Par Frédéric Spagnoli, professeur d'histoire à l'Université de Franche-Comté.
Vous savez comment j'ai rencontré Frédéric? Il était en maternelle avec ma fille, j'assurais un club d'initiation musicale à l'école le mercredi matin. Ce jour-là, Frédéric s'est senti mal, je l'ai ramené chez nous, puis étendu sur le banc des enfants à la cuisine. J'étais inquiète. Et soudain, j'ai vu le visage de Frédéric se transformer, subjugué par l'affiche placée au-dessus de sa tête. C'était la fresque historique d'Astrapi. Son premier rendez-vous avec l'Histoire...
Trêve de plaisanteries. Frédéric nous a fait un exposé dense et bien construit sur l'immigration italienne, régulière et importante pendant les cent dernières années. Les fluctuations dues au besoin de main d'oeuvre, à la politique, aux guerres de 1914 et 1940. L'intégration réussie. Un détail cocasse mais édifiant : Le célèbre Astérix, si emblématique des Gaulois, est né de la plume d'Uderzo, un Romain d'origine !
Moi, j'avais entraîné des amis Suisses à la conférence, passionnés de généalogie, d'origine transalpine. J'y ai rencontré d'autres descendants d'immigrés, certains du même village que mon grand-père, dans le val Serio, province de Bergame. J'ai annoncé l'enregistrement de mon émission sur les "Bâtisseurs", l'histoire de l'entreprise de maçonnerie Peduzzi, qui passera bientôt sur RCF Besançon.
Une belle soirée enrichissante, qui s'est terminée chez nous autour de Limoncello et Gressini.
Ne manquez pas l'émission "De page en Page", en direct sur RCF Besançon, le mercredi 28 mars de 11h30 à 12h, ou en podcast.
Références: Les Bâtisseurs, Etienne Duchêne
Un siècle d'immigration dans les Vosges, Olivier Guatelli
vendredi 16 mars 2012
samedi 10 mars 2012
Atelier d'écriture sur l'Italie
Nous étions huit ce samedi, autour d'une table, le soleil chauffait généreusement la médiathèque. On se serait crues en Italie... Pas difficile alors d'observer les consignes!
Pendant une matinée, nous avons bavardé et rêvé ensemble, beaucoup ri, et découvert en nous des ressources cachées : celles de l'écriture.
Voici quelques-unes de nos productions.
D’abord une présentation en acrostiche.
Italia et vacanze
Chianti en Murano
Olives siciliennes
Limoncello pour chanter
E la vita e bella !
Les haïkus italiens, ça existe ? Mais oui, la preuve :
Pizza, foccacia,
Spaghetti carbonara
Bon appetito!
Pour écrire vos cartes postales, vous avez le choix :
J’adore Bergamo. Tu es as de la chance d’être né ici. Se promener dans la ville haute est un vrai bonheur, chapelles baroques, galeries de peintures, ruelles médiévales… Et partout des marchands de glace et des effluves de caffè. Je pense à toi.
Je m'ennuie à Naples, j'ai peur de me promener. En arrivant sur la place de la gare, un voyou en scooter a essayé de me voler mon sac. J'ai tenu bon, mais je suis tombée. Rien de cassé, mais le moral en a pris un coup. Je me suis réfugiée dans un café, où j'attends le bateau pour Capri. Ciao.
Les Cadavres exquis ont toujours autant de succès...
Et réécrire un article de presse sur le Costa Concordia, en changeant de ton, c’est bien amusant.
Euh, le Costa Concordia, c’est un gros bateau plein de vieux qui se la coulent. Le capitaine, lui, y s’la pète, toujours à draguer les meufs, au lieu de piloter. Résultat, y se prend un rocher. Et le bateau, lui, y coule. Chance, y avait une île tout près, les vieux y z’ont pas tous crevé.
vendredi 9 mars 2012
Bologna, Italia
Obligée d'assurer en italien des courriers de formalités que JN, à la fac de Barcelone actuellement, n'a pas envoyés en temps utile quand il était à l'Alma Mater de Bologne, il y a deux mois. Maman s'il te plaît... OK! ça me plait d'écrire en italien, et de revivre ma découverte de Bologne, en janvier.
