vendredi 18 septembre 2015

La vie secrète des figues

Avez-vous déjà vu un figuier en fleur ? Non? C'est normal, puisque les fleurs du figuier sont invisibles, elles tapissent l'intérieur du fruit. Ouvrez-en un, vous identifierez les filaments végétaux. Une étrangeté botanique plutôt complexe à expliquer. Disons pour simplifier que la figue n'est pas un fruit, c'est plutôt le réceptacle de fleurs minuscules. Après fécondation, elles produisent l'équivalent d'un pépin, qui en grossissant devient le fruit. Tout se passe à l'intérieur.
Pour se reproduire, la figue a besoin de la présence d'une sorte de petite guêpe, le blastophage, qui entre par un trou minuscule. Échange de bons procédés : Le blastophage, lui, a aussi besoin de la figue pour se reproduire. La femelle blastophage, préalablement fécondée, entre dans la figue et y pond ses oeufs. Après éclosion les nouveaux blastophages ressortent de la figue chargés du pollen des fleurs internes, puis, en pénétrant dans d'autres figues, le déposent sur le pistil, assurant ainsi la fécondation.

La figue, blanche ou violette, est un fruit onctueux, succulent, riche en vitamines et minéraux, c'est un trésor de santé. Allons plus loin : La figue ne serait-elle pas le fruit défendu de la Bible ? Dans l'imagerie populaire, c'est la pomme, cueillie par Adam et Eve sur l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Pourtant, nulle mention de pommier dans la végétation traditionnelle du Moyen-Orient. Est-ce une confusion de sens entre le terme latin "malum", désignant l'arbre de la connaissance, et le "malus", une variété de pommier ? La figue semble plus légitime, d'autant qu'Adam et Eve ont couvert leur nudité, après leur forfait, de feuilles de figuier. Pratique et sur place !

La figue est à l'origine de nombreuses expressions, la plus connue est mi-figue, mi-raisin. En voici une explication : jadis, les marchands de Corinthe mélangeaient leurs précieux raisins avec des morceaux de figues séchées. Leurs acheteurs Vénitiens, pris entre gourmandise et mécontentement, arboraient alors une mine ambigüe, mi-figue, mi-raisin.
Impossible de passer sous silence la connotation sexuelle du mot figue, utilisé aussi bien pour désigner le sexe féminin que les testicules. Il faut dire qu'il s'en passe de belles à l'intérieur d'une figue : c'est là que les nouveaux-nés blastophages se fécondent entre eux !

Pour en savoir plus sur la reproduction des figues et des blastophages, consultez le site internet ou les publications scientifiques édités par "Les écologistes de l'Euzière".

Article publié dans le JTT.

dimanche 13 septembre 2015

La p'tite balade des curistes

Moustiers-Sainte-Marie est un des plus beaux villages de France, un site spectaculaire du Parc du Verdon, connu pour ses faïences délicates. Pas étonnant que la balade intitulée "Les hauteurs de Moustiers, découverte du village et du milieu naturel, retour en lacets par la voie romaine" ait attiré nombre d'amateurs en cette chaude après-midi de septembre.
Tous bien chaussés, sac à dos, équipés de bâtons. On pourrait croire à un groupe de marcheurs confirmés, sexagénaires à la forme olympique. Certains, peut-être le sont : les conjoints, les touristes, mais le gros de la troupe ? Des curistes. En plus de leur sac, ils portent rhumatismes, arthrose, prothèses de hanches ou de genoux, vertèbres fêlées et asthme, problèmes cardiaques, diabète et j'en passe. L'animateur est un spécialiste de la faune et la flore locales. Quid d'un groupe humain hétérogène ?

Départ du parking, en bas du village, panorama splendide. La falaise paraît inaccessible, certains s'inquiètent. Pas de problème, on va la contourner par la gauche ! Longue montée à travers les terrasses jardinées, les murailles de la ville, la porte ouest, le pont génois, puis à flanc de coteau dans les oliveraies. Nombreux arrêts, le guide précise les espèces végétales : genévriers commun (dégustation de baies, c'est bon pour la santé) et genévrier de Phénicie, buis, chêne vert, amélanchier, cornouiller et, plus haut, pin d'Autriche et pin sylvestre. Senteurs de thym, de lavande, de sarriette, les dames font la cueillette. Le groupe arrive tant bien que mal au sommet, certains suant, soufflant, joues en feu. Une pause-goûter sur le plateau, annonce le guide. Où çà, un plateau ? A l'infini, s'étend une garrigue pierreuse et tourmentée, ponctuée de cairns et de trous de sorcière asséchés, qu'il faudra traverser.

