jeudi 8 octobre 2020

Beauvoir-en-Royans, la « capitale » du dernier Dauphin dauphinois

A Tain l’Hermitage, le 8 avril 1350, fut célébré le mariage du fils du roi de France, futur Charles V, avec la princesse Jeanne de Bourbon. Une sculpture placée devant l’église rappelle cet événement, un moment clé de l’histoire du Dauphiné. Ce mariage s’est tenu à Tain parce qu’il scellait le rattachement du Dauphiné, alors état indépendant vassal du Saint-Empire, au royaume de France. De longues tractations avaient eu lieu auparavant à Tournon et Tain, villes frontières de la France et du Dauphiné, de l’empire et du royaume*. Humbert II, dernier Dauphin du Viennois, totalement ruiné, rachetait ainsi ses dettes en cédant son territoire à la France. Mais il exigeait que le premier fils du roi portât désormais le titre de Dauphin, et que le Dauphiné gardât ses prérogatives administratives.

L’histoire de Tain est donc liée à celle du château de Beauvoir-en-Royans. Dans cette grandiose demeure, la dernière qu'Humbert II s’était fait construire, il entretenait une cour fastueuse. Un château aux 1 000 fenêtres où vivaient tumultueusement plus de 2 000 personnes. Il avait choisi la plus belle vue, d'où le nom de Beauvoir, au pied des falaises calcaires du massif du Vercors, entre Grenoble et Valence. Beauvoir était alors la « capitale » du Dauphiné. Humbert II fut un joyeux noceur, mais aussi un bon administrateur du Dauphiné. Il créa le Conseil delphinal en 1337, puis la cour des comptes à partir de 1340. Il fonda également l‘université de Grenoble le 12 mai 1339. En 1347, de retour de croisade, pourtant ruiné, il fit construire le couvent des Carmes à côté du château de Beauvoir En 1349, il céda définitivement le Dauphiné à la France par le traité de Romans et revêtit l'aube de bure des dominicains. Humbert II mourut en 1355 à l’âge de 43 ans.

A une cinquantaine de kilomètres de Tain, la visite à Beauvoir est un grand bain de fraîcheur. En face de Saint-Marcellin, surplombant la vallée de l’Isère, le site du château et du couvent des Carmes ont été restaurés par le département de l’Isère. Et si seules quelques ruines majestueuses, chapelle, donjon, enceinte, évoquent la somptuosité du château, le cadre verdoyant est spectaculaire. On peut s’y détendre, y pique-niquer, s’y instruire. Dans l’ancien couvent rénové, le tout nouveau musée des Dauphins présente l'histoire du Dauphiné, de sa faune, sa flore, et même celle de l’eau-de-vie locale, la Mousseline, cousine de la Chartreuse.

Comme il n’y a pas d’exposition cette année, le musée est en accès gratuit. A côté, le jardin médiéval et le verger conservatoire encadrent un restaurant qui met en valeur les produits du pays. Tout cela dans un village médiéval parfaitement restauré, dont l’histoire explique en partie le « mariage du siècle » de Tain l’Hermitage.

*D’où l’ancienne appellation Empi et Riaume pour désigner les deux rives opposées du Rhône

Article publié dans le JTT du jeudi 8 octobre 2020.

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