricoles à Ceptentrion’Al, (Al pour Alexandre Caso). Puis en 2015, ils acquièrent le domaine des Alexandrins, propriété d’Alexandre Caso et Guillaume Sorrel, composé d’une dizaine d’hectares en Crozes-Hermitage et Saint-Joseph. C’est alors que Maison Nicolas Perrin est renommée Maison et Domaines Les Alexandrins.  Alexandre Caso et Guillaume Sorrels’associent à ce nouveau projet. Le domaine s’agrandit encore et atteint une trentaine d’hectares de vignes, en Saint-Péray, Condrieu, Côte Rôtie.

Il est temps de s’implanter au cœur de Tain, épicentre du vin, à l’angle de la route de Larnage. La cave, les bureaux, la terrasse et sa vigne sont construits en 2018.C’est le moment que choisit Guillaume Sorrel pour reprendre son propre domaine familial, laissant Benoît Busseuil s’occuper de l’œnologie. Maison et Domaines Les Alexandrins s’organisent autour de deux gammes de vins, La Maison, qui produit des vins issus d’achats de raisin et de parcelles de jeunes vignes, et Le Domaine, avec ses parcellaires.

En 2022, les Alexandrins s’associent au domaine des Léos, à l’Isle-sur-la-Sorgue, propriété de Patrick Bruel (Le nom est un raccourci des prénoms de ses fils, Léon et Oscar), pour développer et commercialiser la production de son vin rosé. Avec le rachat des 38 hectares de la maison Michelas-Saint-Jemms en 2023, dont ses parcelles en Hermitage et Cornas, Les Alexandrins proposent maintenant une gamme complète de vins de la vallée du Rhône nord. Distribués pour moitié en France, en direction des cavistes et restaurateurs, et pour moitié à l’étranger, dans une trentaine de pays.

Parmi les produits phares de la Maison : les Crozes-Hermitage 100% Syrah, dont « les Chaflans » Un vin de pays, le Cabanon, proposé en blanc et rouge. Le rosé Léos, cuvée Augusta, mélange de grenache, bourboulenc et vermentino. Et bien d’autres crus, de la Côte rôtie au Cornas.

Pour les connaître, rendez-vous dans les chais du domaine Michelas-Saint-Jemms, route de Bellevue à Mercurol, pour déguster et acheter. (Ouvert du mardi au vendredi 10H00/12H00 et 14H00/18h00 et samedi sur RDV). Tel Caveau : 0475078670

Article publié dans le supplément Vins et Gastronomie de novembre 2024.

jeudi 14 novembre 2024

La cueillette des noix en Isère

Octobre marque le début de la récolte des noix le long de l’Isère, au pied du Vercors. Le paisible paysage des noyeraies s’anime alors du ballet des machines. Les secoueuses entourent de leurs bras hydrauliques le tronc des noyers pour les secouer délicatement. Les ramasseuses interviennent ensuite, elles aspirent les noix tombées et recrachent les feuilles. Les remorques remplies de noix peuvent alors être apportées dans les fermes des nuciculteurs, où les fruits sont lavés puis séchés dans des séchoirs ventilés.

Au pays de la noix, chaque ferme avait son séchoir. Ceux qui subsistent en Royans et Isère font partie du patrimoine bâti, souvent mis en valeur par leurs propriétaires. Le Grand Séchoir de Vinay en est un exemple réussi. Dans l’ancienne ferme transformée en espace muséographique, on peut découvrir toute l’histoire, les richesses et la culture de la noix de Grenoble, une appellation contrôlée depuis 1938, qui se décline en 3 variétés, mayette, franquette et parisienne.  

C’est après les nombreux épisodes de phylloxéra au XVIIIe siècle que les paysans dauphinois décidèrent de se tourner vers la nuciculture, un fruit à coque moins délicat déjà présent dans les vergers. L’aire géographique de l’AOC noix de Grenoble couvre actuellement 6 000 hectares, sur 259 communes réparties en trois départements : 183 en Isère, 47 dans la Drôme et 29 en Savoie, principalement le long de la vallée de l’Isère. La production annuelle de noix tourne autour des 13 000 tonnes pour plus d’un millier d’exploitants.

