dimanche 16 mars 2025

De Saint-Sauveur-de-Montagut à Guilherand-Granges, en passant par la Chine et l’Amérique, la Maison Montagut tricote la planète

Montagut est une marque de tricotage internationalement connue, qui, à partir de matières naturelles, coton, mérinos, mohair, cachemire, réalise une gamme exceptionnelle de polos, pulls et accessoires. 1200 magasins à travers le monde et un magasin d’usine à Guilherand-Granges, plébiscité en période de soldes !

Car c’est à Guilherand-Granges que se trouve maintenant l’entreprise, fondée en 1880 à Saint-Sauveur-de-Montagut par Adolphe Tinland (1831-1902). Celui-ci a profité de l’essor industriel en créant un premier moulinage de fil de soie actionné par la force motrice de la rivière Auzène. Depuis, 6 générations se sont succédé à la tête de l'entreprise, qui s'est adaptée et a évolué au cours des époques.

En 1925, Georges Tinland crée près de Valence un atelier de tricotage de soie, la Bonneterie cévenole, il est le premier à vendre des bas de soie sous la marque Montagut et s’oriente vers la lingerie de luxe. A cause de la guerre, la pénurie de soie pousse l'usine à devenir une entreprise de tricotage de maille, réalisant sweaters, combinaisons, pulls. Quand en 1950 le nylon et la rayonne remplacent la soie, l’entreprise s’adapte. En 1963 Léo Gros, gendre de Georges invente le fil Lumière, qui imite parfaitement la soie dans toutes ses qualités. Un produit d’exception qui va s’exporter jusqu’en Asie. En 2000 le polo ardéchois triomphe en Chine !

La renommée de la Maison Montagut s’accélère sous l’impulsion de Nicolas Gros et Marine Lozet-Gros, les dirigeants d'aujourd'hui. L’atelier de 1880 est devenu une entreprise mondiale qui crée des produits d’exception en conservant l’esprit et le savoir-faire français. Et qui va fêter dignement ses 145 ans d’existence en 2025.

Retour aux sources : elle participe à un projet d’envergure à Saint-Sauveur de Montagut, dans un contexte de développement touristique. La friche industrielle qui défigure le centre du village sera rénovée, pour abriter un parking, des commerces, une agence postale, un bureau de tourisme et un musée de l’Activité industrielle. La maison Montagut y ouvrira une boutique. Les touristes pourront tricoter des jambes sur la Dolce Via avant de goûter à la douceur du tricot local !

 Magasin d’usine : 1001 avenue de la République 07500 Guilherand-Granges.

Article publié dans le JTT du jeudi 20 mars 2025.

dimanche 9 mars 2025

« Le dernier costume n’a pas de poche » une BD de Laurent Galandon et une expo au CPA

Dans le dernier costume, on n’emporte rien, puisque c’est le linceul. Celui dans lequel Chamseddine Marzoug, pêcheur à Zarzis au sud de la Tunisie, près de la Lybie, inhume les migrants anonymes morts en Méditerranée, dont il recueille les corps abandonnés sur la plage. Un homme dévoué et modeste, mais obstiné, qui poursuit son travail malgré les difficultés. Autour de qui Laurent a brossé le quotidien de Zarzis, où se mêlent pêcheurs, passeurs, touristes, migrants rescapés ou en attente de départ.

Laurent Galandon est Valentinois, auteur reconnu de plus d’une quarantaine de BD depuis vingt ans. Un auteur humaniste, dont les thèmes sont toujours des sujets de société. En 2018, il découvre le travail de Chamseddine à travers un film de Hugo Clément, qui le révèle au grand public.  Chamseddine, ancien pêcheur, membre du Croissant Rouge, a déjà enterré des centaines de personnes depuis douze ans dans son Cimetière des inconnus.  Invité au Parlement européen en 2018, il plaide pour la prise en considération de la tragédie migratoire et réclame un nouveau terrain afin de continuer à donner une sépulture digne aux migrants décédés.

Laurent a donc pris contact avec Chamseddine et est allé passer 15 jours chez lui, pour s’immerger dans Zarzis, plaque tournante de l’immigration clandestine. Le récit choral qu’il en a tiré « Le dernier costume n’a pas de poche » montre la lutte au quotidien de Chamseddine pour apporter humanité et dignité aux vivants comme aux morts qui l’entourent.

Le Centre du Patrimoine Arménien ne pouvait passer à côté d’une telle histoire. L’exposition construite à partir des planches et photos de Laurent Galandon a ouvert dimanche 16 février, devant un public nombreux et motivé. Elle est enrichie par les apports théoriques de deux ethnologues, qui rappellent que 31 283 personnes ont disparu en mer durant les 10 dernières années, sans compter ceux dont les corps n’ont pas été retrouvés.

