lundi 14 novembre 2022

Chronique littéraire : Les enfants sont rois, de Delphine de Vigan

C’est un monde terrifiant que l’auteur présente, et ce monde, c’est le nôtre. Un monde encore peu connu du grand public, qui s’est installé sournoisement grâce aux réseaux sociaux. Un monde où les enfants stars de You Tube font gagner argent et reconnaissance à leurs parents, mais s’épuisent à tourner chaque jour de nouvelles vidéos. Célèbres, submergés de fans et de cadeaux inutiles, fournis par leurs sponsors, ces enfants, comme Kimmy et Sammy, les héros du récit, vivent en dehors de la réalité, et leur enfance est irrémédiablement gâchée.

La responsable de ce gâchis ? Leur mère, Mélanie. Dans sa jeunesse elle a rêvé devant les premières images de téléréalité, a souffert de ne pas en faire partie ; adulte, elle prend sa revanche à travers les millions d’abonnés qui suivent sa chaîne Happy Récré. Une chaîne You Tube où chaque jour elle met en scène ses enfants, à la maison, ouvrant un cadeau, mangeant des chips, découvrant des jouets, à l’école, à la piscine, en vacances… Pour continuer à être suivie il faut chaque jour poster une nouvelle vidéo, alors chaque jour elle invente un nouveau scénario, et les enfants doivent répéter, sourire… jusqu’à l’épuisement. Et jusqu’à l’enlèvement de Kimmy.

A l’opposé de Mélanie, une autre femme analyse les faits. Clara, une policière chargée de l’enquête, est plutôt écolo et hors réseaux sociaux. Elle découvre avec le lecteur jusqu’où ces réseaux peuvent mener. Et fait prendre conscience d’une nouvelle forme d’exploitation des enfants. Où les jeunes acteurs ne sont pas les seuls en danger : leurs millions d’abonnés, du même âge, submergés de publicités, sont soumis eux aussi à un bourrage de crâne consumériste. Et qui sont ces enfants ? Les nôtres, en pâ
moison devant les influenceurs. Delphine de Vigan enfonce le clou en évoquant la vie de Kimmy et Sammy dix ans plus tard, complètement déjantés et asociaux.

Un roman passionnant, émouvant et militant sur l’enfance en danger. Et qui ne le sait pas.

Delphine de Vigan est une écrivaine aux nombreux succès, née en 1966, auteure d’une dizaine de romans, de scenarii pour le cinéma et la TV. « Les enfants sont rois » est disponible en Poche chez Folio.

Chronique publiée dans le Jtt.

lundi 7 novembre 2022

Les frères Champollion, Dauphinois de coeur

Cette année de nombreuses expositions en France célèbrent le deux-centième anniversaire du déchiffrage des hiéroglyphes par Jean-François Champollion (1790-1832). Une découverte majeure, fruit d’un énorme travail de recherches menées durant trente ans avec son frère Jacques-Joseph (1778-1867). Une belle aventure humaine et scientifique que le musée rénové de Vif près de Grenoble a parfaitement mise en valeur. L’occasion de découvrir la maison familiale et la complicité fusionnelle entre les deux frères.

Dernier-né d’une famille pauvre de 7 enfants, à Figeac, Jean-François se distingue par ses capacités intellectuelles, il apprend tout seul à lire dans un missel dès l’âge de 5 ans. Son frère Jacques-Joseph, de douze ans son aîné, a repéré ses qualités exceptionnelles. Et lorsqu’il obtient un modeste emploi de bureau à Grenoble, en 1798, il décide de faire venir son petit frère chez lui pour lui assurer une éducation sérieuse. Jean-François arrive à Grenoble en 1801, il a juste 11 ans. Avec Jacques-Joseph, autodidacte de 23 ans, il partage l’amour des textes anciens, de l’archéologie. Ensemble ils étudient le latin, le grec, l’hébreu, l’arabe…

L’érudition de Jacques-Joseph lui permet de participer aux salons littéraires de la ville, où il emmène son petit frère. A une soirée chez le préfet de l’Isère, en 1802, les Champollion entendent parler de l’Egypte. Le préfet Joseph Fourier, brillant mathématicien, a en effet participé à l’expédition en Egypte menée par Bonaparte en 1798-1801. Jacques-Joseph et Jean-François sont fascinés par cette civilisation antique si mystérieuse, dont personne ne sait déchiffrer l’écriture, perdue depuis 15 siècles. Jacques-Joseph se lie d’amitié avec Fourier, devient son secrétaire, chargé de cataloguer les objets ramenés d’Egypte. En 1804 il présente un exposé sur la pierre de Rosette, une stèle découverte en Egypte en 1799. Cette stèle pourrait aider au déchiffrage des hiéroglyphes, puisqu’un même texte y est inscrit en 3 langues : grec, démotique (égyptien antique) et hiéroglyphes (écriture sacrée). Pour l’instant, personne n’y parvient, car il y a 1400 signes hiéroglyphiques pour 80 mots grecs... Jean-François est passionné par ce mystère, il veut être le premier à déchiffrer cette écriture oubliée.

