lundi 12 décembre 2022

Le montage de la crèche des Balmes

Tous les matins, dès le début novembre, une petite équipe d’Amis des Balmes s’affaire dans l’église du village à construire la grande crèche animée qui va bientôt ravir le public. Ce n’est pas une mince affaire ! Sur 30 m de long, il faut installer supports, décor, pour une vingtaine de saynètes et quelques 250 santons. L’originalité de cette crèche, ce sont les modules motorisés, que les visiteurs pourront mettre en marche grâce à des interrupteurs, et qui donnent vie à tous les petits métiers présentés.

Les bénévoles retrouvent leurs activités de prédilection : le menuisier installe la plate-forme et le fond, la couturière tend le tissu bleu nuit, qui symbolise le ciel étoilé. Le terrassier sculpte des cartons mouillés pour leur donner la forme des collines et des grottes (les balmes) qui entourent le village, avant de les crépir de sable et de tracer des chemins. Le paysagiste glane puis dispose les végétaux, les dames nettoient et rhabillent les santons. Et la vice -présidente assure le café chaque matin !

Depuis 1999, la crèche a bien évolué. Elle mesurait alors seulement 3m. C’est un ingénieur du quartier, bricoleur invétéré, qui a construit et animé chaque année de nouvelles saynètes représentant les activités traditionnelles et les bâtiments des Balmes. On retrouve ainsi l’école, les fermes, la boulangerie, les échoppes : scieur de bois, rémouleur, maréchal-ferrant, cordonnier, fileuse, crémière… jusqu’au dancing local Le Tahiti !

Les Balmes, c’est un quartier excentré de Romans, où règne une ambiance de village actif et solidaire. La vitalité de l’association des Amis des Balmes en témoigne : Sur les quelques 350 habitants, 160 en font partie, et pas comme simples figurants ! C’est ainsi qu’entre décembre et janvier, on peut trouver chaque jour 2 bénévoles assurant l’accueil et les visites.

A une quinzaine de kilomètres, la crèche des Balmes vaut le détour. Parce qu’elle est une réalisation exceptionnelle, mais aussi parce que l’implication de ses habitants est digne d’éloges. Une fraternité qui fait chaud au cœur en cette période de Noël !

La Crèche sera visible tous les jours de 14h à 18h, du 9 décembre au 8 janvier 2023 dans l'église des Balmes, près de Romans. 

Possibilité de visite sur RV le matin, tél : 06 74 58 63 35

Article publié dans le JTT du jeudi 8 décembre.

lundi 5 décembre 2022

Il réalise la crèche de vos rêves

Daniel Aubenas est un artiste de renommée nationale qui se cache au bord du Rhône. Dans son atelier, il fabrique des crèches sur commande, sur mesure. A la mesure de vos rêves, maison enfouie dans vos souvenirs, petite église, lavoir, cabane de pêche, épicerie … mais aussi à la mesure de vos santons. Car tout dans ses pièces uniques doit être parfait, les proportions, le décor, le mobilier, les accessoires, fleurs ou animaux … Pour agrémenter ses crèches, véritables œuvres d’art, c’est dans la nature qu’il va récolter baies et graines, brindilles et mousse, fleurs, petits cailloux et pommes de pin.

Dans son enfance, Daniel aidait sa mère à préparer la crèche, à l’époque c’était un temps fort de Noël. Il allait chercher dans les bois de la mousse, du sable, pour garnir le papier rocher où elle déposait les précieux santons. Adulte, lorsque son fils a eu une dizaine d’années, Daniel a décidé de perpétuer la tradition en construisant avec lui une première crèche. Ensemble ils ont glané toutes sortes de matériaux dehors et l’ont fignolée dans son atelier. Le résultat a laissé l’entourage admiratif et demandeur. Une passion est née, Daniel a fabriqué une deuxième crèche, puis une autre, jamais les mêmes, de plus en plus réalistes et personnalisées. Le travail s’est professionnalisé, structure en plâtre, tuiles moulées au doigt, finitions soignées. Le bouche-à-oreille, quelques expositions, et Daniel fut propulsé dans les grands salons de santons d’Arles, Nîmes, Orange, Avignon.


