mardi 12 avril 2016

Le marché aux puces de Belfort

Tous les premiers dimanches du mois, de mars à décembre, place d'Armes, place de l'Arsenal, rue de la Grande Fontaine, rue des Bons Enfants, Grande Rue, c’est la fête dans la vieille ville rendue piétonne. Le grand marché aux puces réunit en plein air plus de 120 commerçants professionnels, et des milliers d’amateurs de brocantes et d'antiquités. La grande variété de meubles, vaisselle, bibelots, pièces de collection, cartes postales... attire les connaisseurs qui viennent de toute la région, ainsi que d'Alsace, d’Allemagne et de Suisse.

Pas besoin d’acheter pour profiter d’une agréable promenade matinale. La porte de Brisach et les remparts de Vauban, les hautes maisons aux façades de grès rose, les fontaines,  la jolie place aux marronniers, ses terrasses et son kiosque, la vue ouverte sur le fameux Lion de Bartholdi, la cathédrale Saint Christophe, forment un cadre superbe pour flâner en famille.
Les restaurants, bars, magasins et antiquaires de la ville profitent de l’affluence et de l’humeur nonchalante des visiteurs. La librairie « La marmite à mots » propose dans ses rayons un festival de livres originaux qui séduisent tous les âges. Et si vous avez envie de musique, un concert gratuit est offert par la municipalité dans la salle d’honneur de la mairie.
Programmés de 11 heures à midi, les dimanches de marché aux puces, par l'ensemble vocal Arcanes, les « Vocalises » jouent l’éclectisme, œuvres médiévales ou contemporaines, opérettes ou mélodies, swing ou folklore, pour le plus grand plaisir des amateurs de musique vocale.
 
Loin de son image austère et technologique, Belfort cultive son dynamisme, c’est la destination touristique et culturelle incontournable de la région chaque premier dimanche du mois. En attendant la grande fête musicale de Pentecôte, le FIMU…



vendredi 8 avril 2016

Les locavores sont omnivores


Eh oui ! Les locavores (qui se nourrissent de produits locaux ) apprécient de manger varié (ils sont omnivores). A Tain l'Hermitage, c'est le bonheur : une nouvelle structure, Locavor, leur livre sur place toute la fraîcheur du terroir.
Qu'est-ce que Locavor ? La mise en relation par internet de consommateurs et de producteurs. C'est simple, on s'inscrit sur le site (sans obligation d'achat, ni cotisation), on choisit les produits, ensuite si on commande, on paie par carte bleue, et le mardi soir, on vient chercher son colis tout prêt au Fournil de Camille. Pour l'instant, la communauté compte 30 producteurs et plus de 400 consommateurs. Tout le monde est gagnant : les producteurs, qui trouvent là une occasion de vendre en direct, complémentaire du marché du samedi. Les consommateurs, qui peuvent renouveler leur stock de produits frais en milieu de semaine.

Que peut -on acheter ? A vrai dire, presque tout ce qui est produit dans un rayon d'une cinquantaine de km. Commençons par Nicolas, le boulanger du Fournil qui prête son espace, il propose un pain au levain spécialement pétri pour Locavor. A côté, on trouve tous les classiques de la région, légumes et légumes bio, fruits de saison, jus de fruits et compotes, fromages de chèvre, de brebis, de vache, lait et yaourts, canards, poulets, pintades, œufs. Confitures, ravioles, noix et produits dérivés, huile, vin, croquants ; tisanes, miels, aromates ...
Qui est à l'origine du concept ? Marianne Guméry, une passionnée de nature et de santé. Petite-fille d'agriculteurs, elle a toujours apprécié la nourriture saine. Dans son cabinet de réflexologie plantaire à Tournon, elle pratique une approche thérapeutique douce, avec des produits naturels. Depuis longtemps, elle cherchait une structure qui permette de promouvoir une nourriture écologique, valorisant les produits locaux, limitant les intermédiaires et les déplacements. C'est chose faite grâce à la plate-forme nationale Locavor, qui a finalisé le concept, l'adaptant à une clientèle connectée, en proposant un service proche du drive, mais avec le contact en plus. Car tisser des liens, c'est aussi un des enjeux de Locavor.

Ainsi chaque mardi soir entre 17h30 et 19h, les amateurs de produits frais et d'échanges conviviaux se retrouvent au Fournil de Camille, avenue Roosevelt à Tain. Mardi dernier, c'était la fête : Pour marquer les deux mois d'existence, le loc'apéro a réuni plus d'une centaine de participants, producteurs, consommateurs et curieux confondus. Depuis les inscriptions se multiplient !

Locavor est un concept qui existe à travers toute la France. Pour savoir comment participer dans votre région, consultez le site : locavor.fr et laissez-vous guider. Bon appétit !