Les souvenirs sont encore présents.
Les souvenirs sont encore présents.
Le rouge omniprésent. Briques rouges, façades rouges, arcades rouges, une extraordinaire cohérence architecturale, une totale harmonie. Cœur de ville médiéval, palais, églises, places, rues, partout l’atmosphère italienne, douce et élégante, déclinée en un dégradé de rouges. Depuis la terrasse de San Petronio, un autre univers rouge, celui des toits, cheminées, clochetons et campaniles, encore du rouge à l’infini. Au soleil couchant, les couleurs changent, variant du rouge foncé au rose, puis à l’orangé. Embrasement de rouges.
L’opulence est visible. Nombreux palais aux cours intérieures décorées de palmiers et fontaines. Eglises rivalisant de richesses, dorures, marbres, fresques, statues. San Stefano, San Domenico, San Pietro, Santa Maria delle Vità… Voitures rutilantes. Bijouteries scintillantes. Enseignes de luxe, les grands noms de la couture italienne cohabitent avec Vuitton, Kenzo et Hermès. Passants vêtus élégamment, à l’italienne, somptueuse fourrure et sac griffé pour les dames, manteau de cachemire et chapeau de feutre pour les hommes, bottes cirées et lunettes noires pour tous. Même les chiens portent un mantelet ! Les 40 km d’arcades rouges, de tous styles, en pierre, en briques, en marbre, en béton, avec ou sans chapiteau, facilitent le shopping et invitent à la passegiatta. Plaisir des yeux, de la conversation, à l’abri des intempéries et du trafic automobile. Les arcades sortent même de la ville, grimpent à l’assaut de la colline de San Luca, sur plusieurs kilomètres, étonnantes, extravagantes, mais jamais écrasantes. La vie protégée jusqu’au ciel.
La bonne chère s’expose. Plaisir des sens, les vitrines débordent de victuailles. Odeur entêtante de caffè. Incontournables producteurs de tortellini, risotto, prosciutto, parmigiano, les références locales, mais aussi profusion de vins, pâtisseries, fruits et légumes, poissons. Marchés et boutiques. Traiteurs d’où s’échappent des fumets odorants de pizze, foccaccie, piadine, lasagne, gnocchi al ragù. Bars proposant des apéritifs dinatoires, restaurants illuminés par de somptueux lustres vénitiens. Slow food et fast food. La nourriture promue en art de vivre.
Bologne la docte. Riches librairies sur plusieurs étages. Expos temporaires et musées universitaires, théâtres, concerts, musiciens amateurs à chaque coin de rue. Des étudiants partout, une jeunesse en doudoune et bonnet de laine, sourire aux lèvres ou cigarette au bec, qui se déverse dans la via Zambino , sous les arcades, en direction de l’Alma Mater Studiorum, la plus vieille université du monde. Le palais Poggi, l’Archiginnasio, le Palazzo Communale, glorieux témoins du passé, à la fois musées et salles de cours. On y étudie tout, et même l’histoire de la gastronomie !
Bien sûr, il y a aussi les indigents, mendiants sur les trottoirs ou vendeurs à la sauvette, Chinois sur le marché, bonnes sœurs demandant la charité à l’entrée des églises. La grève des bus. Le tremblement de terre. Les tracas quotidiens. Mais l’impression dominante reste l’harmonie entre les différentes couches de la société. Les telefonini se font discrets, les vélos l’emportent sur les scooters, on peut traverser les rues en dehors des passages réservés, même les voitures de police ne font pas hurler leurs sirènes. Loin de Roma ! No stress. Même pour l’étrangère que je suis, il est facile de se repérer, torre pendente et Piazza Maggiore en ligne de mire.