Au lycée impérial de Grenoble, il s’ennuie. Il entreprend seul l’étude des langues orientales, araméen, chaldéen, syriaque, persan ... A 17 ans une bourse lui permet d’aller approfondir ses connaissances à Paris, au Collège de France. Il découvre aussi le copte, langue populaire en ancienne Egypte, fréquente les bibliothèques, écrit de nombreux opuscules. Visite les collectionneurs d’objets égyptiens, recopie les inscriptions, étudie les travaux des autres candidats au déchiffrage des hiéroglyphes… Car la concurrence est rude, l’Europe entière se passionne pour l’Egypte et son énigmatique écriture. De Paris, il communique par lettre chaque jour avec son frère à Grenoble, livre ses hypothèses, demande conseil… Jacques-Joseph répond, argumente, ajoute des remarques.

Jean-François est devenu à 18 ans professeur d’histoire ancienne à l’université de Grenoble, il retrouve régulièrement son frère à Vif, où ils poursuivent ensemble leurs recherches. Tous deux affichent des idées bonapartistes. Mais en 1815, cette opinion les précipite dans les soubresauts de l’histoire : Napoléon abdique, remplacé par Louis XVIII, les émeutes secouent la ville, suivies par des purges. Les deux frères Champollion sont démis de leurs fonctions, emprisonnés puis envoyés en exil à Figeac en 1816. Il faudra plus d’un an pour qu’ils obtiennent leur libération. Jacques-Joseph retrouve un emploi à Paris, Jean-François réintègre Grenoble et un poste de bibliothécaire. Jusqu’en 1821, où de nouvelles échauffourées politiques l’obligent à quitter Grenoble et se réfugier chez son frère à Paris.

Sans emploi, ses recherches s’amplifient encore, il rédige des mémoires, met au point des correspondances entre langues orientales, publie des études comparatives. Grâce au copte, il comprend que les hiéroglyphes, contrairement aux théories en cours, ne sont pas simplement des idéogrammes, mais aussi des sons. En 1821, il arrive à déchiffrer sur une copie de la pierre de Rosette le cartouche de Ptolémée, puis celui de Cléopâtre, pharaons de l’époque grecque. Et le 14 septembre 1822, il déchiffre celui de Ramsès, bien antérieur, donc sans l’aide du grec. Son hypothèse se confirme, il peut commencer à déchiffrer quelques mots.

La mise au point d’un dictionnaire complet et d’une grammaire prendra encore des années, mais Jean-François Champollion est désormais reconnu comme le grand spécialiste de l’Egypte. Il persuade le roi Charles X d’acquérir une collection complète d’objets égyptiens, afin d’ouvrir en France la première galerie égyptienne d’Europe. En 1827, au Louvre, l’exposition dont il est nommé conservateur rencontre un succès retentissant. Il peut alors réaliser son rêve : obtenir une subvention pour partir en Egypte étudier les hiéroglyphes in situ.

Son expédition scientifique en 1828-1829 accumule les relevés, les découvertes, collecte des documents qui permettent d’avancer dans le décryptage des hiéroglyphes et jette les bases de l’égyptologie. A son retour en 1831, Jean-François est à la tête d’une multitude d’informations à exploiter. Il obtient la chaire d’égyptologie au Collège de France. Mais épuisé par son périple, affaibli par différentes maladies, surmené, il meurt en mars 1832, à 42 ans. C’est Jacques-Joseph qui se chargera de terminer et de publier ses recherches.

L’élégante maison Champollion à Vif est restée propriété de la famille jusqu’à son rachat par le département de l’Isère en 2001. Entièrement réhabilitée, elle a été inaugurée en 2021 avec une belle scénographie moderne autour des frères Champollion, de leurs travaux et de l’égyptologie. La chambre de Jean-François, son bureau, ses écrits, sont préservés. Tout immerge le visiteur dans la magie de l’Egypte. Un beau parc fleuri permet ensuite de laisser vagabonder son esprit des rives de l’Isère à celle du Nil…


Article publié dans le JTT du jeudi 3 novembre. 

jeudi 3 novembre 2022

Partage des eaux et magie des pierres en Ardèche

La ligne de partage des eaux traverse le Parc des Monts d’Ardèche. Être physiquement sur cette ligne, c’est avoir sous un pied les sources se dirigeant vers la Méditerranée via le Rhône (Ardèche, Eyrieux) et sous l’autre celles se jetant dans l’Atlantique (Loire). Cette ligne a inspiré « Le partage des eaux », un parcours artistique à ciel ouvert accueillant, au cœur du patrimoine naturel, des créations contemporaines. Sur plus de 100 km, les œuvres sont accessibles à pied, à cheval ou à vélo, mais aussi en voiture, et même en l’hiver en raquettes ou ski nordique.