Outre la consommation des fruits eux-mêmes, les noix se déclinent en de nombreux produits dérivés : vin de noix, huile de noix, gourmandises aux noix, brou de noix. Rien ne se perd : Le bois de noyer est apprécié en ébénisterie, les feuilles servent en pharmacologie, les coques au compost. Difficile d’énumérer les bienfaits liés à une consommation régulière de noix, oméga 3, magnésium, vitamines… Mais surtout manger des noix fortifie le cerveau, si semblable au cerneau, dont il ne diffère que par une lettre ! Alors n’hésitez pas : cassez la noix !

Le Grand Séchoir De Vinay, musée de la Noix, est ouvert tous les jours sauf lundi.

Tél : 0476 36 36 10.

Article publié dans le JTT du jeudi 21 novembre 2024.

vendredi 8 novembre 2024

Chronique littéraire : Chien 51, de Laurent Gaudé

Laurent Gaudé propose ici une dystopie policière. Une dystopie aux accents réalistes, qui fait peur, tant elle semble possible et proche. Le contexte socio-économique : la Grèce, ayant fait faillite, a été rachetée par la société Gold Tex et transformée en une dictature cynique, hiérarchisée en trois zones.

Le personnage principal, Zem, a connu la Grèce d’antan, il a participé aux révoltes contre Gold Tex, et il est maintenant relégué dans la zone 3, la plus sordide, celle des bidonvilles et des pluies acides. Il est ce qu’on appelle un « chien », un policier de base dans un bourbier de violence. Quand on découvre un cadavre éventré dans sa zone, il est obligé de collaborer avec Salia, une inspectrice de la zone 2, la zone intermédiaire, protégée des pluies par un dôme de verre. Salia le méprise, mais l’enquête, qui les amène à suspecter un personnage important de la zone 1, la zone hyperprotégée, les conduit peu à peu à s’apprécier. Les hautes sphères sont intouchables, si on s’y attaque on en paie le prix.

Tout ce monde nous est déjà familier, ultralibéralisme, société à plusieurs vitesses, contrôles policiers par des drones, dérèglement climatique … L’intelligence, l’empathie ne peuvent rien contre cet univers connecté où la seule échappatoire réside dans les paradis artificiels, qui permettent de retrouver la Grèce éternelle, celle de Delphes et Athènes.

Laurent Gaudé, né en 1972 à Paris, est un écrivain qui a été récompensé par de nombreux prix, dont le Goncourt en 2004. Auteur de romans, nouvelles, pièces de théâtre, poésie, il change ici complètement de registre pour nous faire réfléchir à l’avenir. Un avenir que nous prépare Elon Musk !

Chien 51 est disponible en poche chez Babel (Actes Sud).

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 21 novembre 2024.

vendredi 1 novembre 2024

The Art of the Brick à Lyon

L’art des briques, c’est celui qui consiste à réaliser en Lego des sculptures classiques ou imaginaires. Dans le cadre somptueux du Grand Hôtel-Dieu de Lyon, l’exposition de ces œuvres émerveille les foules, comme elle l’a déjà fait pour 10 millions de visiteurs à travers le monde.

L’artiste Nathan Sawaya est né en 1972 aux USA. Après des études de droit, et un travail dans une société juridique, il se fait embaucher en 2004 par The Lego Group. Six mois après, il démissionne, il a trouvé sa vocation : reproduire en Lego des œuvres d’art, personnages ou emblèmes mondialement connus, avec des milliers de briques à chaque fois. Sa première exposition est prête en 2009. Depuis il expose à travers le monde ses œuvres en diversifiant les thèmes.

A Lyon, avec plus de 1 million de briques LEGO, l’artiste a réalisé pas moins de 70 œuvres qui passionnent les enfants comme les adultes. On peut admirer des reproductions à l’échelle de sculptures classiques, David de Michel-Ange, Victoire de Samothrace, des copies de tableaux célèbres, la Joconde, Lascaux. Mais aussi des innovations, quand l’artiste fait sortir des personnages en relief des tableaux, comme dans Le Baiser de Klimt. Ou d’étranges créatures surréalistes. Sans oublier le Tyrannosaurus Rex de 6 mètres

L’exposition propose aussi une zone de jeu et de construction destinée aux visiteurs qui veulent laisser libre cours à leur créativité. Bref, une exposition qui casse les briques !

Exposition visible à Lyon du 12/09 au 30/11/2024 de 10h à 20h, sauf mardi.

