vendredi 17 août 2018

Gilbert Cochet, un Ardéchois autour du monde


Gilbert Cochet, naturaliste né à Lyon en 1954, vient de publier un nouveau manifeste aux éditions Actes Sud : Ré-ensauvageons la France, en collaboration avec Stéphane Durand.
La vie sauvage, c'est son milieu naturel. Gilbert Cochet vit à Saint-Romain-de-Lerps lorsqu’il ne court pas le monde. Ce naturaliste bien connu dans la région, puisqu'il a enseigné durant des années les Sciences de la Vie et de la Terre au lycée du Sacré-Cœur de Tournon, ne se cantonne pas à arpenter l'Ardèche buissonnière. Il a la chance de parcourir toute la planète, à l'occasion de collaborations multiples, comme avec Jacques Perrin pour son film « Les Saisons », Nicolas Hulot pour « Ushuaia » ou encore pour le magazine « Des Racines et des Ailes ».

Conseiller scientifique pour ces documentaires, il a en charge le respect des espèces filmées, dans leur évolution, leur comportement, leurs lieux de vie. Le plus grand défi, pour le film « Les Saisons » a été non seulement d'approcher le peuple des forêts le plus près possible, bisons et loups, rennes et ours, lynx et chouettes, mais surtout de reconstituer son histoire dans ces territoires européens que nous partageons depuis la dernière ère glaciaire.

Rien n'échappe à la passion du naturaliste, ni la faune, ni la flore, ni la géologie. Gilbert est fidèle au petit garçon qui jouait dans la rivière avec les tritons, les crapauds. Une vocation précoce qui a pu se développer quand il a reçu ses premières jumelles, après l'obtention du brevet. Dès lors, il a suivi la voie naturaliste, d’instituteur initiant ses élèves à l’observation, puis professeur agrégé de SVT, jusqu'au Museum national d'Histoire naturelle à Paris, dont il est attaché et correspondant, spécialiste de malacologie (sciences des mollusques d'eau douce). Ce qui lui vaut entre autres de participer aux commissions d'études ministérielles et européennes. Entre les cours dispensés à la faculté de sciences et à l'ENS de Lyon, à l'université de Suze-la -Rousse ...  et les voyages, des Carpates à la Norvège, de l’Amazonie à l’Indonésie, Gilbert Cochet a contribué à la rédaction de nombreux documents : Le fleuve Rhône, Les gorges et les monts de l’Ardèche, Atlas des oiseaux nicheurs de Rhône-Alpes …

Son dernier livre est un plaidoyer pour une nature sauvage et libre, cosigné avec Stéphane Durand, le scénariste du film « les Saisons ». Mais c'est surtout avec son épouse Béatrice, agrégée de sciences naturelles comme lui et pilote d'hélicoptère de surcroît, que Gilbert fait équipe.  Ensemble ils projettent d'écrire et publier d’autres livres, plus photographiques ceux-là, sur la vie sauvage et la nécessité de sa protection. Si la préservation de la nature en France a largement bénéficié de la loi de 1976, d'autres pays ont besoin d'être sensibilisés. Et pour cela  il faut les initier à la contemplation du milieu naturel.

Gilbert et Béatrice Cochet participent à des projets internationaux : ainsi, l'accueil cet été dans le Diois de chamans venus de Colombie, pour échanger les connaissances sur les plantes. Un compte-rendu sera présenté lors des rencontres Festiwild. Un festival qui mérite le détour, dans le cadre magnifique de l'abbaye Sainte-Croix dans la Drôme. Parrainé par Jacques Perrin, il célèbre l'alliance de l'homme avec la nature sauvage et invite artistes, penseurs, scientifiques, naturalistes à exprimer leurs liens profonds à la Nature.