L’actualité de Laurent Galandon est trépidante en ce début d’année, puisqu’il vient d’être récompensé par le Fauve jeunesse au festival de BD d’Angoulême pour son dernier récit « Retour à Tomioka » sur l’après Fukushima. Une BD qui va bientôt devenir un film d’animation dans les locaux du studio Foliascope de Saint-Péray. De la Tunisie au Japon en passant par Valence, Laurent Galandon essaie de contribuer à une prise de conscience de la société devant les injustices. Qu’il pratique lui-même, pas seulement en écrivant, mais en accueillant régulièrement de jeunes réfugiés à son domicile. Un message de foi en l’humanité.


Expo au CPA « Le dernier costume n’a pas de poche » du 15 février au 13 avril 2025.

Dernières BD de Laurent Galandon : « Le dernier costume n’a pas de poche » chez Futuropolis et « Retour à Tomioka » chez Dargaud.

Laurent sera présent au festival de BD « Bulles en Drôme » début mai à Eurre. 

Article publié dans Regard Magazine de Mars 2025.

dimanche 2 mars 2025

La foire de Saint-Ours à Aoste

Aoste n’est qu’à 4h de route de Tain-Tournon, on y parle français comme dans tout le Val éponyme. Alors pourquoi ne pas tenter l’excursion pour visiter l’événement marquant de la vie valdotaine ?  Chaque année les 30 et 31 janvier, la Foire de la Saint-Ours, une manifestation artisanale et artistique, transforme les ruelles de la charmante cité en une gigantesque exposition à ciel ouvert.

La Saint-Ours en est à sa 1025e édition, elle a accompagné la vie, l’évolution du Val d’Aoste à travers les siècles. Une foire traditionnelle où le bois est à l’honneur : sculptures, tableaux, objets de décoration, outils, escaliers, meubles, échelles et tonneaux ... Les meilleurs artistes et artisans venus de Suisse, de France et d’Italie rivalisent de créativité et mettent en valeur l’esprit industrieux des montagnards sous toutes ses formes :  travail de la pierre, du fer forgé et du cuir ainsi que tissage du drap de laine, dentelles, vannerie ...

Avec un millier d’exposants pour plusieurs milliers de visiteurs, le centre est entièrement piétonnisé. Des gendarmes à chaque carrefour canalisent la foule dans les rues mises en sens unique pour les piétons. Sur les places, concerts de musique, spectacles de danse et stands de nourriture typique : Vin et charcuterie, polenta, fromage et petits fruits, réchauffent les corps, car la température est proche de 0°.

Au Moyen-Age, la foire s’installait aux alentours de la collégiale Saint-Ours. Les légendes racontent que c’est précisément devant cette église que tout a commencé : Le Saint aurait pris l’habitude d’y distribuer aux pauvres vêtements et sabots, ces chaussures en bois typiques que l’on peut encore aujourd’hui trouver à la Foire.

En fin d’après-midi, c’est à regret qu’on quitte cet univers de montagnes enneigées, où le ciel est bleu, le soleil brille, les maisons de pierre ont des toits de lauzes … Un plaisir des yeux, qui s’interrompt au tunnel du Mont-Blanc, mais a enchanté l’excursion.

Article publié dans le JTT du jeudi 27 mars 2025.







samedi 22 février 2025

O mia Patria, le livre et le spectacle

Il y a juste un an, le 22 février 2024, je présentais à la bibliothèque Tiraboschi de Bergame en Lombardie la version italienne de mon récit "O mia Patria". 

Ce fut l'occasion de rencontrer divers responsables d'organisations liées aux migrations d'Italiens, notamment "Bergamaschi nel mondo et "Andata et ritorno, il turismo delle radici". Qui m'ont proposé de monter un spectacle d'après mon livre.

Ce spectacle, mis en scène par Alessandra Ingoglia, a été présenté le 8 août 2024 à Gandino sous le titre "Ritals. Quando i migranti brutti, sporchi e cattivi eravamo noi". Avec les comédiens et musiciens suivants: Voce narrante: Alessandra, voce e chitarra : Fabio Bertasa, fisarmonica : Francesco Moro.

Vous pouvez en profiter sur YouTube grâce au lien:

https://www.youtube.com/live/D63ZldX2mnY?feature=shared 

mercredi 19 février 2025

Chronique littéraire : Panorama, de Lilia Hassaine

Une dystopie* qui se passe en 2049, à l’ère de la Transparence. Dans une ville où tous les murs sont transparents, chacun surveille son voisin, la criminalité a chuté, plus aucun laxisme n’est toléré et la solitude n’existe pas. Tout secret, toute intimité est bannie, seules les relations sexuelles peuvent avoir lieu dans un sarcophage. Les caméras sont partout pour dicter ce qu’il faut faire, regarder, gérer travail et loisirs. Pourtant, dans cet univers transparent, une famille a réussi à disparaître, père, mère et enfant, sans que personne ne s’en aperçoive.

