dimanche 8 janvier 2023

Théophile-Jean Delaye, explorateur et topographe drômois

Théophile-Jean Delaye est né à Valence en 1896 et décédé à Saint-Donat en 1970. Mais entre-temps, ce Drômois a traversé trois guerres, arpenté et cartographié la France et le Maghreb. Une vie trépidante, une oeuvre géographique et esthétique majeure, que le musée de Valence invite à découvrir par une superbe exposition.

Après le décès de son père, employé des postes, la famille s’installe à Tournon en 1911. C’est au lycée que Théophile-Jean s’initie aux beaux-arts sous la houlette du peintre Jules Hudry. En 1913 il participe aux premiers camps d’éclaireurs tournonnais en tant qu’instructeur et découvre ainsi les Alpes. Sa passion pour la montagne, le massif des Ecrins en particulier, l’accompagnera toute sa vie. En 1914, Delaye s’engage comme volontaire dans les Chasseurs alpins. Blessé à trois reprises, il termine la guerre comme lieutenant.

Le conflit a mis en évidence la nécessité de données cartographiques, et Delaye entre dans le service géographique de l’armée. Il fera toute sa carrière comme topographe militaire, d’abord en France, puis en Tunisie, Algérie, et dès 1925, lors de la guerre de colonisation du Maroc. Il s’agit alors de dresser des cartes précises des régions pacifiées et dissidentes. Delaye sillonne les reliefs à pied, à cheval, parfois à plus de 3000m, dans des zones périlleuses, pour faire ses relevés. Suivant les traces de son illustre prédécesseur, Charles de Foucault, à qui il rend hommage, il explore et cartographie les régions centrales du Maroc. Théoricien de la reconnaissance aérienne, pour appuyer son travail, Delaye ajoute aussi à ses cartes des représentations expressives très réalistes des reliefs, ainsi que des gouaches représentant la vie quotidienne des villages traversés, qui sont de véritables œuvres d’art.

Pendant ses permissions, il parcourt infatigablement les Alpes, se faisant arpenteur civil du massif de l’Oisans en particulier. Il croque la montagne sous toutes ses facettes. A partir de 1932 il collabore avec les éditions Arthaud, pour lesquelles il illustre de planches en couleur une collection de beaux livres : En Oisans, Chartreuse et Vercors, La Suisse romande, Toute la Provence … Avec Villes impériales du Maroc, il contribue fortement à la naissance du tourisme dans ce pays.

 Théophile-Jean Delaye n’est pas seulement un artiste prolifique et un scientifique exceptionnel, il aime transmettre. Après la seconde guerre mondiale, il devient en 1950 formateur au service géographique, s’implique dans la promotion des Clubs Alpins, œuvre à la préservation de sites trop fréquentés. En 1962, retraité à Saint-Donat, il contribue à la création du festival de musique J-S Bach, dont l’objectif est de rassembler les peuples pour éviter d’autres guerres.

Cette personnalité locale exceptionnelle était totalement méconnue dans sa région, alors que sa notoriété est internationale. Une injustice que le musée de Valence vient de réparer en lui consacrant une superbe exposition, accessible à tout public. Cartes géographiques d’une précision exceptionnelle, gouaches et dessins étonnants de naturel, c’est un régal pour les yeux.

« Théophile-Jean Delaye, un arpenteur du 20e siècle » est à voir au musée de Valence jusqu’au 26 février 2023.

Article publié dans le Jtt du jeudi 5 janvier 2023.

dimanche 1 janvier 2023

Succès international pour l’organiste tainois Maxime Heintz

Maxime Heintz anime à Tain les célébrations religieuses à l’orgue, et assure quelques concerts organisés par les Amis de l’orgue et du carillon en été. Mais c’est une infime partie de son talent. Au festival international d’orgue de Lituanie il a récemment enthousiasmé le public. Voici le commentaire publié après le concert de Konas par le directeur du théâtre : « Hier, en écoutant l'orgue retentissant de la cathédrale de Kaunas, ce n'était pas une partition, c'était de la musique, ce n'était pas un orgue, c'était un orchestre complet. Ce fut un moment d'éternité, inspiré par la virtuosité de Maxime Heintz».

