samedi 14 janvier 2017

Brila Estonteco : Un avenir radieux pour Lyon

Brila Estonteco ? Quèsaco ?
Ce vocable étrange signifie « avenir radieux » en espéranto. Un nom porteur d’enthousiasme pour la statue monumentale qui décorera bientôt le parvis de la gare TGV de l’aéroport Saint-Exupéry. La statue de 3.20 m de haut se veut à la fois une allégorie de la ville, de sa créativité, et de la transmission aux générations futures. Pour un tel message, ses concepteurs ne pouvaient que choisir l’espéranto, langage universel.

Brila Estonteco est une initiative audacieuse de trois hommes, réunis par l’amour de leur ville, et l’amour de la bande dessinée. Alain Ravouna, chirurgien dentiste de son métier, est président du festival Lyon BD. Benjamin Lebègue est lui-même dessinateur BD. Et Pascal Jacquet est sculpteur, plasticien, professeur  à l’école d’art Emile Cohl, qui forme les dessinateurs de demain. Le festival Lyon BD ayant pris de l’ampleur, en 2011, ils ont voulu créer un trophée emblématique. Un lion peut-être ? Un crayon ? Et pourquoi pas Saint-Exupéry, qui était aussi dessinateur ?
Ils ont alors réalisé qu’aucune représentation de Saint-Ex n’ornait l’aéroport qui porte son nom. Un manque à combler. Le challenge a pris une nouvelle dimension, avec le choix du lieu d’implantation symbolique, à la jonction de la gare TGV et de l’aéroport, centre de communication par excellence.
« La sculpture sera une allégorie des énergies en marche pour développer la région. Et ce qui génère ces énergies, c’est la transmission intergénérationnelle des talents » affirme Pascal. Les idées ont foisonné, fusionné, pour finalement être incarnées à travers une statue de Saint-Exupéry s’élevant vers le ciel, flanqué d’un lionceau, porteur d’un livre et d’un crayon. Dessiné par Benjamin, le projet a été sculpté par Pascal.

De 2012 jusqu’au résultat actuel, une statue monumentale en résine, le cheminement a été hérissé de difficultés. N’étant pas un projet décrété et budgétisé par l’état, les concepteurs ont dû obtenir une foule d’autorisations, faire des démarches interminables, et surtout trouver des financements privés. Pascal n’a entrepris la réalisation de la statue, d'abord en argile, puis en résine, qu’après avoir réuni un budget de 20 000€, sur les 260 000€ prévus.
Le 5 octobre 2016, les trois concepteurs ont organisé autour de la statue Brila Estonteco, une soirée pour lancer un appel au mécénat, car 70 000 € sont encore nécessaires pour la phase de coulage du bronze. En présence d’Olivier d’Aguay, petit-neveu de Saint-Exupéry et directeur de sa succession, Franck Laferté, directeur de l’Agence Gares Centre Est Rhône Alpin, et Patrick Moiriat, responsable de communication ‘‘gares et connexions’’, ils ont fait appel aux entreprises et aux particuliers. Chacun peut verser son écot, avec la possibilité d’un allègement fiscal. La fondation Bullukian gère les dons. D’autre part un financement participatif va être mis en place sur internet, il faut médiatiser au maximum l’événement, intéresser non seulement les Rhônalpins, mais tous les Français. Car les plus généreux, à ce jour, sont les mécènes chinois... Peut-être parce que leur nom sera inscrit sur le socle ?

Une histoire qui rappelle celle de la statue de la Liberté, emblématique de New York. Auguste Bartholdi a attendu longtemps avant que soit réunie la somme nécessaire à sa réalisation, puis au transport et à l’implantation. Cela ne fut possible que grâce à sa détermination et aux dons de modestes admirateurs Français et Américains.
Les concepteurs lyonnais, eux aussi, ne doutent pas du succès de leur entreprise. Ils se réjouissent même d'illustrer l'adage « A cœur vaillant, rien d’impossible ». La version en bronze de Brila Estonteco sera exécutée par l'entreprise Adobati, fondeurs d'art à Mercurol (26). Un challenge technique, vu sa taille. En principe, elle sera implantée sur son socle, entre la gare TGV et l’aéroport Saint-Exupéry, en octobre 2017, en présence des donateurs.

