samedi 21 juin 2014

Chronique littéraire : Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, de Jonas Jonasson

Ce livre déjanté a valu un succès phénoménal à son auteur, écrivain et journaliste suédois né en 1961. Le film éponyme, vient de sortir sur les écrans, c'est une comédie farfelue très réussie. Vous allez revisiter de façon cocasse la politique du siècle !

Allan Karlsson est un vieillard têtu, non seulement il ne veut pas participer à la fête organisée pour ses cent ans, mais il décide de fuir sa maison de retraite. S'ensuit une aventure improbable, avec vol d'une valise, traque par une équipe de malfrats aux allures de Pieds Nickelés, morts violentes et amitiés subites. L'occasion pour lui de se remémorer sa vie rocambolesque. 

Allan, artificier de génie à forte tendance alcoolique, s'est trouvé mêlé à tous les événements historiques du 20ème siècle, passant de Franco à Mao, de Staline à Kim II-Sung, de Churchill à Nixon... Son interprétation désopilante de l'histoire permet toutes les outrances, portraits grotesques des hommes politiques, grandes stratégies militaires transformées en magouilles hasardeuses... C'est à la fois iconoclaste et jubilatoire.
Pas de réalisme dans ces péripéties impertinentes de l'Histoire, ni dans les épisodes loufoques de la fugue du centenaire, mais un fantastique sens de l'humour.

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire est disponible chez Pocket au prix de 8,10 €.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 19 juin 2014.

lundi 16 juin 2014

La Madelon, viens nous servir à boire !

Installée dans ses nouveaux et spacieux locaux de Chanos-Curson depuis 2013, la Cave Courbis-Pradelle s’associe en beauté au centenaire de la Grande Guerre, par une nouvelle cuvée, en hommage aux Poilus : La Madelon. Jolie bouteille, à l’étiquette festive, dessinée par André Gey, mettant en valeur un Crozes Hermitage travaillé par les frères Pradelle, viticulteurs à Chanos depuis plusieurs générations.

Mais la visite de la Cave réserve d’autres surprises… Dans une belle salle d’exposition ouvrant sur les vignes, on découvre les surprenantes collections de la famille Courbis, associée depuis 2013 aux Pradelle. Et parmi elles, une extraordinaire série de douilles d’obus travaillées par les Poilus dans les tranchées.

Cet artisanat « thérapeutique» s’est considérablement développé entre 1914 et 1918. Il permettait aux soldats, dans leurs moments de répit, de s’occuper manuellement avec le matériel dont ils disposaient. Et leur créativité n’avait pas de limites. Les douilles étaient ciselées, gravées, ou dinandées, selon les artistes, avec les moyens du bord. La variété des motifs témoigne de la richesse des émotions exprimées : passage des saisons, souvenirs, messages sentimentaux ou  patriotiques. Tout ce qui permettait aux pauvres soldats des tranchées de rester des êtres humains.

A la santé de la Cave Courbis-Pradelle, qui valorise le moral des Poilus !



mercredi 11 juin 2014

La cousinade Faure

En ce dimanche de Pentecôte, nous étions plus de cinquante membres de la famille Faure, réunis autour d’Alice, la doyenne de 94 ans, à la Maison des Associations de Tain.
Les échanges de courriers, de photos, les recherches généalogiques, les souvenirs d’enfance, ont permis de retracer l’histoire de la famille, et aussi celle du quartier des Pillettes pendant presque un siècle.

Marie Françon a épousé Elie Faure à Tain en 1920. Brodeuse à la Teppe, elle a dû abandonner son travail pour s’occuper de l’exploitation familiale, son frère ayant été tué dans les tranchées de la Grande Guerre. Elie, lui, montait les lignes PTT en Ardèche. Années laborieuses, entre soin aux animaux, aux cultures, élevage de vers à soie ; trois enfants ont vu le jour : Jean, Simone et Suzanne.
 
Quand à leur tour, ils ont eu vingt ans, la seconde guerre a déchiré la famille, Jean envoyé en Allemagne au STO, Alice et son bébé restés aux Pillettes, Elie consigné d’un côté de la ligne de démarcation, Marie aux travaux agricoles de l’autre, avec ses filles. Amis, amoureux arrêtés. Courageuse face aux réquisitions allemandes, Marie a tenu tête au régiment mongol, alors qu’elle cachait des armes pour la Résistance et parfois des Juifs dans son grenier.