La rencontre de Maxime avec l’orgue s’est faite dans la Drôme, à l’abbaye d’Aiguebelle, où son père était intendant. L’enfant qu’il était a senti immédiatement que ce serait sa passion. Premiers cours à Montélimar, puis conservatoires de Marseille, de Lyon, avec les meilleurs professeurs. Après une médaille d’or, et des participations à divers concours internationaux, il se produit en Suisse, Hollande, Allemagne … Des publics différents, des orgues de facture et de sonorité différentes.

Car l’orgue est un instrument très complexe, dont l’évolution a suivi celle des techniques. Au 4e siècle avant J.-C., il existait déjà un instrument où l’on soufflait dans des tuyaux remplis d’eau ! Au fil des siècles et des progrès, il est devenu ce majestueux instrument à vent, avec sa soufflerie, ses différents tuyaux, claviers, pédales. Au 17e et 18e siècles, la musique d’orgue connaît son apogée, grâce à des compositeurs baroques ou classiques prestigieux comme Jean-Sébastien Bach. Des instruments sont construits dans tous les pays d’Europe, chacun avec sa propre personnalité. Puis la musique d’orgue est délaissée au profit de l’orchestre symphonique. C’est au 19e qu’on recommence à construire de nouvelles orgues plus performantes, adaptées à la musique romantique. Ainsi on ne joue pas n’importe quelle musique sur n’importe quel orgue, il faut adapter son programme de concert à l’instrument.

En Lituanie, Maxime a enchanté le public avec des œuvres de Bach, Mendelssohn, Franck, Liszt. Ses compositeurs préférés, qu’il propose régulièrement en concert à Grignan, dans la collégiale de ses débuts, à Valence, Saint-Donat, Romans, Lyon, Paris…  Reconnu dans le monde des organistes, il a dû néanmoins s’assurer un emploi pour vivre, et c’est ainsi que depuis 8 ans, il travaille à Tain dans le funéraire. Musicien discret et talentueux, il ne cherche pas plus la gloire que son maître J.-S. Bach, qui malgré son immense influence est toujours resté au service de petites cours princières. Comme lui, la passion de la musique l’anime, et il veut rester libre. De travailler l’orgue ou le piano des nuits entières, accompagner des chanteurs lyriques ou des chœurs, jouer en solo ou en duo … Mais toujours enchanter le public lors de ses concerts. 

Article publié dans le JTT du jeudi 29 décembre 2022 et dans la Tribune de Montélimar.

dimanche 25 décembre 2022

Quand le Dauphiné "débordait" en Italie : le lien extraordinaire entre Saint-Donat et Oulx

Le Dauphiné est une province dont l’histoire est pleine de péripéties. A partir de la petite seigneurie de Vion, au 11è siècle, il s’est agrandi par une suite de mariages, guerres, rachats, jusqu’à couvrir une grande partie du sud-est de la France. Il s’étendait même au-delà des Alpes, sur leur versant italien. C’est ainsi que Saint-Donat et Oulx, ville italienne du val di Susa, ont un passé dauphinois commun. Une histoire pas banale, qui a trouvé son aboutissement dans leur jumelage officiel.

A Tain, on connaît la cession du Dauphiné, province du Saint-Empire romain germanique, au royaume de France en 1343. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Le grand rival du Dauphiné était alors la principauté de Savoie, qu’il ne faut pas confondre avec nos actuels départements savoyards. La Savoie était un grand état en forme de croissant, qui s’étendait du Piémont jusqu’au Lac Léman au nord et jusqu’à Nice au sud. Elle avait donc une frontière commune avec le Dauphiné tout le long de l’arc alpin. C’était la nation ennemie, à laquelle, par le traité d’Utrecht en 1713, la France a dû « rendre » le val de Susa.  De cette époque datent les forts de Briançon conçus par Vauban.

La prévôté d’Oulx, en Italie, était depuis l’an mil un centre spirituel et administratif puissant, contrôlant de nombreuses abbayes du Dauphiné, dont celle de Saint-Donat. Même après le retour d’Oulx dans le giron savoyard, cette ville de langue française, carrefour commercial des Alpes, a gardé son importance intellectuelle en continuant à former dans ses écoles des instituteurs qui ensuite partaient enseigner dans tout le Dauphiné. C’est ainsi qu’un instituteur d’Oulx, Antoine Silvestre, est venu s’installer à Saint-Donat en 1792. Suivi en 1803 par Nicolas Cossul … Toute la Drôme voyait arriver en hiver des instituteurs venus des deux côtés des Alpes, qui repartaient dans leurs montagnes à la belle saison pour cultiver leurs terres.