Festiwild aura lieu à Sainte-Croix le dernier week-end de septembre.
Renseignements : http://festiwild.org/

A lire : Gilbert Cochet et Stéphane Durand : Ré-ensauvageons la France, Actes Sud


Article publié dans le JTT du jeudi 16 aoüt.

samedi 11 août 2018

Les Iles Eoliennes, paradis des amateurs de vulcanologie

Stromboli. Qui n’a pas rêvé de ce bloc de rochers noirs, que la blonde Ingrid Bergman essayait de fuir, dans le film de Rossellini sorti en 1950 ? Eh bien, à Stromboli, la vie n’a guère changé malgré l’afflux des touristes. Une beauté âpre à couper le souffle. Pas de route, juste des sentiers et des bateaux, pour aller d’un lieu à l’autre. Les touristes grimpent en colonnes bien encadrées sur les flancs du volcan, toujours actif, pour assister aux éruptions nocturnes. Puis repartent en bateau, après avoir dévalisé les magasins de souvenirs et les cafés. L’île retrouve alors son calme, sa vie traditionnelle, indifférente à l'éventualité d’une éruption subite.
Stromboli fait partie de l’archipel des Eoliennes, sept îles volcaniques, situées à quelques kilomètres au nord de la Sicile. Le paradis des vulcanologues qui peuvent varier les plaisirs : monter aux sommets, admirer les cratères, la lave en fusion, les émanations de gaz sulfureux, ramasser des éclats d’obsidienne, de pierre ponce, de kaolin. Et dégringoler ensuite parmi les genêts et bougainvillées jusqu’aux petits villages blancs, pour profiter des joies de la mer.

La plus grande des îles, c’est Lipari. Un lieu de vacances idéal, avec sa citadelle, son musée, son joli port. Une petite Italie en miniature, où la vie s’arrête entre les passages des ferrys et hydroglisseurs qui apportent toutes les ressources du continent, marchandises, touristes, travailleurs, jusqu’à l’eau potable. Le matin, les triporteurs s’installent aux carrefours pour vendre du poisson ou des fruits frais. Le soir, touristes et habitants se retrouvent pour la rituelle passeggiata entre la rue piétonne et le port. La dolce vita.
Vulcano est une immense soufrière, l’escalade de son Gran Cratere est facile, si l’on n’est pas sensible aux émanations. Salina est une réserve naturelle, couverte de câpriers et de vignes qui produisent le vin de Malvoisie. Panarea se la joue jet-set, ses fonds sous-marins sont superbes. Les minuscules Alicudi et Filicudi sont des ilots simplement formés d’un cône volcanique sur lequel quelques maisons abritent une dizaine d’habitants.
Depuis Lipari, les bateaux desservent régulièrement toutes les îles, chacune ayant son originalité. Mais partout des sentiers, des falaises, des grottes, des plages de sable noir, galets, ou rochers, permettent de pêcher et chasser crabes, oursins et coquillages. Et de profiter de la baignade. Pour rejoindre l’archipel, il faut d’abord aller en Sicile, puis gagner le port de Milazzo, enfin prendre le bateau. Malgré ce trajet compliqué, en été, les îles sont surbookées. C’est au printemps ou en automne qu’il faut savourer ce petit paradis de mer, de feu et de fleurs, où l’on vit hors du temps. Ciel azur, mer infiniment bleue, rochers noirs, brise garantie, car les îles éoliennes sont le domaine d’Eole, dieu des vents. Les quatre éléments sont réunis pour combler toutes les attentes des visiteurs.

Article publié dans le JTT du jeudi 9 août.

jeudi 2 août 2018

Chronique littéraire : Les huit montagnes, de Paolo Cognetti


Un roman d’amitié entre deux enfants, Pietro, le Milanais solitaire, et Bruno, le gamin d’un hameau d’altitude. Chaque été, ils se retrouvent pour explorer la montagne, au-dessus de Grana, dans le Val d’Aoste. Quelquefois le père de Pietro les emmène en randonnée tout en haut, vers les glaciers, à la limite du vertige.
Un roman d’amour pour la montagne : sentiers escarpés, torrents, alpages, forêts sombres, puis rochers et glaciers étincelants. Le poids des saisons, des traditions, les difficultés et contradictions du monde montagnard comme du monde urbain.
Un roman de formation, avec les parcours divergents de deux personnages épris de liberté, qui vivent une amitié à éclipses sur une quarantaine d’années. 
Un roman de filiation, où la vie se répète, la mort ramène à l’essentiel, les fils comprennent alors le cheminement obscur des pères, acceptent leur empreinte invisible. 
Le résultat est magnifique : un récit fort et sensible, empli de poésie et de nature, avec un ancrage réaliste et contemporain.