Toute la France défile dans ces salons, à la recherche de décors de Noël authentiques et esthétiques. On y rencontre d’autres artistes passionnés. C’est ainsi que Daniel a fait la connaissance d’Adrien, santonnier dans la Loire. Un duo de créateurs s’est alors constitué. Ensemble les deux compères définissent un projet, assortissant personnages et crèche. Une réussite repérée par le Conseil Régional de Rhône-Alpes, qui chaque année depuis 2016 met en valeur les métiers d’art rhônalpins en organisant une crèche géante à son siège lyonnais, au quartier Confluence. Sur 64 m2, les artistes sont chargés de représenter les douze départements de Rhône-Alpes par une mise en scène symbolique. Ainsi, suivant les années, Daniel a évoqué la Drôme par les maisons perchées de Pont-en-Royans, la chapelle et les vignes de Tain l’Hermitage, ou les lavandes de Nyons …  Les moulinages, le Gerbier-de-Jonc, ont symbolisé l’Ardèche, une ferme et ses vaches Abondance la Haute-Savoie, Saint-Etienne a retrouvé ses mines … Les Lyonnais se pressent en foule pour admirer cette crèche exceptionnelle, ouverte gratuitement au public à partir du 8 décembre.

Daniel n’a plus besoin de faire les salons, sa notoriété est assurée, les clients sont devenus des amis, il peut créer à son rythme, parfois en compagnie de son petit-fils. A côté du Conseil Régional, il participe à de nombreuses manifestations locales, comme le Chemin des crèches de Mirmande, la décoration de l’Auberge de Léoncel, l’expo de Noël au musée de Saint-Uze. La demande est forte, car son intérêt pour le patrimoine régional est au goût du jour. Mais il s’adapte aussi aux influences modernes en réalisant des petites maisons grecques, aux lignes épurées, pour des intérieurs contemporains. La passion des crèches, symbole de la culture provençale, n’a pas de limites de temps, ni de lieu …

Article publié dans le supplément Noël du Jtt et dans Regard magazine de décembre.

jeudi 1 décembre 2022

La nouvelle grotte Cosquer à Marseille

24 000 ans avant notre ère, la Terre a vécu un épisode glaciaire important : une grande partie de l’hémisphère nord était sous la glace, la Provence connaissait un climat semblable à celui de l’Islande actuellement, et le niveau de la Méditerranée était descendu une centaine de mètres plus bas qu’aujourd’hui. Sur ces larges rives émergées, un peuple préhistorique de chasseurs-cueilleurs vivait entouré de bisons, pingouins, bouquetins … 

En 1985, Henri Cosquer, un plongeur expérimenté, qui aime explorer toutes les cavités sous-marines de la côte marseillaise, a repéré une entrée mystérieuse, 37 m sous la mer, au niveau de la calanque de Morgiu. Après plusieurs tentatives infructueuses, car cette entrée se poursuit par un conduit long et exigu, et un matériel spécifique, il arrive enfin à remonter toute l’étroite galerie sur 150 m, et débouche dans une salle hors d’eau, qu’il explore à la torche. C’est l’émerveillement : Partout sur les parois, des empreintes de mains, des animaux peints ou gravés, une mémoire intacte de la Préhistoire. Tout cela, inaccessible aux savants et au public.

En juin 2022, la réplique de la grotte Cosquer est inaugurée dans la Villa Méditerranée, à Marseille, à côté du Mucem. Une réalisation nécessaire, car la montée des eaux menace d’engloutir irrémédiablement les chefs-d’œuvre pariétaux. Comme pour la réplique de la grotte Chauvet, le résultat est d’un réalisme spectaculaire. Entièrement modélisée à partir de plans réalisés en 3D, puis ornée par des artistes experts, la restitution de la grotte est un choc visuel et esthétique, et grâce à une technologie ultra-sophistiquée, la visite se passe sous l’eau !