La paix est revenue, ramenant Elie et Jean aux Pillettes, Simone s’est mariée avec un jeune militaire venu de Belfort, Suzanne a épousé un mécanicien de Tournon, Jean a repris le domaine. Ils ont assuré la descendance de la famille Faure, avec 9 enfants, 22 petits-enfants, et déjà 20 arrière-petits-enfants. S’ils sont nombreux à résider en Drôme-Ardèche, quelques-uns avaient fait le déplacement depuis la Normandie, le Territoire de Belfort ou le Gard. Tous heureux de mieux se connaître grâce à cette sympathique réunion de famille.



vendredi 6 juin 2014

Réforme scolaire : la quadrature du cercle

La réforme des rythmes scolaires devait s’appliquer partout dès la rentrée de septembre 2013. Reportée par certaines municipalités jusqu’à la rentrée 2014, elle est en train de fondre comme neige au soleil.
Dans ma petite ville, après consultation des parents, voilà ce qu’il en reste : les élèves iront en classe de 8h à 11h et de 13h30 à 16h30 le lundi, mardi, jeudi, ainsi que le mercredi et vendredi matin, la dernière après-midi étant consacrée à des activités périscolaires. Plus question d’un allègement du temps de travail quotidien, on réduit la semaine. A l’encontre des rythmes préconisés par les spécialistes du développement de l’enfant.

J'avais pourtant espéré une réforme profonde. Avec un Président de gauche, une majorité de gauche, les conditions étaient idéales pour tenter de réformer l’éducation nationale, bastion traditionnel de l’électorat de gauche. Eh bien non, la réforme ne passe pas mieux que si elle venait de droite. Les  raisons en sont multiples : les municipalités démunies devant la gestion et le financement du périscolaire. Les habitudes, les acquis : parents ne voulant pas payer les activités, casse-tête pour ceux qui travaillent, enseignants refusant de sacrifier leur mercredi. Mais où est le bien de l’enfant ?

Pourtant, une réforme de fond est nécessaire. L’école de la République est inadaptée à la société actuelle et n’assure même pas l’intégration dans le monde du travail. Les profs font des miracles pour essayer de structurer, d’intéresser des enfants qui ne pensent qu’à déserter, soutenus par des parents désabusés.

Les autres systèmes scolaires, allemand, suisse, suédois… ne sont pas parfaits, mais ils sont pragmatiques : généralisation du numérique, apprentissage, séjours sportifs. Ils privilégient la prise de responsabilité, l’autonomie, la créativité. Et les élèves vont en cours cinq jours par semaine.

Il n’y a pas que les horaires à modifier. Le nombre d’élèves par classe, la reconnaissance des enseignants, la simplification administrative (le nombre d’autorisations nécessaires décourage toute initiative), le respect mutuel profs- parents… Quant aux programmes ? Si on y intégrait la conduite automobile, la cuisine, le travail manuel, la botanique et  l’astronomie, voire la programmation informatique ou l’histoire des religions, on aurait tous envie d’aller à l’école !


vendredi 30 mai 2014

Chronique littéraire : La nuit tombée, de Antoine Choplin


Dans un style sobre, sans pathos, avec une belle économie de mots, Antoine Choplin nous fait pénétrer dans une région rayée du monde, celle de Tchernobyl, où certains habitants s’obstinent à continuer à vivre.

Gouri quitte les faubourgs de Kiev, sur sa vieille moto, il roule en direction de la ville où il habitait, et qui n’existe plus. Ou plutôt, elle existe mais fait partie de la zone interdite. Paysage désolé, villages désertés, en ruines, hommes et bêtes mourants ou simplement en sursis. Arrêt à Chevtchenko, chez d’anciens amis, qui sont restés dans leur maison, à la limite de la zone mortelle.  Conscients du danger, mais refusant de partir, plus ou moins atteints par les ravages du césium. Gouri, lui, est parti, pour survivre. Il est encore leur ami, mais il est passé de l’autre côté.

La nuit tombe, Gouri  repart, il veut récupérer quelque chose dans son ancien appartement. la porte peinte de la chambre de sa fille, mourante. Un souvenir de grande importance pour lui. Des soldats gardent les entrées de la zone, mais on peut s’infiltrer, les pillards multiplient les incursions. Gouri doit  échapper à la vigilance des policiers, et à la  convoitise des voleurs. La mort rôde dans la ville fantôme. Il rentre chez lui comme un voleur...