Antoine, Nicolas, et bien d’autres Italiens francophones ont fait souche à Saint-Donat ou ses alentours, et les liens entre la petite cité drômoise et la celle d’Oulx ont été pérennisés par un jumelage officiel entre les municipalités. A l’heure actuelle, ce jumelage continue de réunir les citoyens des deux pays à travers des festivités régulières. Une belle histoire de culture commune qui traverse les frontières et le temps.

Article publié dans le JTT du jeudi 22 décembre.

mardi 20 décembre 2022

Turin, capitale du chocolat

A Tain l’Hermitage, Valrhona embaume l’air ambiant. Mais avec Turin on change d'échelle : la ville est l’incontestable capitale du chocolat européen, mis en valeur dans de nombreuses boutiques. Ses productions chocolatées historiques ou contemporaines rivalisent d'originalité. A consommer chaudes ou froides !

Turin, en Italie, à environ 4h de route, est jumelé avec Lyon. Deux villes de plus d’un million d’habitants avec de nombreux points communs : anciennes capitales, nichées au pied des Alpes, à la confluence de deux fleuves, elles profitent d’un immense patrimoine historique et artistique. Actives, sportives, culturelles, elles sont de plus des hauts lieux de la gastronomie.

L’amour entre Turin et le chocolat remonte à près de cinq siècles, à tel point que la ville peut être considérée comme la “capitale du chocolat”. Le cacao est ici une véritable tradition, célébrée dans les cafés historiques ainsi que dans les boutiques des nouveaux maîtres chocolatiers primés. Les entreprises de production de chocolat à Turin produisent un chocolat typique, appelé Gianduiotto, d’après le Gianduja, pâte de noisette et de cacao, nommée ainsi en référence à un masque de la Commedia dell'arte. Ce chocolat inventé à Turin a fait les beaux jours d’entreprises piémontaises multinationales comme Ferrero (Mon chéri, Rocher, Kinder, Nutella). C’est aussi la base des chocolats créés par les artisans chocolatiers, bouchées, tablettes, moulages, petits carrés…

Mais ce qui fait la spécificité de Turin, c’est qu’on y consomme quotidiennement le chocolat comme boisson. En se promenant dans les rues du centre-ville, il est impossible de ne pas être enivré par l’odeur de cacao et de noisettes grillées, émanant des nombreuses chocolateries et cafés. Il suffit de franchir le seuil d’un des cafés historiques pour se retrouver plongé dans une ambiance qui n’a pas changé depuis le XIXe siècle. Deux expériences sensorielles sont inoubliables : Le Bicerin  (petit verre), la spécialité piémontaise traditionnelle, servi chaud dans un verre. Sa recette : 3/4 de chocolat chaud, ¼ d'expresso, auxquels on ajoute une cuillerée de crème fraîche. Une gourmandise addictive. Le Goûter Royal est lui un voyage dans le temps. On le consomme dans certains cafés historiques, comme la Merenda Reale. Ce chocolat chaud et puissant est préparé avec de l’eau, sans lait, et il a la consistance légèrement gélatineuse d’un flan. On le déguste accompagné des irrésistibles « bagnati » : authentiques biscuits de Savoie, amaretti, nougat, meringue…Buona Degustazione !

Article publié dans le JTT du jeudi 22 décembre.

 

lundi 12 décembre 2022

Le montage de la crèche des Balmes

Tous les matins, dès le début novembre, une petite équipe d’Amis des Balmes s’affaire dans l’église du village à construire la grande crèche animée qui va bientôt ravir le public. Ce n’est pas une mince affaire ! Sur 30 m de long, il faut installer supports, décor, pour une vingtaine de saynètes et quelques 250 santons. L’originalité de cette crèche, ce sont les modules motorisés, que les visiteurs pourront mettre en marche grâce à des interrupteurs, et qui donnent vie à tous les petits métiers présentés.

Les bénévoles retrouvent leurs activités de prédilection : le menuisier installe la plate-forme et le fond, la couturière tend le tissu bleu nuit, qui symbolise le ciel étoilé. Le terrassier sculpte des cartons mouillés pour leur donner la forme des collines et des grottes (les balmes) qui entourent le village, avant de les crépir de sable et de tracer des chemins. Le paysagiste glane puis dispose les végétaux, les dames nettoient et rhabillent les santons. Et la vice -présidente assure le café chaque matin !