Article publié dans le JTT du jeudi 7 avril 2016.

dimanche 3 avril 2016

Le Mékong, fleuve-dragon

De sa source dans l’Himalaya, à plus de 5000 m d’altitude, jusqu’à son delta en Mer de Chine méridionale, ce fleuve majestueux parcourt environ 4500 km. Il traverse la Chine, sert de frontière à la Birmanie, la Thaïlande, avant de fertiliser de ses alluvions le Laos, le Cambodge et le Vietnam.  A Phnom-Penh, il se divise en deux bras principaux, puis en neuf bras secondaires, qui se ramifient encore en milliers de canaux pour former un immense delta. Au Vietnam, pays du dragon, le Mékong est sacré, c'est un dragon bénéfique qui permet des récoltes exceptionnelles.


Alimenté par la fonte des neiges, creusant son lit dans les gorges profondes et sauvages en Chine, après des chutes spectaculaires, il s’étale et devient navigable à son arrivée en plaine, au Cambodge. C’est un fleuve puissant, au régime complexe : lors des fortes crues, il est capable de remonter ses affluents, comme le Tonlé Sap, au Cambodge, dont le sens du courant change de juin à septembre. Plus au sud, il est soumis à la mousson, ainsi qu’aux marées. Très poissonneux, il assure la subsistance des villageois qui habitent sur ses berges. Maisons sur pilotis ou maisons flottantes sur des structures en bambou, les hommes se sont adaptés à ses colères et gèrent sa prodigalité. Les rizières du Vietnam donnent jusqu’à trois récoltes par an, légumes et fruits exotiques bénéficient aussi de l’eau et du soleil en toute saison. Chaque matin, sur les marchés flottants du delta, une multitude les sampans proposent ramboutans, patates douces, oranges, pamplemousses, bananes, ananas ou poissons d’eau douce, serpents, crevettes des champs, aux acheteurs et aux touristes.




Ce bel équilibre est menacé : la Chine projette de créer une dizaine de barrages sur le cours supérieur du Mékong, pour répondre à ses besoins en hydroélectricité. Quels seront les impacts sur
l’écosystème, la vie du fleuve et l’économie du delta ? Le dragon se laissera-t-il museler ?


Article publié dans le JTT.

dimanche 27 mars 2016

Chronique littéraire : Les villes de la plaine, de Diane Meur

Un conte oriental envoûtant, et une réflexion tout-à-fait pertinente sur les textes sacrés et leur interprétation.
Dans une ville antique imaginaire, Sir, le berger Ordjou débarque un jour, sans connaître les usages, particulièrement ignorant du culte d’Anouher auquel obéissent les habitants. Il en fait les frais, avant de s’intégrer peu à peu, grâce à Djili, une femme tolérante. Engagé comme garde par le scribe Asral, il se distingue par son regard neuf, ses questions, son bon sens et sa gentillesse. Jusqu’à induire chez Asral une remise en cause des textes sacrés totalement sclérosés qu’il doit recopier.
Le doute chez le lettré se répand en ville et perturbe les certitudes de ses habitants. C’est la porte ouverte à des bouleversements sociaux, que l’ordre rigide permettait d’endiguer jusque-là. Une révolte éclate, puis la guerre avec la ville ennemie, Hénab.

Diane Meur réussit avec beaucoup de maestria à mêler satire politique et religieuse, roman d’aventure et d’amour. Elle s’amuse même à imaginer les archéologues  futurs, perplexes devant les ruines de Sir. Sous forme de fable, une belle leçon de tolérance, de refus de se soumettre à l’oppression, dans un style à la fois léger et consistant.

Née à Bruxelles en 1970, Diane Meur est femme de lettres, romancière, sociologue, traductrice.
Ce roman est disponible en Livre de Poche.

Chronique publiée dans le JTT.

dimanche 20 mars 2016

Les murs en galets de la Drôme

Soutenant les vignes, limitant les propriétés, les murs de galets ponctuent de leur charme les paysages emblématiques de la Drôme des Collines. Un  bâti traditionnel qui se dégrade, certains murs s’éboulent, disparaissent derrière le crépi, ou sont purement et simplement remplacés par des murs en agglos, bien plus faciles à monter. Ou pire : par des gabions !

L’utilisation des galets remonte à l’antiquité. C’est un matériau local d’origine à la fois proche et lointaine. En effet, on le trouve dans le lit des affluents du Rhône, en Galaure, Valloire, Isère, mais il provient de l’érosion des hautes montagnes par les glaciers du quaternaire. Ces pierres qui roulent jusqu’aux vallées, et se renouvellent en permanence, constituent un matériau accessible à tous. Alors, pourquoi dresse-t-on si peu de murs en galets traditionnels ?
La difficulté vient du nombre de manipulations nécessaires et du temps de construction. Seuls quelques artisans passionnés acceptent encore le challenge. Tout commence par le ramassage des galets dans la rivière, puis le transport sur le chantier, et le tri suivant le calibre. Ensuite, une part de technologie moderne simplifie le travail : un premier mur est monté en agglos, il servira de support, d’appui.  On peut alors commencer à aligner les galets contre le mur, en les fixant avec du mortier. Il faut de la patience, car chaque rangée de galets doit sécher avant d’empiler la suivante. Et un sens de l’esthétique, pour choisir les galets selon leur forme, leur couleur. La disposition en épis ou arêtes de poisson améliore leur tenue.