Le célèbre paysagiste Gilles Clément a relié eau et pierre en concevant une « tour à eau » spectaculaire : cette architecture en pierres sèches, en forme de cône, avec des aspérités capte l’humidité de l’air pour la condenser dans une vasque intérieure. Construite avec des phonolithes, ces roches volcaniques sonores des Cévennes, la tour peut fonctionner même dans les régions désertiques, elle accumule en son fond une petite réserve d’eau. Une idée providentielle en cas de sécheresse. Par sa forme, c’est un hommage au Gerbier-de-Jonc, 1551 m, lui-même réserve d’eau naturelle, hérissé de rochers. Gilles Clément a aussi implanté des « mires » en plusieurs lieux stratégiques, Saint-Agrève, Mont Mézenc, route des Sucs. Ce sont des dispositifs d’observation du paysage, qui permettent d’apprécier les plateaux vallonnés du Velay, où la Loire s’étire en direction de l’Atlantique, et les reliefs déchiquetés des Boutières et de la Cévenne ardéchoise, creusés par les torrents tumultueux qui rejoignent le Rhône.

Pas loin du Mézenc, le village de Borée offre une autre œuvre d’envergure : le « Tchier de Borée », une création mégalithique contemporaine inspiré du Land Art et réalisée par deux sculpteurs, Fabienne Versé et Serge Boyer, en 2008 : 70 stèles sculptées sont dressées en cercles concentriques, en une sorte de calendrier kabbalistique face à un panorama grandiose.

En toutes saisons, on peut s'oxygéner et s'émerveiller en Ardèche !


Article publié dans le JTT du jeudi 27 octobre.

jeudi 27 octobre 2022

Le site naturel de Crussol

Crussol, c’est un fier château perché sur un éperon rocheux dominant le Rhône, Crussol, c’est aussi un Festival très prisé en été, mais avant tout Crussol est un lieu de promenade accessible à tous en toutes saisons.

Campé sur un massif calcaire riche d’une grande biodiversité, le site de Crussol a été classé Espace Naturel Sensible. C’est pourquoi la communauté de communes Rhône-Crussol a décidé d’y proposer un choix de balades gratuites, accompagnées par un animateur, pour mieux apprécier son histoire, sa faune et sa flore. 

On peut ainsi découvrir suivant la saison orchidées et pelouses sèches, lézards et chauves-souris, oiseaux rares, insectes et papillons. Comprendre la géologie du sol, observer l’implantation des arbres. La balade « mystères de la forêt » d’octobre permet d’identifier tilleuls, érables, peupliers, chênes, buis, pins, cèdres … et même de croiser un cerisier en fleurs ! Pourquoi poussent-ils ici ? Quel âge ont-ils ? Comment évoluent-ils en fonction du climat ?  Toutes sortes de questions auxquelles l’accompagnateur répond.

Ces balades découvertes de la nature se prolongent les dimanches après-midi jusqu’à la Toussaint. Les visites médiévales du château et les ateliers pour enfants sont terminés depuis fin septembre, mais on peut encore se promener librement sur « les épaules du géant Crussol », un parcours ludique fléché, organisé autour de 7 refuges disséminés dans la forêt et la villette médiévale. Alors n’hésitez plus, par une belle journée, d’automne, parcourez la forêt de Crussol !

Article publié dans le JTT du jeudi 27 octobre.

samedi 22 octobre 2022

Le renouveau du fort de Vézelois

A Belfort on connaît bien Vauban et sa citadelle, on connaît vaguement Maginot, régulièrement moqué alors que son système de défense était à l’avant-garde, mais on ignore Séré de Rivière. Pourtant ce général et architecte militaire a lui aussi voulu défendre la France contre l’envahisseur en construisant une ligne de fortifications, qui s’étendait de Nice jusqu’à Lille. En passant par Belfort, ainsi pourvu d’une ceinture de 19 forts entre 1873 et 1911. La ville était alors frontalière de l’Allemagne après la défaite de 1870, et il fallait lui assurer une sérieuse protection. L’ensemble de ces forts voulus par Séré de Rivière constitue un patrimoine exceptionnel, contemporain de l’emblématique Lion, qu’il serait juste de valoriser davantage.

