jeudi 27 octobre 2022

Le site naturel de Crussol

Crussol, c’est un fier château perché sur un éperon rocheux dominant le Rhône, Crussol, c’est aussi un Festival très prisé en été, mais avant tout Crussol est un lieu de promenade accessible à tous en toutes saisons.

Campé sur un massif calcaire riche d’une grande biodiversité, le site de Crussol a été classé Espace Naturel Sensible. C’est pourquoi la communauté de communes Rhône-Crussol a décidé d’y proposer un choix de balades gratuites, accompagnées par un animateur, pour mieux apprécier son histoire, sa faune et sa flore. 

On peut ainsi découvrir suivant la saison orchidées et pelouses sèches, lézards et chauves-souris, oiseaux rares, insectes et papillons. Comprendre la géologie du sol, observer l’implantation des arbres. La balade « mystères de la forêt » d’octobre permet d’identifier tilleuls, érables, peupliers, chênes, buis, pins, cèdres … et même de croiser un cerisier en fleurs ! Pourquoi poussent-ils ici ? Quel âge ont-ils ? Comment évoluent-ils en fonction du climat ?  Toutes sortes de questions auxquelles l’accompagnateur répond.

Ces balades découvertes de la nature se prolongent les dimanches après-midi jusqu’à la Toussaint. Les visites médiévales du château et les ateliers pour enfants sont terminés depuis fin septembre, mais on peut encore se promener librement sur « les épaules du géant Crussol », un parcours ludique fléché, organisé autour de 7 refuges disséminés dans la forêt et la villette médiévale. Alors n’hésitez plus, par une belle journée, d’automne, parcourez la forêt de Crussol !

Article publié dans le JTT du jeudi 27 octobre.

samedi 22 octobre 2022

Le renouveau du fort de Vézelois

A Belfort on connaît bien Vauban et sa citadelle, on connaît vaguement Maginot, régulièrement moqué alors que son système de défense était à l’avant-garde, mais on ignore Séré de Rivière. Pourtant ce général et architecte militaire a lui aussi voulu défendre la France contre l’envahisseur en construisant une ligne de fortifications, qui s’étendait de Nice jusqu’à Lille. En passant par Belfort, ainsi pourvu d’une ceinture de 19 forts entre 1873 et 1911. La ville était alors frontalière de l’Allemagne après la défaite de 1870, et il fallait lui assurer une sérieuse protection. L’ensemble de ces forts voulus par Séré de Rivière constitue un patrimoine exceptionnel, contemporain de l’emblématique Lion, qu’il serait juste de valoriser davantage.

Pour prendre conscience de l’intérêt touristique du projet, il suffit d’en visiter un. Le mieux conservé, le plus accessible, est celui de Vézelois, le Fort Ordener. Sa ceinture de verdure, ses couloirs labyrinthiques, ses murailles d’où l’on jouit d’une vue à 360° sur les Vosges et le Jura, ses salles équipées d’eau et d’électricité, en font un lieu privilégié, apprécié des sociétés locales qui le louent pour leurs manifestations. Au fil des saisons s’y déroulent donc rassemblement de motards, marche gourmande, week-end d’intégration de l’UTBM, jeux de rôle, nuit d’Halloween, vide-greniers, expositions ainsi que mariages et fêtes diverses. Le fort loue aussi quelques salles à des associations, comme les Archers du Royal qui trouvent là un lieu d’entraînement idéal. Ainsi qu’à des ferronniers, ébéniste, pompiers, dresseur de chiens. Bref, à Vézelois, le fort joue un rôle central dans l’animation locale. 

Le fort Ordener est géré par une association locale, « le Renouveau du fort » depuis 1998, date à laquelle il a été cédé par l’armée à la commune de Vézelois. Cette association, d’une centaine d’adhérents à l’origine, se charge de l’entretien des bâtiments, du ménage, des espaces verts, de la gestion des manifestations … ainsi que des quelques visites de passionnés. Las, au bout de vingt ans, les bénévoles ont vieilli ou disparu, ceux qui restent ont du mal de faire face aux éboulements de certains murs, à l’entretien des sentiers, à la chute d’arbres… ainsi qu’aux réparations d’usage. Leur prochain objectif, c’est de remettre en état le mirador, d’où la vue sur le Territoire est exceptionnelle… Pour les aider : une trentaine de chèvres, qui nettoient les espèces invasives et dont les gambades font la joie des visiteurs. Mais c’est aussi une charge, il faut entretenir leur écurie l’hiver, assurer un suivi vétérinaire, relever les murs qu’elles escaladent…