Paolo Cognetti, né à Milan en 1978, est un auteur italien prometteur, qui vient d’obtenir pour ce roman le prix Strega, équivalent de notre Goncourt en Italie, ainsi que le prix Médicis étranger chez nous. Il a également écrit « Le garçon sauvage », autre ode à la montagne et la liberté, ses deux passions.
Ses deux romans sont disponibles en Livre de poche et en 10/18.


Chronique publiée dans le JTT du jeudi 26 juillet.


jeudi 26 juillet 2018

Les Mille et une nuits de Vochora

Parmi les groupes invités au XXIème festival Vochora de Tournon, Canticum Novum a présenté son concert « Topkapi , Istanbul 1550 » à la Chapelle des Saints-Cœurs. On aurait pu s'attendre à un spectacle donné par des hommes en turban doré, des femmes voilées de mousseline … Mais non, l'ensemble créé par Emmanuel Bardon en 1996, s'il est cosmopolite et spécialiste des musiques anciennes du bassin méditerranéen, propose une approche contemporaine et conviviale de la musique à la Cour ottomane. Au palais de Topkapi, à Istanbul, en 1550.

Cette musique est une des plus raffinées d'Orient. Les sultans mélomanes s'entouraient de grands compositeurs. L'arrivée en masse des Juifs séfarades chassés d'Espagne en 1492, migrant à travers les Balkans et tout l'empire ottoman, a enrichi leur répertoire d'influences ladino, grecque, bulgare, arménienne, persane, tzigane … L'ensemble Canticum Novum interprète les mélodies envoûtantes, chantées ou jouées sur des instruments exotiques traditionnels : flûtes kaval (obliques), nyckelharpa (sorte de vieille ), kanun (cithare à 80 cordes) et percussions multiples fabriquées en peau de chèvre et terre cuite. Ces romances, souvent transmise par simple tradition orale, ont été récoltées sur place au XXème siècle par des musicologues passionnés. Les chanteurs et musiciens de Canticum Novum, par ce spectacle, tissent des liens entre musique d'Occident et d'Orient, dans un souci d'interculturalité et de transmission.

Après des rappels enthousiastes, une berceuse de Jérusalem entonnée en hébreu avec le public a permis à chacun de quitter la Chapelle en toute quiétude, sous les roulements de tonnerre d'un orage bienvenu.

Article publié dans le JTT du jeudi 26 juillet.

mercredi 18 juillet 2018

Chronique littéraire : La tresse, de Laetitia Colombani


Une histoire tissée avec trois fils, trois vies de femmes, par l'auteur. Smita est une Indienne courageuse, de la caste des Intouchables. Elle lutte avec audace pour l'avenir de sa fille dans une société où sa vie ne compte pas. Giulia est Sicilienne, pour elle, la vie est légère, jusqu'au jour où l'accident de son père, la faillite de l'entreprise, font exploser le cocon protecteur. Sarah est une executive wowan canadienne, qui gère avec efficacité sa carrière d'avocate, ses mariages, ses enfants. Jusqu'à ce que la maladie la rattrape.

Trois femmes, trois mondes totalement différents, mais aussi trois sortes de discriminations. Le plus stupéfiant est le sort des Intouchables, et particulièrement le statut des femmes, considérées comme moins que des bêtes. Une injustice scandaleuse qui déshonore encore les responsables politiques actuels. La découverte de l'entreprise de perruques à Palerme, les règles patriarcales subies par Giulia, semblent douces à côté. Quant au monde des avocats d'affaires, des requins sans états d’âme, c’est plus caricatural. Mais les héroïnes restent semblables à toutes les femmes dans leurs espoirs, leur fragilité, leurs décisions. C'est cette empathie pour les personnages qui fait tout le plaisir de l'histoire, dont les péripéties bien distillées tiennent en haleine jusqu'au bout. Un roman féministe, mais aussi un hommage aux femmes, pas cousu de fil blanc, mais bien tressé !