Le guide signale les nids de chenilles processionnaires, un vol de grands corbeaux dans le ciel, deux chamois qui batifolent, il sait tout de leurs caractéristiques, leurs amours, leur résistance. Mais ne s'inquiète pas de celle des curistes, presque à bout de force. C'est un passionné de nature, pas un garde-malades, il les ignore. Une bonne tactique, car ses remarques sur les formations karstiques, calcaire, tuf, argile ... distraient les esprits. Le temps passe, une agréable fraîcheur se fait sentir, puis des nuages noirs apparaissent. Pas de souci, ce sont les nuages du soir !
Au carrefour de la voie romaine, quand surgit la vallée du Verdon au soleil couchant, le guide s'étonne. Si tard, déjà ? Pour arriver avant la nuit, il doit raccourcir le retour, et engage le groupe dans le vertigineux éboulis qui conduit directement au-dessus du promontoire de la chapelle Notre Dame de Beauvoir.

Un vrai couloir d'escalade. Si les rochers ne sont pas glissants, les gravillons roulent sous le pied. L'entraide entre randonneurs permet d'éviter le pire. Personne ne bronche. Les curistes progressent lentement, ils ont du mal à plier leurs genoux, à placer les pieds sur les aspérités, à passer les escarpement étroits sur les fesses. Mais que faire à part avancer ? Si la Sécurité sociale les voyait ... Privés de cure, les Pieds Nickelés !
Au loin, le soleil embrase les falaises, le village s'illumine à leurs pieds, le spectacle est grandiose. Ils passent sous l'étoile emblématique de Moustiers en songeant à l'ex-voto qu'il pourraient offrir ... s'ils s'en sortent.
C'est dans la nuit qu'ils arrivent en bas, épuisés, soulagés, étonnés de leur prouesse. Les ateliers de faïence sont fermés, mais il y a du réseau, les smartphones crépitent : 650 m de dénivelé, annonce l'un, 4 h de rando, dit l'autre, 8,5 km proclame un troisième. Dire qu'on était partis pour une p'tite balade ! 3450 calories consommées, conclut le plus maigre de la troupe. De quoi envisager un repas roboratif pour se remettre des émotions.
Mais demain, aux Thermes, courbatures et plaintes seront au programme : Quel inconscient, ce guide !


lundi 7 septembre 2015

Chronique littéraire : En finir avec Eddy Bellegueule, de Edouard Louis

Découvrir sa différence sexuelle, essayer de la gommer parce qu’on est dans un milieu qui ne la tolère pas, c’est un sujet qui reste d'actualité. L'originalité de ce récit bouleversant vient de la description du milieu, un milieu rude, peu évoqué en littérature : la France du bas, le quart monde, version picarde. Chômage, alcoolisme, racisme, homophobie, les réactions y sont primaires, le vocabulaire grossier, on ne mâche pas ses mots face à la différence. A l'opposé de la bien-pensance convenue ou de l'hypocrisie.

Eddy est un garçon de dix ans, efféminé, qui se sent étrangement décalé dans son monde de brutes, où cogner est la règle. Ses parents veulent l’endurcir, pour qu’il ressemble aux autres garçons, qui boivent, baisent, triment et se battent. C’est leur forme d’amour. Eddy fait tout pour y arriver, sort avec des filles, joue au foot, mais ses efforts ne contribuent qu’à augmenter ses souffrances, sa culpabilité, il ne réussit pas à devenir celui qu’on souhaite qu’il soit. Il ne lui reste qu’une échappatoire, étudier, pour fuir son milieu.

Edouard Louis raconte ici en mots simples son propre itinéraire. Né en 1992, en Picardie profonde, isolé, incompris, rejeté, grâce à des études brillantes il a pu changer de vie, et même changer de nom. Normalien diplômé en sociologie, il a obtenu en 2014 le prix Guénin contre l’homophobie pour son roman. Sans toutefois échapper à la polémique ! 

En finir avec Eddy Bellegueule est maintenant disponible en poche chez Points.

Chronique publiée dans le JTT.

lundi 31 août 2015

Expo Milano 2015

Les expositions universelles sont le reflet de leur époque. De celle de Paris en 1889, il nous reste la Tour Eiffel, édifiée pour fêter le centenaire de la Révolution. A Milan cette année, un assaut de créativité architecturale se déploie autour d’une préoccupation majeure : nourrir la planète. Parcourir les 110 hectares de l’expo est donc un régal pour les yeux et les papilles.