Après l’accueil-billetterie du rez-de-chaussée, les visiteurs descendent en ascenseur sous le niveau de la mer, où la station sous-marine les attend. Là, des modules d’exploration de 6 passagers se déplacent entre tunnels et salles ornées, respectant la configuration de la grotte Cosquer d’origine. Et le spectacle est fabuleux ! Sur l’argile des parois, les empreintes de mains d’adultes, d’enfants, datées de plus de 20 000 ans. Des dessins de chevaux, taureaux, morses, des scènes de chasse avec bisons, d’affrontement entre pingouins, apparaissent, tracés au charbon de bois ou gravés au silex, avec une grande dextérité. C’est l’émerveillement. Et au retour sur terre, une galerie au niveau supérieur présente ces animaux dans leurs impressionnantes dimensions ainsi que l’évolution de la grotte au fil des millénaires.

Les visiteurs ressortent de l’immersion dans ce chef-d’œuvre englouti éblouis et dubitatifs. Les hommes préhistoriques vivaient-ils dans la grotte ? Était-elle un lieu de réunion, de prière ? Comment la montée des eaux a-t-elle évolué avec le climat ? La région PACA, qui a financé ce projet avec préhistoriens, géologues, climatologues, architectes, plasticiens, scénographes mais aussi plongeurs, photographes et génies de la réalité virtuelle, ne fournit pas de réponse. Mais avec Cosquer, elle complète admirablement l’offre touristique et culturelle du Vieux port, entre Mucem et Fort Saint-Louis, en lui conférant une dimension patrimoniale à la fois paléolithique et avant-gardiste.

Article publié dans le JTT du jeudi 1 décembre.

mardi 22 novembre 2022

Une alternative locale à Compostelle : le chemin de Saint Régis


Soyons un peu chauvins. Nous avons en Vivarais-Velay de merveilleuses montagnes sauvages et un saint patron qui en a arpenté tous les chemins. La parution récente d’un topo-guide, qui propose de parcourir en 9 jours une boucle de 200 km entre Le Puy et Lalouvesc sur les pas de Jean-François Régis, facilite grandement le choix de randonner local et spirituel.

Jean-François Régis est né en 1597 dans un petit château des Corbières, pendant les guerres de religion. Après son éducation chez les Jésuites, dont 3 ans de philosophie au lycée de Tournon de 1622 à 1625, devenu prêtre, il choisit d’exercer comme professeur, puis missionnaire dans les terres reculées du Vivarais-Velay. Au Puy, la ferveur pour le « saint père » est à la mesure des actions qu’il entreprend, vivres et vêtements distribués aux pauvres, accueil des prostituées, soutien aux dentellières … En décembre1640, il part malgré la tempête évangéliser les villages et les fermes isolés du haut plateau ardéchois. Malade, il continue de prêcher et confesser jusqu’à l’épuisement. Il meut à Lalouvesc le 31 décembre 1640. Déclaré bienheureux en 1716, il est canonisé en 1737. Depuis, Saint Régis est vénéré dans toute la région, statues, chapelles, musée, pèlerinage à Lalouvesc en témoignent. Et le nom Régis est devenu un prénom très usité !

La fédération française de randonnée a imaginé un parcours en boucle, à partir des chemins parcourus par Saint Régis.  Du Puy à Lalouvesc, en passant par le Monastier-sur-Gazeille et Saint-Agrève, et de Lalouvesc au Puy, par Saint-Bonnet-le-Froid, Dunières, Tence… C’est l’occasion de parcourir de beaux paysages volcaniques, aux panoramas ouverts sur le Mézenc, le Gerbier, le Meygal. Entre épaisses forêts et landes fleuries, villages perchés et fermes isolées, sur des chemins caillouteux ou tapissés d’aiguilles, le chemin est de toute beauté.