Renseignements : www.brilaestonteco.com
Facebook : brila estonteco
Les chèques peuvent être envoyés au nom de la Fondation Bullukian
26 place Bellecour 69000 Lyon, en précisant « pour Brila Estonteco »

Article publié dans le JTT du jeudi 12  janvier 2017.

dimanche 8 janvier 2017

Nabucco, de Giuseppe Verdi

Hier soir au cinéma Pathé de Belfort, en direct du Metropolitan Opera de New York, une séance consacrée à Nabucco, de Giuseppe Verdi. Impossible de la rater. D’autant que le Chœur des esclaves, à  l'acte III, avec « O mia Patria », a été bissé…

Nabucco fut créé le 8 mars 1842 à la Scala de Milan, et lança la carrière du jeune compositeur de 29 ans, faisant de lui l’un des maîtres incontestés de l’opéra italien. Le livret oscille entre démesure et humanité, mais l’œuvre est autant politique que musicale : elle évoque l'esclavage des juifs par Nabuchodonosor, roi de Babylone, et le fameux chant « Va pensiero » est celui des opprimés. En Italie, ce chant devint le symbole de la quête de liberté du peuple, qui, dans les années 1840 - époque où l'opéra fut écrit - était sous le joug des Habsbourg.
Nabucco valut au jeune Verdi son premier succès international et fut considéré comme emblématique du Risorgimento. « Va pensiero » servit de chant de ralliement aux indépendantistes qui se battirent jusqu'à l’unification de l’Italie en 1861. A tel point qu’il fut question de le choisir comme hymne national lors de la proclamation de la République italienne en 1946. Idée écartée, car rappelant trop l’esclavage.

Nabucco retrouva une dimension politique, lors de son interprétation  à l’opéra de Rome, le 12 mars  2011, sous la baguette du célèbre chef d’orchestre Riccardo Muti. Un moment culturel symbolique : l’inauguration de la célébration des 150 ans de l'unité italienne. Avant la représentation, Gianni Alemanno, maire de Rome, monta sur scène pour prononcer un discours dénonçant les coupes dans le budget de la culture. Cette intervention produisit un effet inattendu, d’autant que Silvio Berlusconi assistait à la représentation. A la fin du "Chœur des esclaves" de l'acte III,  Riccardo Muti s'est arrêté sous les applaudissements nourris du public, et a décidé de bisser l'hymne, en le dédiant  à un autre Risorgimento, celui de la culture, "qui, seule, a fait l'histoire et l'unité de l'Italie". Dans un silence solennel, Muti a demandé au public de se joindre aux voix du chœur. Toute la salle s’est levée pour chanter « Va pensiero », tandis que des tracts politiques étaient lancés depuis le poulailler. Emotion intense du public, uni par ces paroles : « O mia Patria, si bella e perduta..." ».

dimanche 1 janvier 2017

Bonne année 2017 !

Avec cette carte brodée au petit point en 1917, exhumée des archives de ma grand-mère, je vous adresse mes meilleurs voeux pour ... 2017.

Marthe et Henriette, deux soeurs complices, Berthe et Emilie, leurs cousines, Giacinto, l'homme qui marche sans le savoir à leur rencontre ... Les héros de O mia Patria  restent vivants, un siècle après, grâce à l'hommage que je leur ai rendu.


Pour moi, 2016 fut une année privilégiée. Après le plaisir de voir mon livre matérialisé, j'ai découvert la joie de partager l'émotion du récit avec mes lecteurs.Puisse 2017 être pour tous un temps d'espoir, de partage et d'épanouissement.

Bonne et heureuse année!

vendredi 30 décembre 2016

Gréoux : La passion des santons

C'est un artisanat emblématique en Provence, que la famille Truffier met un point d'honneur à préserver. Et pour cause : ils sont santonniers à Gréoux-les-Bains depuis 8 générations. L'argile de Moustiers, les moules de plâtre, le séchage des figurines au soleil, avant la cuisson au four, et la décoration, tout se fait à la main, et dans le respect de la tradition. L'atelier Truffier-Douzon a obtenu le label convoité d'Entreprise du Patrimoine Vivant.