 On peut encore voir dans quelques villages de la Drôme des Collines de grandes maisons, des granges et même des églises, entièrement en galets, bien entretenues. Parfois le mur en galets se pare de piliers en molasse, témoignant d’un art vernaculaire parfaitement maîtrisé par les anciens. Alors, comme le Facteur Cheval, n’hésitez plus : à vos galets !

Article publié dans le JTT.

jeudi 10 mars 2016

Une stature internationale pour le nouveau musée de Colmar

Le célèbre musée Unterlinden de Colmar a fait peau neuve, grâce au talent des architectes suisses Herzog et De Meuron. Une aile moderne a été construite en face du cloître du XIIIème siècle, la prouesse étant d’unifier les deux bâtiments, situés au centre ville, par un passage souterrain, dissimulé sous une esplanade piétonne traversée par un canal. Inauguré par François Hollande en janvier 2016, le double espace assure la mise en valeur de 7000 ans d’histoire, de la Préhistoire à l’art contemporain.

Dans le couvent médiéval sont exposés les œuvres du Moyen-âge et de la Renaissance, Holbein, Cranach, Schongauer, avec en vedette le fameux retable d’Issenheim, de Mathias Grünewald. Ce trésor de l’art religieux a été créé pour le couvent des Antonins situé dans le village voisin d’Issenheim, entre 1512 et 1516. Une œuvre magistrale, peinte et sculptée sur plusieurs panneaux de tilleul, consacrée à la vie du Christ et à l'oeuvre de Saint Antoine, mêlant les références religieuses, fantastiques, médicinales, source d’inspiration de nombreux artistes contemporains. Le retable, exposé en plusieurs parties, occupe maintenant toute la chapelle, dans une mise en scène qui facilite son accès aux visiteurs.


Au XVIème siècle déjà, les visiteurs se pressaient pour prier devant lui, au couvent des Antonins d’Issenheim. Mais ce n’était pas par amour de l’art : pèlerins et malades espéraient ainsi  guérir du mal des ardents, ou feu de Saint Antoine. Une terrible et mortelle intoxication due à l’absorption de seigle fermenté. Les soins apportés par les Antonins étaient de 3 ordres : l'hygiène et la nourriture de bonne qualité ; la chirurgie des membres atteints et appareillage des infirmes. Enfin, le saint vinage : une infusion des reliques de Saint Antoine dans du vin…
 
Après l'initiation aux rites médiévaux, la déambulation dans le nouveau bâtiment, entre arts décoratifs alsaciens, toiles modernes, installations contemporaines, invite à goûter d'autres charmes de Colmar. Dans les ruelles animées de la ville ancienne, aux pittoresques maisons à colombage, on cultive la bonne chère : Tarte flambée et choucroute, munster et vins d’Alsace, forêt noire et kougelhof…, une cuisine héritée elle aussi du Moyen-âge. 

Article publié dans le JTT.

mercredi 2 mars 2016

Chronique littéraire : Les évaporés, de Thomas B. Reverdy

C’est ainsi qu’on appelle au Japon les personnes qui disparaissent un jour, sans laisser d’adresse. Pourquoi quittent-elles leur maison, leur famille ? Pour éviter la honte, les dettes, le chômage, des menaces, pour vivre une autre vie ?  Là-bas, c’est une opportunité envisageable, car personne ne les recherche.

Le roman de Thomas Reverdy est à la fois un roman policier, puisqu’il y a une enquête menée par un détective, une histoire d’amour difficile entre Yukiko et Richard, et une fresque sociale sur le Japon de l’après Fukushima. Quand les fonctionnaires sont incompétents et que les politiques s’inclinent devant le pouvoir économique, qui fait régner l’ordre ? Les yakusas, des hommes de main au service de l’argent de la mafia.
Des belles demeures de Kyoto au quartier des sans abris de Tokyo, puis au gigantesque chantier du Nord, où des intérimaires sans espoir déblaient les séquelles du tsunami, ce roman est une immersion dans un Japon actuel, entre rituels et modernité, politesse et corruption. Thomas Reverdy, romancier français né en 1974, a vécu dans ce pays paradoxal,  et sa prose délicate et poétique, émaillée de vocabulaire idiomatique, mêle parfaitement les attraits du Japon et sa complexité sociale.  

"Les évaporés" est disponible en poche chez J’ai lu.

Chronique publiée dans le JTT.