Pour prendre conscience de l’intérêt touristique du projet, il suffit d’en visiter un. Le mieux conservé, le plus accessible, est celui de Vézelois, le Fort Ordener. Sa ceinture de verdure, ses couloirs labyrinthiques, ses murailles d’où l’on jouit d’une vue à 360° sur les Vosges et le Jura, ses salles équipées d’eau et d’électricité, en font un lieu privilégié, apprécié des sociétés locales qui le louent pour leurs manifestations. Au fil des saisons s’y déroulent donc rassemblement de motards, marche gourmande, week-end d’intégration de l’UTBM, jeux de rôle, nuit d’Halloween, vide-greniers, expositions ainsi que mariages et fêtes diverses. Le fort loue aussi quelques salles à des associations, comme les Archers du Royal qui trouvent là un lieu d’entraînement idéal. Ainsi qu’à des ferronniers, ébéniste, pompiers, dresseur de chiens. Bref, à Vézelois, le fort joue un rôle central dans l’animation locale. 

Le fort Ordener est géré par une association locale, « le Renouveau du fort » depuis 1998, date à laquelle il a été cédé par l’armée à la commune de Vézelois. Cette association, d’une centaine d’adhérents à l’origine, se charge de l’entretien des bâtiments, du ménage, des espaces verts, de la gestion des manifestations … ainsi que des quelques visites de passionnés. Las, au bout de vingt ans, les bénévoles ont vieilli ou disparu, ceux qui restent ont du mal de faire face aux éboulements de certains murs, à l’entretien des sentiers, à la chute d’arbres… ainsi qu’aux réparations d’usage. Leur prochain objectif, c’est de remettre en état le mirador, d’où la vue sur le Territoire est exceptionnelle… Pour les aider : une trentaine de chèvres, qui nettoient les espèces invasives et dont les gambades font la joie des visiteurs. Mais c’est aussi une charge, il faut entretenir leur écurie l’hiver, assurer un suivi vétérinaire, relever les murs qu’elles escaladent…

Ce patrimoine est méconnu des touristes et surtout des Terrifortains. Pourtant de nombreux sentiers pédestres le longent. Il existe aussi un sentier VTT des forts, hélas plutôt long et difficile (79 km). Le fort Ordener mérite plus de visibilité, il est emblématique de l’après-guerre de 1870, du rôle de la voie stratégique autour de Belfort, et facilement accessible en voiture. Si quelques passionnés par l’histoire militaire y pénètrent chaque été, ils viennent de Paris ou de l’étranger ! Enchantés par la balade sur les remparts en compagnie des chèvres, et le dédale des couloirs, ils admirent l’architecture du fort, construit en pierre de taille par des ouvriers piémontais …

Le renouveau du Fort Ordener ne peut plus dépendre uniquement de l’association éponyme. Les finances sont insuffisantes, les recettes permettent à peine d’acheter le matériel d’entretien. C’est le cas de presque toutes les communes de la ceinture belfortaine propriétaires d’un fort. Une richesse historique, mais une charge financière. Chacune se débrouille comme elle peut, et cette exceptionnelle ceinture de forts reste un patrimoine caché, à l’abri des circuits touristiques. Il faudrait une volonté départementale ou régionale pour assurer la promotion et la préservation de cette tranche de l’histoire militaire de Belfort.

La ceinture des forts, Denfert-Rochereau, le Lion, relèvent tous de la même époque, de la même épopée. Et si l’on est inconditionnel de Vauban à Belfort, il faut savoir que Séré de Rivière est considéré comme le Vauban du XIXe siècle !

Article publié dans l'Esprit Comtois n° 28.

vendredi 14 octobre 2022

Forêt de Saoû : le renouveau de l'Auberge des Dauphins

La rénovation du bâtiment construit par Maurice Burrus,
 richissime propriétaire de la Forêt de Saoû jusqu’en 1959, est plus qu’une réussite : Devenue maison de site, ouverte à tous, consacrée à son environnement splendide, elle répond à toutes les demandes des visiteurs. Randonneurs, vététistes, amoureux de la nature ou simples promeneurs y trouvent un lieu d’exposition consistant, des propositions de balades ou d’animations, une boutique et une restauration à prix doux.