Réservation obligatoire par internet : https://theartofthebrickexpo.com/lyon/

Article publié dans le JTT du jeudi 31 octobre 2024.

jeudi 24 octobre 2024

De la politique à la littérature: Mireille Clapot et le Liban

Mireille Clapot, députée de la Drôme de 2017 à mai 2024, n’a pas simplement adhéré à l’étiquette En Marche, c’est une vraie marcheuse au sens premier du terme. Après avoir fréquenté les chemins de nombreux pays, elle a randonné à l’été 2022 à travers le Liban. Et comme l’écriture est une de ses passions, elle en a tiré la substance d’un nouveau roman : « Le dompteur du Loup-sentier au Liban », où elle trace un portrait réaliste de ce pays, à travers les aventures d’un groupe de jeunes randonneurs.

Le Liban vit actuellement une tragédie meurtrière, comme il en a connu tant d’autres au fil de son histoire. Les 18 communautés qui le composent n’arrivent pas à s’entendre, chacune se bat pour conserver ses privilèges. L’état est inexistant, les hommes politiques corrompus. A défaut d’électricité il faut acheter des générateurs. A défaut d’eau potable, il faut acheter des bouteilles. La crise économique a fait exploser le chômage, le clivage entre riches et pauvres est énorme, la vie quotidienne extrêmement difficile pour ceux qui n’ont pas d’argent. Pourtant les Libanais aiment profondément leur pays.  « Si vous avez compris le Liban, c’est qu’on vous l’a mal expliqué », plaisante Mireille Clapot.

Tout cela constitue le décor du récit, qui est aussi un roman d’aventures, de dépaysement, et d’initiation. Michel, guide de montagne, accompagne une petite troupe de cinq ados en crise dans un trek de deux semaines à travers les montagnes du Liban. L’objectif est d’apprendre à vivre ensemble, malgré des origines différentes. Comment une « princesse » de Beyrouth, une jeune chiite voilée, un réfugié syrien, un musicien homo, et une chrétienne en surpoids vont-ils se confronter, s’apprivoiser, se supporter ? C’est tout l’enjeu du livre. Les embûches du sentier ne les ménagent pas, balisage disparu, saccage de la montagne, méfiance des villageois, fatigue, faim, soif… Les tiraillements internes sont inévitables. Un apprentissage de la tolérance, avec l’espoir que les jeunes générations libanaises arriveront un jour à vivre ensemble.

Mireille Clapot, après deux mandats de députée de la Drôme, a perdu son siège à la suite de la dissolution de l’Assemblée nationale en mai dernier. Mais ses engagements humanitaires, ses actions en faveur de la mobilité douce et de l’accès au numérique sont maintenant relayés par Arche Agglo. C’est l’important.  Pour le reste, si vous comprenez la politique actuelle, c’est qu’on vous l’a mal expliquée !

« Le dompteur du Loup-sentier au Liban » est disponible aux Editions des Impliqués.

Article publié dans le JTT du jeudi 24 octobre 2024.

samedi 19 octobre 2024

La Mofette de Neyrac, une étonnante curiosité géologique

Qu’est-ce qu’une mofette ? c’est une fissure d'origine volcanique d’où émanent certains types de gaz, souvent toxiques, principalement du dioxyde de carbone. Elle s'oppose aux fumerolles par l'absence de soufre. Les exhalations pestilentielles dégagées expliquent son nom, le même que celui de la mofette, animal connu pour sa puanteur.

A Neyrac-les-Bains, petite station thermale du pays des volcans d’Ardèche, se trouve une des trois seules mofettes d’Europe. Soigneusement grillagée, on peut y pénétrer avec un guide, et comprendre sa dangerosité grâce à l’installation réalisée par le plasticien Bruno Nury : une roue entraînée par des vasques d’eau portant des bougies qui s’éteignent dès qu’elles s’approchent du sol. La mofette a d’ailleurs été appelée le chemin de la mort pendant très longtemps. On y trouvait des animaux morts, les habitants y apportaient même en été leurs matelas pour se débarrasser des puces !