Ce patrimoine est méconnu des touristes et surtout des Terrifortains. Pourtant de nombreux sentiers pédestres le longent. Il existe aussi un sentier VTT des forts, hélas plutôt long et difficile (79 km). Le fort Ordener mérite plus de visibilité, il est emblématique de l’après-guerre de 1870, du rôle de la voie stratégique autour de Belfort, et facilement accessible en voiture. Si quelques passionnés par l’histoire militaire y pénètrent chaque été, ils viennent de Paris ou de l’étranger ! Enchantés par la balade sur les remparts en compagnie des chèvres, et le dédale des couloirs, ils admirent l’architecture du fort, construit en pierre de taille par des ouvriers piémontais …

Le renouveau du Fort Ordener ne peut plus dépendre uniquement de l’association éponyme. Les finances sont insuffisantes, les recettes permettent à peine d’acheter le matériel d’entretien. C’est le cas de presque toutes les communes de la ceinture belfortaine propriétaires d’un fort. Une richesse historique, mais une charge financière. Chacune se débrouille comme elle peut, et cette exceptionnelle ceinture de forts reste un patrimoine caché, à l’abri des circuits touristiques. Il faudrait une volonté départementale ou régionale pour assurer la promotion et la préservation de cette tranche de l’histoire militaire de Belfort.

La ceinture des forts, Denfert-Rochereau, le Lion, relèvent tous de la même époque, de la même épopée. Et si l’on est inconditionnel de Vauban à Belfort, il faut savoir que Séré de Rivière est considéré comme le Vauban du XIXe siècle !

Article publié dans l'Esprit Comtois n° 28.

vendredi 14 octobre 2022

Forêt de Saoû : le renouveau de l'Auberge des Dauphins

La rénovation du bâtiment construit par Maurice Burrus,
 richissime propriétaire de la Forêt de Saoû jusqu’en 1959, est plus qu’une réussite : Devenue maison de site, ouverte à tous, consacrée à son environnement splendide, elle répond à toutes les demandes des visiteurs. Randonneurs, vététistes, amoureux de la nature ou simples promeneurs y trouvent un lieu d’exposition consistant, des propositions de balades ou d’animations, une boutique et une restauration à prix doux.

L’ancienne Auberge des Dauphins, construite dans les années 1930, fut un édifice emblématique de la Drôme avec son architecture néoclassique, inspirée du Trianon, ses salons à balustres, décorés de stucs blancs et or, son restaurant étoilé. A l’époque, elle fut une première initiative destinée à promouvoir le tourisme vert, puisque Burrus avait même financé la construction d’une route de 28 km autour de sa forêt pour faire découvrir la variété des plantations à ses visiteurs. A ce bâtiment restauré dans les règles de l’art, le Département de la Drôme, propriétaire du domaine depuis 2003, a adossé un nouveau bâtiment très contemporain, tout en bois et transparence. L’ensemble permet d’accueillir le public, les bureaux et les locaux techniques.

En parcourant les salles d’exposition, à la fois ludiques et pédagogiques, on apprend comment s’est formé cette particularité géologique qu’est le Vaisseau de Saoû, un synclinal perché, c’est-à-dire une cuvette en hauteur. On découvre la faune qui y vit (loup, aigle, chamois, écureuil, couleuvre, sitelle…) ainsi que les activités d’exploitation du sous-sol (kaolin, charbon), du sol (élevage, débardage), l’utilisation des pierres et des différentes essences de bois (pins, sapins, hêtres, chênes …). Et l’histoire des hommes qui l’ont habitée dès le néolithique, car ce territoire isolé, presque clos, a accueilli au fil des siècles toutes sortes de réfugiés, fuyant les épidémies, les guerres de religion, les nazis, les bandes armées ou la misère. Bornes tactiles, panneaux explicatifs, petites vidéos ont été soigneusement élaborées pour donner envie d’en savoir plus. La maison de site a d’ailleurs vocation à accueillir des classes par un programme de pédagogie active.