Par commodité, car les transports en commun y sont rares, on peut n’en faire qu’une partie, sur un jour, ou une petite boucle sur trois jours. En revanche, aucun problème d’hébergement, les gîtes et hôtels sont nombreux dans la région. Quant à la gastronomie locale, ce serait péché que ne pas y goûter : charcuteries et fromages, lentilles et verveine, châtaignes, champignons  et myrtilles… Le chemin de Saint Régis est un bel hommage au « marcheur de Dieu », mais aussi à la région tout  entière. 

Article publié dans le JTT du jeudi 17 novembre.


lundi 14 novembre 2022

Chronique littéraire : Les enfants sont rois, de Delphine de Vigan

C’est un monde terrifiant que l’auteur présente, et ce monde, c’est le nôtre. Un monde encore peu connu du grand public, qui s’est installé sournoisement grâce aux réseaux sociaux. Un monde où les enfants stars de You Tube font gagner argent et reconnaissance à leurs parents, mais s’épuisent à tourner chaque jour de nouvelles vidéos. Célèbres, submergés de fans et de cadeaux inutiles, fournis par leurs sponsors, ces enfants, comme Kimmy et Sammy, les héros du récit, vivent en dehors de la réalité, et leur enfance est irrémédiablement gâchée.

La responsable de ce gâchis ? Leur mère, Mélanie. Dans sa jeunesse elle a rêvé devant les premières images de téléréalité, a souffert de ne pas en faire partie ; adulte, elle prend sa revanche à travers les millions d’abonnés qui suivent sa chaîne Happy Récré. Une chaîne You Tube où chaque jour elle met en scène ses enfants, à la maison, ouvrant un cadeau, mangeant des chips, découvrant des jouets, à l’école, à la piscine, en vacances… Pour continuer à être suivie il faut chaque jour poster une nouvelle vidéo, alors chaque jour elle invente un nouveau scénario, et les enfants doivent répéter, sourire… jusqu’à l’épuisement. Et jusqu’à l’enlèvement de Kimmy.

A l’opposé de Mélanie, une autre femme analyse les faits. Clara, une policière chargée de l’enquête, est plutôt écolo et hors réseaux sociaux. Elle découvre avec le lecteur jusqu’où ces réseaux peuvent mener. Et fait prendre conscience d’une nouvelle forme d’exploitation des enfants. Où les jeunes acteurs ne sont pas les seuls en danger : leurs millions d’abonnés, du même âge, submergés de publicités, sont soumis eux aussi à un bourrage de crâne consumériste. Et qui sont ces enfants ? Les nôtres, en pâ
moison devant les influenceurs. Delphine de Vigan enfonce le clou en évoquant la vie de Kimmy et Sammy dix ans plus tard, complètement déjantés et asociaux.

Un roman passionnant, émouvant et militant sur l’enfance en danger. Et qui ne le sait pas.

Delphine de Vigan est une écrivaine aux nombreux succès, née en 1966, auteure d’une dizaine de romans, de scenarii pour le cinéma et la TV. « Les enfants sont rois » est disponible en Poche chez Folio.

Chronique publiée dans le Jtt.

lundi 7 novembre 2022

Les frères Champollion, Dauphinois de coeur

Cette année de nombreuses expositions en France célèbrent le deux-centième anniversaire du déchiffrage des hiéroglyphes par Jean-François Champollion (1790-1832). Une découverte majeure, fruit d’un énorme travail de recherches menées durant trente ans avec son frère Jacques-Joseph (1778-1867). Une belle aventure humaine et scientifique que le musée rénové de Vif près de Grenoble a parfaitement mise en valeur. L’occasion de découvrir la maison familiale et la complicité fusionnelle entre les deux frères.

