mercredi 22 décembre 2021

La crèche vigneronne de Saint-Jean-de-Muzols

Ce n’est pas une crèche académique, mais elle est joyeuse et originale. Elle ne décore pas un coin du séjour, non, elle occupe toute la cave des propriétaires, Claude et Véronique. Sur un lit de mousse cueilli à Arlebosc, elle s’étale sur une dizaine de mètres. Les santons, de tailles et matières différentes, ont été glanés au fil de leurs voyages, et regroupés par thème : le travail des vignes, la Bretagne, le désert, et même les curés du coin… Pendant un mois, cette imposante crèche privée fait la joie des visiteurs, surtout des enfants.

Monter la crèche est une tradition familiale héritée des parents et grands-parents, dont les photos apparaissent dans le décor. Toute la cave rassemble d’ailleurs une multitude de souvenirs conviviaux, rappelant la vie de famille ainsi que les investissements professionnels et locaux, dont les affiches des salons du Livre et du Vin de Tournon, que présidait Claude. L’amitié a aussi sa place, en témoigne une petite crèche toute en Gromolls, de fabrication tournonnaise. Et bien sûr la collection de bouteilles et cuves est toujours en activité. Saint Joseph n’est pas que dans la crèche !

Claude et Véronique cultivent l’accueil et la bonne humeur, n’hésitant pas à régaler les visiteurs d’un verre de leur production. Il règne dans leur cave de vignerons une ambiance de simplicité, de joie et de partage, n'est-ce pas là le vrai sens de la crèche ?

Article publié dans le JTT du jeudi 23 décembre.

jeudi 16 décembre 2021

Chronique littéraire : Nézida, de Valérie Paturaud

C’est l’histoire d’une jeune fille drômoise au siècle dernier, née en 1856 à Comps. Elle habite un village perdu dans la montagne au-dessus de Dieulefit, et semble condamnée à la vie dure des paysannes de l’époque. Mais par son caractère volontaire et aventureux. Nézida défie la tradition protestante austère, étudie, et refuse de se marier avec les gars du pays. Finalement elle épouse un garçon de la ville, un Lyonnais, qui va lui faire découvrir un autre monde. A Lyon, tout est différent, Nézida s’adapte, s’épanouit et se dévoue aux autres. Mais le drame guette.

Valérie Paturaud a été émue par un portrait et un prénom étrange, Nézida, en feuilletant un vieil album de photos. Sans indications sur la vie de cette personne, elle a reconstruit son histoire d’après différents membres de sa famille. Nézida est donc un roman choral, construit par petites touches, qui croise les regards des proches, père, mère, frère, instituteur, amie… Pas tous bienveillants, car Nézida a suscité la désapprobation. Ensemble, ils brossent un portrait sensible de cette jeune fille rebelle au destin lumineux et tragique. Une forte personnalité, à la fois féminine et féministe, à l’avant-garde dans les années 1880.

Le nom de son mari, Soubeyran, est très connu dans la région, porté en particulier par Marguerite, fondatrice de l 'École de Beauvallon, qui accueillit dès 1929 des enfants « blessés de la vie ». Marguerite Soubeyran fut aussi reconnue comme « Juste parmi les nations » pour avoir abrité des enfants juifs pendant la deuxième guerre mondiale.

Valérie Paturaud, après avoir été institutrice dans les quartiers difficiles de la banlieue parisienne, vit depuis une dizaine d’années à Dieulefit.  Elle s’intéresse à l’histoire culturelle de la vallée, haut lieu du protestantisme et de la Résistance.

Son récit est disponible en format Piccolo chez Liana Levi.

samedi 11 décembre 2021

La plus humble des crèches

Elle se trouve à Saint-Montan dans le Vivarais, dans la grotte de l’ermite Montanus, qui a donné son nom au village. Un homme pieux et austère, désireux de prier et méditer en silence. Mais sa notoriété de saint homme était grande ! Il avait notamment prédit la naissance de Saint Rémi en 435, avant de quitter sa région natale de Laon. Après des années d’errance, il trouva dans les gorges de la Sainte-Baume, au sud de Viviers, une nature sauvage, un climat doux, de l’eau, et s’y installa. Plus tard, une rencontre fut organisée entre Saint Rémi et Saint Montan par l’évêque de Viviers. Mais ces personnalités ne pouvant grimper jusqu’à la grotte, la rencontre eut lieu au débouché des gorges. C’est là que fut par la suite édifiée la chapelle San Samonta.

C’est de cette chapelle romane, située à la sortie de Saint-Montan, en direction de Larnas, qu’il faut partir à la découverte de la grotte. Une belle grimpette au pied des falaises, dans les pierriers, sur un sentier balisé, permet en une trentaine de minutes d’accéder à la grotte, dissimulée dans une végétation de pins et chênes. De là, la vue est spectaculaire sur les gorges de la Sainte-Baume et la vallée du Rhône, au loin. La grotte est aménagée comme une maison troglodyte, sur deux niveaux, elle témoigne par sa conservation du passage d’autres ermites à d’autre époques. Un petit oratoire replonge le visiteur dans sa fonction première, la prière. Et sur un repli de la roche, quelqu’un a installé une toute petite crèche dont la modestie s'accorde parfaitement au lieu et au symbole.