Laetitia Colombani née en 1978 à Bordeaux est actrice, scénariste, réalisatrice de films. La Tresse, son premier roman, a obtenu un succès considérable et est déjà traduit dans plus de vingt langues. Il est maintenant disponible en Livre de Poche.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 12 juillet.

vendredi 13 juillet 2018

Evasion au Château


Il ne s’agit ni du nom d’un nouvel escape game, ni d’une énième échappée de repris de justice… mais de la formidable prestation du groupe vocal Evasion, qui a enchanté la présentation de la saison culturelle de Tournon.
Evasion est un groupe de cinq chanteuses romanaises. Leurs voix issues de cultures différentes, aux tonalités complémentaires, depuis trente ans, magnifient le chant polyphonique dans sa forme la plus difficile : a cappella. Déambulant au fil des salles du château de Tournon, toutes vêtues de blanc au milieu des couleurs éclatantes de l’exposition Tomkowiak, elles ont fait partager au public des textes loufoques et décalés, dues à la plume caustique d’Anne Sylvestre.
Anne Sylvestre ? On connait tous ses Fabulettes, un concept né il y a environ 50 ans, avec toujours autant de succès depuis. Ce qu’on sait moins, c’est qu’Anne Sylvestre ne s’est pas contentée de créer un répertoire pour enfants. Elle a poursuivi une carrière très éclectique, chantant avec Bobby Lapointe, Félix Leclerc, Serge Reggiani… et seule. Ecrivant des textes poétiques publiés par les meilleurs éditeurs, comme Seghers. Et soutenant le féminisme avec force et malice.
Dans leur nouveau récital, les cinq femmes d’Evasion se sont emparées de son œuvre. Cinq + une, pour chanter les vies d’une multitude de femmes… Avec leur nouveau spectacle : LES HORMONES SIMONE, dont elles ont donné un brillant aperçu au château, elles partent en tournée cet été, seront au festival d’Avignon le 19 juillet. 
C’est le groupe Evasion qui fera l'ouverture de la saison culturelle à Tournon le 5 octobre 2018. Ne manquez pas LES HORMONES SIMONE, sur le répertoire d’Anne Sylvestre : c’est l’histoire d’une femme… Non ! De femmes. De femmes qui rencontrent une femme, qui chantent les femmes…



Article publié dans le JTT du jeudi 12 juillet.

vendredi 6 juillet 2018

L’Ecole de la Maison Chapoutier, au-delà des apparences

A côté des traditionnels ateliers oenologiques, dégustations, barbecues, séjours, tous consacrés au monde du vin, un nouveau type de séminaires plutôt ésotériques est maintenant proposé par L'Ecole M. Chapoutier, en partenariat avec l’Observatoire du Réel. Il s'agit de découvrir d'autres points de vue sur les mystères du vivant.  Après deux premières journées de conférences sur : « Les dimensions cachées de l'eau » et « Regards sur la conscience », samedi dernier était consacré à la géométrie sacrée des pyramides : « De Gizeh à Paris, parcours d'une symplanicité ».

Une terminologie quelque peu occulte qui intrigue. Quel est le lien avec la Maison Chapoutier ?
Eh bien, le lien c'est Michel Chapoutier lui-même. Passionné, curieux, il aime observer, réfléchir et creuser les sujets qui l'étonnent. Un état d'esprit qui lui a permis d'être un précurseur en matière de biodynamie. La viticulture n'est-elle pas une sorte d'alchimie ? Et la biodynamie, si décriée à ses débuts, une technique maintenant avérée ? Quand M. Chapoutier, à la mi-journée, fait visiter ses vignes et déguster ses vins, tout devient évident. Son enthousiasme quand il parle de terroir, de sols granitiques ou calcaires, de cépages, de fermentations, n'a d'égal que la diversité des connaissances qu’il aime transmettre. Il rejoint en cela Rudolf Steiner, philosophe autrichien, qui interrogeait dès 1920 le monde agricole sur les effets des engrais et pesticides sur les sols, sur l'action des influences cosmiques en agriculture. Ces questions ont permis l'émergence de nouvelles méthodes de fertilisation, comme la biodynamie qui a ouvert la voie à une viticulture respectueuse des vignes, des sols et des hommes.

L’Observatoire du Réel est une association qui, à travers ses intervenants, partage avec le public le désir de regarder au-delà des apparences et des certitudes, dans toutes les disciplines scientifiques : physique, astrophysique, mathématiques, neurosciences... Les participants aux conférences organisées par la Maison Chapoutier, préoccupés par de nouvelles compréhensions de notre monde, viennent de toute la France. Effet secondaire garanti : ils découvrent notre belle région ainsi que toutes ses richesses concrètes !

Prochain séminaire : « Les nouvelles approches thérapeutiques » le 27 octobre 2018.


Renseignements et inscriptions : www.chapoutier-ecole.com
Article publié dans le JTT du jeudi 5 juillet.