Dernier-né d’une famille pauvre de 7 enfants, à Figeac, Jean-François se distingue par ses capacités intellectuelles, il apprend tout seul à lire dans un missel dès l’âge de 5 ans. Son frère Jacques-Joseph, de douze ans son aîné, a repéré ses qualités exceptionnelles. Et lorsqu’il obtient un modeste emploi de bureau à Grenoble, en 1798, il décide de faire venir son petit frère chez lui pour lui assurer une éducation sérieuse. Jean-François arrive à Grenoble en 1801, il a juste 11 ans. Avec Jacques-Joseph, autodidacte de 23 ans, il partage l’amour des textes anciens, de l’archéologie. Ensemble ils étudient le latin, le grec, l’hébreu, l’arabe…

L’érudition de Jacques-Joseph lui permet de participer aux salons littéraires de la ville, où il emmène son petit frère. A une soirée chez le préfet de l’Isère, en 1802, les Champollion entendent parler de l’Egypte. Le préfet Joseph Fourier, brillant mathématicien, a en effet participé à l’expédition en Egypte menée par Bonaparte en 1798-1801. Jacques-Joseph et Jean-François sont fascinés par cette civilisation antique si mystérieuse, dont personne ne sait déchiffrer l’écriture, perdue depuis 15 siècles. Jacques-Joseph se lie d’amitié avec Fourier, devient son secrétaire, chargé de cataloguer les objets ramenés d’Egypte. En 1804 il présente un exposé sur la pierre de Rosette, une stèle découverte en Egypte en 1799. Cette stèle pourrait aider au déchiffrage des hiéroglyphes, puisqu’un même texte y est inscrit en 3 langues : grec, démotique (égyptien antique) et hiéroglyphes (écriture sacrée). Pour l’instant, personne n’y parvient, car il y a 1400 signes hiéroglyphiques pour 80 mots grecs... Jean-François est passionné par ce mystère, il veut être le premier à déchiffrer cette écriture oubliée.

Au lycée impérial de Grenoble, il s’ennuie. Il entreprend seul l’étude des langues orientales, araméen, chaldéen, syriaque, persan ... A 17 ans une bourse lui permet d’aller approfondir ses connaissances à Paris, au Collège de France. Il découvre aussi le copte, langue populaire en ancienne Egypte, fréquente les bibliothèques, écrit de nombreux opuscules. Visite les collectionneurs d’objets égyptiens, recopie les inscriptions, étudie les travaux des autres candidats au déchiffrage des hiéroglyphes… Car la concurrence est rude, l’Europe entière se passionne pour l’Egypte et son énigmatique écriture. De Paris, il communique par lettre chaque jour avec son frère à Grenoble, livre ses hypothèses, demande conseil… Jacques-Joseph répond, argumente, ajoute des remarques.

Jean-François est devenu à 18 ans professeur d’histoire ancienne à l’université de Grenoble, il retrouve régulièrement son frère à Vif, où ils poursuivent ensemble leurs recherches. Tous deux affichent des idées bonapartistes. Mais en 1815, cette opinion les précipite dans les soubresauts de l’histoire : Napoléon abdique, remplacé par Louis XVIII, les émeutes secouent la ville, suivies par des purges. Les deux frères Champollion sont démis de leurs fonctions, emprisonnés puis envoyés en exil à Figeac en 1816. Il faudra plus d’un an pour qu’ils obtiennent leur libération. Jacques-Joseph retrouve un emploi à Paris, Jean-François réintègre Grenoble et un poste de bibliothécaire. Jusqu’en 1821, où de nouvelles échauffourées politiques l’obligent à quitter Grenoble et se réfugier chez son frère à Paris.

Sans emploi, ses recherches s’amplifient encore, il rédige des mémoires, met au point des correspondances entre langues orientales, publie des études comparatives. Grâce au copte, il comprend que les hiéroglyphes, contrairement aux théories en cours, ne sont pas simplement des idéogrammes, mais aussi des sons. En 1821, il arrive à déchiffrer sur une copie de la pierre de Rosette le cartouche de Ptolémée, puis celui de Cléopâtre, pharaons de l’époque grecque. Et le 14 septembre 1822, il déchiffre celui de Ramsès, bien antérieur, donc sans l’aide du grec. Son hypothèse se confirme, il peut commencer à déchiffrer quelques mots.