Le nom de Neyrac fait référence à la présence d'eau, il provient probablement du nom du dieu gaulois Nérios, divinité personnifiant la source thermale (latinisé en Nerius). Les thermes furent créés dès l'Antiquité. En 121 av. J.-C. les Romains furent les premiers à bénéficier des eaux pour soigner les maladies de peau et les rhumatismes, puis les thermes connurent un nouvel essor au Moyen Âge pour guérir les lépreux. Ensuite, jusqu’à la Révolution, Neyrac n’est plus visité que pour sa mofette de gaz carbonique et les visiteurs se contentent simplement de boire son eau.

Le déclin se poursuit jusqu’en 1983, quand la municipalité de Meyras décide de réhabiliter la station thermale. Le limon thermal de la station, d'origine volcanique, d'une teinte ocre rouille, associé à une argile très pure devient le fleuron du traitement thermal. Neyrac est en effet dominé par le volcan du Souilhol, et construit sur le site comblé du Maar Doris, son cratère d'explosion. Ce type de maar se crée lorsqu'un magma (lave) très chaud 1200 C° rencontre l'eau contenue dans le sous-sol à plusieurs centaines de mètres de profondeur.

De nos jours, les nombreux curistes qui profitent du limon thermal à Neyrac ne savent guère qu’ils passent sur un volcan endormi (et pas éteint !). Pourtant la Mofette est là pour le rappeler. Et même les baigneurs, au niveau de l’Office de tourisme, peuvent observer le phénomène dans l’Ardèche où quelques remontées de gaz carbonique sous forme de bulles éclatent à la surface de l’eau.

« On a vu souvent
Rejaillir le feu
De l'ancien volcan
Qu'on croyait trop vieux. » chantait Jacques Brel…


Article publié dans la Tribune de Montélimar le jeudi 31 octobre 2024.

vendredi 11 octobre 2024

Chronique littéraire : Humus, de Gaspard Koenig

Un roman innovant, dont le principal sujet est le ver de terre, ses bienfaits, son utilisation. Il y a quand même deux protagonistes humains, Arthur et Kevin, qui se rencontrent pendant leurs études d’agronomie. Au départ, tout les oppose, leur milieu, leurs idées, mais tous deux se passionnent pour l’enrichissement que les vers de terre peuvent apporter aux sols appauvris par les produits chimiques. Ils deviennent d'inséparables complices.

Après avoir obtenu leur diplôme d’ingénieur agro, ils se tournent vers deux voies opposées. Arthur, le fils de bourgeois, reprend la ferme abandonnée de son grand-père pour y vivre de permaculture. Et Kevin, fils d’ouvriers, se lance dans une entreprise de vermicompostage. Chacun doit surmonter de nombreuses difficultés pour réaliser son projet. Le temps passant, ils se radicalisent dans deux postures opposées, le traditionnel contre l’industriel. Leurs projets, leur amitié y survivront-ils ?

A travers ces deux itinéraires, Gaspard Koenig décrit une société agricole perdue entre deux excès. Il nous introduit dans les coulisses des milieux politico-mondains des décideurs ou dans celui des militants écolo-anarchistes. Tout peut changer, basculer, sauf l’obstination des vers de terre continuant à enrichir la terre de leurs déjections.

Gaspard Koenig, philosophe, essayiste, romancier, connaît ces milieux et s’amuse à les caricaturer tout en partageant une solide documentation avec le lecteur. Né à Neuilly en 1982, il a déjà été prof, plume de Christine Lagarde, acteur, il a aussi fondé un parti politique. Un homme qui ne manque pas d’idées neuves et en fournit la preuve dans ce roman subversif.

Humus est disponible en poche chez J’ai Lu.

hronique publiée dans le JTT du jeudi 24 octobre 2024.

jeudi 3 octobre 2024

Soirée olympique au Détour des Mots

Jeudi 26 septembre, l’équipe de la librairie tournonnaise proposait une lecture théâtralisée du livre « les Olympes », réalisé sous la direction de Carole Trébor. Un ouvrage qui présente huit portraits de femmes fortes, d’athlètes qui ont lutté pour pouvoir pratiquer leur sport au même titre que les hommes. En natation, judo, tennis, marathon, football… ces femmes ont osé affronter les tabous de leur époque. Carole Trébor a voulu leur rendre hommage en cette année olympique.

Les deux comédiennes de la troupe Carrelage Collectif, Juliette de Ribaucourt et Sarah Bretin, ont mis en scène deux de ces destins, Gertrude Ederle et Rena Kanokogi, avec une gouaille réjouissante, alternant stricte lecture et pitreries judicieuses. Le public ravi par la prestation originale et loufoque a applaudi chaleureusement.