Bologna, belle ville, riche, paisible, et fraternelle, dépositaire d’un passé rouge communiste mais aussi rouge du sang des attentats perpétrés par les Brigatisti. Ancrée dans la réalité, respectueuse de ses habitants, ouverte sur l’avenir. Protégée par ses arcades, par son histoire. Dans une harmonie de rouges. Ici, plus qu’ailleurs, le rouge, c’est la vie.
Bologne, la rouge, la grasse, la docte… 26-27-28 / 01/ 2012
Bologne, la rouge, la grasse, la docte… 26-27-28 / 01/ 2012
jeudi 8 mars 2012
Ma chronique littéraire : "Purge", de Sofi Oksanen
Après avoir commenté pendant 10 semaines bénévolement les livres nominés au concours du Prix des Hebdos en région, j'ai été invitée à partager mes coups de cœur littéraires avec les lecteurs du JTT. En tant que correspondante rémunérée ! 2 articles par mois, à 15€ le texte.Vous pigez ?
Pour me différencier des habituelles critiques de nouveautés, j'ai choisi de m’intéresser à un domaine particulier : les dernières sorties en « livre de poche ». Pourquoi ? Parce que ces parutions, au bout d’un an, remettent en valeur les ouvrages les plus intéressants de l’année écoulée. Le tri étant fait, les ouvrages édités en « poche » sont des valeurs sûres, à prix modique.
Livre traduit du finnois par Sébastien Cagnoli.
Prix Femina étranger et Prix du livre Fnac 2010.
Sofi Oksanen est une jeune auteure finlandaise d’origine estonienne, née en 1977. Son premier roman édité, magistral, fait découvrir, à travers l’itinéraire de deux femmes, l’histoire tragique de l’Estonie entre 1940 et 2000. Un petit pays en quête d’indépendance, écrasé d’abord par l’armée rouge, puis envahi par les nazis, et de retour sous la domination russe, de 1945 jusqu’à sa récente autonomie.
Deux femmes que tout sépare : Aliide, vieille paysanne estonienne misanthrope, et Zara, jeune prostituée russe paumée, essayant d’échapper à son souteneur. Zara, à bout de forces, s’effondre un jour dans le jardin d’Aliide. Après une phase de méfiance, lentement, elles s’apprivoisent, et à travers leurs confidences, se dessine l’histoire du pays et des drames vécus, guerre, persécutions, amour, misère. Un terrible secret de famille apparait peu à peu à travers les récits croisés des deux protagonistes. Les hommes ici sont absents : tués, tueurs, prisonniers ou enfuis. Les femmes survivent malgré les viols, la famine, la solitude. A chaque génération, de nouvelles tragédies.
Un livre « coup de poing », avec des personnages dont la vie, écrasée par la politique, oscille entre peur, honte, courage et rédemption. L’intrigue est soutenue, les indices distillés soigneusement, comme dans un thriller. Pas de jugements manichéens ni de psychologie bavarde. Une écriture réaliste, tantôt réchauffée par les petits détails de la vie quotidienne, fabrication des confitures, soins aux animaux… tantôt elliptique dans la description du passé, mais terriblement incisive, comme dans le portrait des filles de l’Est aujourd’hui, attirées à l’Ouest et contraintes à la prostitution.
Brassant l’histoire contemporaine, l’analyse sociale, le passé et le présent, ce polar nordique est une réussite totale.
mercredi 7 mars 2012
J'ai veillé sur Belfort
Rendez-vous à 15h10 au parking Est de la Citadelle, près du char Martin. Je suis en avance, le temps est froid et venteux, de gros nuages noirs défilent à toute allure dans le ciel clair. Bien, le spectacle sera perturbé, changeant, je craignais d’avoir un horizon bouché. Quelques promeneurs emmitouflés, chiens en laisse.