Depuis 1999, la crèche a bien évolué. Elle mesurait alors seulement 3m. C’est un ingénieur du quartier, bricoleur invétéré, qui a construit et animé chaque année de nouvelles saynètes représentant les activités traditionnelles et les bâtiments des Balmes. On retrouve ainsi l’école, les fermes, la boulangerie, les échoppes : scieur de bois, rémouleur, maréchal-ferrant, cordonnier, fileuse, crémière… jusqu’au dancing local Le Tahiti !

Les Balmes, c’est un quartier excentré de Romans, où règne une ambiance de village actif et solidaire. La vitalité de l’association des Amis des Balmes en témoigne : Sur les quelques 350 habitants, 160 en font partie, et pas comme simples figurants ! C’est ainsi qu’entre décembre et janvier, on peut trouver chaque jour 2 bénévoles assurant l’accueil et les visites.

A une quinzaine de kilomètres, la crèche des Balmes vaut le détour. Parce qu’elle est une réalisation exceptionnelle, mais aussi parce que l’implication de ses habitants est digne d’éloges. Une fraternité qui fait chaud au cœur en cette période de Noël !

La Crèche sera visible tous les jours de 14h à 18h, du 9 décembre au 8 janvier 2023 dans l'église des Balmes, près de Romans. 

Possibilité de visite sur RV le matin, tél : 06 74 58 63 35

Article publié dans le JTT du jeudi 8 décembre.

lundi 5 décembre 2022

Il réalise la crèche de vos rêves

Daniel Aubenas est un artiste de renommée nationale qui se cache au bord du Rhône. Dans son atelier, il fabrique des crèches sur commande, sur mesure. A la mesure de vos rêves, maison enfouie dans vos souvenirs, petite église, lavoir, cabane de pêche, épicerie … mais aussi à la mesure de vos santons. Car tout dans ses pièces uniques doit être parfait, les proportions, le décor, le mobilier, les accessoires, fleurs ou animaux … Pour agrémenter ses crèches, véritables œuvres d’art, c’est dans la nature qu’il va récolter baies et graines, brindilles et mousse, fleurs, petits cailloux et pommes de pin.

Dans son enfance, Daniel aidait sa mère à préparer la crèche, à l’époque c’était un temps fort de Noël. Il allait chercher dans les bois de la mousse, du sable, pour garnir le papier rocher où elle déposait les précieux santons. Adulte, lorsque son fils a eu une dizaine d’années, Daniel a décidé de perpétuer la tradition en construisant avec lui une première crèche. Ensemble ils ont glané toutes sortes de matériaux dehors et l’ont fignolée dans son atelier. Le résultat a laissé l’entourage admiratif et demandeur. Une passion est née, Daniel a fabriqué une deuxième crèche, puis une autre, jamais les mêmes, de plus en plus réalistes et personnalisées. Le travail s’est professionnalisé, structure en plâtre, tuiles moulées au doigt, finitions soignées. Le bouche-à-oreille, quelques expositions, et Daniel fut propulsé dans les grands salons de santons d’Arles, Nîmes, Orange, Avignon.


Toute la France défile dans ces salons, à la recherche de décors de Noël authentiques et esthétiques. On y rencontre d’autres artistes passionnés. C’est ainsi que Daniel a fait la connaissance d’Adrien, santonnier dans la Loire. Un duo de créateurs s’est alors constitué. Ensemble les deux compères définissent un projet, assortissant personnages et crèche. Une réussite repérée par le Conseil Régional de Rhône-Alpes, qui chaque année depuis 2016 met en valeur les métiers d’art rhônalpins en organisant une crèche géante à son siège lyonnais, au quartier Confluence. Sur 64 m2, les artistes sont chargés de représenter les douze départements de Rhône-Alpes par une mise en scène symbolique. Ainsi, suivant les années, Daniel a évoqué la Drôme par les maisons perchées de Pont-en-Royans, la chapelle et les vignes de Tain l’Hermitage, ou les lavandes de Nyons …  Les moulinages, le Gerbier-de-Jonc, ont symbolisé l’Ardèche, une ferme et ses vaches Abondance la Haute-Savoie, Saint-Etienne a retrouvé ses mines … Les Lyonnais se pressent en foule pour admirer cette crèche exceptionnelle, ouverte gratuitement au public à partir du 8 décembre.