La mise au point d’un dictionnaire complet et d’une grammaire prendra encore des années, mais Jean-François Champollion est désormais reconnu comme le grand spécialiste de l’Egypte. Il persuade le roi Charles X d’acquérir une collection complète d’objets égyptiens, afin d’ouvrir en France la première galerie égyptienne d’Europe. En 1827, au Louvre, l’exposition dont il est nommé conservateur rencontre un succès retentissant. Il peut alors réaliser son rêve : obtenir une subvention pour partir en Egypte étudier les hiéroglyphes in situ.

Son expédition scientifique en 1828-1829 accumule les relevés, les découvertes, collecte des documents qui permettent d’avancer dans le décryptage des hiéroglyphes et jette les bases de l’égyptologie. A son retour en 1831, Jean-François est à la tête d’une multitude d’informations à exploiter. Il obtient la chaire d’égyptologie au Collège de France. Mais épuisé par son périple, affaibli par différentes maladies, surmené, il meurt en mars 1832, à 42 ans. C’est Jacques-Joseph qui se chargera de terminer et de publier ses recherches.

L’élégante maison Champollion à Vif est restée propriété de la famille jusqu’à son rachat par le département de l’Isère en 2001. Entièrement réhabilitée, elle a été inaugurée en 2021 avec une belle scénographie moderne autour des frères Champollion, de leurs travaux et de l’égyptologie. La chambre de Jean-François, son bureau, ses écrits, sont préservés. Tout immerge le visiteur dans la magie de l’Egypte. Un beau parc fleuri permet ensuite de laisser vagabonder son esprit des rives de l’Isère à celle du Nil…


Article publié dans le JTT du jeudi 3 novembre. 

jeudi 3 novembre 2022

Partage des eaux et magie des pierres en Ardèche

La ligne de partage des eaux traverse le Parc des Monts d’Ardèche. Être physiquement sur cette ligne, c’est avoir sous un pied les sources se dirigeant vers la Méditerranée via le Rhône (Ardèche, Eyrieux) et sous l’autre celles se jetant dans l’Atlantique (Loire). Cette ligne a inspiré « Le partage des eaux », un parcours artistique à ciel ouvert accueillant, au cœur du patrimoine naturel, des créations contemporaines. Sur plus de 100 km, les œuvres sont accessibles à pied, à cheval ou à vélo, mais aussi en voiture, et même en l’hiver en raquettes ou ski nordique.

Le célèbre paysagiste Gilles Clément a relié eau et pierre en concevant une « tour à eau » spectaculaire : cette architecture en pierres sèches, en forme de cône, avec des aspérités capte l’humidité de l’air pour la condenser dans une vasque intérieure. Construite avec des phonolithes, ces roches volcaniques sonores des Cévennes, la tour peut fonctionner même dans les régions désertiques, elle accumule en son fond une petite réserve d’eau. Une idée providentielle en cas de sécheresse. Par sa forme, c’est un hommage au Gerbier-de-Jonc, 1551 m, lui-même réserve d’eau naturelle, hérissé de rochers. Gilles Clément a aussi implanté des « mires » en plusieurs lieux stratégiques, Saint-Agrève, Mont Mézenc, route des Sucs. Ce sont des dispositifs d’observation du paysage, qui permettent d’apprécier les plateaux vallonnés du Velay, où la Loire s’étire en direction de l’Atlantique, et les reliefs déchiquetés des Boutières et de la Cévenne ardéchoise, creusés par les torrents tumultueux qui rejoignent le Rhône.

Pas loin du Mézenc, le village de Borée offre une autre œuvre d’envergure : le « Tchier de Borée », une création mégalithique contemporaine inspiré du Land Art et réalisée par deux sculpteurs, Fabienne Versé et Serge Boyer, en 2008 : 70 stèles sculptées sont dressées en cercles concentriques, en une sorte de calendrier kabbalistique face à un panorama grandiose.

En toutes saisons, on peut s'oxygéner et s'émerveiller en Ardèche !


Article publié dans le JTT du jeudi 27 octobre.