Antoine Choplin, né en 1962 à Châteauroux, vit depuis 1992 à Grenoble. Ce passionné de montagne, auteur de nombreux romans, y développe des projets artistiques, tels le Festival de l’Arpenteur.

La nuit tombée est disponible en Points Poche au prix de 5.70€.

Chronique publiée dans le JTT du jeudi 22 mai.

jeudi 22 mai 2014

Carnets de voyages

Pour garder en mémoire le souvenir de mes voyages, je prends des notes en chemin, puis je rédige un cahier au retour. A l'instar de Nicolas Bouvier, j’alterne les descriptions, les anecdotes vécues, et le point de vue sociologique, humain. Quelques photos me permettent de retrouver une ambiance, un moment, magique, amusant, agréable ou non. Mais mon grand regret, c’est de ne pas savoir dessiner.

Quel plaisir alors de découvrir les superbes carnets de voyage illustrés réunis à la Bibliothèque Universitaire de Belfort ! Des carnets à l’ancienne, comme ceux des artistes qui visitaient l’Europe au 19ème siècle, en sachant à la fois manier la plume et le pinceau.
L’exposition joue la diversité géographique, avec des carnets illustrant le Japon, la Russie, l’Italie, la Thaïlande, le Québec, le Chemin de Saint Jacques… Mais aussi la variété des époques, de l’Algérie de 1930 jusqu’aux Montgolfiades de Belfort. Celle des styles, aquarelles, dessins, photos, textes ou collages. Et celle des voyageurs, artistes en liberté ou élèves en séjour d’étude, globe-trotters ou promeneurs méditatifs.

J’ai exhumé et prêté les carnets de voyage rédigés par mes enfants,  lors de vacances en Egypte et en Crète, quand ils avaient une dizaine d'années. Maintenant, ils ne regrettent plus d’avoir été « obligés » de relater par écrit leur périple !
Vous aussi, si vous aimez les voyages, le dépaysement, allez faire provision de rêve à l’exposition « Carnets de voyage », jusqu’au 7 juin à la B.U. de Belfort. Entrée libre.


jeudi 15 mai 2014

Chronique littéraire : Notre-Dame du Nil, de Scholastique Mukasonga

Dans un lycée de jeunes filles du Rwanda, en 1970, les histoires de cœur et de cours tissent le quotidien. Mais pas seulement. A travers le destin des lycéennes on découvre les prémisses du génocide advenu il y a vingt ans.

Aux sources du Nil, c’est le nom du lycée, construit sur une haute colline, où les jeunes filles de l’élite viennent chercher une éducation en rapport avec leurs ambitions. Religieuses belges, profs français, apprentissage des langues et des bonnes manières, tout semble serein, pourtant tout est faussé. La haine raciale règne, les filles de la majorité Hutu écrasent les Tutsi minoritaires, juste tolérées dans la limite du quota de dix pour cent. La charité de façade, l’indifférence des autorités, ouvrent la porte à la perversion, la violence.

Un vieux planteur blanc, passionné d’histoire, prétend que les Tutsi sont les descendants des pharaons noirs de Méroé sans penser que sa folie douce va précipiter le déferlement de haine. Celle de Gloriosa, fille de ministre, qui, avec ses copines Hutu, tyrannise Virginia et Veronica, pauvres Tutsi, ainsi que Modesta, de sang-mêlé. Le huis clos du lycée exacerbe la montée de la peur, de la violence.
En contrepoint, la vie traditionnelle au Rwanda, des travaux agricoles aux désirs d’émancipation des filles, est évoquée de façon poétique et réaliste, avec un vocabulaire idiomatique parfois compliqué, mais qui donne force et émotion au roman.

Scholastique Mukasonga est née en 1956 au Rwanda. Réfugiée au Burundi, puis en France en 1992, elle a survécu au génocide de 1994, alors que 27 membres de sa famille  ont été massacrés. Le devoir de mémoire traverse son œuvre.
Elle a obtenu le Prix Renaudot 2012 avec ce premier roman, disponible en Folio au prix de 7.40€.

Chronique publiée dans le JTT.