La préservation du site est assurée par les Amis de Saint-Montan. C’est grâce à cette association de bénévoles que le village de Saint-Montan a connu une deuxième naissance. Depuis 44 ans, le château, ses remparts, le village, les églises et la grotte ont été restaurés. Saint-Montan est ainsi devenu un des plus beaux villages d’Ardèche. La solidarité, l’opiniâtreté, le dévouement, de belles leçons à méditer devant l’humble crèche cachée dans les falaises.

Article publié dans le supplément Noël de La Tribune.

lundi 6 décembre 2021

La Maison de la Céramique de Saint-Uze

La Drôme des Collines a connu une activité céramique dès le néolithique, grâce à la présence d’argile, d’eau et de bois, puis a profité largement des voies de communication pour se développer. Actuellement c’est un des plus importants pôles céramiques de France, grâce à des entreprises comme Ceralep, Novoceram, Panyol, Revol, Jars… A Saint-Uze, la céramique a marqué la vie économique et quotidienne dans tous les domaines. Ainsi les Saint-Uziens ont été les premiers Drômois à bénéficier de bains-douches municipaux. La Maison de la Céramique occupe ce lieu historique qui a fait la fierté des habitants, on venait s’y laver de loin et en train !

Actuellement, la Maison de la Céramique de Saint-Uze est un musée méconnu des locaux mais très prisé des voyagistes. Le parcours ludique et pédagogique qu’elle propose, entièrement réaménagé depuis le confinement, rend hommage cette richesse locale parfaitement exploitée. Il existe 4 grandes familles de céramiques : la terre cuite, la faïence, le grès et la porcelaine. La collection de pièces anciennes du musée raconte leur histoire, les différentes techniques de fabrication et de décoration. Elle est complétée par la présentation de productions des entreprises actuelles, en arts de la table, isolateurs haute-tension, carrelages, briques réfractaires et composants pour l’aéronautique en carbure de tungstène.

Les fameux grès « Bleus de Saint-Uze » occupent une place privilégiée, les manufactures de Saint-Uze ayant inondé le marché culinaire français et international entre le 17e et le 20e siècles. Les cafetières, pots, plats, décorés au tampon ou au pochoir, se cachent encore dans certains greniers. Impossible de ne pas citer deux autres collections exceptionnelles du musée : les céramiques antiques et répliques réalisées par Jean MONTAGU, maître artisan potier à Saint-Vallier, Docteur en art et archéologie et celle, unique en France, de 500 pots de yaourt, yaourtières et produits dérivés de 1915 à 1960.

Labellisée site incontournable de la Drôme, la Maison de la Céramique propose, en plus de sa collection permanente, des expositions temporaires, des ateliers créatifs pour enfants et adultes, et une boutique de créations artisanales. Après une délocalisation au Vineum Jaboulet de Tain en septembre, le musée accueille dès le 27 novembre l’exposition « Crèches et boîtes vitrées », une belle façon de s’immerger dans l’esprit de Noël.


Maison de la Céramique SAINT-UZE Tél. 04 75 03 98 01. Ouvert du mercredi au dimanche, 14h-18h.

Article publié dans le JTT du jeudi 2 décembre.  

mercredi 1 décembre 2021

O mia Patria ... adesso in italiano

Après une première édition épuisée, O mia Patria a été réédité en français cet été.

Et maintenant, il est aussi disponible en version italienne !


C'est l'histoire de Giacinto, parti d'Italie à pied il y a un siècle, cheminant à travers les Alpes puis la Suisse jusqu'en France où il s'est installé en 1922.

Son itinéraire s'inscrit dans un contexte mouvementé, guerres de 1914-1918 et de 1939-1945, difficultés d'intégration, crise économique. Mais grâce à son énergie et son bon caractère, il a affronté les épreuves avec optimisme. Et gagné le coeur d'Henriette.

Un parcours auquel pourront s'identifier toutes les familles dont l'aïeul est venu d'Italie pour faire souche en France.

Et en prime, une préface de M. Sandro Gozi, député européen.

En vente aux Editions du Lion , place de la grande fontaine à Belfort.

samedi 27 novembre 2021

La Vache qui rit fête ses 100 ans !

Et à cette occasion, sa Maison-Musée, à Lons-le-Saunier (Jura), s’est refait une beauté. Architectes et scénographes ont concocté dans l’espace muséal qui lui est dédié un parcours à la hauteur de sa réputation. Car l’histoire de la Vache qui rit est une étonnante aventure, qui cumule l’histoire de la famille Bel et celle de l’émergence de la publicité.