Après avoir satisfait sa soif de connaissances, il ne faut pas hésiter à pénétrer dans le salon doré dont le décor suscite l’émerveillement. Contrairement à sa vocation élitiste d’antan, il propose une petite restauration simple présentée en verrines par le food truck La Note Gourmande. Et ensuite, depuis la splendide allée de cèdres, découvrir, au gré des sentiers, cette merveilleuse forêt de Saoû, où cohabitent les écosystèmes d’Alpes et de Provence. Le plus étrange après cette période de sécheresse, c’est d’observer que la forêt a résisté, grâce à son système hydrographique particulier : les eaux de ruissellement le long des versants, qui convergent jusqu’à la Vèbre, ont permis de sauver les végétaux. Promesse de belles couleurs d’automne. Car après les activités de l’été, l’Auberge des Dauphins restera ouverte jusqu’au début novembre, les mercredis et week-ends.

Infos : www.aubergedesdauphins.fr 

tél : 04 75 76 02 25



Article publié dans le JTT du jeudi 13 octobre 2022.

jeudi 6 octobre 2022

Chronique littéraire : Les cloches jumelles, de Lars Mytting

Un roman ethnographique passionnant, autour d’un symbole de la Norvège : une merveilleuse église en bois debout. Ces églises construites entre 1150 et 1350, actuellement inscrites au patrimoine mondial, représentent l’aboutissement d’une maîtrise totale de la construction en bois par les artisans du Moyen-âge. Chefs-d’œuvre d’ébénisterie élevés dans chaque village au moment de la christianisation de la Norvège, leurs décors reflètent encore le paganisme, les croyances locales. Beaucoup ont été détruites et remplacées au fil des siècles par des bâtisses plus modernes, à l’instar de celle du roman.

1880. Dans la vallée de Gudbrandsdal. Le nouveau pasteur du village de Butangen décide de démolir l’ancienne église en bois debout, trop petite, pour en construire une plus adaptée à la population. Il la vend sur pied à un musée de Dresde, et un jeune architecte allemand est envoyé au village, chargé de dessiner l’antique église, prendre ses mesures, et planifier la démolition, pour la reconstruire à l’identique en Allemagne. Pasteur et architecte s’opposent sur cette démolition, alors qu’une fille du village, Astrid, revendique les cloches, offertes à l’église par sa famille lors du décès de ses ancêtres. Les relations complexes entre les trois personnages évoluent au fil du roman : Amour, haine, vengeance…

Comme dans un conte norvégien, la nature, terrible ou bienveillante, est omniprésente et décide par-dessus tout de la vie des gens et des choses. Les croyances populaires s’y réfèrent en toutes circonstances. Une ambiance à la fois magique et réaliste, terriblement sauvage, qui fait le charme du roman.

Lars Mytting, né en 1968, est un auteur norvégien célèbre en Scandinavie, traduit à l’international.

« Les cloches jumelles » sont disponibles en poche chez Actes sud, collection Babel.

Chronique publiée dans le JTT du 13 octobre.

mercredi 28 septembre 2022

Saint-Vallier, sur les traces de Diane de Poitiers

Quand on traverse Saint-Vallier par la N7, le village semble assoupi. Pourtant, dans le centre ancien, mille et une richesses patrimoniales classées ne demandent qu’à être admirées… C’est l’objectif de l’association locale « Histoire et patrimoine » qui, en plus d’un travail de recherches, de quête de fonds, d’autorisations, de rénovations, d’information, a créé un circuit de découverte passionnant à travers les ruelles médiévales. Des QR codes explicatifs apposés aux endroits remarquables pour une visite libre, et des visites commentées toute l’année, le mercredi, permettent aux visiteurs d’en savoir plus sur le riche passé de la ville.