Mon accompagnateur arrive, c’est Laurent, un ami de Josiane. Nous montons ensemble au château, lui, sans peine, il est entrainé, à venir chaque jour à pied du CCN. La grille, le souterrain, la cour, il ouvre la salle voûtée dévolue aux veilleurs, puis va s’assurer de la sécurité. Je reste au chaud.
Jolie vue sur l’arrière de la citadelle, talus ras, encore verts, corbeaux luttant contre le vent. Les fossés, les casemates, plus loin, l’autoroute, et le viaduc du TGV, ligne blanche bien nette dans la grisaille.
15h 40. Nous sortons, et montons sur la terrasse, les rafales redoublent de force. L’ « objet » est devant moi, petite guérite de bois, fragile, aérienne, trônant au-dessus d’un escalier digne d’un échafaud. La 22 ème fenêtre. Laurent m’ouvre la porte, puis s’en va. Je suis seule. Surtout, bien noter toutes mes impressions. L’espace restreint et sobre : un rectangle de 1, 50 m sur trois, vitré aux deux extrémités. Dommage, pas de vue à 360°, la Miotte et la terrasse sont cachées, le cinéma des quais aussi. L’intérieur est tempéré, 15°, sensation de chaleur, à l’abri du vent qui hurle dehors. L’odeur du bois, prégnante, agréable. Confort austère : un tabouret. La lumière naturelle est douce. Et la vue sur Belfort sublime.
Exercice difficile pour moi, qui ne suis pas une visuelle. Regarder, observer, sans laisser mon esprit divaguer.
L’harmonie de la ville, son unité, est frappante. Toits pointus sombres, bâtiments austères, imposants, égayés par des façades colorées, des parements de grès. Innombrables fenêtres alignées géométriquement, répondant dans une amusante symétrie aux automobiles rangées sur les parkings. Nombreux espaces verts, les fortifications d’abord, vertes et roses, puis les jardins publics déserts, les bosquets dépouillés, plus loin, l’étang des Forges, l’Espérance, la Savoureuse, enfin les banlieues et leurs immeubles, les collines aux forêts sombres, le Mont, le Salbert. Et l’entourage bienveillant de montagnes, croupes roussâtres des Vosges au Nord, plateaux gris du Jura au Sud.
Dans le ciel bleu, cavalcade ininterrompue de gros nuages noirs, annonciateurs de neige. Le soleil apparait parfois, faisant naître des couleurs fugitives, jaunes, dorées sur le massif vosgien, éclairant les villages du piémont, je distingue même l’église d’Auxelles. Les corbeaux luttent contre le vent, puis se laissent porter. Il y a plus de corbeaux en l’air que de piétons en ville ! Dominant le bruit des rafales, on n’entend que leurs piaillements, et les inévitables pin-pons urbains.
Je m’attarde sur les principaux bâtiments, reliés à mon histoire par des milliers de souvenirs. Le lycée Condorcet, où j’ai fait ma terminale, près duquel j’ai habité quelques années, après mon mariage, la gare de tous les départs. Le Granit où j’ai commencé à écrire, dans sa tour de verre, la Mairie et ses Vocalises, la salle des fêtes et sa piste de danse. La préfecture, où j’ai souvent piétiné, la chambre de commerce, où les enfants allaient en stage. Le kiosque et le marché aux puces, l’Atria et la foire aux livres. Les Résidences où j’ai enseigné, l’appart de ma mère que je suis en train de vider, la Sécu, où il faut aller chercher des papiers pour JP. Saint Christophe, au clocher emballé pour travaux, égrène ponctuellement les quarts d’heure.
Trêve d’égarements, il est 16h, les rues s’animent, les administrations commencent à se vider, des gens pressés avec sacoches et sacs s’engouffrent dans leur voiture, les parkings s’aèrent. Un bataillon de poussettes se forme près de l’école, on entend les enfants qui chahutent dans la cour, se bousculent encore à la sortie, les parents rajustent bonnets et capuches, il fait froid. Quelques vitrines s’éclairent. Les voitures aussi allument leurs phares, les feux arrière rougeoient aux carrefours, la circulation s’intensifie.