Tout a commencé en 1865, lorsque Jules Bel s’installa dans un petit village du Jura pour créer sa société fromagère. Pendant 30 ans, il affina puis vendit des meules de gruyère et d’emmental. Puis, en 1898, ses fils Léon et Henri transférèrent la compagnie à Lons-le-Saunier, ville qui présentait deux avantages : la présence d’une ligne de chemin de fer et de salines, le sel étant nécessaire à la fabrication du fromage.

Léon, affecté pendant la guerre de 1914-1918 au ravitaillement des troupes, se rendit compte des difficultés de transport et de conservation des marchandises. L’emblème du train du ravitaillement était un bœuf hilare, surnommé la Wachkyrie, pour se moquer des Walkyries qui décoraient les trains allemands. Après la guerre, il apprit qu‘une famille suisse, les Graf, avait inventé une recette de fromage fondu pour écluser leurs nombreuses meules restantes. Léon Bel s’associa avec eux et lança en 1921 La Vache qui rit, une crème de gruyère d’abord vendue en boîtes métalliques. Une vache à quatre pattes, souvenir de guerre, décorait le couvercle. Le premier atelier de fabrication à Lons est devenu l’actuelle Maison de la Vache qui rit.

Le succès fut immédiat. En 1924, Léon changea le logo de la marque avec un dessin de l’artiste Benjamin Rabier, la fameuse tête de vache rouge aux boucles d’oreilles. En 1926, une usine moderne fut construite à Lons, qui produit encore le fameux fromage pour la France et une partie de l’Europe. Un service marketing, innovant pour l’époque, développa une stratégie commerciale fructueuse : véhicules customisés, matériel publicitaire, posters, plaques émaillées, présentoirs. Et pour les enfants, buvards, protège-cahiers, images. Ainsi que des spots publicitaires dans les cinémas, puis à la télévision dès les années 1950. La marque Vache qui rit s’est alors répandue à travers le monde entier, largement copiée et contrefaite. Mais le coup de génie, ce fut l’invention de la présentation en portions individuelles. Ainsi que celle du tircel, en 1980, cette petite languette qui permet une ouverture facile. Tous les produits suivants de la marque, Kiri, Babybel, apéricubes … en sont équipés. La Vache qui rit domine le marché et continue à épouser la tendance, elle est proposée maintenant en Pik et Croq et même en bio !

La Maison de la Vache qui rit, avec l’histoire de cette aventure industrielle hors normes, ses parcours ludiques et artistiques, mérite une visite ! Profitez de la route des vacances ou des nombreuses animations proposées tout au long de l’année.


www.lamaisondelavachequirit.com

Article publié dans le JTT du jeudi 25 novembre 2021.

jeudi 25 novembre 2021

Les Bodin's, de Thaïlande à Tournon

Salle comble, entièrement réservée d’avance, dimanche après-midi au ciné théâtre pour visionner le film « Les Bodin’s en Thaïlande » et profiter ensuite d’un échange avec les deux artistes, Vincent Dubois (alias Maria Bodin) et Jean-Christian Fraiscinet (son fils). L’ambiance était plus que chaleureuse, la température digne de la Thaïlande, et le film, une suite de gags, de blagues et de clichés sur le pays du Sourire, a bien fait rire le public. Il l’a fait rêver aussi, car en plus du comique, l’action et la tendresse étaient au rendez-vous, dans un décor idyllique.

Après la projection, les deux artistes ont eu droit à une standing ovation en montant sur scène, accueillis par Laurent Sausset. Dans un échange direct avec le public, ils ont rappelé leurs débuts en ces lieux. Vincent a en effet été primé lors du Festival des Humoristes en 1992. Il a rencontré Jean-Christian à Villard-de-Lans en 1993, et leur spectacle tourne ainsi depuis 30 ans ! D’artistes inconnus, ils ont gagné le statut de vedettes, après leur participation aux émissions TV de Patrick Sébastien et Michel Drucker. Et maintenant, ils sont programmés dans tous les Zéniths de France, avec une équipe de 52 techniciens, 8 comédiens et 10 semi-remorques de matériel !

Mais leur marque de fabrique reste la même : humour, improvisation et simplicité. Ils ont expliqué le tournage du film, bien impacté par le Covid : arrivés sur place en mars 2020, ils ont dû en repartir précipitamment au bout de dix jours, pour y revenir 6 mois plus tard. L’avantage alors, c’est qu’il n’y avait plus aucun touriste en Thaïlande, ils ont donc profité d’un contact idéal avec la population et les lieux paradisiaques. Cette confrontation à une autre culture leur a donné envie de renouveler l’expérience et de filmer dans d’autres pays. Alors, bon voyage et bonne chance aux Bodin’s !

Le film continue de passer à Tournon jusqu’en décembre. Pour égayer une journée morose, courez-y ! Et d’après eux « le bouche à orteil » c’est la meilleure pub !

Article publié dans le JTT du jeudi 25 novembre 2021.