Saint-Vallier, au confluent du Rhône et de la Galaure, fut d’abord une cité romaine, sur la via Agrippa. On raconte même que c’est par ici que Ponce-Pilate aurait fini ses jours en se jetant dans le fleuve en l’an 37 (d’où les toponymes voisins Ponsas, Pilat). Vers l’an 900, un certain Valère, nommé évêque de la cité, lui a donné son nom. Cité franche au moyen-âge, le fief a appartenu au dauphin puis aux comtes de Valentinois. C’est en 1499 que naît à Saint-Vallier la belle Diane de Poitiers, comtesse d’Albon, duchesse de Valentinois et de Diois. Héritière d’immenses domaines, proche de la famille royale, elle fut la maîtresse officielle du roi Henri II pendant une vingtaine d’années. Son influence était alors supérieure à celle de la reine Catherine de Médicis. Diane n’a pourtant pas oublié Saint-Vallier, accordant des terres aux paysans, ordonnant la création de canaux d’irrigation toujours en activité. Son château, en haut du bourg, actuellement propriété privée, ne se visite pas. Dommage car les jardins ont été redessinés par Le Nôtre au 17e siècle !

La ville médiévale présente de nombreux vestiges, en particulier l’église, un musée à elle seule, avec sa juxtaposition de styles, roman, gothique, néoclassique et sa collection de tableaux de la Renaissance, dont deux attribués à l’école du Caravage et aux frères Carracci. Plus contemporain, le théâtre Art déco, érigé en 1932, en partie bombardé pendant la deuxième guerre, recèle un incroyable plancher inclinable, dont le mécanisme en sous-sol est de type Eiffel. Unique en France, il permet en un clin d’œil de transformer la salle de spectacle au plan incliné en une salle d’exposition au sol plat. Si on ajoute que Napoléon a dormi à Saint-Vallier, que Marc Seguin y a construit un pont, on se demande comment Saint-Vallier a pu rester écarté des circuits touristiques !

Mais cette injustice est réparée : L’association du patrimoine a maintenant ouvert un espace muséal, où l’on peut découvrir toute l’histoire de Saint-Vallier. Plus encore :  y sont exposés les vestiges trouvés lors des fouilles paléontologiques. Des vertébrés datant de plus de 2 millions d’années !  A Saint-Vallier, au bord du Rhône, on n’a pas seulement rendez-vous avec l’histoire du village, mais avec celle de la France !



Visites commentées par Histoire et patrimoine : 04 75 23 20 97

Article publié dans le JTT du jeudi 29 septembre 2022.

jeudi 15 septembre 2022

Le Chambon-sur-Lignon, lieu de mémoire et de culture

Le Chambon et les villages voisins du Plateau, Saint-Agrève, Tence, Mazet, … ont été une terre d’accueil pour les réfugiés pendant la deuxième guerre mondiale. Ainsi 5 000 personnes auraient sauvé de l’extermination 5 000 juifs ! Une quarantaine de titres individuels de Justes parmi les nations, ainsi qu’un diplôme collectif, ont été attribués au village par l’institut Yad Vashem de Jérusalem. Mais cette solidarité n’a pas concerné que les Juifs, les habitants ont d’abord accueilli les réfugiés espagnols fuyant la guerre civile dès 1936, puis les Allemands et Autrichiens antinazis, les Français des régions du nord bombardées … Une tradition d’accueil et de résistance des habitants du Plateau qui n’est pas le fruit du hasard.

D’abord, il y a l’empreinte des persécutions huguenotes. Le protestantisme, religion d’une minorité opprimée, s’est développé sur le Plateau Vivarais-Lignon du XVIe au XVIIe siècles. Déjà, il fallait cacher ses opinions, et les conditions de vie sur le Plateau s’y prêtaient : habitat dispersé, peu de contacts, vastes espaces sauvages de forêts et montagnes, climat rigoureux en hiver. Puis il y a eu l’émergence d’un christianisme social, au début du XXe siècle, avec des associations internationales comme la Croix- Bleue, l’Armée du Salut, et d’autres encore domiciliées en Suisse… qui ont organisé au Chambon l’accueil en vacances de centaines d’enfants défavorisés issus des villes. D’où la construction de lieux d’hébergement collectif, ajoutés aux hôtels et pensions qui accueillaient les vacanciers venus profiter du bon air. Car le Plateau était devenu, grâce à l’arrivée du train, une destination touristique populaire. Troisième facteur : La présence de personnalités exceptionnelles, pasteurs, enseignants, philosophes, curés, … venus de Suisse ou d’ailleurs, qui ont prêché dès le début de la guerre le refus des valeurs nazies, a incité à la résistance.