Daniel n’a plus besoin de faire les salons, sa notoriété est assurée, les clients sont devenus des amis, il peut créer à son rythme, parfois en compagnie de son petit-fils. A côté du Conseil Régional, il participe à de nombreuses manifestations locales, comme le Chemin des crèches de Mirmande, la décoration de l’Auberge de Léoncel, l’expo de Noël au musée de Saint-Uze. La demande est forte, car son intérêt pour le patrimoine régional est au goût du jour. Mais il s’adapte aussi aux influences modernes en réalisant des petites maisons grecques, aux lignes épurées, pour des intérieurs contemporains. La passion des crèches, symbole de la culture provençale, n’a pas de limites de temps, ni de lieu …

Article publié dans le supplément Noël du Jtt et dans Regard magazine de décembre.

jeudi 1 décembre 2022

La nouvelle grotte Cosquer à Marseille

24 000 ans avant notre ère, la Terre a vécu un épisode glaciaire important : une grande partie de l’hémisphère nord était sous la glace, la Provence connaissait un climat semblable à celui de l’Islande actuellement, et le niveau de la Méditerranée était descendu une centaine de mètres plus bas qu’aujourd’hui. Sur ces larges rives émergées, un peuple préhistorique de chasseurs-cueilleurs vivait entouré de bisons, pingouins, bouquetins … 

En 1985, Henri Cosquer, un plongeur expérimenté, qui aime explorer toutes les cavités sous-marines de la côte marseillaise, a repéré une entrée mystérieuse, 37 m sous la mer, au niveau de la calanque de Morgiu. Après plusieurs tentatives infructueuses, car cette entrée se poursuit par un conduit long et exigu, et un matériel spécifique, il arrive enfin à remonter toute l’étroite galerie sur 150 m, et débouche dans une salle hors d’eau, qu’il explore à la torche. C’est l’émerveillement : Partout sur les parois, des empreintes de mains, des animaux peints ou gravés, une mémoire intacte de la Préhistoire. Tout cela, inaccessible aux savants et au public.

En juin 2022, la réplique de la grotte Cosquer est inaugurée dans la Villa Méditerranée, à Marseille, à côté du Mucem. Une réalisation nécessaire, car la montée des eaux menace d’engloutir irrémédiablement les chefs-d’œuvre pariétaux. Comme pour la réplique de la grotte Chauvet, le résultat est d’un réalisme spectaculaire. Entièrement modélisée à partir de plans réalisés en 3D, puis ornée par des artistes experts, la restitution de la grotte est un choc visuel et esthétique, et grâce à une technologie ultra-sophistiquée, la visite se passe sous l’eau !

Après l’accueil-billetterie du rez-de-chaussée, les visiteurs descendent en ascenseur sous le niveau de la mer, où la station sous-marine les attend. Là, des modules d’exploration de 6 passagers se déplacent entre tunnels et salles ornées, respectant la configuration de la grotte Cosquer d’origine. Et le spectacle est fabuleux ! Sur l’argile des parois, les empreintes de mains d’adultes, d’enfants, datées de plus de 20 000 ans. Des dessins de chevaux, taureaux, morses, des scènes de chasse avec bisons, d’affrontement entre pingouins, apparaissent, tracés au charbon de bois ou gravés au silex, avec une grande dextérité. C’est l’émerveillement. Et au retour sur terre, une galerie au niveau supérieur présente ces animaux dans leurs impressionnantes dimensions ainsi que l’évolution de la grotte au fil des millénaires.

Les visiteurs ressortent de l’immersion dans ce chef-d’œuvre englouti éblouis et dubitatifs. Les hommes préhistoriques vivaient-ils dans la grotte ? Était-elle un lieu de réunion, de prière ? Comment la montée des eaux a-t-elle évolué avec le climat ? La région PACA, qui a financé ce projet avec préhistoriens, géologues, climatologues, architectes, plasticiens, scénographes mais aussi plongeurs, photographes et génies de la réalité virtuelle, ne fournit pas de réponse. Mais avec Cosquer, elle complète admirablement l’offre touristique et culturelle du Vieux port, entre Mucem et Fort Saint-Louis, en lui conférant une dimension patrimoniale à la fois paléolithique et avant-gardiste.

Article publié dans le JTT du jeudi 1 décembre.