Les pavillons rivalisent d’extravagance par leurs formes, couleurs, matériaux. Conteneurs bariolés de Monaco protégeant la vie sous-marine, voiles dressées du Koweït sur dunes  de sable, pont de singe amazonien pour accéder au Brésil, mur de barils de saké devant le Japon, piliers de bambous du Viet-Nam, rideaux de perles multicolores d’Equateur, le spectacle est partout.
Dans chaque pavillon, la nourriture locale est à l’honneur. Grenades d’Iran, raviolis chinois, sushis, nems, kebab, hamburgers, café colombien, chocolat, épices  … et bien sûr Eataly. La France s’en sort bien, avec un élégant pavillon en bois franc-comtois, au plafond ondulé garni de casiers d’où surgissent toutes sortes de victuailles. Bonus : l’odeur de pain chaud qui flotte à l’entrée.
Tous les sens sont sollicités, jardins d’aromates, goût des épices dans lesquels on peut puiser librement, mélodies populaires ou tambours lancinants, jeux d’eau et de lumière autour de l’arbre de vie.

Le point commun à tous les participants, symbole de l'époque, c'est la profusion d'images virtuelles : Diaporamas d’agriculture traditionnelle en Turquie, tables interactives et jeux vidéo du pavillon US, forêt d’écrans chinoise, images défilantes en Iran, œilletons pour observer les méduses à Monaco ou les ours en Estonie. La France propose des exposés didactiques sur les différents acteurs de l’agroalimentaire. Mais à part quelques initiatives de partage avec les plus pauvres, le manque de propositions novatrices pour nourrir la planète fait défaut.

Certains pays n’ont même pas respecté le thème. Pour eux l’expo est l’occasion de faire leur promotion. Il est amusant d’ailleurs de voir comment se représentent les régimes durs : La Chine a construit le plus grand pavillon, entouré d’une multitude d’œillets jaunes, et le président Xi Jinping accueille les visiteurs par un discours de bienvenue enregistré sur grand écran. Au Turkménistan, la photo en pied du dictateur trône à l’entrée, précédant une grande carte des ressources du pays en gaz et pétrole ! Un immense miroir tremblé, comme une steppe glaciaire, avale les visiteurs de la Russie, dirigés ensuite par des beautés évanescentes en talons vertigineux, entre gerbes de céréales et tableau de Mendeleïev, jusqu’à la boutique où on vend des tee-shirts à l'effigie de Poutine.

 A Milan, avec 130 pays participants, 20 millions de visiteurs, on ne peut voir en une journée qu’une partie des pavillons, tant les files d’attente s’allongent. Mais il faut saluer une logistique réussie. Trains, métros, bus, parkings donnent directement sur le site, le personnel d’accueil est vigilant et sympathique, les guichets nombreux. Tout le long du decumano, l’artère principale protégée du soleil par un système de voiles à la romaine, on trouve toilettes, wifi, chaises-longues, brumisateurs et petite restauration… On peut s’y reposer, s’y sustenter, assister à un spectacle, une parade.

Il reste moins de deux mois pour visiter cette immense vitrine du monde, d’une richesse et d’une diversité inouïes. Profitez de la proximité, car c’est à Astana au Kazakhstan, puis à Dubaï, qu’auront lieu les prochaines expositions universelles !

Article publié dans le JTT.

lundi 24 août 2015

Stop à l'ambroisie !

L’ambroisie est une plante sauvage qui envahit la région Rhône-Alpes. C'est un véritable fléau, à double titre, car d'une part elle  colonise l'espace, et  d'autre part son pollen entraîne de sévères allergies : rhinites, conjonctivites, asthme, eczéma.... L’apparition de ces allergies se situe en fin d’été, derniers jours d’août et surtout septembre, au moment de la floraison.
Si vous repérez un plant d’ambroisie, arrachez-le immédiatement, avant sa floraison. Une opération simple, surtout après une petite averse : on peut alors facilement extraire la plante et sa racine à la main. Vous pouvez ensuite la laisser sur place, elle sèche et devient inoffensive. Après floraison, c’est plus difficile, il faut se protéger du pollen avec gants et masques.

L’ambroisie pousse sur les friches, les terrains fraîchement retournés, chantiers ou cultures, un sol dénudé favorise son implantation. Feuilles découpées, tige couverte de poils blancs, elle croît très vite et peut atteindre la taille d’un buisson. La floraison commence fin août, et la présence de vent favorise le transport du pollen, une poudre jaune qui colle aux pieds. Quand la fleur femelle est fécondée, elle produit des akènes qui évoluent ensuite en graines et se répandent sur le sol.
Le Ministère de la Santé et l’INRA ont mis en place l’Observatoire de l’ambroisie en 2011, pour informer le public de sa dangerosité et mettre en place des plans de prévention et de lutte contre la prolifération. Des capteurs de pollen sont installés dans les principales régions infestées, dont un à Valence. Des instructions générales émanant de la Préfecture obligent à signaler la présence d’ambroisie, et exigent sa destruction. Mais faute d’application sur le terrain, la seule solution, c’est d’intervenir individuellement. Et tout de suite !
 