Soudain, des cris, des halètements tout près de moi. Des visiteurs ? Des sportifs ? J’essaie de guigner, mais je ne vois pas la terrasse. Si , j’aperçois le coach, en short et T-shirt, qui se met en position pour faire des pompes, et lance : c’est la vie de château, le groupe répond : pourvu que ça dure, le coach : quand on veut…, le groupe : on peut ! et ainsi de suite… Message positif, somme toute. Au bout d’une vingtaine de pompes, ils repartent en courant, c’est un groupe de militaires. Normal dans le décor.
Une belle apparition du soleil, insoutenable au regard, entre deux invasions nuageuses noires. Les innombrables velux sur les toits renvoient la lumière, comme des éclats de verre. Puis les nuages avalent le soleil, seuls quelques rayons traversent encore, en faisceau de lignes géométriques. Les fenêtres de bureaux, d’appartement s’allument, l’éclairage public, quelques décorations de Noël, suivent. On ne distingue plus des collines alentour qu’une masse sombre.
16h 45, Laurent vient me chercher. Une photo de moi devant l’ « objet ». Mais je veux rester encore, je veux voir la nuit sur la ville, il fait encore trop jour, avec ce ciel clair !
Nous prenons le temps, sur la terrasse, de bavarder, jusqu’à l’arrivée de l’obscurité, qui transforme la ville en un magma urbain indistinct. Puis nous regagnons la salle de détente, pour une boisson chaude et des impressions écrites. Laurent m’explique comment trouver les extraits de textes et photos sur le blog des Veilleurs. Il parle du projet final, un livre peut-être.
Comment l'idée est-elle venue à Joanne Leighton ? Ayant observé des veilleurs dans d’autres pays, apprécié le symbole, elle a imaginé en faire l’objet d’une performance, d’une promotion du CCN. Lors de sa candidature à la direction du CCN, son projet a plu. Le financement a été plus aisé à finaliser que les innombrables formalités de conception, réalisation, sécurité, responsabilité … L’obsession du contrôle, maladie du siècle. Mais le résultat est là : une logistique impeccable, les veilleurs se succèdent, matin et soir, comme au temps jadis, l’accompagnateur sert de passeur de témoin. Il facilite l’expression du ressenti de chacun, il ouvre toutes les portes...
Dans cette expérience, j'apprécie aussi l’aspect humain, le lien. Veiller sur Belfort du haut de la Citadelle, comme tant d’autres guetteurs l’ont fait depuis Vauban, c’est se placer dans une continuité historique. Et pendant que je veille sur les habitants, certains en bas repèrent ma présence, une silhouette qui se découpe au-dessus de la terrasse. Présence rassurante ? J’aimerais le croire. Pour les prisonniers, juste en contrebas, certainement oui, veiller, ce n’est pas surveiller.
De mon côté, j’ai profité d’une heure de contemplation arrachée à un emploi du temps trop rempli. Une heure la tête dans le ciel en furie, accrochée à un bâtiment qui ne craint pas les tempêtes, minuscule être humain, devant l’ample variété du paysage, de la ville, des hommes.
Une heure à observer le monde, la vie, sans intervenir, tout en restant un point de repère évident. Et si c’était cela, la sagesse, à soixante ans passés ?
Bien veiller. Bien vieillir.
mardi 6 mars 2012
Trek glaciaire
Aujourd’hui, avec -12°, je n’aurai personne, elles vont rester au chaud, les mémés… Je pourrai tranquillement faire mes photos de cascades gelées et de torrents pétrifiés. Le Rahin pris par les glaces est extraordinaire. Malgré le courant, le ruisseau et les chutes sont figés en plein mouvement. Et cette fois, ma caméra frontale marche, c’est super.