L’ancienne Auberge des Dauphins, construite dans les années 1930, fut un édifice emblématique de la Drôme avec son architecture néoclassique, inspirée du Trianon, ses salons à balustres, décorés de stucs blancs et or, son restaurant étoilé. A l’époque, elle fut une première initiative destinée à promouvoir le tourisme vert, puisque Burrus avait même financé la construction d’une route de 28 km autour de sa forêt pour faire découvrir la variété des plantations à ses visiteurs. A ce bâtiment restauré dans les règles de l’art, le Département de la Drôme, propriétaire du domaine depuis 2003, a adossé un nouveau bâtiment très contemporain, tout en bois et transparence. L’ensemble permet d’accueillir le public, les bureaux et les locaux techniques.

En parcourant les salles d’exposition, à la fois ludiques et pédagogiques, on apprend comment s’est formé cette particularité géologique qu’est le Vaisseau de Saoû, un synclinal perché, c’est-à-dire une cuvette en hauteur. On découvre la faune qui y vit (loup, aigle, chamois, écureuil, couleuvre, sitelle…) ainsi que les activités d’exploitation du sous-sol (kaolin, charbon), du sol (élevage, débardage), l’utilisation des pierres et des différentes essences de bois (pins, sapins, hêtres, chênes …). Et l’histoire des hommes qui l’ont habitée dès le néolithique, car ce territoire isolé, presque clos, a accueilli au fil des siècles toutes sortes de réfugiés, fuyant les épidémies, les guerres de religion, les nazis, les bandes armées ou la misère. Bornes tactiles, panneaux explicatifs, petites vidéos ont été soigneusement élaborées pour donner envie d’en savoir plus. La maison de site a d’ailleurs vocation à accueillir des classes par un programme de pédagogie active.

Après avoir satisfait sa soif de connaissances, il ne faut pas hésiter à pénétrer dans le salon doré dont le décor suscite l’émerveillement. Contrairement à sa vocation élitiste d’antan, il propose une petite restauration simple présentée en verrines par le food truck La Note Gourmande. Et ensuite, depuis la splendide allée de cèdres, découvrir, au gré des sentiers, cette merveilleuse forêt de Saoû, où cohabitent les écosystèmes d’Alpes et de Provence. Le plus étrange après cette période de sécheresse, c’est d’observer que la forêt a résisté, grâce à son système hydrographique particulier : les eaux de ruissellement le long des versants, qui convergent jusqu’à la Vèbre, ont permis de sauver les végétaux. Promesse de belles couleurs d’automne. Car après les activités de l’été, l’Auberge des Dauphins restera ouverte jusqu’au début novembre, les mercredis et week-ends.

Infos : www.aubergedesdauphins.fr 

tél : 04 75 76 02 25



Article publié dans le JTT du jeudi 13 octobre 2022.

jeudi 6 octobre 2022

Chronique littéraire : Les cloches jumelles, de Lars Mytting

Un roman ethnographique passionnant, autour d’un symbole de la Norvège : une merveilleuse église en bois debout. Ces églises construites entre 1150 et 1350, actuellement inscrites au patrimoine mondial, représentent l’aboutissement d’une maîtrise totale de la construction en bois par les artisans du Moyen-âge. Chefs-d’œuvre d’ébénisterie élevés dans chaque village au moment de la christianisation de la Norvège, leurs décors reflètent encore le paganisme, les croyances locales. Beaucoup ont été détruites et remplacées au fil des siècles par des bâtisses plus modernes, à l’instar de celle du roman.

1880. Dans la vallée de Gudbrandsdal. Le nouveau pasteur du village de Butangen décide de démolir l’ancienne église en bois debout, trop petite, pour en construire une plus adaptée à la population. Il la vend sur pied à un musée de Dresde, et un jeune architecte allemand est envoyé au village, chargé de dessiner l’antique église, prendre ses mesures, et planifier la démolition, pour la reconstruire à l’identique en Allemagne. Pasteur et architecte s’opposent sur cette démolition, alors qu’une fille du village, Astrid, revendique les cloches, offertes à l’église par sa famille lors du décès de ses ancêtres. Les relations complexes entre les trois personnages évoluent au fil du roman : Amour, haine, vengeance…

Comme dans un conte norvégien, la nature, terrible ou bienveillante, est omniprésente et décide par-dessus tout de la vie des gens et des choses. Les croyances populaires s’y réfèrent en toutes circonstances. Une ambiance à la fois magique et réaliste, terriblement sauvage, qui fait le charme du roman.

Lars Mytting, né en 1968, est un auteur norvégien célèbre en Scandinavie, traduit à l’international.

« Les cloches jumelles » sont disponibles en poche chez Actes sud, collection Babel.

Chronique publiée dans le JTT du 13 octobre.