Le Plateau est resté en zone libre jusqu’en 1942, et les paysans ont naturellement accueilli les premiers réfugiés dans les lieux appropriés. Pratiquant polyculture et élevage, l’autonomie alimentaire était assurée. Lorsque la zone a été occupée par les Nazis, il a fallu dissimuler, disperser, cacher les Juifs, les opposants, et les exfiltrer vers la Suisse grâce aux réseaux mis au point par les organismes présents. Ensuite, les réfractaires au STO, les Résistants se sont eux aussi réfugiés sur le Plateau. La logistique est devenue de plus en plus difficile à assurer, mais toujours soutenue par la volonté de solidarité et de justice, prônée par les pasteurs locaux malgré les risques d’emprisonnement.C’est ainsi que ce rude plateau du Vivarais-Lignon a été un îlot de résistance et une porte vers la liberté pour des milliers de réfugiés, entre 1936 et 1945. De nombreuses années plus tard, d’anciens réfugiés ont voulu rendre hommage au Chambon et aux communes avoisinantes en créant un Lieu de Mémoire qui raconte l’aide exceptionnelle de cette région à la dignité humaine.  Le bâtiment fut inauguré en 2013. Il accueille cet été une superbe exposition Chagall, jusqu’au 2 octobre. Le Chambon est par ailleurs un vivier culturel, dont les « Lectures sous l’arbre » fin août attirent depuis trente ans un public international. Un bienfait n’est jamais perdu, dit-on : en 2021, un ancien réfugié échappé au nazisme, Erich Schwamm, a fait don de toute sa fortune au village, en souvenir des jours heureux passés au Chambon et en particulier à l’Ecole cévenole. Une exposition raconte son histoire. Une belle histoire, qui rend un juste hommage à ce village de résistants.

Article publié dans le JTT du jeudi 15 septembre.














mercredi 7 septembre 2022

Chronique littéraire : Les impatientes, de Djaïli Amadou Amal

Quelle chance pour une femme de vivre en France en 2022 ! Le récit réaliste de la soumission totale des femmes dans les riches familles peules du Cameroun semble se dérouler sur une autre planète, et pourtant…

Soumission, acceptation, patience, sont les règles de base de cette société musulmane. Le père est un être supérieur, qui a toute autorité sur ses filles, c’est lui qui décide un jour de leur mariage avec le prétendant de son choix. Pas question d’y échapper, et chacune à leur tour les filles doivent se résigner à un mariage arrangé, où leur mari aura tous les droits.

Ramla voulait faire des études, la voilà mariée à un éminent personnage politique, qui peut la couvrir de bijoux si elle est docile, ou la fouetter sinon. Hindou est mariée de force à un cousin alcoolique et drogué, qui la viole et la bat. Tout se passe au vu et au su des membres de la famille, mais l’omerta règne dans les riches propriétés où cohabitent plusieurs épouses et des dizaines d’enfants. Les manœuvres de séduction, les jalousies entre clans, la menace de répudiation, exacerbent les complots, les sournoiseries, dans un monde soumis à la tradition, à la religion, à une hiérarchie rigide. Safira, la co-épouse de Ramla est responsable du bon fonctionnement de la maisonnée, mais elle a aussi le pouvoir de détruire sa jeune rivale, pour conserver sa place de première… Il ne reste aux femmes que ces objectifs pervers : lutter pour rester la préférée, lutter pour bénéficier des largesses du maître.

Un statut duquel Djaïli Amadou Amal s’est échappée, après avoir connu le mariage forcé et ses violences.  Née en 1975 au Nord Cameroun, cette écrivaine de langue française utilise sa plume pour dénoncer le sort fait aux femmes de son pays au nom de la tradition et de la religion. « Quand tu entres dans une famille polygamique, tu dois être aveugle et sourde. Que tes yeux ne voient rien, tes oreilles n'entendent rien, ta bouche ne dise rien ». Militante pour Femmes du Sahel, défenseure de l’identité peule, ses romans mondialement connus sont couronnés de succès. Un espoir de libération pour ses compatriotes.

« Les impatientes » est maintenant disponible en poche chez J’ai lu.

Chronique publiée dans le Jtt du jeudi 8 septembre.