Mince, elles sont toutes sur le parking de la Goutte des Saules ! Bon, je ne m’arrête pas, un tas de neige ferme la montée du Ballon de Servance, mais avec mon élan, je passe. Ça va peut-être les refroidir ? Hé non, elles contournent bravement le tas, et s’engagent derrière moi ! Sont pas froussardes, les mémés. Y en a bien une qui va rester plantée sur la route verglacée ? Pas du tout, les rails sont bien tracés dans la neige gelée. Zut, c’est moi qui n’avance plus, trop glissant. Je vais me garer, elles m’imiteront. Elles doivent avoir les pétoches. Même pas, elles se congratulent !
Pas terrible cette altitude, pas assez haut, pas assez de neige pour faire des raquettes, on va improviser une rando à pied dans la montagne. Vous allez rouspéter mesdames : on range les raquettes ! Aucune protestation, elles préfèrent ça, elles seront plus à l’aise. Allez, on y va.
Où ? Ça, je n’en sais rien, il faut voir l’état des sentiers.
Ben, ça commence mal. Tous les ruisseaux qui suintent d’habitude le long des pentes se sont transformés en langues de glace, envahissant le chemin, on ne peut pas avancer, c’est pire qu’une patinoire. C’est la Mer de Glace. Longez le bord ! Et là, traversez, à petits pas, petits pas… Après c’est facile. Elles jacassent. Inconscientes, les mémés.
Aïe, ça recommence, passage difficile. Je ne les entends plus, seraient-elles crispées ? Il ne faudrait pas qu’il y en ait une qui se casse, je vais couper des branches de sapin, et les étaler sur la glace. Voilà , marchez dessus tranquillement… Après, c’est sec.
Encore une langue de glace perpendiculaire au chemin. Infranchissable, celle-là, trop large. Vous vous laissez glisser sur les fesses, comme en toboggan, et je vous rattrape en bas. Après, on contournera à travers la forêt. Super , Eric, le canyoning glaciaire ! Le hors-piste, il y a longtemps que ça ne leur fait plus peur, aux mémés. Voilà, on remonte maintenant…
Je n’en crois pas mes oreilles : Comme c’est beau, cet univers de glace, ces cascades pétrifiées, avec un mince filet d’eau qui pulse en dessous. Ces dégradés de couleur, gris, blanc, vert laiteux… Et ce petit pont de bois, romantique. On a bien fait de venir, c’est exceptionnel. Et en plus, il fait soleil ! Quel bonheur !
Stop, impossible de continuer ! Trop de glace, trop dangereux. Cette fois, on va descendre par la forêt, jusqu’en bas, vous verrez le ruisseau complètement gelé. On pourra traverser sur la glace, Eric ? Complètement givrées, les mémés. Ça dépendra de l’épaisseur ! Allez-y doucement, la pente est forte, et en biais, c’est glissant. La mince couche de neige sur les feuilles mortes, les rochers moussus, c’est trompeur. Ça ne rate pas, en voilà une qui tombe, puis encore une autre. Et ça les fait rire ! Increvables, les mémés. Doucement, on descend doucement… Rangez vos bâtons, ils vous gênent plus qu’ils ne vous aident !
Attendez-moi en bas, je vais faire quelques photos en attendant que tout le monde y arrive. Vas-y Eric, on se débrouille !
Elles vont s’impatienter si je les fais attendre. Mais ces cascades sont exceptionnelles, vite, encore une photo par-dessus, une autre par-dessous. J’arrive ! Pas stressées, non, contentes de se reposer, elles en profitent pour se restaurer. Tu veux du biscuit au chocolat, Eric ?Du thé bien chaud ?
Des mémés de choc, je dois le reconnaître. Un groupe comme ça, il faut le conserver le plus longtemps possible…
Si je les congelais ?
p.c.c. Nicole Cordier
vendredi 1 juillet 2011
Citations :
" Si vous possédez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu'il vous faut. "
Cicéron
Cicéron
"Les plus belles choses se cachent à l'autre bout du monde, ou au fond du jardin."
Christian Bobin
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