Après un échange avec Carole Trébor et Jo Witeck, deux des autrices des portraits, une séance de dédicaces a clôturé cette soirée jubilatoire consacrée aux « guerrières » qui ont ouvert la voie du sport aux autres femmes.

Le livre « Les Olympes » est édité chez Albin Michel et disponible en librairie au prix de 15.90€.

Article publié dans le Jtt du jeudi 3 octobre.

mardi 1 octobre 2024

Bravo aux Amis du patrimoine larnaggio

Les journées du patrimoine ont connu un grand succès à Larnage. Dès 15h samedi 21 et dimanche 22 septembre, une petite foule attendait devant la mairie, pour suivre une randonnée exceptionnelle, sous la conduite d’un bénévole, Yves.

D’abord direction le château médiéval de Larnage, admirablement situé au milieu des vignes de Crozes-Hermitage. Edifié au 12e siècle, sur un socle granitique, rénové au 16e siècle, il fut en partie détruit lors des guerres de religion, puis abandonné et pillé. Sa situation dominante même a été occultée par des collines de résidus des carrières. Mais ses deux tours reliées par d’imposantes murailles en imposent encore. Et le cadre est exceptionnel !

C’est surtout l’histoire des carrières des Terres Blanches qui motivait le public. Ces carrières de kaolin ont été exploitées depuis l’époque romaine, d’abord pour produire des tuiles et des briques. La présence de nombreux potiers a aussi été attestée par la découverte de multiples tessons au Moyen-âge. Puis des usines de produits réfractaires se sont installées au 19e siècle. Actuellement l’entreprise Panyol de Tain en est toujours exploitante.

Depuis le début de l’année 2021, les adhérents de l’association des Amis du patrimoine Larnaggio, ont entrepris d’aménager et mettre en valeur le site des anciens bassins de délavage et de séchage des carrières de kaolin. Il a fallu débroussailler, retirer des volumes de terre, reconstruire les entrepôts, collecter des objets et documents. Grâce à quoi, Patrick a pu expliquer in situ le travail d’exploitation du kaolin, qui a fait la richesse de Larnage, bien avant les abricots et la vigne !

Merci aux bénévoles du Patrimoine Larnaggio qui ont accompagné les visites lors de ce week-end. Mais surtout bravo à tous les amis de l’association, pour leur investissement régulier, leur travail colossal, qui a permis de mettre en valeur et faire connaître cette histoire industrielle fondatrice du village. Car le nom de la commune, Larnage, provient du latin arenaticum qui signifie « sable ».

Article publié dans le JTT du jeudi 17 octobre.

jeudi 26 septembre 2024

L'Accueil Muzolais en Provence

C’est dans deux bus Palisse que 93 adhérents de l’Accueil Muzolais sont partis lundi 16 septembre pour un séjour rando de 3 jours en Provence. Comme chaque année, plusieurs groupes de niveau étaient prévus, depuis les simples touristes jusqu’aux marcheurs confirmés. L’hébergement était assuré le soir dans un village de vacances de La Londe-les-Maures.

Le parc naturel de la Sainte-Baume est un lieu impressionnant, avec sa profonde forêt de pins, hêtres et chênes, dominée par l’impressionnante falaise blanche, au sommet de laquelle les randonneurs ont pique-niqué au soleil. Côté spirituel, la découverte de la chapelle du Pilon, la grotte et le sanctuaire dédiés à Marie-Madeleine a marqué le premier jour.

La traversée en bateau pour la visite de l’île de Porquerolles était au menu du deuxième jour. Plages bordées de pins, d’arbousiers et de bruyères ou falaises abruptes, à découvrir à pied ou à vélo, selon les goûts de chacun. Un bel orage a précipité tout le monde au port en fin d’après-midi.

Et le troisième jour a été consacré au sentier du littoral, à partir de La Croix-Valmer. Un sentier escarpé entre rochers roses, criques invitant à la baignade, forêt de mimosas et d’eucalyptus. De quoi s’enivrer des paysages et des senteurs méditerranéennes, avant le retour à Saint-Jean-de-Muzols, fatigués et contents. Merci aux organisateurs de ces belles randonnées qui allient sport et tourisme !

Article publié dans le Jtt du jeudi 3 octobre.