A l'origine, les santons, symboles de la piété populaire, ne passaient pas au four, ils restaient crus. Chaque famille réalisait les siens, et ils ne duraient que le temps d'un Noël. Puis les modèles artistiques destinés à décorer les églises se sont démocratisés, l'artisanat des santons s'est développé en France autour de Marseille, au début du XIXème siècle. Les premières grandes foires spécialisées ont permis aux artisans de confronter leurs techniques, de stimuler leur créativité. Santons peints, santons habillés, crèches, villages, végétation, les santonniers ont développé toute une gamme autour de la Nativité, et des petits métiers traditionnels de la région méditerranéenne.

Les santons, d'abord commercialisés pour Noël uniquement, ont connu un grand essor avec le développement du tourisme. Puis l'engouement s'est tari, seuls les collectionneurs et les traditionalistes s'y intéressaient. Aujourd'hui, le regain d'intérêt pour le patrimoine les remet en lumière. La maison Truffier-Douzon s'inscrit dans la tradition et le savoir-faire. Point de sujets à la mode, mais de l’authentique, en habits neufs. Il faut voir la perfection des détails, dans les vêtements et accessoires du rémouleur, de la poissonnière, du ravi, de l'Arlésienne... ou du soldat de 1914.
Moi, le santon que je préfère, c'est le Pistachié, appelé ici Bartoumiou, un coureur de jupons un peu naïf, qui apporte à la crèche ses présents : fougasses, fruits secs, morue et chapelet de ... saucisses.

http://www.santons-truffier.fr/

Article publié dans le JTT du jeudi 29 décembre 2016.

mardi 27 décembre 2016

Le choeur des anges à Tournon

Le chœur féminin Rimski-Korsakov de Saint-Pétersbourg a enchanté le public nombreux venu assister au concert à la Collégiale Saint-Julien, samedi soir. Les choristes russes, en aube pourpre, longs cheveux lissés, ont donné en première partie un récital consacré à la liturgie orthodoxe de Noël. Des psaumes religieux, sans interruptions, beaucoup de gravité, une attention soutenue, chacun a pu apprécier la maîtrise vocale des chanteuses et de leur chef, Sergueï Ekimov.

En deuxième partie, changement de style, les choristes ont égayé leur tenue de châles fleuris traditionnels, et proposé des chants de Noël populaires, des ballades de Tchaïkovski, Rimski-Korsakov. Quelques déplacements en procession dans les contre-allées ont mis en valeur l’acoustique parfaite de la collégiale. Les solistes ont rivalisé d’aisance, leurs salutations gracieuses, d’un tournoiement de châle, ont enchanté le public.

Le final était prévu avec un chant emblématique de Noël, en français : « Il est né le divin enfant », qui fut repris en chœur par un public enthousiaste. Mais les applaudissements n’ont cessé qu’après l’interprétation du célèbre « Temps du muguet », parfaite symbiose  artistique franco-russe. 

Article publié dans le JTT du jeudi 22 décembre.

vendredi 23 décembre 2016

Chronique littéraire : Le Royaume, de Emmanuel Carrère

Un livre exceptionnel. Par la richesse de la documentation étudiée : diverses versions de la Bible, en diverses langues, mais aussi chroniques grecques et romaines des premiers siècles, et exégètes de toutes époques. Un colossal travail d’érudition, impossible à faire soi-même, qui nous est livré en abrégé, dans sa quintessence. Un régal de découvertes.
Exceptionnel aussi par l’audace de l’auteur, à l’écriture critique, émaillée de comparaisons hilarantes avec notre contexte moderne : Les références à Ben Laden ou Poutine, Staline ou Saddam Hussein, permettent en un clin d’oeil de comprendre toute la complexité d’une situation. Une transmission des informations réussie.

Car le Nouveau Testament, recueil de textes poétiques ou incantatoires, de lettres, récits de la vie de Jésus, de méditations, prières, écrits par différents disciples, dans les années 60 à 90 après JC, est une œuvre multiforme foisonnante, mais mystérieuse. Comparer les versions des uns et des autres, traquer à travers le style de chaque auteur la personnalité qui s’exprime, savoir ce qui s’est vraiment passé, devient une enquête jubilatoire pour E. Carrère. Luc a sa préférence, avec sa démarche d’historien précis, qui n’a rien vu de ses yeux, mais qui analyse les données. Alors que Paul, qui a rencontré Dieu, mais pas Jésus, Marc, qui a vu Jésus de loin, Jean et Matthieu, qui ont vécu avec Lui, se livrent à une forme de concurrence, chacun se croyant le dépositaire du message sacré, chacun racontant sa version.