Le roman d’anticipation se mue alors en thriller à l’intrigue bien ficelée. La policière désabusée qui mène l’enquête doit compter avec toutes les mesquineries du genre humain, voyeurisme, jalousie, délation, mensonge. Une étrange et pertinente réflexion sur la volonté de transparence totale, sur l’utopique contrôle des humains.

Lilia Hassaine, née en 1995 dans la région parisienne, est journaliste, chroniqueuse TV et romancière. Elle a obtenu le prix Renaudot des lycéens 2023 pour ce roman. Qui est disponible en poche chez Folio.

*une dystopie est un récit évoquant un monde imaginaire et totalitaire, le contraire d’une utopie.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 27 février 2025.

mercredi 12 février 2025

"La femme du boulanger " triomphe à Saint-Jean-de-Muzols

L’école Sainte-Anne a présenté vendredi soir dans l’espace Noël Passas un superbe spectacle théâtral avec « La femme du boulanger ». Ambiance surchauffée, 580 spectateurs inscrits et plus une seule place libre. La fameuse pièce de Marcel Pagnol, pleine d’humour et de tendresse, bien ancrée dans la tradition provençale, a été interprétée avec maestria par la troupe du Crestet. Une troupe d’amateurs, dont le travail régulier a permis d’atteindre un niveau professionnel tant dans l’interprétation que dans la mise en scène. Et qui fait un tabac à chacune de ses représentations.

Le thème : Un boulanger dans le pétrin, car sa femme est partie, un village qui va s’unir pour la chercher… et continuer à avoir du pain ! Des personnages hauts en couleurs, des situations et des réparties cocasses, des décors fignolés, des intermèdes musicaux ou filmés, rien n’a été laissé au hasard. La vingtaine de comédiens du Creste a tout donné, et l’ovation finale était largement méritée. Il faut dire que le rôle phare du spectacle, le boulanger, était interprété par un acteur au charisme évident : Frédéric Sellier, le curé de Tournon, comédien amateur de longue date, très attendu sur scène.

Merci aux associations Appel et Ogec, aux parents d’élèves de Sainte-Anne, qui ont organisé la soirée ainsi que le buffet copieux et varié proposé pendant l’entracte. Ils ont permis au public de passer un moment joyeux et convivial en soutenant une école locale !

Prochaines représentations de « La femme du boulanger » : à Arlebosc, Colombier, Saint-Félicien et Lamastre.

Article publié dans le Jtt du jeudi 13 février 2025.

mercredi 5 février 2025

La Maison du Mouton, vitrine de la Drôme des Collines

La Drôme des Collines, c’est la partie nord de la Drôme, située entre Rhône et Isère. Romans en est la capitale, et c’est tout naturellement dans cette ville que l’agglomération Valence-Romans a rénové une maison du 14è siècle, la Maison du Mouton, pour en faire la vitrine des sites remarquables et activités du pays. L’équivalent de la Maison des Têtes à Valence.

La Maison du Mouton est une des plus anciennes du Romans médiéval. A cette époque, la ville était une cité importante du Dauphiné, grâce au commerce. De nombreux marchands s’y sont fait construire des hôtels particuliers autour de la collégiale Saint-Barnard. Ce quartier de Romans, habité jusque dans les années 1950 mais insalubre depuis, est actuellement rénové dans les règles de l’art.

La maison du Mouton, située dans la minuscule rue du Mouton, arbore actuellement une superbe façade gothique en pierre de molasse avec deux baies géminées, surmontée de la tête de mouton emblématique. Ce lieu d’information, de partage et de pédagogie met en avant l’histoire et le patrimoine locaux. Histoire de Romans, avec Saint-Barnard, le Jacquemart, le musée de la Chaussure .... Histoire du bâti dans les collines avoisinantes, chapelles et maisons-fortes construites en pierres de molasse, pisé et galets, aux charpentes de bois. Etude du paysage et des richesses de la Drôme des Collines. Une incitation à explorer les petites routes et les villages de Albon à Génissieux, de Châteauneuf d’Isère à Hauterives.

 La Maison du Mouton à Romans est ouverte du mardi au vendredi : 13h - 18h, samedi et dimanche : 10h - 13h et 14h - 18h. Des visites gratuites de 30 minutes sont organisées à 10h30 et 11h30 les dimanches 9 février, 16 février, 23 février, 2 mars,  9 mars 2025.

Article publié dans le JTT du jeudi 6 février 2025.