La meilleure façon de s’en protéger à long terme, c’est de recouvrir le sol d’autres semences. Face à une pelouse ou un potager, l’ambroisie renonce, cette plante invasive ne supporte pas la concurrence. 

 Plus d’info : www.stopambroisie.com 

Article publié dans le JTT.

lundi 17 août 2015

Art brut au Château d'Hauterives (26)

Chaque été une importante exposition d'Art brut est proposée au Château d'Hauterives. Mais qu'est-ce que l'Art brut ? Tout simplement la création d'œuvres par des passionnés, qui n'ont aucune formation artistique, ne se réclament d'aucun mouvement, d'aucune école. Ils créent pour leur plaisir, avec leur propre technique, beaucoup d'imagination et peu de moyens. L'exemple tutélaire : le Facteur Cheval, dont le Palais Idéal, juste à côté du château, attire les foules.

L'Art brut plait au grand public, il est d'un accès facile, même les enfants saisissent au premier regard le travail de l’auteur, son cheminement. On admire la performance, sans besoin d’explication, contrairement à l'art contemporain, qui justifie ses installations onéreuses par des théories nébuleuses. Ainsi, le tas de confettis noirs, intitulé "passage à l'âge adulte" fait tache au milieu des calligraphies minutieuses, des montages éclectiques, des céramiques déjantées, qui ont nécessité des heures de patience et d'inventivité à leurs auteurs. Mais telle est la volonté des organisateurs de l'exposition : mêler art brut et art contemporain.

Pourquoi ? Parce que l'art brut est aussi contemporain, puisqu'il est de toutes les époques. Longtemps associé à un univers psychiatrique ou onirique, il a acquis ses lettres de noblesse grâce à l’artiste Jean Dubuffet, créateur du Musée d’Art Brut de Lausanne, en Suisse. L’art brut permet à chacun d'exprimer ses manies, ses divagations, ses dadas, souvent par un travail ingrat, opiniâtre, de longue haleine, dans l'anonymat, mais exécuté avec passion. Comme Ferdinand Cheval et ses galets. Comme les bénévoles du village qui ont restauré le deuxième étage du Château, pour offrir de belles salles à l'expo "ELEVATIONS". Comme Bruno Decharme et Antoine de Galbert, qui rendent hommage au Facteur Cheval en mettant à disposition leurs collections. Tous méritent d'être salués.

« L’art ne vient pas coucher dans les lits qu’on a faits pour lui ; il se sauve aussitôt qu’on prononce son nom : ce qu’il aime c’est l’incognito. Ses meilleurs moments sont quand il oublie comment il s’appelle. » Jean Dubuffet. 1960
Exposition "ELEVATIONS" jusqu'au 30 août, Château d'Hauterives, Drôme.

Article publié dans le JTT.

jeudi 6 août 2015

Vacanze romane

Le bon plan pour profiter de Rome, en cet été caniculaire : louer un appartement à quelques kilomètres, près de la mer. Nous avons ainsi alterné la visite classique des grandioses monuments de la ville éternelle, agglutinés à une foule de touristes en majorité asiatiques, entre vitrines élégantes et pétarades de piaggio, avec les séances de plage, déambulations odorantes au marché, et consommation immodérée de gelati. La dolce vita italienne, c'est à Ostia, le port de Rome, qu'on en profite vraiment.

Entre les deux, le métro. Parfois climatisé, parfois bondé, parfois à l’heure. Emblématique des difficultés de gestion de l’agglomération romaine. Les poubelles débordent, des herbes folles envahissent les trottoirs dégradés. On s’habitue, il faut cultiver l’indulgence, rien n’est parfait, pourtant tout advient.
L’agrément inattendu, c’est le sourire, la courtoisie, la volonté de communiquer, omniprésents. Les Italiens aiment la France, ils prennent volontiers le temps de bavarder, de partager un espresso avec vous. Bienfaisante cure de convivialité au soleil, loin de la morosité et de la grisaille.

Même sans rejouer la scène mythique de la Fontaine de Trevi, inaccessible pour cause de travaux, on peut se rafraîchir et s’abreuver partout dans les rues, où les deux mille fontaines de Rome, modestes ou somptueuses, mais toujours esthétiques, constituent un trésor architectural d’une grande diversité. Ce formidable héritage des bâtisseurs de l’Antiquité et de la Renaissance poursuit de nos jours sa vocation originelle de source et ressource de vie. Tout le monde en profite : les Romains, les touristes, et les Pakistanais qui survivent grâce au commerce d'eau fraîche ...