Ce récit d’investigation est un régal d’intelligence et de culture. Mais dans quel but a-t-il été écrit ? La passion de la recherche historique, l’intérêt d’une minutieuse analyse des styles ? Pas seulement : comme toujours chez E.Carrère, c’est la partie personnelle, intime, vécue, qui fait la différence, et donne toute sa saveur au texte. Interrogations, critiques, hypothèses, errances (quelques pages érotiques incongrues), E.Carrère nous fait partager ses recherches, et expose son rapport ambivalent à la religion. Il se définit comme agnostique, après avoir traversé diverses phases, dont une crise mystique profonde. Son itinéraire spirituel est nourri par l’étude de la Bible. Ses doutes font écho aux balbutiements de l’histoire chrétienne.
Un péplum qui donne envie de se confronter aux textes fondateurs, pour en apprécier la richesse littéraire, historique et spirituelle. Ouvrez les pages du Royaume, et réjouissez-vous !

Le Royaume est disponible en poche chez Folio.

Chronique publiée dans le JTT.

mercredi 14 décembre 2016

Le Marché de Noël de Montbéliard

« Les Lumières de Noël », ce n’est pas seulement à Lyon que ça se passe ! A Montbéliard, pendant un mois, le Marché de Noël transforme la cité des Princes en un déferlement féerique de guirlandes, volutes et autres décorations. Les rues, les places, les façades, le château ruissellent de lumières. L’architecture germanique de la ville (possession des princes de Wurtemberg jusqu’à la Révolution), les gelées nocturnes, s’accordent parfaitement à l’ambiance nordique, petits chalets de bois, doudounes et vin chaud. Un succès phénoménal, puisque le Marché de Noël de Montbéliard est en train de dépasser en terme de fréquentation celui de Strasbourg : 500 000 visiteurs sont attendus entre le 26 novembre et le 24 décembre. Pourquoi cet engouement ? Parce que « Les Lumières de Noël », manifestation circonscrite à la vieille ville de Montbéliard, avec ses dimensions raisonnables, ses animations traditionnelles, conjuguent authenticité et exotisme.

Marché d’artisans de qualité, plus de 160 devant le temple Saint Martin, le plus vieux temple protestant de France. Marché gourmand, où l’on peut acheter et déguster les spécialités locales, saucisses et roestis, comté et vin blanc, mais aussi garnir la table de Noël de bien d’autres saveurs sucrées ou salées. Depuis trente ans d’existence, le programme des animations qui se succèdent au fil des jours est rôdé. Défilé des lumières, concours de décorations, déambulation de musiciens et de comédiens en ville. Village des enfants, patinoire, ateliers des lutins, avec la présence du Père Noël, accompagné ici par l’incontournable Tante Airie (dans la tradition montbéliarde, c’est elle qui offre les cadeaux).

L’originalité de Montbéliard réside dans l’accueil, chaque année, d’un pays différent, avec son folklore, ses artisans, sa gastronomie. Après le Canada, la Russie ou le Pérou, pour cette trentième édition, l’hôte d’honneur est l’Autriche. Les Tyroliens en culotte de cuir et dirndl, proposent leurs spécialités, Tartes Sacher et autres Apfelstrudel, et leur artisanat centré sur les matières naturelles, bois, laine, terre, cuir. Au théâtre, on peut écouter des concerts de musique viennoise, ou valser sur les notes de Johann Strauss. Des expositions sur l’Autriche, tableaux, photos, complètent l’offre culturelle au musée du château, à l’Hôtel de ville ou à la médiathèque. L’incontournable randonnée des lumières permet à tous de faire le tour de la ville illuminée sur 10km.  Nostalgie suprême : Le cinéma a mis à son programme « La mélodie du bonheur », célèbre comédie musicale de 1965 qui magnifie la vie en chansons dans les Alpes autrichiennes. Que demander de plus ? 

Marché de Noël de Montbéliard : Tous les jours, de 16h à 20h, le week-end de 10h jusqu'à 22h.

Article publié dans le JTT du jeudi 15 décembre 2016.