samedi 8 août 2026

Le sentier des lauzières en Ardèche

Le Mont Signon est un petit volcan éteint, voisin du Mont Mézenc, qui fut exploité pendant des siècles comme carrière de lauzes. Ces pierres plates lisses et brillantes couvraient jadis les toits des fermes traditionnelles des Cévennes. Depuis le village de Chaudeyrolles, à 1300 m d’altitude, un petit parcours géologique en boucle permet d’atteindre le sommet du Mont Signon, à 1500 m, en profitant de superbes paysages sur les monts d’Ardèche et de Haute-Loire. Et de comprendre les conditions d'extraction de ce précieux matériau local.

Le Mont Signon, apparu il y a environ 8 millions d’années, est une montagne volcanique, un ancien dôme de lave visqueuse, qui s'est étalée sur les côtés. Son sommet ressemble à un paysage lunaire, avec des petits cratères creusés par l’homme sur toute la surface. Car la carrière de lauzes, d’abord propriété des seigneurs locaux, devint propriété communautaire de Chaudeyrolles après la Révolution. Alors divisée en parcelles, chaque paysan exploitait son lot, sa lauzière, une façon de se procurer de l’argent quand l’agriculture faisait défaut.

Lauzeron était un métier pénible et dangereux. Il fallait d’abord tailler et amincir les lauzes, à partir de blocs de pierre d’environ 40 kilos, l'épaisseur d’une lauze étant de 2 à 3 cm, avec une longueur de 20 à 80 cm. Ensuite les porter jusqu’au chariot. Les familles s’organisaient par quartiers, pour équiper de petits chariots tirés par des juments, qui attendaient au pied de la lauzière. Le chargement ne devait pas dépasser 1 000 kg (8 m2 de lauzes), pour que le chariot ne dévale pas la pente. Les lauzes étaient ensuite transportées jusqu’aux fermes ou granges qui avaient besoin d’un toit. Elles étaient alors posées et clouées par un lauzeur sur une charpente solide.

Au sommet du Mont Sillon, le long du sentier des lauzières quelques cabanes en lauzes subsistent encore. Elles servaient d’abri aux lauzerons en cas d’orage ou pour prendre leur casse-croûte. Prodiges d’équilibre et de technique, elles rappellent que le savoir-faire de la couverture d'un toit en lauzes est maintenant répertorié au patrimoine immatériel de l’humanité. Car un toit en lauzes offre une grande résistance aux intempéries, aux incendies et une belle longévité. Un bel adage nous le rappelle : « Qui pose lauze … pour cent ans pose ».

Article publié dans le JTT du jeudi 20 août  2026.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire